Jeudi 16 juin 2011
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La décision de la chancelière allemande de faire sortir son pays du nucléaire d'ici 2022 a été présentée en France comme à la
fois électoraliste (il s'agirait de séduire les électeurs tentés par le vote vert) et hypocrite (l'Allemagne devra importer de l'énergie nucléaire française). En réalité, ces deux arguments
résistent mal à une analyse rationnelle et dynamique.
La première critique pourrait être retournée en compliment, surtout par opposition à la France où l'on a du mal à ouvrir un
débat au niveau gouvernemental, alors même que l'opinion publique, suite aux événements japonais, évolue. Surtout, on peut montrer qu'au-delà de la logique électorale, il y a sans doute des
arguments économiques à la diminution de la part du nucléaire. Ainsi, on nous dit, à juste titre, que la prédominance de l'énergie nucléaire en France nous permet de bénéficier de prix de
l'électricité réduits.
Mais, comme très souvent dans le débat public, on présente un avantage sans mettre le coût en balance. Et le coût, c'est
évidemment celui d'un accident nucléaire. On entend que celui-ci est de probabilité extrêmement faible, en ajoutant que "le risque 0 n'existe pas". Il n'y a rien de moins scientifique
que cette assertion. En effet la question n'est pas celle de la simple probabilité d'occurrence d'un risque, mais de la probabilité pondérée par la gravité du risque. Or, en matière nucléaire,
cette gravité est incommensurable puisqu'elle concerne un très grand nombre de personnes susceptibles d'être irradiées.
C'est la grande différence avec, par exemple, un accident d'avion, dont les conséquences ne concernent que quelques dizaines ou
quelques centaines de personnes. En outre, une catastrophe nucléaire a une temporalité très longue (des territoires sont désertés pendant des décennies). Là encore, on saisit bien la différence
avec un accident aérien. Ajoutons qu'un risque, même extrêmement faible, a vocation à se réaliser.
Ainsi, on peut affirmer qu'un accident nucléaire se réalisera un jour. Mais il est possible que ce soit dans deux siècles.
Finalement, l'Allemagne réagit comme une société libérale ouverte au sens de Karl Popper, c'est-à-dire une société où l'on tâtonne, où l'on peut revenir sur des décisions en fonction des
événements, pour améliorer son fonctionnement. A l'inverse, ce processus d'essais/erreurs est entravé en France, par des institutions politiques très centralisées, qui ont fait du nucléaire une
source d'énergie prédominante, dont il est en effet, en pratique, difficile de sortir.
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