Jeudi 23 juin 2011
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Les pays du G20 ont approuvé jeudi 23 juin un plan d'actions pour lutter contre la volatilité des cours des produits agricoles,
responsable de nombreuses crises alimentaires, en repoussant toutefois toute décision sur la régulation des marchés financiers où ils se négocient.
Réunis à Paris, les ministres de l'Agriculture de ce forum des 20 plus grandes économies de la planète sont convenus d'une série
de mesures portant aussi sur des sujets comme l'augmentation de la production agricole mondiale, la transparence des marchés ou la gestion des crises.
" Nous jetons les bases de la nouvelle agriculture mondiale, une agriculture qui sera durable, une agriculture qui sera
solidaire, une agriculture dont les marchés seront régulés ", s'est félicité le Français Bruno Le Maire.
Son homologue américain Tom Vilsack a salué le caractère "historique" de la volonté commune affichée par les participants "
pour combattre les défis pressants de la faim et de volatilité des prix alimentaires auxquels notre monde est confronté de plus en plus souvent ".
Mais les organisations humanitaires sont restées sur leur faim, déplorant, comme Peuples Solidaires-Action Aid, que ce premier
G20 agricole n'ait pas " pris les décisions qui s'imposaient pour prévenir une nouvelle crise alimentaire imminente ".
" Allons-nous régler la sécurité alimentaire à cette réunion ? Certainement pas, mais c'est une vraie plate-forme pour
agir ", a déclaré le ministre saoudien Fahad Balghunaim à propos du plan adopté par des pays représentant 85% de la production alimentaire de la planète.
"Bon point de départ"
Le président de la Banque mondiale, l'Américain Robert Zoellick, a parlé pour sa part de "bon point de départ" en rappelant que
l'agriculture avait été dans le passé responsable de l'échec de nombreux accords internationaux.
La France a fait de la lutte contre la volatilité des prix agricoles une des priorités de sa présidence du G20 au même titre que
la réforme du système monétaire international.
Elle n'avait pas hésité ces derniers jours à dramatiser les enjeux de ce sommet agricole face aux réticences exprimées sur
plusieurs points de son plan d'actions par des pays comme l'Inde, la Chine, le Brésil ou l'Argentine.
Au bout du compte, elle a obtenu gain de cause sur les grandes lignes de ce plan préparé en concertation avec les organisations
internationales spécialisées.
S'agissant de la régulation des marchés où se traitent des contrats à terme ou autres dérivés de produits agricoles, les
ministres de l'Agriculture du G20 ont décidé de laisser ce dossier très sensible à leurs collègues des Finances en les encourageant " fortement à prendre les décisions appropriées
".
Plus spécifiquement, ils recommandent le recours à des outils comme la fixation de limites de positions que peuvent prendre les
investisseurs, dans le but de lutter contre " les manipulations et abus de marchés " qui impactent les cours.
Un des résultats les plus concrets de la réunion de Paris est la création d'une banque de données internationales recensant la
production, la consommation et les stocks de produits agricoles, que les pays du G20 se sont engagées à alimenter.
Forum de réaction rapide
Hébergé au sein de la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), le système Amis doit permettre
d'améliorer la transparence sur l'état des marchés physiques et contribuer à la prévention de crises comme celle de la flambée des cours des céréales de 2008, qui avait été alimentée par un
mouvement de panique.
Les pays du G20 sont également tombés d'accord pour coordonner leurs politiques de marchés en cas de crise alimentaire via un "
Forum de réaction rapide ".
Pour la première fois, ils ont accepté aussi de renoncer à toute restriction aux exportations alimentaires destinées à des
programmes humanitaires.
Mais à la demande du Brésil et de l'Argentine, qui y voyaient l'équivalent d'une régulation des prix, le projet de stocks
humanitaires prépositionnés dans les pays les plus pauvres sera seulement expérimenté.
Les Latino-Américains ont également obtenu que le développement des biocarburants, considéré par beaucoup comme une menace pour
la sécurité alimentaire en se substituant à des cultures vivrières, soit traité uniquement sous la forme d'une étude d'impact. Celle-ci prendra en compte aussi les critères du développement rural
et du climat.
Adriano Campolina, directeur d'ActionAid Brésil, a déclaré que si le G20 a sauvé les banques, " malheureusement, il n'a
aujourd'hui pas la volonté de sauver des millions de vies, en empêchant la crise alimentaire qui nous menace, et qui frappera une nouvelle fois tout particulièrement les plus démunis
".
Source : Reuters
Voir également à ce sujet : L'échec annoncé du G20 agricole, par François Guillaume (Le
Monde)