Alors que tous les regards se focalisent, dans les différents cercles politiques, médiatiques et
intellectuels européens, sur la constitution des groupes politiques au sein du nouveau Parlement européen en même temps que sur la désignation du prochain Président de la Commission
européenne, et sur la nomination ultérieure de ce dernier et de son collège de commissaires par les parlementaires européens, on omet fréquemment d'évoquer que d'autres postes clé
de l'Union européenne devront être attribués dans les mois qui viennent, en vertu soit des dispositions du Traité de Nice, soit de celles du Traité de Lisbonne (hypothèse de plus en
plus probable).
Il en va notamment du Président du Parlement européen, des présidences des différentes commissions du Parlement européen, du Secrétaire général et des
Directeurs généraux de la Commission européenne ainsi que du Secrétaire général et du Secrétaire général adjoint du Conseil.
Il en va également des postes suivants institués par le traité de Lisbonne : celui de Président permanent du Conseil européen et celui de Haut
Représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
Par ailleurs, toujours dans l'hypothèse où le traité de Lisbonne entrerait en vigueur, le Conseil pourrait rapidement être amené à mettre en place à
partir d'Eurojust un parquet européen en vertu des dispositions de l'article 86 du traité sur l'Union européenne (ce parquet européen étant compétent pour rechercher, poursuivre et renvoyer en
jugement, le cas échéant en liaison avec Europol, les auteurs et complices d'infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l'Union, et exerçant devant les juridictions compétentes
des États membres l'action publique relative à ces infractions). En période de crise financière grave, et eu égard aux comportement délictueux, voire même criminels, de nombre d'acteurs
financiers majeurs de cette crise internationale, comment pourrions-nous négliger une telle innovation ?
Toutes ces nominations feront - et font déjà - l'objet de manoeuvres d'autant plus délicates qu'il importe de veiller à un juste équilibre entre
les nations dans les attributions des postes.
La France, qui dispose déjà, notamment, de la présidence de la Banque centrale européenne, de la direction générale de l'OMC et du FMI ainsi que de 2
postes de Secrétaires généraux adjoints à l'ONU, n'est manifestement pas en posture de faire valoir des prétentions importantes !
Alors que tous les regards, les spéculations et les bavardages, nombreux, se sont concentrés sur la personnalité de José Manuel Barroso, seul
candidat à sa succession à la tête de la Commission européenne, il est on ne peut plus surprenant que rien n'ait été dit à l'égard de la nomination du premier Président permanent du Conseil
européen.
Puisque les personnalités politiques européennes les plus "atlantistes" recueillent un soutien appuyé de leurs pairs au sein des exécutifs nationaux,
y compris lorsqu'elles ont été favorables à la guerre en Irak (comme en témoigne la désignation de Anders Fogh Rasmussen comme Secrétaire général de l'Otan), faire
appel à des personnalités comme José Aznar et Tony Blair pour occuper le poste de Président permanent du Conseil européen constitue une hypothèse qu'il ne faut pas écarter a
priori. Et ce, quand bien même une telle hypothèse confirmerait de la manière la plus cinglante qui soit, que les Chefs d'Etat et de gouvernement n'envisagent en aucune manière, malgré
leurs discours grandiloquents - il ne manque que la main posée sur le coeur -, de faire de l'Union européenne une Union politique affranchie de toute tutelle
(fut-elle américaine) et un acteur à la fois autonome, solidaire, global, respecté et efficace dans ses propres frontières ainsi que dans le monde.
A moins que les volontés politiques exprimées avec force, notamment par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, en faveur d'une Europe qui protège (cf. Nicolas Sarkozy veut une Europe plus réactive (Le Figaro.fr) et " Pour
une Europe qui protège ", par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ) débouchent sur une position unanime du Conseil européen en faveur d'un véritable sursaut politique de l'Union qui se
concrétiserait notamment dans la nomination d'une personnalité politique aux convictions européennes plus trempées, dont l'appartenance politique serait davantage compatible avec les
exigences d'équilibrage politique entre les grands forces politiques européennes dans la répartition des fonctions clé de l'Union, qui soit en capacité d'impulser
une remobilisation des forces vives de l'Union autour de priorités politiques qui revêtent une dimension réellement stratégique non seulement pour l'avenir même des Européennes et des
Européens mais pour les grands équilibres planétaires, dont la respectabilité soit sans faille, et dont la notorité et la légitimité politique procèdent pour une grande part de ses succès
personnels dans des entreprises périlleuses au service d'objectifs compatibles avec les choix collectifs des Européens.
Les prochains mois seront décisifs en pareille matière !
Les Européens seront alors fixés sur le cap politique aussi bien que sur la cap stratégique que les Chefs d'Etat et de gouvernement entendent donner à l'Union européenne.
Le rapport du groupe de haut niveau présidé par Felipe Gonzalès n'y changera rien (cf. Coup de projecteur sur les travaux du groupe
de réflexion sur l'avenir de l'Europe ) !
A moins que les Chefs d'Etat et de gouvernement, les nouveaux membres du Parlement européen et le nouveau collège des Commissaires décident de valider ses analyses, de concrétiser ses
recommandations, et d'agir de conserve pour que Felipe Gonzalès soit " l'heureux élu " !