Il y a près d’un an, Barack Obama exprimait sa volonté de parvenir à un monde sans armes nucléaires, Dimitri Medvedev lui emboîtait le pas, Gordon Brown s’était prononcé dans le même sens plus d’un an auparavant. Dans beaucoup de pays, de nombreuses personnalités ont pris position, au cours des derniers mois, pour l’élimination des arsenaux . Toutes ces déclarations ne faisaient que reprendre un engagement contracté par les 189 pays signataires du Traité de Non-Prolifération, conclu il y a quarante-deux ans, et jamais respecté. Pourtant, elles ont suscité un immense espoir dans le monde, au point de faire parfois oublier que les programmes d’armement ne sont pas décidés sur le plan mondial, mais par chaque pays.
Dans tous les Etats détenteurs d’armes nucléaires, ce sont ceux qui
entendent conserver les arsenaux pour une durée indéfinie qui imposent leur volonté. Aux Etats-Unis, malgré le discours du président, le projet de budget de défense pour l’année fiscale 2011
prévoit la construction d’une nouvelle installation de production d’ogives au plutonium. Il comporte aussi un crédit de 700 millions de dollars pour les recherches sur une nouvelle classe de
sous-marins, qui entrera en service en 2020. Selon le calendrier défini par l’Administration Bush et qui n’a pas été modifié, une nouvelle génération de missiles sol-sol intercontinentaux doit
être déployée en 2030, et un nouveau bombardier en 2040. La pérennité de l’arsenal américain est ainsi assurée jusque dans la dernière partie du XXIème siècle.
Pour leur part, les Russes déploient actuellement un nouveau missile sol-sol Topol-M et tentent de mettre au point un nouveau missile mer-sol. En
France, les avions viennent d’être équipés d’un nouveau missile de croisière ASMP-A, la Marine reçoit le nouveau missile M-51, et la prochaine génération de sous-marins est déjà à l’étude. La
Chine se dote de missiles intercontinentaux, et tente d’acquérir des sous-marins. L’Inde, le Pakistan et la Corée du Nord s’équipent de missiles de plus longue portée.
Ces décisions sont dues à la formidable puissance des lobbies de l’industrie d’armement, qui contrôlent aussi certains organes de presse, et exercent
leur emprise sur une partie du personnel politique. Ils sont soutenus par un grand nombre d’électeurs, partisans de l’arme nucléaire sans y avoir aucun intérêt financier. Les uns estiment qu’elle
est synonyme de dissuasion, qu’elle protège contre toute menace, et garantit l’absence de tout conflit armé. Pour d’autres, elle est le symbole de la supériorité du pays.
La domination de cette redoutable coalition est contestée uniquement par cette partie de l’opinion pour qui les armes nucléaires sont inutiles et
dangereuses. Inutiles, car aucun enjeu ne justifie le risque de destruction de la planète. Dangereuses, parce rien ne garantit qu’aucun arsenal ne tombera jamais entre les mains d’un individu
décidé à en faire un instrument d’extermination. Même si la politique adoptée est celle de la dissuasion, les armes pourraient être utilisées à la suite d’une méprise, ou d’un accident, comme il
s’en est déjà produit un bon nombre, qui n’ont, par chance, pas eu de suites fâcheuses. Il est déraisonnable de donner à une dizaine d’individus, dont rien n’assure que tous jouiront toujours de
leurs facultés mentales, un droit de vie et de mort sur le reste de l’humanité. La capacité de tuer des millions d’êtres humains en un instant n’est pas nécessairement une source de fierté, et ce
n’est pas forcément un signe de puissance et de prestige de se trouver dans la même catégorie de pays que la Corée du Nord et le Pakistan.
Le rapport de forces entre partisans et adversaires de l’élimination des armes ne sera pas modifié à court terme. Mais que des chefs d’Etat ou de
gouvernement au pouvoir prennent publiquement position, en même temps que d’autres personnalités, en faveur d’un monde sans armes nucléaires, est un événement considérable. Il montre que, malgré
l’extraordinaire puissance du lobby de l’armement, les mentalités évoluent, et les partisans du démantèlement des arsenaux continuent de gagner du terrain.
Georges Le Guelte est l'auteur de «
Les armes nucléaires, Mythes et réalités », Actes-Sud, 2009, 400 pages.
Voir également à ce sujet l'ensemble des articles de la rubrique : Jeux et enjeux nucléaires
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