19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 14:01

Pierre Larrouturou, bien connu dans le paysage politique national (il a sorti un livre avec Michel Rocard, « La Gauche n’a plus droit à l’erreur ») s’est lancé dans la campagne des Européennes (un seul tour, le 25 mai) et passait par Tours, jeudi dernier, dans ce but. Il préside le bureau national du nouveau parti « Nouvelle Donne » né du collectif fondé par Stéphane Hessel, Bruno Gaccio et autres personnalités.« Nous revendiquons 6.800 adhérents », dit-il, dont 75 en Indre-et-Loire. Mais, ils étaient plus d’une centaine à l’écouter aux Halles le 3 avril au soir, « des déçus de la gauche, de la politique, des centristes ». Pierre Larrouturou martèle : « En un an, on s’est enfoncé dans la crise. Logement, pouvoir d’achat, chômage, pauvreté, tout s’écroule. Nous sommes dans une crise majeure et ce n’est pas avec des rustines que l’on va en sortir. »

Pierre Larrouturou « sent la colère monter dans le pays », et veut répondre à l’attente du peuple, il veut s’adresser aux abstentionnistes devenu le « plus grand parti de France à qui il faut dire la vérité ». La « Nouvelle Donne » désignait ses candidats aux Européennes ce week-end, grâce à des jurys populaires. Pierre Larrouturou sera lui-même candidat, en Ile-de-France. Sur l’Europe, il a une idée bien arrêtée : « Il faut déconstruire l’Europe pour la reconstruire à 8 ou 9 pays forts, pas plus, et sans sortir de l’euro. » Bref, recréer l’Europe à partir du noyau dur initial.

Source : http://www.nouvelledonne.fr/revue-de-presse/la-nouvelle-donne-seme-pour-les-europeennes

Partager cet article

19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 13:39

Partager cet article

Published by ERASME - dans Emotions
commenter cet article
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 12:01

Chantal Delsol, de l’Institut, est philosophe et catholique : elle ne nie pas cette seconde détermination, et pourtant il serait vain de lire dans son œuvre un essai de théologie ou même de philosophie chrétienne, au sens qu’Étienne Gilson avait conféré, dans les années 1930, à cette possibilité de recherche de la vérité.

Quand Delsol parle de « pierres d’angle », titre de son dernier ouvrage, qu’elle éclaire immédiatement d’un « À quoi tenons-nous ? » lapidaire, elle ne se prend donc nullement pour le Chateaubriand du Génie du christianisme. Au contraire, elle met immédiatement en garde son lecteur contre deux tentations : considérer la modernité comme un monde clos sur soi-même, d’une part, et rêver au retour d’une introuvable « chrétienté » idéale de l’autre. Elle laisse volontiers les morts enterrer les morts, et le passé retrouver sa place évidente : celle du temps qui ne reviendra plus.

Valeurs non négociables Ces « pierres d’angle », Delsol les définit comme « ce dont nous ne voulons pas nous débarrasser, au-delà de notre relativisme  ». Elles ont été posées par d’autres, avant nous et pour nous : en conséquence, elles fondent une civilisation : la nôtre.

[...]

Voir la suite de cet article : http://www.causeur.fr/chantal-delsol-pierres-angle,26863# 

Chantal Delsol, Les Pierres d’angle : À quoi tenons-nous ? Cerf, janvier 2014.

  1. Typique des sociétés antiques, ce rituel autorisait le père à refuser un enfant à la naissance, soit qu’il le jugeât difforme, soit qu’il en eût trop, soit que son sexe lui déplût. L’enfant était en général abandonné à la charité publique.            

Partager cet article

19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 10:50

Partager cet article

Published by ERASME - dans Emotions
commenter cet article
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 10:39

  

« Il ne faut pas exaspérer, il faudrait espérer. L'exaspération est un déni de l'espoir. »
Stéphane Hessel

Partager cet article

19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 09:52

Partager cet article

Published by ERASME - dans Emotions
commenter cet article
19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 08:01

Il vaut la peine de lire ou de relire Anthony Giddens, certainement l’un des meilleurs sociologues britanniques vivants, mais surtout le maître à penser de Tony Blair. Il faut lire son livre de 1994 (Beyond Left and Right) et son livre plus politique de 1999 :The Third Way [1].

La force de son argumentation tient à mon avis dans sa capacité à relier la révolution des rapports homme/femme, des rapports intergénérationnels (avec la montée de l’aspiration à l’autonomie individuelle dans la nouvelle génération) et la crise du welfare state qu’il met sur le même plan que la crise et la décomposition de l’État de type soviétique. Le fondement sociologique profond de toutes ces crises et mutations serait, selon lui, l’incapacité des systèmes de solidarité universels et standardisés, imposés d’en haut, sous forme d’assistanat, à répondre aux aspirations de ce qu’il appelle, comme tous les sociaux-démocrates, la « classe moyenne ». La classe moyenne privilégierait de plus en plus la responsabilisation des individus et refuserait les lourdes impositions du welfare state (d’où le work-fare, repris en France par la droite, la CFDT et les tenants du social-libéralisme).

Derrière la réflexion de Giddens, il y a une notion centrale pour lui et qui délimite deux conceptions opposées de la politique comme « gestion des risques » par une société. Il y a :

  1. La gestion des risques « externes », sous forme de prévision universelle s’appliquant à tous les cas possibles [2]. Le fondement philosophique, c’est le rationalisme cartésien et la philosophie des Lumières, mère de « l’État providence », et de toutes les téléologies ; le fondement politique, ce serait la planification, sur le modèle du gosplan [3] soviétique (qui fit rêver un temps les planificateurs gaullistes dans les années 50), et tous les systèmes socialistes (ou communistes) d’assurance sociale mis au point à la Libération, dans les années 40.
  2. La gestion des risques internes fondée sur l’idée chère à Giddens de manufactured risk (uncertaintity), c’est au contraire la gestion des risques « fabriqués » (manufactured) par ce même rationalisme conquérant ; c’est pour Giddens la modernisation « non réfléchie » et qui se nomme : risques nucléaires, routiers et alimentaires, violences, terrorismes, etc. On sent bien ici l’empreinte classique du « postmodernisme »,mais en même temps, au-delà du biais idéologique (qui naturalise ou « psychologise » la crise du système capitaliste), Giddens soulève des problèmes réels que se pose notre société.

Problèmes réels que se pose notre société, mais sans pouvoir y répondre, contrairement au fameux adage de Marx - si souvent cité par Giddens - selon lequel l’humanité ne se pose que des problèmes qu’elle peut résoudre ou quand elle peut les résoudre. Le recours d’une grande partie de ladite « classe moyenne » à l’assurance privée (assurance vie, fonds de pension, mutuelles complémentaires) reposerait justement sur ce refus d’une assurance universelle et donc égale pour tous, refus d’une solidarité « mécanique » (Durkheim) entre les générations, quel que soit le travailles efforts de chacun. On retrouve ici les critiques libérales contre le RMI et les « minima sociaux » équivalents du SMIC - « Pourquoi travailler si le montant du RMI est l’équivalent du SMIC ? » - ou contre le fameux « revenu d’existence » (produit par quel travail ?) prôné par les écologistes.

La spécificité de la troisième voie c’est de préciser ce que le social-libéralisme entend par « assistance sociale positive » : il s’agit de faire basculer les risques externes dans la catégorie des risques internes, c’est-à-dire, pour Giddens, des risques relevant de la responsabilité et de l’autonomie individuelle, via notamment l’implication dans les associations de bénévoles, les ONG (tiers-secteur pour la réinsertion des chômeurs, l’aide aux personnes âgées, etc.) chargées de remplacer les anciens services publics de protection sociale par des actions caritatives censées éviter la dépendance sociale et l’assistanat engendrés par les « bureaucraties » de la Sécurité sociale (où les risques externes seraient naturalisés, objectivés et non assumés, pris en charge de manière active et autonome).

Il y a une réflexion à avoir sur la nature profonde de cette « banque non marchande » qu’est la caisse de Sécurité sociale, la « banque sociale » qui ne fait pas de profit et distribue des fonds sans contrepartie (il ne s’agit donc pas de salaires différés mais de fonds non marchands), et sur la gestion paritaire des caisses de Sécurité sociale, qui s’est dégradée et étatisée, technocratisée (plus d’élections du conseil d’administration depuis les années 80). Il y a une réflexion concertée, qui a sa cohérence autour de la notion de « société du risque » chez les théoriciens du social-libéralisme, depuis Giddens-Blair, Ulrich Beck, jusqu’à Delors-Rocard-Strauss-Kahn du côté du Parti socialiste, ou de la part des intellectuels organiques du MEDEF : F. Ewald et D. Kessler.

Dans la notion de « société du risque » se cache un véritable coup de force théorique et idéologique qui consiste à confondre risques imprévisibles, aléatoires, relevant de décisions subjectives, individuelles ou collectives (sang contaminé, vache folle, accidents routiers, amiante, catastrophes nucléaires et sanitaires) et risques objectifs relevant de la structure même de la société capitaliste : chômage, exclusion sociale, précarisation, inégalités sociales devant les maladies, la mort, déficiences de notre système de solidarité sociale. Ainsi les dix mille morts de la canicule en août 2003 ont été attribués par notre ministre comme par Kouchner à une simple défaillance de notre institut de veille sanitaire, à une mauvaise connexion entre les informateurs et non à la politique menée depuis vingt ans de diminution des lits hospitaliers, de rationnement des crédits aux maisons de retraite.

Giddens tire au maximum les phénomènes structurels vers des actions d’individus autonomes parce qu’il a poussé jusqu’au bout cette « individualisation du social » revendiquée par le social-libéralisme, à l’instar de Rosanvallon ou d’Ewald.

En même temps, il serait vain de ne pas remarquer que cette poussée sociale-libérale s’appuie sur des mutations réelles de notre société : avec la révolution informationnelle, l’élévation du niveau intellectuel des nouvelles générations, même dans le cadre du capitalisme, les aspirations et les pratiques d’autonomisation individuelle, de maîtrise de l’information mettent en cause les structures délégataires, pyramidales, autoritaires, tant des institutions anciennes que des organisations censées représenter les classes dominées et bâtir des alternatives.

Les organisations du mouvement ouvrier ont profondément intériorisé en fait le système institutionnel délégataire [4], sans pouvoir le dépasser (malgré les tentatives de la CGT après 1968 autour de la section syndicale d’entreprise et de l’intervention directe non déléguée des militants de base). J.-L. Moynot, partisan des conseils d’atelier, fut écarté du bureau confédéral de la CGT en 1982. Les syndicalistes autogestionnaires de la CFDT (Rollant) seront écartés à la même période, au moment du recentrage et de la centralisation organisationnelle de la CFDT. Or, il y a un cercle vicieux entre la perte d’adhérents et le renforcement du processus délégataire via la technocratisation et l’utilisation centralisatrice de l’informatique et des médias. On cherche à pallier la désaffection des militants en transformant le syndicat en agence de services et en concentrant les décisions autour d’un sommet bureaucratique centralisé, qui privilégie les négociations au sommet et les résultats des élections professionnelles par branche. Il en est de même pour les partis politiques de gauche qui perdent leurs militants et substituent aux actions de terrain comme les porte-à-porte des opérations médiatiques. La critique par Rémi Lefebvre du « divorce consommé » entre le Parti socialiste et les couches populaires est à cet égard fondamentale [5] et pourrait s’appliquer aussi, dans une certaine mesure, à une évolution récente du PCF - qui fera l’objet d’un très vif débat après avril 2002 -, lorsque les enjeux « sociétaux » - censés être privilégiés par les « couches moyennes » - priment sur les enjeux sociaux.

C’est un obstacle fondamental aujourd’hui à une offensive de tous ceux qui sont attachés à la défense des services publics, de la solidarité universelle contre le libéralisme individualiste. Les catastrophes ferroviaires en Angleterre ou les pannes d’électricité à New York ou en Californie ne suffisent pas à contrer l’offensive libérale et à passer à la contre-offensive. La campagne des assureurs privés contre le « risque moral », reprise d’une certaine manière par Giddens et Blair (le détournement opportuniste des fonds de solidarité distribués à l’aveugle, sans contrôle des processus de réinsertion, des minima sociaux équivalents au SMIC), rencontre un large écho, surtout chez ceux qui payent lourdement leur contribution à la solidarité collective. Le (social)-libéralisme oppose fortement les « preneurs de risques responsables » (à commencer par les chefs d’entreprise, mais aussi les partisans de l’assurance privée) et les « comportements sans risques » des adhérents passifs des services de protection sociale ; cette campagne médiatique a un large écho, mais elle suppose l’existence d’une « vaste classe moyenne » bénéficiant de la croissance capitaliste et aspirant à un individualisme consumériste sans rivages. Ce qui est contredit par la paupérisation des segments les plus fragiles des couches moyennes.

Le concept même de classe moyenne a fondé toute la démarche sociale-démocrate depuis l’origine : Bern-stein en Allemagne s’opposera à Rosa Luxemburg, à Lénine et à la révolution bolchevique sur cette double base : capacité du capitalisme à s’adapter à ses crises et à élargir sa base sociale en créant une « classe moyenne » de plus en plus vaste, individualiste, opposée à la classe ouvrière et à la révolution violente. La faiblesse des révolutionnaires viendra justement d’une analyse erronée de cette classe dite moyenne qui sera diabolisée (il s’agissait alors essentiellement de la petite et moyenne bourgeoisie traditionnelle : les paysans et les petits entrepreneurs au XIXe et au début du XXe siècle). Les tentatives de Lénine durant la NEP en direction des cadres et ingénieurs aboutiront à un échec.

Aujourd’hui la situation a doublement changé : d’une part les paysans et commerçants ont cédé la place à un nouveau salariat des services qui a bien des points communs avec le salariat dit populaire (ouvriers et employés), notamment dans le secteur public ; d’autre part ce salariat connaît à son tour la crise économique, le chômage et la précarité et la notion même de classe moyenne qui a connu ses beaux jours durant les trente Glorieuses n’est plus viable [6].

Le raisonnement individualiste du social-libéralisme anglo-saxon a perdu de sa superbe lorsque les fonds de pension ont commencé à faire faillite (Enron et autres), lorsque les plans sociaux et la précarisation des emplois ont touché les cadres comme les ouvriers. Ce qui est reconnu dans La Revue socialiste à propos du cas allemand : « Après les élections fédérales de 1994, plusieurs études économiques et sociales ont montré que (...) la relative homogénéité des classes moyennes allemandes était en cours de dislocation et que celles-ci vivaient très mal une certaines “perte de repères” (...) Ce sont les classes moyennes qui ont payé l’essentiel du coût de la réunification et qui ont connu une forte baisse du pouvoir d’achat à partir du début des années 90 (...) Proportionnellement, les plus bas revenus [des “classes moyennes” (n.d.t.)] ont d’avantage contribué aux efforts financiers exigés par l’unification que les plus hauts revenus (...) Les ouvriers spécialisés (qualifiés) et les petits employés, catégories qui avaient été parmi les grands bénéficiaires du miracle économique de la fin des années 50, glissent rapidement, surtout avec une famille à charge, vers la “prospérité précaire”. D’année en année, ces catégories sociales ne parviennent plus à maintenir leur statut » (La Revue socialiste, janvier 1999, p. 88-89). On peut supposer, sans grand risque d’être démentis, qu’il en est de même pour ces couches sociales dans les autres pays européens. Faute de l’avoir compris, le Parti socialiste français a été dans le mur en 2002 et en 2005. Le phénomène est européen : les partis sociaux-démocrates ont subi une défaite historique en Autriche au profit du FPO de Heider, en Italie (Berlusconi, Alliance nationale, Ligue du Nord), aux Pays-Bas (Pim Fortuyn), au Portugal. En 2005, le SPD de Schröder paye à son tour les conséquences de ses réformes libérales du code du travail et de la protection sociale, sans être parvenu à juguler pour autant la montée du chômage.

Les raisons sont les mêmes : au lieu de pratiquer la politique de l’autruche en incriminant une erreur de « communication » ou une division de la gauche, il vaudrait mieux scruter la nature même du discours socialiste durant la campagne électorale et ses pratiques concrètes : « Les textes socialistes décrivent un monde irénique et virtuel seulement peuplé de non salariés et de certains salariés moyens et supérieurs (...) il s’adosse à la vision d’une société d’individus aspirant à l’autonomie personnelle et accorde une large place aux thématiques dites “postmatérialistes” dans la continuité de mesures prises par Jospin comme le PACS, la parité (...) [7] »

Nous partageons cette analyse, sauf sur un point fondamental. Elle analyse tend à réduire la fracture sociologique entre la « gauche plurielle » et le salariat aux seules « couches populaires ». En gros, il aurait fallu privilégier une politique et une campagne électorale tournées essentiellement vers les ouvriers et les employés qui constituent 60 % de la population active et qui seraient les principaux « perdants » de la politique de Jospin. C’est également un point de vue défendu par une partie du Parti communiste français et les groupes d’extrême gauche. Nous ne partageons pas ce point de vue parce qu’il nous semble reposer sur un contresens majeur. Il y aurait en quelque sorte des « gagnants » (les cadres, la classe moyenne) et des perdants : les « classes populaires » (ouvriers et employés). C’est faux, comme est erronée l’analyse-bilan sur les 35 heures « favorables aux cadres, défavorables aux classes populaires ». Ce point de vue continue en effet à se référer au mythe d’une classe moyenne gagnante et d’exclus marginalisés par la « modernisation » économique, par les nouvelles technologies...

Or les luttes des enseignants, des chercheurs, des intermittents du spectacle, des professionnels de la santé invalident complètement cette thèse, comme les études statistiques (Chauvel, Baudelot, Piketty) sur l’évolution des salaires et des revenus depuis les années 80-90. L’unité mythique du groupe cadres (moteur de la « classe moyenne ») éclate complètement et fait apparaître d’énormes clivages entre les véritables cadres supérieurs alliés à la bourgeoisie par leurs revenus (notamment mobiliers et immobiliers) et leurs positions sociales et toute une série de catégories salariées qui basculent dans la prolétarisation par leur statut et leurs revenus. En avril 2002, le vote des enseignants, pour autant que l’on peut se fier aux sondages après les urnes, a lui aussi fait défaut à Jospin au profit des candidats protestataires de gauche : 22 % des enseignants auraient voté pour Jospin (sondage Sofres sortie des urnes), alors qu’ils étaient 46 % aux présidentielles de 1995 [8]. En 2002, 7 % auraient voté pour Besancenot, 8 % pour Mamère, 8,5 % pour Chevénement. Le fort recul du Parti socialiste chez les ouvriers et les employés (Mitterrand 1988 : 42 % du vote ouvrier, 38 % du vote employé ; Jospin 2002 :13 % du vote ouvrier ; 12 % du vote employé) ne doit pas nous faire oublier son recul dans d’autres couches salariées abusivement agglomérées au groupe cadres, alors que de multiples liens unissent maintenant ouvriers, employés et couches salariées intermédiaires.

Les résultats du référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne ne font que confirmer notre hypothèse. Selon les premiers sondages réalisés par TNS-Sofres pour Le Monde [9], si 81 % des ouvriers, 79 % des chômeurs ont voté non, il en est de même pour 56 % des professions intermédiaires et 60 % des employés. Quant aux professions intellectuelles et cadres supérieurs, s’ils ont voté oui à 62 %, leur non progresse par rapport au scrutin de 1992 sur le traité de Maastricht. Selon un sondage Ipsos-Le Figaro des 13-14 mai, les comparaisons avec les sondages sortis des urnes BVA-France 2 en 1992 donneraient un non en hausse de 27 points chez les professions intermédiaires et les employés, de 7 points chez les cadres supérieurs et professions intellectuelles, et de 14 points chez les diplômés du supérieur.

L’hypothèse défendue par les partisans du oui d’un « vote d’humeur », « émotionnel », d’un cri d’angoisse des « perdants », des exclus de la « modernisation » ne tient plus : comme le note l’analyste d’Ipsos, Philippe Hubert, « le fait que le non touche fortement des classes aisées et diplômées révèle l’existence d’un non “cultivé” ou “raisonné”, bref un non fondé idéologiquement et de conviction. Un non “informé” même, puisque selon la dernière enquête Ipsos, le non est plus fort chez les personnes ayant lu le traité que chez celles ne l’ayant pas lu. C’est là une différence majeure et essentielle par rapport au contexte de Maastricht : l’adhésion au traité ne croît pas avec le niveau d’information. »

L’ampleur inédite des forums sur Internet durant la campagne du référendum de 2005 et le rôle décisif qu’y ont joué les partisans du non, le rôle d’organisations comme Attac où dominent les professions intellectuelles et les diplômés du supérieur, renforcent encore cette hypothèse. Enfin, l’agglomération arbitraire par l’Insee des professions intellectuelles et des cadres supérieurs confond dans une même catégorie socioprofessionnelle cadres du privé et cadres du public, professions intellectuelles paupérisées (enseignants, travailleurs sociaux, journalistes pigistes, artistes) en peine révolte sociale et cadres supérieurs du privé en mobilité ascendante.

Les enquêtes de l’Insee montrent d’autre part le contexte socio-économique tout à fait nouveau dans lequel se construisent les identités ouvrières. 50 % des ouvriers sont aujourd’hui dans les services ou exercent une fonction de service (maintenance, entretien) et les imbrications sont nombreuses d’une part entre les ouvriers et les agents de service, les employés de commerce (conditions de travail de type industriel - travail à la chaîne - mais avec la spécificité de la relation de service et une plus grande autonomie), d’autre part entre une fraction des employés qualifiés et les couches moyennes salariées. L’apparente stabilité du vote cadre entre 1995 et 2002 cache un net détachement d’une partie des couches salariées des services publics les plus exposées à la précarisation et à la dévalorisation sociales [10].

Nouveaux rapports de classe ou logique d’intégration sociale ? Les enquêtes se multiplient qui soulignent l’explosion des inégalités sociales y compris à l’intérieur des fameuses « classes moyennes [11] » ; reste à analyser la signification de ces « segmentations » des « classes moyennes » et des « classes populaires » : s’agit-il d’une forme nouvelle d’exclusion qui fait toujours référence à l’opposition entre les in et les out, ou bien au contraire d’une manifestation majeure de la « prolétarisation » des couches moyennes salariées, touchées à leur tour par les formes nouvelles de l’exploitation capitaliste (chômage de masse, précarisation-flexibilisation) ?

Dans son ouvrage récent (Pour l’égalité réelle - Éléments pour un réformisme radical [12]) Dominique Strauss-Kahn prend bien en compte les nouveaux clivages qui opposent la « classe moyenne » et le véritable groupe des « privilégiés [13] » (baisse des revenus, exclusion de l’habitat des grands centres ville, etc.), il note que l’échec socialiste de 2002 a été dû pour partie au sentiment dans les classes populaires et moyennes de ne pas avoir été entendues, mais il persiste, comme la plupart des responsables du Parti socialiste, à privilégier une approche en termes d’exclus et d’inclus. Les inégalités sociologiques, les clivages intercatégoriels sont figés dans des clivages territoriaux, au point que Dominique Strauss-Kahn parle d’« inégalités de destin », ce qui renforce encore le constat fataliste, alors même que tout son propos politique vise au contraire à réduire ces inégalités sociales. Pour remonter à la racine même de ces inégalités sociales, il aurait fallu analyser l’originalité de la crise actuelle du capitalisme (qui commence au début des années 70), sa financiarisation [14], avec pour conséquence la fuite en avant des politiques publiques néolibérales et la remise en cause des politiques keynésiennes.

Force et faiblesse du néolibéralisme. Reste à expliquer la force d’attraction de ces politiques néolibérales sur les couches moyennes salariées mais aussi sur les couches populaires. Pourquoi en, effet, la relève des gouvernements conservateurs en Allemagne comme en Grande-Bretagne a-y-elle été assumée par des socialistes convaincus que seul le social-libéralisme pouvait répondre à l’ultralibéralisme ? Pourquoi l’énorme succès électoral de Blair et du New Labour en 1997 auprès de ceux qui avaient été déçus par l’expérience et les promesses de Thatcher ? Pourquoi l’électorat travailliste, même en 2005, hostile à l’intervention en Irak, se dit-il pourtant relativement « satisfait [15] » d’une politique économique libérale certes, mais qui a réduit le chômage [16] ? Même si la majorité des emplois créés sont précaires et à temps partiel, ne sont-ils pas jugés préférables au chômage de longue durée, dans un contexte mondial où le capitalisme est perçu comme indépassable ?

Pourquoi le même glissement politique, culturel, plus tardif, chez les sociaux-démocrates et les Verts allemands ? Même interrogation pour l’ex-PCI en Italie avec un rapport de forces électoral sans discussion entre le petit Parti communiste maintenu (Rifundatione Communista ne dépasse guère les 5-6 %) et le nouveau parti social-démocrate, les Démocrates de gauche (30 %), et ce malgré les énormes potentialités de mobilisation collective des « mouvements sociaux » italiens. Pourquoi les ouvriers de la Fiat, votent-ils pour Berlusconi ou Rossi ? Pourquoi, après les manifestations monstres (plusieurs millions de manifestants) des pacifistes dans les grandes villes espagnoles, les élections régionales et locales ont-elles été favorables à Aznar ? Pourquoi en 2004 un vote massif pour Zapatero, tenant du social-libéralisme, au détriment de la gauche communiste et radicale ? Peut-être parce que ceux qui manifestent contre la guerre, contre le néolibéralisme, contre l’OMC en Italie et en Espagne (les jeunes étudiants ou les diplômés précaires qui vivent encore chez leurs parents, faute de revenus et faute de logements disponibles, et ne votent pas, ne sont pas inscrits sur les listes électorales) ne sont pas les mêmes que ceux qui votent ? Mais peut-être aussi parce que les partis communistes ou les organisations proches n’ont pas su répondre aux aspirations des nouvelles générations de salariés, et notamment les jeunes diplômés et les femmes.

Comment répondre théoriquement et politiquement à cette vague déferlante néolibérale, hégémonique dans le salariat, notamment chez les jeunes, si l’on en reste à la « défense » des « acquis » de l’État providence, à la conception « machiste » d’une assurance sociale tournée vers le travail des hommes (ouvriers et cadres) et le « non-travail » (non reconnu) des femmes (travail domestique + travail professionnel à temps partiel, comme salaire d’appoint, etc.) ?

Les mirages du libéralisme « social ». Il nous faut tout d’abord dissiper l’illusion, entretenue par les socialistes libéraux, d’une distinction radicale entre libéralisme « social » et libéralisme « pur » ou « ultralibéralisme [17] ». Selon les promoteurs d’un libéralisme « social », le libéralisme inclurait dans ses principes constitutifs une « autorégulation » de l’économie de marché ; ce sont les acteurs du marché eux-mêmes qui produiraient des règles, des normes destinées à corriger les excès ou les dérives du laisser-faire. L’intervention de l’État régulateur, l’arbitrage d’instances externes produites par la société civile sont ainsi présentés comme des attributs de la pensée libérale « normative ». On a quelque peine à déceler cependant comment ce raisonnement diffère des idées de F. Hayek,le pape du néolibéralisme, qui postule une « autorégulation » du marché. Pour Hayek, « l’ordre du marché, comme système d’intérêts médiatisés, porte en lui-même le principe régulateur des contradictions du capitalisme [18] ». En quoi cette autorégulation « spontanée » des marchés sans recours extérieur se distingue-telle des « régulations immanentes » destinées à contrôler les « effets externes » (selon le langage libéral classique) du laisser-faire ?

En revanche, s’il n’y a pas d’autorégulation « spontanée » des marchés, comment parler de régulations « immanentes » à propos des règles formulées par des autorités « extérieures » au marché ? On ne voit pas par quel miracle cette intervention normative, ces règles « en surplomb » pourraient être une émanation naturelle du marché, ou être élaborées par les acteurs de la « société civile ».

Deuxième raison qui invalide fortement l’idée d’un libéralisme « social », c’est la filiation assumée entre libéralisme économique et libéralisme politique ou moral. Au nom de la référence commune, dans les deux libéralismes, à l’autonomie, à la « prise de risque » individuelle, on rallie sous l’étendard des libertés les deux composantes de la révolution bourgeoise de 1789 : la liberté d’expression du citoyen et la liberté d’entreprendre du capitaliste, « l’existence d’un marché étant requise pour que chacun puisse exprimer son jugement ». Il n’y aurait donc pas de distinction sur le marché du travail entre le vendeur de sa force de travail et le propriétaire capitaliste des moyens de production : tous deux chercheraient à « faire fructifier leur travail, leurs talents ». On met ainsi sur le même plan le « capital culturel » des intellectuels salariés [19] et le capital « économique » du propriétaire capitaliste de l’entreprise.

En même temps, la référence insistante de ces libéraux aux idéaux du socialisme s’exprime notamment dans la lutte revendiquée contre les inégalités sociales à l’école, dans le logement ou dans l’accès aux soins. Mais comment est-ce compatible avec les principes mêmes du libéralisme [20] ? Bien plus, comment peuvent-ils à la fois prôner l’égalité de tous dans l’accès aux services publics et la primauté d’un « marché libre où s’exerce une véritable concurrence », voire une évaluation marchande, avec les mêmes instruments de mesure, de ces « biens publics » non marchands ? Il en est de même pour l’argumentation (« sociale ») libérale qui justifie la privatisation des services publics au nom de la concurrence libre et non faussée : comment admettre, si la référence au service public a encore un sens, que des entreprises capitalistes privées, gouvernées par les critères du profit et de la rentabilité, puissent offrir les mêmes prestations que des entreprises publiques gouvernées par des principes non marchands de solidarité et d’égalité ? Il suffit de prendre l’exemple des chemins de fer britanniques - privatisés -, des services d’électricité en Californie ou des organismes de santé aux USA, pour prendre la mesure du caractère pour le moins « utopique » de ce libéralisme « social ».

Jamais, en revanche, n’est envisagée une véritable « troisième voie », dépassant tant la privatisation libérale que l’étatisation des services publics, comme le proposait déjà Jaurès - pourtant si souvent citée par Dominique Strauss-Kahn. Les projets de loi présentés par Jaurès pour la nationalisation des mines de charbon proposaient en effet une véritable socialisation non étatique, décentralisée, des entreprises, avec une participation effective des salariés et des collectivités locales à la gestion des mines.

Le projet de Sécurité-emploi-formation (SEF) présenté aujourd’hui par le Parti communiste français [21] a sur ce plan le grand mérite d’éviter les pièges de l’étatisme et de la privatisation libérale. Il propose une mutualisation des financements des entreprises, un engagement responsabilisé (avec obligation de résultats) tant des aides publiques que des stratégies des entreprises en matière d’emploi, une mobilité active, volontaire des salariés dans le choix des emplois et des formations et ce à tous les niveaux du territoire : bassins d’emploi, département, région, espace national, européen, etc.

Ce qui distingue le SEF des projets libéraux concurrents qui se multiplient (depuis le rapport Boissonnat sur les contrats d’activité jusqu’au rapport Cahuc-Kramarz au Premier ministre Raffarin), c’est d’une part une sécurisation systématique des trajectoires individuelles (dans l’emploi comme dans la période de formation) et d’autre part une intervention décisive des salariés eux-mêmes et de leurs représentants dans les choix de gestion des entreprises et dans les négociations pour les contrats d’embauche. Tant il est vrai que la référence très consensuelle aujourd’hui à la « mutualisation des risques » peut cacher une précarisation et une flexibilisation subie des salariés.

Reste maintenant à mettre en ?uvre le projet SEF. Où sont ces « chantiers » décentralisés, décidés unanimement lors du dernier Congrès du Parti communiste français, ces fameuses « expérimentations » locales, d’en bas, qui font si peur aux partisans de l’État républicain à l’ancienne parce qu’il y voient la main du Diable (le libéralisme manipulant tout ce qui est décentralisé) et n’ont pas confiance dans des initiatives locales venues du peuple [22] ? Comment d’autre part la CGT, qui a son propre projet de « sécurité sociale professionnelle », va-t-elle le mettre en ?uvre ?

Ne faudrait-il pas d’ailleurs engager sur ce dernier point un débat précis, concret, avec le Parti socialiste qui prend parti à son tour pour une sécurité d’emploi et de formation, apparemment dans les mêmes termes que le Parti communiste français et la CGT ? Rappelons ce qu’en dit Henri Weber, proche de Laurent Fabius, au cours d’un bilan sans complaisance de l’échec du Parti socialiste en avril 2002. Il commence par constater « notre incapacité [celle du PS] à donner une réponse convaincante à la précarisation progressive de la condition salariale que porte le capitalisme contemporain ». Puis il propose : « La bonne réponse réside dans la sécurisation des parcours professionnels, la mutualisation des risques sociaux liés aux changements techniques et économiques. Il faut adapter le droit du travail à l’évolution du travail salarié dans la société de services fondée sur la connaissance, c’est-à-dire au recul du travail à temps plein, à durée indéterminée, dans la même entreprise, tout au long de la vie, caractéristique de la société industrielle. Il faut promouvoir un nouveau statut professionnel qui permette aux salariés d’alterner, dans de bonnes conditions de sécurité économique, des périodes de travail en entreprise avec des périodes de formation, de congé parental ou civique ou de travail indépendant. Il s’agit de mettre en place une “sécurité sociale professionnelle”, selon l’expression de la CGT, comme on a mis en place, à la Libération, la Sécurité sociale, contre la maladie, le vieillissement, les accidents [23] ».

Le texte prend bien garde de reprendre les passages les plus libéraux du rapport Boissonnat bien critiqués par Boccara [24], il insiste sur la sécurité nécessaire de cette mobilité voulue emploi-formation (« alterner, dans de bonnes conditions de sécurité économique, des périodes de travail en entreprise, avec des périodes de formation »). Qui va trancher entre les interprétations libérales (fondées sur la précarisation-flexibilisation) et les interprétations sociales (fondées sur une véritable mobilité sécurisée et assumée des parcours professionnels) ?

À défaut de répondre à une telle question, faute encore de véritables expérimentations alternatives, on peut déjà s’interroger sur l’état d’esprit des salariés concernés. Des enquêtes sociologiques nous permettent-elles de répondre aux questions suivantes.

  1. Quel est le degré d’adhésion des différentes fractions du salariat à l’idée d’une défense inconditionnelle du travail à temps plein dans la même entreprise ou dans le même service ? Combien de jeunes rêvent d’être fonctionnaires à l’ancienne [25] ?
  2. Quel est le degré d’adhésion des différentes fractions du salariat à l’idée d’une mobilité assumée emploi-formation, dans le cadre d’une mutualisation du financement de ses emplois successifs ?

Ce que nous savons sur l’acceptation d’une certaine flexibilité-mobilité chez les professionnels du spectacle [26] s’applique-t-il aux salariés des industries de masse et aux salariés de la fonction publique ? Nous savons déjà que la crise du recrutement des infirmières à statut dans les hôpitaux est due en partie au développement des infirmières intérimaires à statut libéral : elles ont fait ce choix pour mieux aménager leur temps de travail en fonction de leur vie familiale. Mais leur implication personnelle dans la vie de l’hôpital (leur non syndicalisation, etc.) n’est pas du tout la même que celle des infirmières à statut public.

Excès d’individualisme d’un côté, excès de dépendance à l’égard des organismes d’assistance sociale du côté de certaines fractions du prolétariat ? Peut-on dissocier les difficultés des plans sociaux de reconversion et les problèmes particuliers posés par certains types de main-d’ ?uvre ouvrière dont la formation initiale est très faible et qui n’ont jamais connu de formation permanente qualifiante ? Là encore ne va-t-on pas se trouver devant des salariats très clivés ?

Deux types de salariat, l’un âgé (salariat féminin ou d’origine maghrébine ?), peu qualifié, dans les petites villes ou en milieu rural, très réticent devant les programmes de reconversion, l’autre jeune et diplômé, beaucoup plus mobile ? Deux types de bassins d’emploi aussi : des bassins d’emploi marqués par la monoindustrie et offrant peu de perspectives aux nouvelles générations diplômées (les bacs-pro et les bacs-plus des enfants d’ouvriers à Sochaux-Peugeot dont parle Stéphane Beaud [27] par exemple) et les marchés du travail diversifiés des grandes villes comme Paris. Mais deux jeunesses aussi : une jeunesse « étudiante et bourgeoise » bien dotée scolairement et socialement qui expérimente un nouvel « individualisme des m ?urs », entièrement dégagée de la tutelle des parents ; et une jeunesse populaire condamnée à un « repli contraint et forcé sur le foyer des parents », faute d’un emploi minimal pour financer un logement indépendant [28]. Toutefois la forte montée du chômage et la scolarisation longue de masse vont brouiller cette opposition trop simple, toujours au centre des travaux de Baudelot et Establet, entre les bourgeois et les prolos. À la mise au travail précoce des jeunes enfants d’ouvriers très peu scolarisés durant l’entre-deux-guerres (A. Prost) a succédé une période de « postadolescence » (O. Galland),un moratoire pour tous les jeunes scolarisés où même les diplômés, les bac-plus vont se trouver confrontés au chômage et à la précarisation. Sans effacer les oppositions anciennes qui perdurent entre enfants de cadres et enfants des couches populaires, la précarisation d’une partie des couches moyennes salariées et la scolarisation longue d’une partie des enfants des milieux populaires [29] vont cependant contribuer à resserrer les liens entre des fractions du salariat autrefois opposées. Les jeunes qui manifestent pour la paix, contre la mondialisation marchande, qui galèrent dans des petits boulots et vivent toujours chez leurs parents, ne sont pas tous des enfants de bourgeois repus !

Clivages sociétaux et clivages de classe. Le décrochage spectaculaire de la référence de classe dans le vote ouvrier en faveur de Le Pen a mis en lumière la complexité des relations actuelles entre l’économique et le culturel. Il n’y a pas que le racisme, la xénophobie qui brouillent les identités de classe. Les chercheurs du Cevipof ont pu montrer que les valeurs du « libéralisme culturel » (les références à la liberté sexuelle, à l’anti-autoritarisme, à l’ouverture à l’autre) n’étaient pas nécessairement liées à la référence au libéralisme économique (privatisation, individualisme, hostilité aux syndicats) qui avait été le soubassement traditionnel de l’opposition droite/gauche. Mais là encore ce brouillage identitaire a des prolongements politiques. Il est en effet revendiqué par le social-libéralisme pour justifier la théorie de la classe moyenne et de l’individualisation du social : la croissance capitaliste aurait peu à peu effacé les grandes fractures sociales, les inégalités sociales et mis au premier plan des revendications « postmatérialistes » pour « plus de libertés et d’autonomie individuelles, davantage de reconnaissance des spécificités de l’identité de chacun et de protection contre des risques variés issus de transformations de la société [30] ».

Les débats autour du PACS, de la parité, de l’autorité, de l’immigration remplaceraient les anciens clivages politiques autour des nationalisations ou de l’État providence. En même temps, ce primat accordé au socié-tal servirait de justificatif à une privatisation des grands services publics et de notre système de protection sociale, au nom d’une conception « positive » de l’assistance sociale (Giddens-Blair, Rocard-Delors).

On peut répondre à ces arguments en faveur du primat du « sociétal » en mettant en avant les déterminants économiques et sociologiques du vote Le Pen : le chômage et la précarisation du travail jouent un rôle décisif, comme le démantèlement des anciens réseaux de la sociabilité ouvrière. Nous avons vu de même comment les références à l’antiuniversalisme (le refus de l’autre), lors du vote, pouvaient être contredites par les vagues de solidarité soulevées par les grèves de 1995 ou de 2003.

Mais ne faut-il pas aller plus loin et essayer de mieux articuler l’économique et le culturel ? L’exemple nous en est donné dans les tentatives de certains courants féministes proches du marxisme [31] pour « penser ensemble », sans les confondre, rapports de classe et rapports de genre (ou de sexe au sens culturel du terme). Ainsi H. Hirata et D. Kergoat proposent-elles [32] d’analyser les rapports de classe « en tant qu’ils impriment des contenus et des directions concrètes aux rapports de sexe et à l’inverse les rapports de sexe comme apportant des contenus spécifiques aux rapports de classe... Les rapports sociaux forment un treillis : il y a séparation et entrelacement, contradiction et cohérence de ces rapports. L’un et l’autre sont transversaux à l’ensemble de la société ».

Ainsi « le fait que ce n’est plus le mineur de fond ou le métallurgiste, mais plutôt l’institutrice, l’assistante sociale, les infirmières [33] qui sont les figures centrales du nouveau salariat pose de problèmes à la conscience de classe [34] », mais d’un autre côté l’identité femme est à son tour traversée par les rapports de classe que masquent certaines revendications féministes pour la parité qui se placent d’emblée en dehors de la division sociale du travail.

Or les rapports de domination homme/femme ne peuvent à eux seuls expliquer les relations complexes, ambivalentes, de domination-coopération entre les femmes salariées à temps plein sur des emplois bénéficiant de garanties sociales et les femmes réduites à l’emploi précaire d’aides à domicile qui permettent le travail salarié « noble » des premières. On peut imaginer bien des cas de figure, depuis les relations entre des femmes sans diplôme ni qualification salariées comme aides-ménagères par des femmes salariées diplômées... et exploitées - voire dominées sur le marché du travail formel - ; des étudiantes diplômées employées pour payer leurs études par des femmes salariées... sur un emploi précaire. On peut aussi évoquer les rapports classe-sexe-ethnie, dans un pays très inégalitaire comme le Brésil, entre des femmes salariées dans des emplois qualifiés du secteur formel (par exemple comme assistantes sociales ou enseignantes) et des hommes noirs [35] employés comme domestiques, hommes à tout faire. Le brouillage identitaire évoqué par H. Hirata et D. Kergoat est donc à double entrée et va dans les deux sens : les rapports de travail brouillent les rapports de genre, comme les rapports de genre (et ethnique) brouillent les rapports de travail, de classe.

Nous n’avons souligné jusqu’ici que les facteurs de différenciation, de fragmentation, de brouillage de rapport de classe par les rapports culturels. Or si classe et genre divergent, ils peuvent aussi converger dans certaines conditions lorsque des luttes menées surtout par des femmes (assistantes sociales, infirmières, enseignantes) donnent une coloration particulière à la lutte des classes en introduisant les enjeux spécifiques des services dans le monde du travail marqué jusqu’ici par la révolution industrielle et la division entre le travail marchand (masculin) et le travail domestique (féminin) qui rendait possible à la fois la production et la reproduction du travail masculin. La salarisation massive des femmes, y compris mariées et mères de famille, dans les années 60-70 a complètement bouleversé cet équilibre aussi vieux que la société capitaliste et que la division spatiale et temporelle entre travail professionnel et activités domestiques.

L’ambivalence du service à autrui, issu du monde domestique, débouche d’emblée sur une confrontation entre rapports d’exploitation et rapports de domination culturels : le travail de service peut asservir (pensons aux emplois de domestiques ou de certains services à domicile dont nous parle André Gorz) ou permettre l’épanouissement individuel, des formes de coopération, de partage d’expériences, comme dans la relation enseignant-enseigné, artiste-spectateur, soignant-malade.

La parenté entre cette ambivalence du travail professionnel dans les services et l’ambivalence subie par les femmes dans leur travail domestique, le début de transformation des relations des hommes au travail domestique - qui « commence » à être partagé (plus en Suède qu’en France) - vont donc dans le sens d’un début de convergence.

Jean Lojkine est sociologue, directeur de recherche émérite au CNRS

Source (et notes de bas de pages) : http://www.gabrielperi.fr/Retour-sur-les-fondements

Voir également :

 Où en est la fameuse 'troisième voie' ?

 * La social-démocratie, naufragée de la dette ? Réhabiliter d'urgence la solidarité budgétaire ! par Frédéric Ménager (Le Monde) 

 * L'innovation, un concept qui participe d'une logique économique et financière qui relègue l'intervention publique à un rôle secondaire

 * Accordons la licence bancaire au MES pour redonner à la puissance publique la souveraineté qu'elle a perdue ! 

 

Partager cet article

19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 07:56

 

J'ACCUSE
 

Puce accuse J'accuse nos banques d'irresponsabilité, d'incompétence et de collusion avec le pouvoir.

Elles jouent avec votre épargne, elles calculent mal les risques (quand elles les calculent), elles prétendent qu'elles peuvent maîtriser l'incertitude... et quand tout cela s'est soldé par une crise qui a ébranlé les fondements même du système monétaire mondial, c'est dans VOTRE argent que l'Etat a puisé pour réparer les dégâts.

Puce accuse J'accuse la Banque centrale européenne de manipulation monétaire et de prise de risques excessifs.

Elle trafique les taux d'intérêt, elle prête de l'argent qui n'existe pas, elle a maquillé la crise et fermé les yeux sur des fricotages comptables et financiers qui mettent aujourd'hui encore la Zone euro en danger. Et une fois encore, quand il faut mettre la main à la poche pour renflouer le navire, c'est VOTRE argent qui sert au sauvetage.

Puce accuse J'accuse la presse et les médias de corruption intellectuelle et d'aveuglement.

Alors qu'ils sont censés être le "quatrième pouvoir", les médias piétinent leur devoir d'investigation et de remise en question de la propagande d'Etat. Ils se contentent désormais de servir une pensée formatée et des commentaires complaisants sur les statistiques... et VOUS êtes la victime de cette désinformation qui vous empêche de prendre les bonnes décisions pour votre vie et votre argent.

Puce accuse J'accuse le gouvernement de corruption, de mensonge et de parjure.

Pour rester au pouvoir, nos politiciens financent sciemment par la dette des promesses électorales qu'ils savent intenables. Ils achetent leurs électeurs à coups de redistribution : une politique facile et lâche consistant à prendre aux uns (sans leur accord) pour s'acheter les faveurs des autres. Cela fait des décennies que ça dure -- à gauche, à droite, d'un bout à l'autre du spectre politique --, et que VOUS payez les pots cassés de leur manque de courage.

 

Il est temps que cela cesse !

Cher Concitoyen,

J'ai bien conscience que ma démarche va en choquer plus d'un.

Je m'attends à recevoir des lettres de protestation, des menaces... ou pire. On ne lance pas ce genre de message sans retombées.

Il ne s'agit pourtant pas d'une croisade personnelle. Je ne connais pas les gens que j'accuse. Je ne les ai jamais rencontrés... et je ne leur voue aucune haine individuelle.

Il ne s'agit pas non plus d'inventions ou d'attaques gratuites : toutes les informations que vous découvrirez dans ces lignes sont authentiques, vérifiables et accessibles à quiconque se donne la peine de chercher un peu.

Je me contente de faire un constat concernant ceux qui sont aux commandes aujourd'hui -- ceux qui contrôlent notre gouvernement, notre argent, notre vie.

Et ce constat est extrêmement simple : on se paie votre tête.

A tous les niveaux de décisions, on se paie votre tête.

Politique, économie, finance... Nos dirigeants se croient désormais tout permis -- parce que vous êtes là pour payer leurs pots cassés.

Il y a trop longtemps que cela dure. Le moment est venu de réagir.

Pourquoi spécialement maintenant ? Parce que par la faute des banques, des autorités européennes, de nos gouvernants -- et, dans une large part, des médias --, nous sommes actuellement face à une crise qui ne ressemble à rien que notre pays ait jamais connu.

Cette crise est en train de faire bien plus de dégâts en France, que les krachs boursiers de 2008 ou même que la crise économique de 1929.

Elle pourrait mettre fin à la sécurité, à la tranquillité et au niveau de vie que l'on pourrait tenir pour acquis dans un pays développé du début du 21ème siècle.

Ce qui nous arrive affectera sans aucun doute vous, moi et tous les autres Français.

La première phase a déjà commencé. En fait, comme je vous le prouverai dans un instant, la France est dans un état de crise perpétuelle depuis près de 40 ans.

A cause d'un système politique, économique et bancaire corrompu et sclérosé, vous pourriez assister dans les mois et les années qui viennent à...

Un gel des marchés monétaires qui vous empêchera d'accéder à votre épargne et à vos dépôts bancaires.

Une inflation galopante causant une augmentation spectaculaire des prix sur des choses aussi essentielles que le pain... ou le papier toilette.

Une hausse en flèche des taux d'intérêt qui provoquera des ravages dans votre épargne retraite.

Des millions supplémentaires de gens au chômage, sans le moindre signe d'amélioration en vue.

Et une France qui aura sans doute perdu son rang dans le monde -- pour très longtemps, voire définitivement.

Bien entendu, une crise de cette ampleur ne se produit pas du jour au lendemain. Ce désastre se construit depuis des décennies -- et il a pris de la vitesse depuis 2008, se nourrissant des taux d'intérêt artificiellement bas... des plans de relance... et de la surchauffe des planches à billets.

Je vous montrerai dans un instant comment tout cela s'est produit -- et comment le système tout entier, depuis votre banque de quartier jusqu'au président de notre pays, est responsable de cet état de fait.

Lorsque cet événement finira par entamer sa phase finale -- la plus dévastatrice --, de nombreux Français seront complètement pris de court.

C'est pour cette raison que je vous écris aujourd'hui.

Tandis que nos élus se disputent sur lequel d'entre eux aura la plus grosse part du gâteau... et tandis que la presse grand public détourne votre attention avec des affaires aussi "importantes" que le mariage homosexuel ou le destin d'une lycéenne de 15 ans... vous méritez de savoir ce qui nous attend dans un proche avenir... et comment cela change tout ce que vous tenez pour acquis en France.

Tandis que le reste du pays se laisse distraire par le travail dominical, la semaine de quatre jours dans les écoles et autres questions "vitales"... vous pourriez être en train de vous préparer et vous protéger des retombées de ces décennies d'incurie gouvernementale et financière.

Lorsque ces conséquences commenceront à se faire sentir, vous voudrez pouvoir protéger tout ce que vous et votre famille avez travaillé si dur à construire.

Aujourd'hui, je vous révèlerai de vrais chiffres qui vous aideront à mesurer exactement l'état de notre économie et de notre pays. Je vous dirai également comment vous préparer ; il suffit de mettre en place dès maintenant trois mesures très simples... qui pourraient vous permettre de continuer à vivre confortablement pendant que tout cela se produit.

Mais avant cela, je pense qu'il est essentiel que vous compreniez bien qui sont vos adversaires dans ce combat pour préserver votre prospérité...

 

Le système bancaire ne repose plus sur RIEN --
et vos dépôts sont en première ligne

Je ne vais pas revenir sur la crise bancaire de 2008 -- vous savez déjà probablement tout sur les manoeuvres des banques à l'époque et les plans de sauvetage de plusieurs milliards d'euros qu'il a fallu mettre en place.

Plus jamais ça, ont dit les politiciens et les autorités de régulation mondiales.

Citation Barack Obama

Citation Nicolas Sarkozy

Citation Christine Lagarde

Résultat de toutes ces vertueuses indignations et appels à la réforme ?

Il suffit d'un coup d'oeil au graphique ci-dessous. Il compare les bilans des six plus grosses banques françaises -- c'est-à-dire leurs engagements, leurs actifs et ce qu'elles prêtent... avec leurs fonds propres -- c'est-à-dire ce qu'elles ont réellement dans leurs coffres et qui doit servir à payer la casse si vraiment les choses tournent mal.

Regardez, c'est vraiment édifiant.

Actif total des 6 premières banques françaises

Non seulement les banques n'ont pas réduit les sommes qu'elles jouent au quotidien sur les marchés suite au choc de 2008... elles les ont même augmentées.

On arrive à plus de 7 000 milliards d'euros d'engagements au total pour nos grandes banques.

Le PIB français était de 1 800 milliards d'euros en 2012 : les banques françaises jonglent donc actuellement avec des montants représentant près de quatre fois le PIB national !

... Et ne vous y trompez pas : c'est votre argent qui sert de nantissement à ces engagements si astronomiques qu'ils en deviennent littéralement irréels.

Cela mérite quelques explications.

Voyez-vous, l'autre face du miroir, ce sont les fonds propres. Plus une banque prend d'engagements, plus ses fonds propres devraient augmenter. Leur croissance devrait être proportionnelle aux risques auxquels s'expose la banque... et même supérieure, puisque à ce niveau de taille, si une banque fait faillite, les dommages sont colossaux.

Or que voit-on sur le graphique ci-dessus ? Depuis 2008, c'est à peine si les banques ont accru leurs fonds propres !

Quelques exemples ? Voici un petit aperçu de la situation des plus grandes banques françaises à la fin du 2ème trimestre 2013, en milliards d'euros :

 
Engagements
Fonds propres
Effet de levier
BNP Paribas
1 359
51,5
Plus de 26 fois
les fonds propres !
Société Générale
894
27
Plus de 33 fois
les fonds propres !
Crédit Agricole
1 301
19,4
Plus de 67 fois
les fonds propres !

Mais la véritable garantie d'une banque, en fin de compte, ce ne sont pas ses fonds propres. Ce sont bien les déposants et les contribuables. Vous.

Il ne faut pas oublier que pour fonctionner, une banque achète vos dépôts, ou de l'argent, et prête ensuite cet argent. Elle réalise sa marge en prêtant plus cher qu'elle n'achète. Pour acheter de l'argent autre que vos dépôts, on dit qu'elle lève de l'argent sur les marchés.

Comme c'est une banque, les marchés acceptent de lui prêter moins cher. En effet, si les affaires de la banque tournent mal, ce seront les actionnaires, les fonds propres (l'argent qui appartient réellement à la banque) et la Banque centrale qui paieront la casse. Or la Banque centrale... ce sont les contribuables, vous et moi.

Fortes de ces privilèges, nos banques sont devenues irresponsables puisqu'elles savaient qu'elles ne paieraient pas les pots cassés.

Elles ont laissé grossir leurs bilans en se croyant immunisées contre tous les risques et en faisant croire aux marchés que lesdits risques étaient contrôlés.

Oh, nous avons entendu de beaux discours, suite à la crise de 2008. Régulation, "Bâle 3", stress tests (rappelez-vous... Dexia les passait haut la main en juillet 2010 -- avant de sombrer à peine un an plus tard !), moralisation... On allait voir ce qu'on allait voir !

Et on a vu.

puce La loi de séparation bancaire ?

Les banques n'ont pas été morcelées. Une loi de cantonnement de leurs activités spéculatives a finalement été votée -- à grand'peine -- en juillet 2013. Mais d'après Jean-Jacques Legendre et Christophe Caffard, respectivement ancien opérateur en salle de marché et avocat spécialisé en droit bancaire, dans un éditorial publié par Le Monde c'est là "une réforme en trompe l'oeil" :

Citation séparation bancaire

puce Les banques systémiques -- c'est-à-dire les banques "trop grosses pour faire faillite" ?

Ah là, on a agi. On n'a reculé devant rien. On en a fait... une liste. Une belle liste officielle, composée par les doctes économistes du G20, compilant les 28 banques les plus risquées au monde (avec quatre banques en lice, la France est bien représentée...). Certes, ces établissements sont toujours garantis par vous, vos enfants et vos petits-enfants sur sept générations -- mais au moins, on a la liste !!


puce Les produits dérivés ?

Ces produits financiers permettent de faire jouer des effets de levier colossaux ; ils ont transformé la finance en un véritable casino où l'on peut parier sa mise des dizaines, voire des centaines de fois. Eh bien... dès la fin 2011, ils étaient revenus au même niveau que juste avant la crise de 2008, soit 700 000 milliards de dollars. Oui, 700 000 milliards -- un sept suivi de 14 zéros. Vous avez du mal à imaginer une telle somme ? Sachez qu'elle représente près de 10 fois le PIB mondial.


Le moindre événement, le moindre choc faisant vaciller les marchés, le moindre remous en Zone euro... et tout cet édifice pourrait s'effondrer comme un château de cartes. Comme en 2008... mais en pire.

Et personne ne s'en inquiète.

Pourquoi donc ?

Parce que banques et Etats s'entendent comme larrons en foire. D'ailleurs les mêmes personnes passent allégrement des unes aux autres et vice-versa, tant aux Etats-Unis qu'en France ou en Europe.

Henry Paulson ? Ministre des Finances américain et ex-PDG de Goldman Sachs.

Mario Draghi, actuel président de la BCE ? Un ancien de Goldman Sachs.

Plus proche de nous, regardez les liens entre Christine Lagarde, ministre de l'Economie au moment des faits, et le Crédit Lyonnais...

Et que dire de François Pérol ? Secrétaire-général adjoint de l'Elysée lorsque Nicolas Sarkozy était au pouvoir, il est désormais président du groupe Banque Populaire-Caisse d'épargne... et en délicatesse avec la justice pour "prise illégale d'intérêt".

Citation anonyme

Et en France ? Pareil. Qui rachète les emprunts d'Etat de la France et en truffe vos livrets et assurances-vie ? Les banques : leurs détentions d'obligations françaises sont passées de 7% de leurs actifs en 2007 à 13% aujourd'hui.

Eh oui ! Il faut bien que la France surendettée place facilement ses émissions obligataires. Et pour une banque, c'est une opération "en or" : les emprunts d'Etat présentent un risque nul... puisqu'un pays ne peut pas faire faillite, c'est bien connu. Demandez à l'Islande, l'Irlande, la Grèce, le Portugal ou Chypre.

Depuis des années, les banques sous-estiment les dangers qui pèsent sur elles, calculent mal leurs risques, jouent de l'argent qui ne leur appartient pas -- et ne paient jamais les conséquences de leurs erreurs.

De la manière dont je vois les choses, les copains énarques se serrent les coudes. Je me sauve, tu me sauves, nous nous sauvons...

... et vous payez.

Mais puisqu'on parle du gouvernement, ne nous arrêtons pas en si bon chemin.

 

Il est temps de dire stop !

Vous n'avez pas à être la victime de l'irresponsabilité et de l'incompétence de ceux qui nous contrôlent et contrôlent notre argent.

Mais -- et je n'insisterai jamais assez sur ce point -- vous devez avoir un plan avant que cette crise ne passe au niveau supérieur.

Dans ce message, je vous détaillerai trois mesures simples que vous pouvez prendre maintenant pour vous protéger, vous, votre argent et l'avenir financier de vos proches.

Ne vous inquiétez pas : il ne s'agit pas de vous construire un abri anti-atomique ou de vous convertir à une vie en autarcie dans le Larzac.

Et même si je me trompe sur l'ampleur de la crise qui est en train de déferler sur la France... même si les autorités trouvent de nouveaux tours de passe-passe pour retarder l'inévitable quelques années encore... ces trois mesures pourraient vous aider à faire prospérer votre épargne quelles que soient les circonstances.

Franchement : préféreriez-vous rester là, bras croisés, à attendre les conséquences pendant que nos dirigeants continuent leur grand numéro de cirque politique ?

Voulez-vous dépendre des explications complaisantes de la presse grand public sur ce qui se passe dans notre économie ?

Voulez-vous que le système bancaire -- BCE en tête -- garde les rênes de votre argent pour en faire ce qui lui chante en fonction de ses erreurs du jour ?

Ou bien préféreriez-vous connaître la vérité -- et découvrir quelques manières simples de vous préparer à ce qui pourrait être plus grand désastre économique et financier de notre époque ?

Si vous avez choisi la vérité, alors permettez-moi de me présenter...

Je suis Simone Wapler, ingénieur et spécialiste de l'investissement. Je vous préviens d'emblée, mes travaux ne sont pas commandés par de grandes institutions publiques ou privées, ni banques, ni ministères. Je ne cherche pas les ors de la République.

Si je cherche quelque chose... c'est plutôt votre attention.

Mon objectif est simple : il ne s'agit pas ici de briller dans les dîners mondains mais de vous aider à faire fructifier votre patrimoine et le transmettre à vos enfants.

Depuis 13 ans, j'étudie l'impact des politiques économiques sur la vie de tous les jours et sur les patrimoines des Français. Le vôtre, le mien. Je décortique aussi l'incapacité de l'Etat à se réformer. En 2012, j'ai publié un livre : Pourquoi la France va faire faillite. A mon étonnement il s'est vendu comme des petits pains ; en quelques semaines il était épuisé. La suite, Main basse sur votre argent, a été publiée en 2013... avec le même succès.

Mes lecteurs les plus fidèles pourraient vous dire que je leur ai recommandé mon premier placement anti-crise dès 2003 : l'or physique. Pourtant, me direz-vous, l'or n'est plus vraiment un placement à la mode. Le métal jaune a dévissé de 150 $ entre le 12 et le 15 avril 2013, mettant tous les investisseurs en émoi, et il a du mal à remonter la pente. Pour autant, la plus-value latente de ceux qui ont suivi ce conseil est encore de +90% à l'heure où j'écris ces lignes.

Quant aux analystes qui constituent le reste de mon équipe, ils ont prévu quasiment tous les grands événements financiers de la décennie passée avec une exactitude à peu près sans égale.

Hausse puis éclatement de la bulle des dot.com... effondrement des subprime aux Etats-Unis... chute du dollar US et hausse de l'or... crise de la Zone euro et de la dette des Etats... A chaque fois, nous avons eu une longueur d'avance sur la presse grand public.

Mais je n'ai pas préparé ce message pour vous parler de notre historique. Le passé est le passé.

Il s'agit simplement de vous aider à reprendre la main sur votre épargne, votre argent et, en fin de compte, votre vie... alors que, partout, désinformation et répression financières règnent.

Il suffit de regarder ce qui se passe autour des banques centrales...

 

Les manipulations des banques centrales

C'est bien connu : Jean-Claude Trichet, Ben Bernanke, Mario Draghi et tous les autres sont des héros. Des sauveurs de l'économie. Ils nous ont protégés contre le terrible monstre de la déflation, ils ont réussi à créer une reprise économique.

Ah vraiment ?

Voyons un peu... En 2012, la "croissance" du PIB en Zone euro avait reculé de -0,5%. Soyons justes : sur 2013, les derniers chiffres (concernant le deuxième trimestre) montrent qu'on est clairement sortis du marasme avec un PIB enregistrant la hausse spectaculaire de... 0,3%.

En France, la croissance a été nulle en 2012 -- et on se hisse péniblement à 0,5% entre le premier et le deuxième trimestre 2013.

Le chômage ? Eh bien...

Citation Michel Sapin


Citation François Hollande

Citation JM Ayrault

En réalité, le taux de chômage atteignait les 12,2% sur l'ensemble de la Zone euro en septembre 2013 -- un record. En France, il est à 11% actuellement, et il devrait augmenter encore en 2014.

(En plus, comme nous le verrons dans quelques lignes, ces chiffres officiels sont en fait faussés... et un autre indicateur montre que la situation est encore plus inquiétante. Nous y reviendrons).

Et on veut nous faire croire à la croissance et à la sortie de crise ?  

Citation Christine Lagarde vert

Mais il est vrai que des moutons paisibles et rassurés sont plus faciles à tondre...

La vérité, c'est que les banquiers centraux ont rajouté de la dette à la dette... ils ont manipulé à la baisse les taux d'intérêt... ils ont créé des tombereaux de fausse monnaie... Et tout cela pour nous leurrer.

Car c'est cela, la manipulation des banques centrales. Faire croire que :

- l'augmentation de la dette publique est la croissance de l'activité économique.
- les mauvaises créances sont vraiment de l'argent.
- les banques sont solvables.
- les gouvernements sont solvables.

Et pour cela, elles ont recours à des formes de manipulation aussi perverses que néfastes.

La BCE a par exemple fixé depuis des années un taux directeur très faible pour faire croire que le risque n'existe pas et flouer les épargnants.

Ici, permettez-moi quelques explications de fond mais importantes pour comprendre comment on essaie de vous faire prendre des vessies pour des lanternes... et ainsi ne plus être la dupe du système.

Vous avez sans doute entendu parler du taux directeur -- ou taux de refinancement. C'est le taux auquel les banques peuvent emprunter de l'argent auprès de leur banque centrale pour une durée courte (une semaine).

Dans le cas de la BCE, ce taux est passé de 4,25% en 2008 à 0,50% actuellement.

Or la finance fonctionne sur le principe "risque/rendement". Plus le risque est élevé, plus le rendement (le taux) monte. Normal : le prêteur veut être récompensé de sa prise de risque. Sur un marché libre, les taux tendent à grimper lorsque les risques augmentent, ce qui permet une régulation naturelle du crédit.

Sauf que nous avons actuellement des taux bas en Zone euro... et une situation économique et financière tout aussi fragile et hasardeuse qu'en 2009.

Baisser les taux lorsque la situation est en réalité dangereuse revient à manipuler le marché.

Car tout se fixe en fonction du taux directeur qui constitue le plancher. Les prêts des banques entre elles, les obligations émises par les gouvernements, celles émises par les entreprises, les prêts aux entreprises, les prêts aux particuliers tant pour l'immobilier que pour la consommation. Tout.

Des taux artificiellement bas favorisent les emprunteurs mais flouent les prêteurs -- c'est-à-dire les épargnants qui prêtent de l'argent qu'ils ont vraiment gagné : vous.

Résultat : vous avez une rémunération plus faible que celle que vous devriez avoir compte tenu du risque réel que vous prenez.

Et comme si cela ne suffisait pas, la BCE a également prêté de l'argent qu'elle a créé de toutes pièces.

Là encore, la manipulation est masquée dans un brouillard de termes techniques et de déclarations ambiguës -- pour mieux faire passer des manœuvres pas très nettes. Voici en quelques mots ce qui se passe :

Depuis la crise de 2008, les banques rechignent à se prêter entre elles, étant bien conscientes du véritable état de leurs bilans respectifs !

Le système étant donc menacé de paralysie, la BCE est intervenue. Elle a mis en place les fameux LTRO -- ce qui signifie "opérations de refinancement à long terme", en français financier... et "achat de créances pourries à l'aide d'argent créé à partir de rien", en français normal.

Dans le cadre des LTRO, en effet, la BCE crée de l'argent en acceptant en gage des créances pourries apportées par les banques commerciales à qui elle prête.

Fin 2011 et début 2012, la BCE a ainsi donné plus de 1 000 milliards d'euros aux banques commerciales pour faire croire que tout allait bien dans la finance. Depuis, les banques auraient réussi à rembourser 275 milliards d'euros selon la presse financière.

Mais en septembre dernier, Mario Draghi indiquait que les banques centrales ont remboursé "une grande partie" des deux premiers LTRO. Il se félicitait aussi :

Citation Mario Draghi

Visiblement, nous n'avons pas les mêmes notions d'arithmétique que M. Draghi. Selon nous, une grande partie de 1 000 milliards d'euros, ce serait plus de 500 milliards... Mais sans doute les banques ne sont-elles pas sujettes aux mêmes lois mathématiques que nous autres communs des mortels.

Il n'en reste pas moins deux questions intéressantes. Avec toutes ces bonnes nouvelles...

... Pourquoi les LTRO sont-ils à nouveau à l'ordre du jour, M. Draghi n'excluant pas une troisième opération de refinancement ?...

... Et si l'on se penche un peu sur le détail des finances de la BCE, on trouve une rubrique "concours en euros à des établissements de crédit de la Zone euro liés aux opérations de politique monétaire", avec un montant de plus de 775 milliards d'euros, dont 679 milliards pour les opérations de refinancement à plus long terme.

Là encore, pourquoi de telles sommes si les banques sont capables de se débrouiller entre elles et de se faire confiance ?

La vérité est simple : les banques ont trop prêté. Faute de croissance économique, les créances deviennent de plus en plus douteuses ; pour masquer ces pertes, on maquille une crise de solvabilité (la banque devrait s'asseoir sur ses mauvaises créances, quitte à faire faillite) en crise de liquidité (la banque a simplement une fin de mois difficile à passer).

Allez, ça finira bien par s'arranger et la croissance reviendra un jour, n'est-ce pas  ? Et en attendant on continue les tripatouillages monétaires...

Ces opérations mystérieuses pour le profane sont bien des manipulations monétaires dont le but inavoué est de masquer la profonde insolvabilité de nos banques "trop grosses pour faire faillite".

Et en échange de ces bons et loyaux services, les banques continuent à avaler les créances douteuses de la Grèce, du Portugal, de l'Irlande, de l'Espagne, de l'Italie... et de la France !

Une fois encore, on joue à "je te sauve, tu me sauves... et le contribuable paiera !"

 

"Et alors ?"

Franchement, je ne vous blâmerais pas si, arrivé à ce stade, vous vous posiez cette question.

"Et alors ? En quoi est-ce que ça me concerne ? Tout ça, c'est des trafics qui n'ont rien à voir avec moi, que ces messieurs se débrouillent avec leurs milliards, de toute façon, depuis le temps qu'on nous prédit une catastrophe et qu'elle n'arrive pas"...

Le seul problème avec ce raisonnement, c'est qu'il est risqué.

Ce n'est pas parce qu'un désastre n'est pas encore arrivé qu'il n'arrivera jamais. Demandez aux responsables de la centrale atomique de Fukushima... ou aux dirigeants de l'ex-Lehman Brothers.

Et c'est aussi exactement ce que veulent les autorités. Que vous restiez sans bouger, confortablement installé dans des certitudes, "la tête dans le sable"... pendant qu'elles s'occupent de régler leurs petites affaires avec votre argent.

Ne vous y trompez pas. C'est votre épargne qui est en jeu. Votre retraite. L'avenir de votre famille. Et le niveau de vie que vous tenez sans doute pour acquis en tant que Français. Ce n'est pas une déclaration que je fais à la légère.


Regardez autour de vous : vous verrez les signes de déclin se multiplier.

  • De plus en plus d'entreprises ferment ou sont en difficulté -- y compris des noms aussi connus que La Redoute, Hédiard ou encore Alcatel. Plus de 13 100 sociétés ont été placées en redressement ou en liquidation judiciaire, ou encore en procédure de sauvegarde, au troisième trimestre 2013.
  • Au classement des pays les plus dynamiques au monde compilé par le groupe d'audit international Grant Thornton, la France a un score tout juste médiocre de 55 points sur 100... derrière les Philippines !
  • Morosité, chômage, manque d'opportunités... les Français quittent le pays. Ils ont été 35 000 à s'expatrier en 2011 (derniers chiffres connus) -- soit une hausse de 62% en un an. Il est à noter que les jeunes, la force vive d'un pays, constituent plus du tiers (37%) des émigrants...
  • La France détient en revanche un quasi-record mondial en matière de pression fiscale : avec un taux de 56,6% de prélèvements obligatoires, elle est deuxième au podium des impôts, juste après la Belgique.
     
  • Une étude de l'Institut Molinari montre que pour disposer de 100 euros de pouvoir d'achat réel, votre salaire doit être en fait de... 230 euros !

Citation Molinari

Et je pense que cela va empirer. Toujours plus d'impôts pour toujours moins de qualité de vie à mesure que les caisses de l'Etat se vident et que notre pays se sclérose.

 

Ce qui pourrait vous attendre d'ici la fin de la décennie...

Si les choses continuent sur cette voie, l'Etat français pourrait se retrouver en situation de défaut -- exactement comme la Grèce ou Chypre.

Imaginez ce qui se passerait dans ce cas : le temps de réaction pour les appels à la police ou aux pompiers deviendrait radicalement plus lent... voire s'arrêterait. La collecte des ordures se ferait non plus plusieurs fois par semaine... mais une fois par mois, et encore. L'état des routes irait en se dégradant, tout comme la sécurité dans des endroits que vous considériez sûrs.

Santé, travail, voyages, prêts bancaire... tout cela pourrait devenir un véritable parcours du combattant -- ressemblant plus à ce qu'on a l'habitude de voir dans un pays du Tiers-Monde que dans un pays occidental "développé".

Nos politiques multiplieront alors les réunions d'urgence, les déclarations d'intentions et autres "solutions" cherchant simplement à masquer le fait qu'ils sont au pied du mur.

Rappelez-vous ce que je vous disais plus haut : confrontées à la crise de 2008, les autorités ont choisi la voie de l'endettement et de la création monétaire, pourvoyeuse d'inflation.

Tout indique qu'en cas de nouveau choc, elles feront exactement la même chose. Et ces décisions prises en pleine panique pourraient détruire votre patrimoine et réduire à néant votre épargne... tout en faisant augmenter le prix de ce que vous payez au quotidien pour des choses aussi essentielles que le lait, le pain et le carburant.

Au pire, nous pourrions assister à des manifestations et des émeutes.

Inutile de vous rappeler les scènes auxquelles nous avons assisté dans les rues d'Athènes ou de Chypre en 2010 et 2013 respectivement ; il suffit de voir ce qui s'est passé lors des débats sur le mariage homosexuel, ou, encore plus récemment, autour de l'écotaxe en Bretagne, pour constater que la population française a les nerfs à fleur de peau.

Le chaos dans les rues ne sera plus une chose que vous regardez depuis votre fauteuil au journal de 20h, affectant des pays éloignés. La situation pourrait dégénérer jusqu'à amener la violence dans votre ville... votre quartier.

Tout cela peut vous sembler parfaitement incroyable pour l'instant. Mais je vous en prie, lisez ce message jusqu'au bout avant de vous décider.

J'aimerais également préciser que je n'ai pas envie que toutes ces choses se produisent. Et je n'ai pas non plus d'intérêt à jouer les oiseaux de mauvais augure. En fait, j'espère même que je me trompe sur l'issue des événements.

Mais je ne suis pas prête à faire dépendre mon avenir d'une chose aussi fragile qu'un "j'espère". Et si je vous écris aujourd'hui, c'est parce que je pense que vous êtes comme moi.

Avec quelques mesures simples, vous pourriez protéger votre famille et construire une "forteresse" autour du patrimoine pour lequel vous avez travaillé si dur.

Je vous montrerai toutes ces étapes dans un instant.

Je ne vous demanderai pas de faire une donation à un parti... de rejoindre une association... ou de signer une pétition. Nous ne sommes pas une structure politique. Nous publions des idées... des stratégies... et des techniques qui vous aideront à comprendre les grandes tendances économiques et financières et à investir en conséquence.

Je cherche simplement à vous aider à éviter les conséquences graves qui suivent souvent les virages historiques majeurs.

Vous pensez peut-être que ce que je dis semble "gros comme une maison". Mais rappelez-vous...


Il y a des années, en 2006-2007, quand mon équipe d'analystes et moi-même avons publié le simple avertissement que les marchés ne montent pas jusqu'au ciel et que la situation des subprime commençait à être dangereuse... les gens se sont simplement moqués de nous.

Vous savez déjà ce qui s'est passé en 2008. Le marché boursier s'est effondré. Le CAC 40 a été divisé par deux ou presque en un an. Durant la crise qui s'est ensuivie, des millions de personnes ont perdu leur emploi.

Lorsque nous avons commencé à conseiller à nos lecteurs d'acheter de l'or comme moyen de se protéger contre l'explosion de dette des Etats partout dans le monde et des excès d'impression monétaire, on nous a regardé bizarrement. On nous a traités de fous, de dépassés.

C'était il y a une décennie, quand l'or se vendait 253 $ l'once. Aujourd'hui, il dépasse les 1 300 $.

J'ai bien conscience que le message que vous avez sous les yeux peut être difficile à digérer, surtout en regard de ce que livrent les médias grand public au quotidien. En surface, mes accusations sont si radicales que nombre de gens essayeront de les réduire à néant en m'accusant d'avoir des motifs politiques. Ce n'est pas le cas.

Simplement, j'en ai assez d'être prise en otage par des "entités" corrompues et incompétentes, qui décident à ma place et n'ont selon moi absolument pas prouvé leur capacité à nous sortir de la crise.

Et je vais partir du principe que si vous m'avez lue jusqu'ici, c'est parce que vous êtes du même avis que moi... Alors continuons notre exploration des raisons de la crise -- et ce que vous allez découvrir pourrait bien vous choquer.

 

L'Etat est corrompu... et vous corrompt !

Citation Merkel

8 000 euros par habitant, c'est le montant moyen des prestations sociales que verse la France.

La France est le deuxième pays au monde pour ces dépenses de redistribution... alors que nous n'arrivons qu'au vingtième rang en termes de PIB par habitant.

La très grande majorité de ces prestations sont versées sans conditions de ressource. Les allocations diverses pèsent 30% du budget des ménages. Autrement dit, les électeurs sont de plus en plus financièrement dépendants de l'État.

Le secteur privé ne représente plus que 43% de l'économie française, 57% de l'activité provenant du secteur public, contrôlé par l'Etat. Pour avoir plus, il faut plus d'Etat.

C'est très clair : le système actuel rend les gens et le secteur privé de plus en plus dépendants des largesses du gouvernement.

Qu'il s'agisse de gagner des voix ou de plaire à un lobby qui saura vous renvoyer l'ascenseur... les politiques (et ce quelle que soit leur couleur politique, croyez-moi) jouent tous le même jeu. Il n'y a qu'une seule règle : choisir à qui on va donner et à qui on va prendre. Et un seul but : conserver les électeurs en situation de dépendance... afin d'augmenter son influence politique.

C'est aussi simple que ça.

Et c'est pour cette raison que je dis que l'Etat vous corrompt, vous personnellement. Chaque électeur a un intérêt financier à voter pour le système qui va lui donner le plus et lui prendre le moins.

L'Etat intervient partout, fausse les règles économiques, déforme le système financier, pèse sur les revenus et les bénéfices, oblige entreprises et individus à faire des choses qu'ils n'auraient peut-être pas décidé par eux-mêmes. Tout est brouillé.

Le summum du cynisme a été atteint le 22 décembre 1989, lorsque les élus de l'Assemblée nationale se sont auto amnistiés dans l'affaire du financement occulte du Parti socialiste. L'Assemblée législative s'est assise sur ses propres lois et a décidé que les représentants du peuple sont au-dessus de celles-ci.

Comment voulez-vous qu'un pays fonctionne sainement dans de telles conditions ?

Soyons clairs, certaines dépenses de redistribution sont ponctuellement indispensables -- voire vitales pour ceux qui les reçoivent. Une société doit faire des choix d'assistance de ses membres confrontés à de graves accidents de la vie.

Mais lorsqu'un pays champion du monde des dépenses publiques n'affiche pas des taux de pauvreté ou de chômage enviables et régresse dans le classement des pays riches... il faut se poser des questions primaires telles que "où va l'argent ?" et "à qui profite ce système ?"

Parce qu'il y a une chose à ne pas oublier : tandis que les dépenses de redistribution ont augmenté, il en est allé de même pour...

... les impôts
... la dette publique
... le taux de chômage.


Il suffit de comparer la situation de la France en 1978 à celle de 2012 pour constater la dégradation dramatique de notre pays depuis la fin des Trente glorieuses :

NB : Tous les chiffres notés * sont en euro constant, c'est-à-dire corrigé de l'érosion monétaire

 
1978
2012
Déficit en milliards d'euros
1,20
81,4
Dette en milliards d'euros
72,80
1 833,8
Part du secteur privé dans l'économie en %
56
43
Revenu disponible par habitant en euros*
14 710
20 455
Dette par habitant en euros *
4 608
28 788
Taux de chômage en %
4,4
10,2
Revenu disponible par habitant diminué de la dette en euros*
10 102
- 8 333

En un mot, la croissance française est un mythe, un leurre, un fantôme. Que de promesses de lendemains qui chantent depuis les années noires des chocs pétroliers ! 

Et qu'avons-nous récolté en fin de compte ? De l'inflation, des dévaluations, du chômage de masse, des impôts et de la dette qui va devenir bien trop lourde à porter... Car elle grossit chaque année, et nos créanciers, eux, pourraient perdre patience.

Il suffirait que les taux à long terme augmentent de quelques points pour que la France se retrouve dans des difficultés aussi aiguës que celles de la Grèce, du Portugal ou de l'Espagne.

En s'endettant sans espoir réaliste de remboursement, les gouvernements vous ont acheté de la fausse prospérité... et le plus grave, c'est qu'ils le savaient parfaitement !

Citation Jospin

Citation Fillon


Citation Sapin

Tout occupés à soudoyer les électeurs pour s'arroger le pouvoir, nos dirigeants ont choisi de ne pas lever les impôts nécessaires au financement de ces promesses. L'impôt aurait permis à chaque citoyen de prendre la mesure de leurs véritables coûts... et d'arrêter ce processus fatal.

Mais l'Etat a préféré le mensonge... et repousser les problèmes à plus tard, en endettant les générations futures, qui devront payer les engagements pris (et reniés) par des autorités irresponsables et parjures.

 

Pourquoi, en plus, vous ne pouvez pas compter
sur la presse pour vous donner les bonnes informations

Nous en sommes désormais presque arrivés à la fin de mon "réquisitoire" -- où je vous en dirai plus sur les trois mesures simples que vous pouvez prendre dès à présent pour éviter d'être la victime des mensonges et des manipulations.

Mais d'abord, j'aimerais vous montrer en quoi les médias ont leur part de responsabilité dans la situation actuelle...

Selon moi, la presse et les médias doivent représenter un "quatrième pouvoir" face aux pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Mais en France, ce quatrième pouvoir n'a plus guère de poids -- à part quelques organes de presse alternative.

C'est logique : comment la presse et les médias pourraient-ils dénoncer le capitalisme de connivence ou le capitalisme étatique ? Ils reçoivent des subventions !

Entre 2009 et 2011, les aides publiques directes et indirectes versées à la presse ont atteint le montant de cinq milliards d'euros. Rien que sur l'année 2013, elles se monteront à 684 millions d'euros.

Comme le dit le proverbe, "on ne mord pas la main qui vous nourrit"... que ce soit celle de l'Etat ou des annonceurs lobbyistes.

Et il n'y a pas que les organes de presse qui reçoivent de l'argent public. Les journalistes ont leur niche fiscale -- un abattement spécial dont le manque à gagner en recettes fiscales se chiffre à 60 millions par an.  

Si l'on divise ce chiffre par le nombre de journalistes en France -- 37 286 --, on obtient 1 609 euros de réduction d'impôt par journaliste.

Citation Fillon

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : je ne pense pas qu'on puisse obtenir de parole vraiment critique de la part de gens ainsi subventionnés, payés, "achetés" par l'Etat lui-même.

De Valérie Trierweiler à Audrey Pulvar en passant par Béatrice Schönberg, beaucoup de journalistes ont en outre des conjoints ou compagnons appartenant au monde politique. La mode de l'union libre fait qu'il est difficile pour l'auditeur ou le lecteur de faire le rapport entre l'interviewé et l'intervieweur.

Mais ceci ne serait presque que de la nourriture pour presse people s'il n'y avait pas plus grave encore...

Souci de faire de l'audience, recherche du sensationnalisme, manque de culture économique et financière : les médias grand public semblent désormais se contenter de reprendre les propos de nos politiques sans vraiment les remettre en question.

Ils cherchent la "petite phrase" qui va faire le buzz, se lancent dans des surenchères et de la provocation... mais si l'on reprend l'exemple de la campagne présidentielle 2012, par exemple, on constate que les sujets importants comme la dette, le déficit public ou l'interventionnisme de l'Etat ont été complètement éludés.

Mais ce qui est peut-être le plus grave, c'est le rabâchage servile des grandes statistiques économiques.

PIB, chômage, consommation des ménages, inflation... on se contente de vous resservir les données officielles -- sans souci de creuser un peu plus loin, sans chercher à voir comment ces statistiques sont compilées, bref sans la moindre distance ou relativisation.

Or ce sont là des données cruciales, qui donnent un éclairage tout différent aux circonstances économiques selon la manière dont elles sont calculées.

Permettez-moi de vous donner quelques exemples...

 

Les VRAIS chiffres de l'économie française

Prenons le sacro-saint PIB, par exemple
On se congratule dans la presse de ce qu'il est prévu à +0,2% pour 2013, signant une sortie de la récession, etc.


Ce qu'on omet de préciser... c'est que le PIB tient compte aussi de l'activité de l'Etat -- y compris du déficit !

Si l'on enlève cette donnée-là -- c’est-à-dire si l'on s'en tient aux entreprises privées créant de la richesse sur notre territoire... nos calculs montrent que pour 2013, il faut plutôt s'attendre à un recul de 0,1%.

La reprise est-elle toujours aussi tangible ?

Et si on s'intéressait à l'emploi ?
Comme je vous le disais plus haut, le taux de chômage officiel est de plus de 11% à l'heure où j'écris ces lignes. C'est déjà assez catastrophique en soi.

Maintenant... faisons ce que ne fait pas la presse grand public, et regardons un peu plus loin, de l'autre côté de l'équation : le taux d'emploi, c'est-à-dire la proportion de personnes disposant d'un emploi parmi la population en âge de travailler.

Contrairement au taux de chômage, cette statistique n'est pas soumise à des manipulations du genre "chômeurs catégorisés à tort comme handicapés", "incitation au renoncement lorsqu'on est un chômeur en fin de droit", etc., qui permettent de faire discrètement baisser un chiffre par trop embarrassant.

Et que nous dit le taux d'emploi français ? Eh bien... il est à 63,9%. Le calcul est vite effectué : cela fait une bien plus grande proportion de "sans emploi" que les 11% cités plus haut...

Quant à la dette publique...
Là encore, tout est question de calcul. Lorsqu'on rapporte la dette publique au PIB, la presse nous donne des chiffres aux alentours des 92%.

Mais si l'on compare -- ce qui semblerait assez logique -- la dette publique avec les recettes publiques, c'est-à-dire les entrées et les sorties, comme dans tout budget "normal", alors là... c'est bien différent.

Selon nos calculs, cette "dette fiscale" représenterait en fait 626,3% des impôts levés !

Je pourrai continuer ainsi pendant encore longtemps -- mais je ne veux pas non plus vous assommer sous les chiffres. L'essentiel est que vous compreniez qu'il ne faut pas vous contenter de ce que vous servent les médias.

Je ne dis pas que leurs informations sont fausses ou inutiles ; nos calculs aussi peuvent être discutés, bien sûr. Mais pour avoir un regard lucide sur le système actuel... il faut aller plus loin. Qu'il s'agisse de votre information personnelle, des choix que vous faites pour votre argent -- ou, en fin de compte, de votre choix de vote --, il est essentiel de pouvoir prendre vos décisions en toute connaissance de cause.

Et nous sommes là pour vous y aider.

Nous vivons principalement des abonnements de nos lecteurs -- ce sont à eux que nous devons des comptes. Nos moyens sont relativement modestes par rapport à ceux des grands groupes de presse/radio/télévision.

C'est précisément cette indépendance qui nous permet de vous apporter un éclairage différent, sans langue de bois... et dont le but est de vous enrichir, au propre comme au figuré.

Pour se sortir du pétrin dans lequel il se trouve actuellement, l'Etat français n'a que deux solutions. L'inflation, qui dissout votre épargne... ou le défaut, qui l'anéantit.

La crise que nous traversons actuellement pourrait se révéler l'une des plus graves de l'Histoire. Et nos dirigeants sont occupés à semer les germes d'une crise encore plus grave. Tout cela se produit en ce moment même.

Certes, ce n'est pas facile à accepter. Vous pouvez d'ailleurs continuer à nier les conséquences. Vous pouvez continuer à espérer que le gouvernement sera toujours là pour vous sauver la mise...

Ou vous pouvez agir maintenant pour vous protéger.

Le choix est entre vos mains.

Si vous préférez reprendre le contrôle, et agir pour la protection de votre épargne, il existe trois mesures que je vous recommande de prendre immédiatement.

Si je me trompe, si mon analyse est fausse... vous n'aurez rien perdu que le temps passé à découvrir et appliquer cette stratégie. En revanche, si tout se passe comme je le prévois, vous pourriez vous en sortir bien mieux que le reste des investisseurs.

Rien qu'en lisant ce message, vous avez déjà pris de l'avance sur des millions de Français. Contrairement à eux, vous êtes informé de la réalité de la situation.

Maintenant, en prenant ces trois mesures simples sans attendre, vous pourriez être en route pour la sécurité... alors que le désastre s'abat sur notre pays.

Ces trois mesures, je les détaille dans un rapport exclusif, que j'ai intitulé La France va faire faillite : comment mettre votre patrimoine à l'abri.

Ce rapport m'a demandé, à moi et à mon équipe, de très longues heures de travail. Mais il me semblait essentiel de vous donner des armes qui vous aideront à surmonter les très graves difficultés qui nous attendent.

A commencer par mon...

 

SECRET N°1 :
Votre antidote contre le mensonge de la fiabilité
des obligations souveraines françaises

Les obligations françaises pourraient bientôt n'avoir pas plus de valeur que le papier sur lequel elles sont imprimées. La faillite et l'inflation mettront à mal les titres du Trésor français... et l'euro dans lequel ils sont libellés.

Si vous avez des obligations françaises dans votre patrimoine, je n'aurais qu'un conseil : débarrassez-vous-en. Sans attendre. Et concentrez-vous sur une autre catégorie de titres, qui pourraient profiter de ce terrible engrenage : les obligations de pays émergents.

C'est simple : si la faillite de la France et la dévalorisation, voire le délitement, de l'euro se produisent... les monnaies des économies émergentes se valoriseront. C'est mécanique. Ces pays ont déjà pris des mesures pour lutter contre l'inflation, et les taux d'intérêt y sont déjà plus élevés : deux facteurs de profit potentiel sont ainsi à portée de main... tout en vous permettant de "sortir" votre argent des marchés développés -- qui sont désormais plus dangereux que les marchés émergents.

Rassurez-vous, il ne s'agit pas d'aller risquer votre argent dans des pays dangereux, sur des marchés difficiles et illiquides. Non... j'ai soigneusement sélectionné pour vous un placement unique, que vous pouvez acheter en toute simplicité et en toute sécurité depuis la France.

Ce titre vous permettra -- en une seule position -- de profiter du potentiel d'un pays émergent soigneusement sélectionné pour sa solidité. L'objectif de cette stratégie est de vous permettre d'avoir en fond de portefeuille un titre qui évoluera et mûrira au fil des ans, en même temps que ce pays en plein développement.

Réfléchissez-y : je vous propose d'échanger les titres de pays en pleine crise, dont la monnaie ne tient plus qu'à un fil, contre un investissement simple dans une zone géographique vigoureuse, en pleine croissance... et qui a tout l'avenir devant elle.

Et ce n'est pas tout. Permettez-moi de vous présenter la deuxième étape de ma stratégie de survie financière...

 

SECRET N°2 :
Ayez de l'or, du physique, du vrai,
c'est également indispensable

Une telle recommandation peut paraître surprenante. Après tout, l'or a subi un gros revers courant avril 2013, passant sous les 1 500 $ l'once.

Mais il ne faut pas perdre de vue le contexte plus large. Au plus fort de la crise du crédit subprime, les autorités voulaient de l'inflation, voulaient que leur monnaie soit faible face au dollar, lui-même faible. Les autorités ont donc imprimé beaucoup de papier monnaie sans aucune contrepartie.

Le papier s'est multiplié, mais pas la richesse. Et l'énorme cohorte des chômeurs met les prix des biens et services sous le boisseau.

Un rapport de l'Organisation internationale du travail daté d'avril 2012 soulignait la gravité de la situation de l'emploi dans le monde. "202 millions de personnes seront au chômage cette année, six millions de plus que l'an passé", selon l'OIT.

Les autorités voulaient de l'inflation. Elles ne l'ont pas obtenue. L'argent imprimé est resté bloqué dans le circuit financier. Jusqu'à quand ?

L'argent imprimé est une malhonnêteté. Il donne du pouvoir d'achat sans contrepartie de travail. Pour un individu, cela s'appelle être un faux monnayeur et c'est l'un des crimes que les Etats considèrent comme le plus grave, juste derrière l'homicide. Pour un Etat, en revanche, cela s'appelle des "mesures non conventionnelles", du quantitative easing, du twist, de la création monétaire. Mais le résultat est le même : c'est de l'argent obtenu sans recettes fiscales, sans pression fiscale.

Comme le dit Dylan Grice, économiste de la Société Générale, dans une note intitulée Un marché honnête : 10 000 $ l'once d'or est-elle une juste évaluation ? (The market for honesty : is $10 000 gold fair value?) :

"Laissez-moi vous expliquer pourquoi j'estime qu'imprimer de la monnaie est un comportement fondamentalement malhonnête. Imaginez la manière dont cela fonctionne. Quand la Banque centrale accroît la masse monétaire de 1% pour un coût nul, où cet argent va-t-il ? Réponse : sur le marché des obligations gouvernementales. Puisque imprimer de l'argent pour acheter des obligations souveraines ne coûte rien, les recettes du gouvernement sont obtenues gratuitement. Bien sûr, les autorités achètent ces obligations sur le marché secondaire plutôt que directement auprès du gouvernement et on simule une transaction entre le gouvernement et sa banque centrale. Toutes les parties revendiquent une séparation entre la politique monétaire et la politique fiscale. Mais c'est seulement un simulacre. En émettant des obligations qu'il se revend, le gouvernement paraît avoir miraculeusement augmenté ses recettes sans avoir débité quiconque. [...] Cependant, l'argent gratuit n'existe pas et ne peut exister. Quelqu'un, quelque part, doit payer. Mais qui ? C'est là où la malhonnêteté devient subtile car la réponse est que personne ne sait".    

.../...    

Pour la suite, voir la Stratégie de Simone Wapler   

La Stratégie de Simone Wapler est publiée par les Publications Agora France,une société à responsabilité limitée de presse au capital de 42 944,88 euros, inscrite au Registre du Commerce et des Sociétés de Paris sous le numéro 399 671 809, dont le siège social est 8, rue de la Michodière – CS 50299 - 75081 Paris Cedex 02, numéro de TVA intracommunautaire FR 88399671809.    

© 2013 Publications Agora France

   

 

Partager cet article

19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 07:49

En tout, ce sont 50 milliards de dollars que proposent les banques au gouvernement américain pour "enterrer" définitivement le souvenir de leurs dérives immobilières. Mais l'actualité financière ne s'arrête pas là. Les fraudes au Libor refont parler d'elles et les banques ont obtenu quelques assouplissements dans la réglementation prévue par les accords de Bâle 3, donnant l'impression que les leçons de l'histoire récente n'ont pas été totalement assimilées.

Atlantico : Différentes banques américaines et européennes étudieraient en ce moment, avec leurs avocats, la possibilité de verser, en tout, 50 milliards de dollars (voir ici) aux autorités américaines pour qu'elles cessent les poursuites dont elles font l'objet à propos de leur rôle dans la crise immobilière. Le gouvernement n'exclue pas de tels versements. Face à l'appât financier, les pouvoirs publics sont-ils indéfectiblement poussés au compromis ? Les banques tenant les cordons de la bourse, celles-ci sont-elles en position de force par rapport aux États ?

Eric Lamarque : Ce montant est le résultat d’une négociation, d’un compromis. Cela est conforme à la culture anglo-saxonne qui, sur ce point, est très différente de la nôtre. Les autorités américaines sont satisfaites de cet accord. Elles n’ont pas accepté à contre-cœur. Le montant pour les banques auraient sans doute été beaucoup plus fort si elles n’avaient pas reconnues leurs torts. C’est pour cela que beaucoup en France pensent que les banques s’en tirent à bon compte et sont en position de force par rapport aux Etats. Notre culture est plutôt celle de la recherche d’un bouc émissaire et de le faire payer au maximum. Pour juger que cette somme n’est pas suffisante, il faudrait avoir une base objective comme l’évaluation des gains indument perçus par les banques pendant cette période. Ces sommes sont impossibles à calculer précisément. Pour les 16 banques concernées aux USA la somme paraît supportable. Si on regarde les résultats annuels de JP Morgan, son amende record représente un peu plus de la moitié de son bénéfice.

François Leclerc : Comment ne pas être est frappé par le sentiment d'impunité qui prévaut chez les hauts responsables des établissements bancaires, car seuls les lampistes sont condamnés – lorsqu'ils le sont ? Un mystère doit être élucidé : que faut-il donc faire pour risquer la prison lorsqu'on est banquier, puisqu'on ne risque jamais d’être condamné ? Aux États-Unis, la méthode des transactions à l’amiable est privilégiée (sauf pour Madoff) : la banque fautive paie une amende sans avoir à reconnaître sa responsabilité et en ressort miraculeusement "absous". Prenons le cas de JP Morgan la plus grande banque d'affaire américaine : cette banque a accumulé les d'amendes colosales en 2013, et cela n'est pas fini, des poursuites et des enquêtes étant encore en cours. Mais JP Morgan veut vite et à tout prix tourner la page pour "enterrer" le passé.

Bernard Marois : Il faut avant tout rappeler que les États se trouvent toujours entre le marteau et l'enclume, car d'une part ils souhaitent punir les responsables de comportements hors la loi des banques, mais d’autre part ils doivent préserver à tout prix l’économie, et on sait que les banques sont un acteur important dans son financement.

Notons également que la situation est très différente entre les États-Unis et l’Europe. Jusque dans les années 1990, les banques américaines avaient un pouvoir assez limité, car l’essentiel des financements provenait des marchés, contrairement à l’Europe continentale où les banques prévalaient dans ce domaine. Le marché bancaire américain était aussi très éclaté jusqu’à cette même époque puisque les banques étaient au nombre de 1 400 environ.

Une véritable révolution s’est ensuite produite concernant le secteur bancaire. Le Glass-Steagall Act, promulgué en 1934, qui séparait les banques d’investissement des banques commerciales, a été abrogé en 1999. Cela a donné lieu à des regroupements, et donc à l’apparition de « super géants ». A partir de 2005, elles ont acquis un rôle beaucoup plus important sans l'immobilier et la construction. C'est là qu'est intervenue la crise des subprimes, qui a été très violente, beaucoup plus qu’en Europe. Des centaines de banques ont fait faillite, quand en France seule Dexia fermait tirait le rideau. Les banques européennes avaient des pratiques beaucoup plus raisonnables et des bilans plus sains. L’État a tout de même prêté à 8%, mais il a été remboursé depuis lors. Ce qui explique que les réactions aux États-Unis ont été beaucoup plus fortes et rigoureuses, d’autant plus que le pays n’a pas prévu d’appliquer les dispositifs de Bâle III. Pour se racheter de leur laisser faire, les États-Unis ont promulgué la loi Dodd-Frank, qui sépare de nouveau les banques commerciales et d’investissement. L’amendement Volcker a renforcé ces dispositions, et les autorités ont commencé à faire la chasse aux comportements enfreignant les règles, notamment via des amendes très élevées. Le but est d’éviter que l’on pense que la collusion entre Wall Street et le gouvernement existe toujours. Souvenons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, Goldman Sachs était en quelque sorte le représentant d’un lobby considérable, au point que l’on parlait de « gouvernement Sachs ». Des anciens de la banque appartenaient au Trésor, au NASDAQ, etc.

En Europe, la crise vient plus de l'endettement des États que de celui des banques, des ménages ou des entreprises. De plus, les dispositifs de Bâle III ont renforcé la sécurité : les fonds propres dépassent 10% à la Société Générale, et presque 11% à la BNP. Avant la crise de 2007-2008, on était en moyenne à 5%. Ceci étant, elles restent fragiles dans la mesure où leurs capitaux propres apparaissent plus importants qu’ils ne sont. Certains sont mis dans des filiales d’assurance, et continuent d’être comptabilisés comme tels alors qu’ils devraient être séparés en vertu de la différence des métiers. Idem pour les participations dans des structures d’investissement. Ces capitaux propres sont donc surévalués dans les États européens, ce qui explique notamment que Standard and Poor’s ait relativisé la solidité de nos banques. De nouveaux stress-tests seront nécessaires pour vérifier que leur solvabilité est suffisante.

Pour en revenir au possible versement de 50 milliards de dollars par les banques, le gouvernement n’est pas hostile car il n’est pas si évident de prouver devant les tribunaux que les comportements sont illégaux. L’industrie bancaire est devenue extrêmement complexe, et il peut être difficile de rapporter de façon indiscutable la preuve d’une fraude. L’État préfère toucher de l’argent qui pénalise tout de même les banques, plutôt que de rentrer dans procès très longs et qui ne concluront peut-être pas d’une façon favorable pour lui. Le but du gouvernement est de tenir plutôt que courir. Un tel arrangement s’inscrit dans la tradition américaine : ce n’est pas une faiblesse de l’État, mais de l’opportunisme et du pragmatisme.

Le weekend du 11 au 12 janvier 2014, le Comité de Bâle a décidé d'assouplir le "ratio de levier" qui sera imposé aux banques à partir de 2018 (voir ici). Ce ratio, qui demeure fixé à 3%, exercera de fait une pression moins forte qu'initialement prévu sur les banques européennes pour qu'elles renforcent leurs fonds propres. Faut-il y voir une défaite des États, qui seraient incapables d'imposer aux banques un niveau de solvabilité permettant d'éviter tout nouveau plan de sauvetage ?

François Leclerc : Les banques européennes ont développé un intense lobbying à propos de cette mesure, dont elles craignaient qu’il en résulte d’importants besoins de renforcement de leurs fonds propres. Le ratio mesurant l’effet de levier est d'ailleurs beaucoup plus fréquemment utilisé aux États-Unis qu'en Europe, où les banques sont notoirement sous-capitalisées. Au vu des assouplissements concédés, on constate qu'elles ont obtenu gain de cause. Ce qui fait suite à un autre assouplissement, réalisé en janvier 2013, portant sur le ratio de liquidités (LCR).

Autre exemple parmi d’autres : la proposition de révision de la directive MiFID à propos des services financiers qui va être présentée au Parlement européen. On ne pouvait faire moins : pour le trading à haute fréquence, elle se résume à la validation par les régulateurs des algorithmes utilisés par les opérateurs de trading haute fréquence, et à l’obligation d’installer des « courts circuits » en cas d’emballement de la machine, comme cela s'est passé aux États-Unis. Pas même question de taxer ces micro-opérations, ce qui restreindrait vite leur volume, et encore moins de revenir au fixing, ce qui est impensable ! Quant à la spéculation sur les matières premières, dont les produits alimentaires, la proposition en question se limite à permettre aux régulateurs nationaux de plafonner pour chaque opérateur, mais sans le définir, le volume d’activité sur ces produits dérivés, bien qu’ils soient le levier d’une forte spéculation. Les lobbies vont avoir du pain sur la planche et les places financières vont pouvoir pratiquer le mieux  disant en faisant de la surenchère.

Un même constat peut être fait dans les deux cas : les acteurs de la finance l’ont emporté.

Bernard Marois : Les experts du comité de Bâle ont vu que les banques avaient commencé à produire des efforts, ce qui compte tenu de la période de crise n’était pas facile, soit en augmentant le capital, soit en diminuant le bilan. Mais ces banques restent fragiles, dans une période de croissance molle, pour ne pas dire de stagnation. Il faut tout de même les ménager, car en Europe elles financent 60 à 70% de l’économie. Le comité leur donne un peu de temps, quitte à être plus exigeant plus tard.

Eric Lamarque : C’est un sujet un peu plus technique qu’il n’y paraît. Les conditions de ce calcul sont en cours de stabilisation. La définition des fonds propres retenues pour le numérateur du ratio est la plus restrictive. D’autre part, ce niveau de 3% est celui qui a toujours été envisagé dès le départ. S’il ne s’agit pas d’un renforcement des contraintes, on ne peut pas qualifier cela de défaite à ce stade. Sur ces questions d’ordre financier d’autres acteurs, comme les agences de notation, à qui on a reproché à juste de titre le laxisme durant la crise, ont maintenant des critères d’évaluation de la solidité financière (puisque ce ratio mesure bien cela) qui peuvent être encore plus durs. Donc les banques seront aussi attentives à ce que ces agence pensent du niveau actuellement retenu et comment cela impacte la note qu’elles leur attribueront.

Les démocraties sont-elles prises au piège ? Sont-elles particulièrement vulnérables face à l'industrie financière ?

Eric Lamarque : L’encadrement des pratiques des banques relèvent de plusieurs facteurs qui ce sont renforcés ces dernières années. Les Etats sont aujourd’hui face à des acteurs dont le poids financier est tel (le total de bilan de BNPP est voisin du PIB de la France) qu’ils ne peuvent plus ne s’en occuper que ponctuellement ou à l’occasion de crises. L’union bancaire et le processus de sauvetage par les banques elles-mêmes vont dans le bon sens. Ainsi le premier garde-fou est celui d’une régulation adaptée et d’autorités de contrôle compétentes, suffisamment nombreuses, pour intervenir régulièrement au sein des établissements financiers. Le problème est que souvent, ces organismes, relevant de la fonction publique, ne peuvent pas recruter les meilleurs talents en raison de grilles de salaires trop basses. Elles n’ont pas encore les budget pour se déployer efficacement. Le paiement d’amendes permet de récupérer des fonds pour financer cette supervision.

Mais on peut compter sur d’autres mécanismes. Le deuxième garde-fou serait l’existence réelle du risque de voir partir les clients d’une banque en cas de pratiques frauduleuses. Or, on n’a jamais assisté à des campagnes de boycott, par des consommateurs, d’enseignes bancaires. La mauvaise réputation n’a pas encore fait fuir les clients de façon significative.

Enfin il ne faut pas sous-estimer le sentiment du personnel de ces établissements. Il ne faut pas croire que tous les employés cautionnent les agissements de quelques traders ou d’autres collaborateurs sans éthiques. Les effets de cette mauvaise réputation sur la mobilisation des salariés dans leur établissements financier est de nature à affecter la performance globale. Les dirigeants ont donc tout intérêt aussi à tout faire pour limiter ces pratiques pour s’assurer de l’implication positive de leur salariés et managers.

François Leclerc : On pourrait être tenté de penser qu'elles ne peuvent rien face à la puissance considérable de l'argent, de cet univers financier démesuré que la Banque des règlements estime représenter 10 fois le PIB cumulé de tous les pays. L’image de cette pyramide renversée illustre au mieux en tout cas la grande instabilité du système financier. Mais, plutôt que la faiblesse des démocraties, c'est celle des dirigeants politiques qu'il convient de mettre en cause quand ils sont au pouvoir. Dans son dernier livre intitulé « Le vertige » l'ancien Premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero narre l’histoire de son reniement de ses convictions et du programme de son parti face la puissance du marché. Mais il n’en donne pas de raison convaincante, si ce n’est la pression de ses pairs. Quant à la référence au « marché », si fréquente, l’anonymat des investisseurs qui le composent n’est-elle pas le premier pas conduisant à l’impunité, lorsque celui-ci est responsable de catastrophes, au prétexte éculé qu’il a « toujours raison » ?

Un ancien chef économiste du FMI, Simon Johnson – qui fait campagne contre les banques dites Too big to fail, ("trop grosses pour tomber"), devenues Too big to jail ("trop grosses pour aller en prison") - a décrit avec minutie les allers et retours entre le monde des finances et la haute administration américaine. Il a montré qu'au fil des alternances politiques, les mêmes personnes se retrouvaient caricaturalement des deux côtés de la barrière, pouvoir financier d’un côté, et politique de l’autre. Pour cette raison, ne doit-on pas considérer que ce pouvoir est de nature oligarchique ? Si c’est bien le cas, ce n’est pas pour leur démission qu’il faudrait critiquer les dirigeants politiques, mais en raison de leur indéniable complaisance. Et entre celle-ci et la complicité, il n'y a qu'un pas.

Comment s’y opposer ? La question reste aujourd’hui sans réponse. Décrire et faire connaître les mécanismes financiers, qu’il faudrait tout simplement interdire en raison de leur malfaisance, c’est toutefois faire œuvre de salut public. Tout en constatant la profonde défiance qui est née et se développe à l'égard du monde de la finance, qui marque peut-être un commencement, si elle ne se traduit pas par un simple rejet qui ne changera rien.

Bernard Marois : Les soupçons de collusion entre milieu bancaire et milieu politique ont existé, par conséquent l’administration américaine veut redorer son image. Ces amendes élevées participent de la volonté de montrer que les coupables payent pour leurs fautes. Le rapport de forces est tel que les Américains ont attendu d’être sorti du pire de la crise pour prendre des sanctions : d’abord sauver les banques, ensuite punir les coupables.

Selon le FBI, des traders de deux banques se livreraient avec l'assentiment de leurs supérieurs à du "front running" (utilisation de l'information de ses clients pour enrichir la banque) dès que leurs clients Fannie Mae and Freddie Mac - deux sociétés par actions créées par le gouvernement dans le but d'augmenter la liquidité du marché des prêts hypothécaires - leur communiquent des ordres d'achat (voir ici). Pourtant, le FBI dit ne pas croire à des poursuites, car les procédés en question lui semblent tout à fait légitimes. Comment expliquer ce qui ressemble fortement à de l'impunité ? D'autres exemples existent-ils ?

Eric Lamarque : Là encore il faut être très précis. Si des intermédiaires financiers utilisent des informations fournies par leurs clients pour réaliser des opérations sur les marchés financiers et réaliser des gains avec, alors, en France, on tomberait sous le coup d’infractions de délit d’initiés. Il faut pour cela que les opérations se fassent sur les marchés financiers. Il faudrait voir si ce cas est de la même nature et les risques juridiques dans le contexte américain. S’ils n’ont fait que passer les mêmes ordres que leur soumettaient leurs clients pour leur propre banque, sans délivrer d’informations précises, on est dans un problème d’éthique. En fait, il faut distinguer ce qui est pénalement répréhensible et éthiquement insupportable et se poser la question, dans ce second cas, si une nouvelle législation est nécessaire.

François Leclerc : Un responsable d’une banque américaine a récemment déclaré qu’il fallait supprimer l'utilisation des mails pour les traders, ce qui a été dans certains cas suivi d’effet. C’est dérisoire ! Combat-on une maladie en agissant sur ses symptômes ? Le sentiment d'impunité n’aura pas de raison de disparaitre tant que seul les exécutants trinqueront, et non les instigateurs présumés.

Est-ce la manifestation de l'impossibilité pour les pouvoir publics d'encadrer les activités des traders et, plus largement, des banques ? Une certaine complaisance perdure-t-elle, ou les pouvoirs publics sont-ils coincés ?

François Leclerc : Si nous sommes bien face à un système oligarchique, les acteurs sont du même monde, pouvant expliquer bien des choses !  Mais par-delà les comportements, c’est le système qui est nuisible. Sauf qu'on ne met pas en prison un système, il faut le remplacer.

Eric Lamarque : Je ne vis pas le contexte américain au quotidien. Mais pour bien connaître le secteur bancaire français, je ne considère pas que les banques opèrent en toute impunité. Le renforcement de la réglementation, notamment les principes de Bâle 3, la loi de séparation des activités spéculatives de juillet dernier, certains aspects de la loi Hamon à venir, l’union bancaire sont des évolutions marquantes qui ont modifié les conditions d’activité. Il faut maintenant mettre à l’épreuve ce nouveau dispositif et s’assurer de l’effectivité des contrôles.

Trois anciens employés de la banque hollandaise Rabobank, condamnée en octobre 2013 pour manipulation des taux Euribor et Libor, sont poursuivi par les autorités américaines pour avoir soumis des taux frauduleux de 2006 à 2011 pour renforcer leurs propres positions (voir ici). Les autorités des marchés financiers ont-elles pris acte de telles fraudes, et fait en sortes que les arrangements entre traders ne soient plus tolérés ?

Eric Lamarque : Cela montre qu’aucune banque n’est à l’abri de pratiques déviantes de certains de leurs collaborateurs. Il ne faut pas se faire d’illusion, dans les métiers manipulant des sommes énormes, les fraudes et les comportements déviants continueront à exister. La responsabilité des banques est de mettre en place les moyens suffisants pour déceler ces pratiques. Ce que les régulateurs doivent contrôler c’est la réalité et l’efficacité des dispositifs. Si on peut s’attendre à une réduction de ces pratiques, il me paraît difficile de les éliminer totalement.

François Leclerc : Ce n'est pas vraiment le cas. Une réforme a été entreprise par les autorités britanniques pour changer le mode quotidien d’établissement des indices du Libor. Mais le système déclaratif a été reconduit, en écartant une solution basée sur l’analyse de transactions effectives entre banques : les leçons n’ont pas été véritablement tirées. Les implications des malversations sur le Libor sont pourtant considérables au sein du système financier étant donné leur rôle, mais on préfère laisser glisser. Et on nous raconte l’histoire de quelques traders qui s'échangent des mails entre eux pour se rendre des petits services, en écartant tout responsabilité des banques elles-mêmes ! Est-ce bien crédible ?

Bernard Marois : Les autorités européennes ont procédé à des enquêtes et des poursuites, mais les procédures judiciaires en la matière sont assez longues. Nous nous trouvons au cœur des ces procédures, il est donc encore difficile de déterminer ce qui va se passer.

Les comportements qui ont mené à la crise des subprimes ont-ils été endigués ?

François Leclerc : L'histoire ne se répète pas forcément, mais il est tentant de relancer la titrisation, dont les marchés étaient largement désertés. Celle-ci permet d’évacuer des actifs des bilans et d’accroître le volume du crédit à fonds propres constants. Cette tentative risque d'aboutir à des phénomènes de même nature que celui des subprimes, sans être de la même ampleur. Le crédit se développe fortement aux États-Unis sur les deux marchés de l’automobile, expliquant son redémarrage, et des prêts étudiants. Vu la situation économique et le niveau du chômage, quels seront demain les taux de défaut sur ceux-ci ? L’appétit au risque étant là, le danger qu’il soit renoué avec les pratiques de la titrisation d’hier n’est pas loin.

Bernard Marois : On oublie toujours de dire que les subprimes sont des opérations qui se sont déroulées sur plusieurs années, et qui ont forcément impliqué une collusion de la part des autorités politiques, qui voyaient d’un bon œil les banques participer au financement de l’accession à la propriété par les classes défavorisées. Le gouvernement républicain de l’époque, qui se retirait du financement des logements sociaux, s’est même rendu complice de cette tendance, sans en mesurer les dérapages potentiels.

Les conditions sont-elles aujourd'hui réunies pour empêcher une nouvelle crise ?

Eric Lamarque : Les conditions sont à priori réunies pour absorber une crise telle que nous l’avons connu pour Lehman Brothers ou la dette grecque. Par contre si on devait assister à la faillite d’une grosse banque ou au défaut d’un état plus important ce n’est pas du tout certain.

François Leclerc : Les conditions ne sont en aucune manière réunies, et de toute façon la crise n'est pas terminée. En revanche, les conditions d’un rebondissement de la crise murissent. La régulation n'est que l'ombre de ce qui avait été promis, et petit à petit de nouveaux problèmes se profilent, dont ne sait ni quand ni comment ils émergeront. Parmi d’autres, un mécanisme illustre déjà ce danger : les fonds de pension américains se trouvent dans une situation difficile, une part importante de leurs réserves étant constituée d’obligations d’État, alors qu’ils doivent faire face à une hausse des taux sur la dette américaine, avec pour incidence la baisse de la valeur de leurs titres, prédite pour se poursuivre. Afin de disposer des fonds leur permettant de remplir leurs obligations, ils se tournent donc vers le marché et prennent des risques accrus pour "se refaire"...

Bernard Marois : Le gouvernement démocrate aux Etats-Unis a davantage verrouillé le système, par conséquent une crise similaire ne devrait pas ressurgir. Les maillons responsables ont été identifiés, et l’économie dans son ensemble, qui était plus ou moins complice, en a tiré les conclusions. Par contre, si les républicains reviennent au pouvoir et renouent avec leurs mauvaises habitudes, des pratiques dangereuses peuvent alors ressurgir.

Propos recueillis par Gilles Boutin

Bernard Marois est Docteur en Sciences de Gestion et Président du Club Finance HEC, qui réunit plus de 300 professionnels de la finance. Il est  aussi consultant auprès de grandes banques et d'organismes internationaux. Il travaille aussi dans le domaine du « private equity » à travers un fonds d'amorçage dédié aux « start-ups ». Il a publié plus d'une vingtaine d'ouvrages dont Les meilleurs pratiques de l'entreprise et de la finance durables, à l'automne 2010.

Eric Lamarque est Professeur à l'Université Paris 1 Sorbonne - IAE et directeur du Master Finance.

François Leclerc est chroniqueur de "L'actualité de demain" sur le blog de Paul Jorion ainsi que dans La Tribune.

Source : http://www.atlantico.fr/decryptage/trop-puissante-pour-etre-punie-inquietante-difficulte-democraties-controler-industrie-finance-955287.html#4LUf0qbRfDpcKpxL.99

Voir également sur ce sujet, notamment :

 *  Irresponsabilité, incompétence, corruption, manipulations, mauvaise gestion... et maintenant, ils voudraient que ce soit VOUS qui payiez ?!? par Simone Wapler

 *  De l'économie de l'insécurité ! (nouvelle édition)

 

 

Partager cet article

18 avril 2014 5 18 /04 /avril /2014 12:54

Stéphane HESSEL, Edgar MORIN - Le chemin de l'espérance

Partager cet article

Penser pour agir !

" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
 "
 

(Voltaire)

 

" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller

jusqu'au bout de sa pensée "

(Léon Blum)

 

"La démocratie est d'abord un état d'esprit"

(Pierre Mendès France)  

 

 

Recherche

Connaissez-Vous ... ?

Catégories

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog