Mardi 2 août 2011 2 02 /08 /Août /2011 11:58

Les Européens ont relancé lundi 1er août leur projet de résolution condamnant la répression du mouvement de contestation en Syrie à l'occasion d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité des Nations unies.

Si l'évolution de la situation en Syrie semble avoir fait quelque peu bouger les lignes au Conseil de sécurité, les diplomates s'opposent toujours sur la nécessité d'adopter une résolution ou d'opter plutôt pour une simple déclaration, d'une moindre portée.

Cette réunion à huis clos avait été réclamée par l'Allemagne pour débattre de la situation en Syrie à la suite de l'assaut lancé ce week-end par les forces syriennes à Hama, un des foyers de la contestation contre le régime de Bachar al Assad, où les bombardements se poursuivaient lundi soir.

Les pays européens en ont profité pour présenter une version révisée de leur projet de résolution condamnant la répression menée par le régime syrien.

Ce texte est bloqué depuis le début du mois de juin du fait de l'opposition de la Russie et de la Chine.

D'autres pays membres du Conseil de sécurité, dont le Brésil, l'Inde et le Liban, ont également freiné les discussions. Ils redoutent qu'une condamnation du régime syrien constitue une première étape sur la voie d'une intervention militaire occidentale en Syrie, à l'image de ce qui s'est produit en Libye.

" J'ai observé une certaine convergence de pensée et de préoccupation face à l'escalade de la violence ", a déclaré à la presse l'ambassadeur indien Hardeep Singh Puri, qui assure ce mois-ci la présidence tournante du Conseil de sécurité. " Les membres du Conseil ont tous le sentiment que le Conseil devrait se saisir de la situation et se prononcer le cas échéant ", a-t-il ajouté.

Tchourkine : une résolution serait " quelque peu excessive "

L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine, estimant qu'un terrain d'entente était possible, a laissé entendre que le Conseil de sécurité pourrait agir mardi, mais a estimé qu'une résolution stricto sensu serait " quelque peu excessive " alors qu'une déclaration officielle du président du Conseil appelant à l'arrêt des violences et à une solution politique pacifique serait " satisfaisante ".

Avant la réunion, l'ambassadeur de Grande-Bretagne à l'Onu, Mark Lyall Grant, estimait que le massacre de Hama, où plus de 80 civils auraient été tués depuis dimanche, était de nature à modifier l'attitude du Conseil de sécurité.

L'ambassadeur allemand Miguel Berger avait appelé pour sa part "les membres du Conseil de sécurité qui étaient réticents à soutenir une résolution à reconsidérer leur position".

A Washington, le porte-parole du département d'Etat, Mark Toner, a déclaré qu'il importait que le Conseil de sécurité adresse " un message fort et unanime à Assad et à son régime ".

De sources diplomatiques, on indique que la version révisée du projet de résolution des Européens est similaire au texte initial, l'actualisant simplement avec les événements les plus récents mais ne comportant aucune référence à des sanctions contre la Syrie ni à une saisine de la Cour pénale internationale (CPI).

L'attaque de Hama a débuté dimanche, veille du début du ramadan, après un siège de près d'un mois.

En 1982, cette ville avait déjà été la cible de l'armée syrienne lors de la répression d'un soulèvement des Frères musulmans ordonné par Hafez al Assad, le père de l'actuel président. L'intervention des blindés avait fait entre 20.000 et 30.000 morts.

 

Source : Reuters

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : Le monde arabe en ébullition
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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 17:57

Derrière son aspect technique et financier, l'actuelle crise grecque nous révèle une réalité politique préoccupante. Les fondements de la social-démocratie, qui sont aussi ceux du contrat social moderne, sont gravement atteints par une situation qui s'inscrit en rupture avec l'idée d'Etat-providence. La situation économique d'endettement de nombreux pays européens rejoint l'ébranlement théorique silencieux et lent constitué par la crise du keynésianisme à partir des années 1980. La dette publique risque d'être un enjeu majeur du débat, et la social-démocratie aura à livrer sur cette question un véritable combat culturel.

Les tenants du conservatisme financier ont une longueur d'avance tant la dette se présente comme un mode de justification idéal pour entériner le triomphe d'une conception a minima de l'action publique. On entend déjà se mettre en place l'argumentaire de l'impuissance expliquant que toute orientation politique s'éloignant d'une certaine orthodoxie serait sanctionnée par les agences de notation.

La social-démocratie européenne peut encore construire une approche originale de la question qui diffère de celle du libéralisme néoclassique. Il faut tout d'abord rappeler que la dette doit être réduite non parce qu'elle résulte d'une action publique dispendieuse et irresponsable, mais précisément parce qu'elle rend impossible cette action publique en limitant, par le poids des intérêts, les modalités d'action des Etats et donc les possibilités de choix collectif des sociétés.

Il faut ensuite rappeler, malgré le contexte, que la dette est un mode de financement classique de l'Etat avec la création monétaire, qui comporte des aspects positifs comme celui de prodiguer aux entreprises des bons de trésorerie ou de financer l'investissement public.

De plus, s'il est une leçon à tirer de la crise grecque, c'est celle du résultat d'une déperdition dramatique du civisme fiscal qui appelle une véritable critique de l'individualisme et une réhabilitation des solidarités. La dette est d'ailleurs plus sûrement la résultante d'une approche dogmatique qui a vu nombre de pays mener un " keynésianisme du pauvre " en creusant volontairement les déficits par une réduction des recettes fiscales non compensée.

L'importance anxiogène de la dette dans l'imaginaire collectif

Enfin, il faut également se défier de la tendance préoccupante à vouloir constitutionnaliser ou intégrer la question budgétaire dans un mécanisme de veto supranational (cf. Retour sur les 'règles nationales budgétaires' adoptées le 11 mars 2011 par les chefs d'Etat ou de gouvernement de la zone Euro). Non qu'il faille doter les budgets nationaux d'une discipline nécessaire quant aux dépenses de fonctionnement et contractualiser ces engagements avec les Etats membres. Mais à l'heure où la social-démocratie devrait porter en Europe l'idée des eurobonds et de la mutualisation européenne de la dette comme modèle d'une Europe solidaire, peut-on raisonnablement mettre en place des mécanismes qui visent à rendre de telles politiques impossibles à l'échelon inférieur qu'est l'Etat ?

De plus, il apparaît que de tels dispositifs renforceraient ce que j'appelle " l'indignation post-démocratique ", le sentiment ressenti par les peuples que " l'histoire nous échappe " et que les sociétés ne peuvent plus influer sur le cours des choses, prises dans le flux d'une nécessité historique et économique écrasante dans laquelle les mécanismes démocratiques ne sont plus que formels, ayant décrété et gravé dans le marbre leur propre limitation d'action.

Il est vital pour la démocratie, nous enseignait le philosophe Cornelius Castoriadis, que les sociétés puissent s'auto-instituer par des actes et des symboles.

L'importance anxiogène qu'est en train de prendre la dette dans l'imaginaire collectif marque un tournant, car elle peut entraîner un scepticisme généralisé, voire une défiance envers la social-démocratie dont le rôle historique serait alors dépassé. L'autre grand risque dont on perçoit les prémices est de voir les peuples tenter de regagner  leur capacité à s'auto-instituer contre les mécanismes de la démocratie représentative en choisissant de retrouver l'expression d'une souveraineté par l'intermédiaire des fausses solutions de la passion nationaliste.

Face à la menace d'un renoncement des gouvernants à exercer la fonction politique, la responsabilité de la social-démocratie européenne n'est donc pas seulement de faire " moins pire ". Elle est de proposer une politique fondée sur la confiance en la capacité des sociétés à " s'auto-instituer " et à réhabiliter le sentiment que des choix démocratiques demeurent possibles et différenciés. Permettre aux citoyens européens de créer des normes de droit, de proposer sur le modèle des conventions collectives en matière sociale des textes de loi, permettre à des citoyens de gérer des actions d'intérêt local au plus près, créer des représentants de l'Union européenne dans des régions, des médiateurs nationaux, autant de pistes à explorer dans le nécessaire rétablissement entre le citoyen et l'Europe qui passe aussi par des dispositions d'ordre symbolique.

 

Frédéric Ménager est secrétaire général du think thank européen EuroCité

 

 

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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 17:31

Trois ans après l'été meurtrier qui conduisit à la faillite de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers, l'économie mondiale court vers un nouveau krach. L'activité industrielle ralentit fortement. Le marché interbancaire se ferme tandis que les financements en dollars se tarissent. Alimentées par l'inflation, les bulles spéculatives enflent sur les matières premières, l'immobilier ou le franc suisse, soit autant d'actifs improductifs. La dette publique, qui dépasse désormais 100 % du produit intérieur brut (PIB) dans les pays de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), s'est substituée au crédit privé comme le vecteur de la prochaine catastrophe financière.

Dans le même temps, les bouleversements stratégiques se multiplient : révolutions dans le monde arabe, disparition de Ben Laden, tragédies en chaîne du Japon.

Nul ne peut ignorer que le XXIe siècle est placé sous le double signe de la mondialisation et des risques. Des risques systémiques qui transforment un choc local en crise mondiale. Des risques complexes dont les effets se cumulent : croissance et vieillissement démographique, révolutions scientifiques, dégradation de l'environnement, interdépendance et concurrence mêlées des nations et des continents (cf. notamment à cet égard global-risks-2011 global-risks-2011).

La crise n'est donc plus économique et financière mais politique, liée à l'incapacité des Etats à faire face à la gestion des risques du XXIe siècle. Jamais depuis les années 1930, la politique n'a été aussi nécessaire face aux transformations radicales du système mondial ; rarement elle a été aussi défaillante, bredouillant les recettes du passé au lieu d'inventer l'avenir (cf. à cet égard The Global Social Crisis : Report on the World Social Situation 2011 (United Nations 2011)).

Les Etats-Unis échouent à trouver un accord de long terme pour restaurer leurs finances publiques par la hausse des impôts et la réduction des dépenses militaires et sociales ; ils ne se retrouvent que dans l'abus du privilège du dollar pour exporter l'inflation. La classe politique japonaise étale son impuissance à reconstruire le pays sur fond d'explosion de la dette (220 % du PIB). L'Europe prouve son incapacité à gérer les crises en accumulant les demi-mesures ruineuses pour la Grèce comme pour les contribuables des pays de la zone euro.

Priorité au court terme

Le nouveau plan d'aide n'est qu'un sursis, qui ne traite ni le problème économique du retour à la croissance, ni le problème financier de la décote de la dette grecque qui atteint aujourd'hui 50 % et dépassera demain 70 %, ni le risque de contagion à l'Europe méditerranéenne (cf. à cet égard Quelle crédibilité accorder à l'accord conclu par les Chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro le 21 juillet à Bruxelles ?). En réalité, la crise ne manquera pas de rebondir, avec des coûts croissants pour la zone euro comme pour ses contribuables.

L'Occident, qui a su gouverner le capitalisme jusqu'à la chute de l'URSS, se trouve en plein désarroi, désarmé face aux chocs compte tenu du délabrement des finances publiques et du bilan des banques centrales. Les pays émergents, forts de leur faible endettement (35 % du PIB) et de la détention de 80 % des réserves de change, montrent une meilleure efficacité pour convertir leurs modèles économiques. Mais tous privilégient des stratégies non coopératives qui interdisent la gestion des nouveaux risques et la stabilisation de l'économie mondiale. Tous accordent la priorité au court terme.

La crise est exacerbée dans les démocraties occidentales par les difficultés économiques et financières ainsi que par la peur du déclassement qui nourrit le populisme et le terrorisme, comme l'illustre la tragédie norvégienne. Elle est en réalité universelle car elle découle de la remise en question de l'Etat-nation au sein duquel a été inventée la modernité.

L'Etat est en passe de perdre son monopole dans la gestion des risques. Il ne faut plus seulement réparer mais anticiper. Il ne suffit plus d'intervenir, il faut garantir la soutenabilité des actions publiques. L'Etat doit responsabiliser et coordonner les acteurs économiques et sociaux tout en transférant certaines compétences de souveraineté au plan international.

Voilà pourquoi la dérobade de l'Europe face à la crise grecque comporte une dimension universelle. L'Union européenne est la première construction multinationale fondée sur la liberté. Le double choc de l'élargissement et de la mondialisation a débouché sur la renationalisation des politiques économiques, au moment où le lancement de l'euro imposait le fédéralisme. L'intégration européenne est ainsi sous le feu des passions extrémistes et populistes, alors qu'elle constitue une réponse aux risques du XXIe siècle.

Voilà pourquoi la refondation de l'Europe à travers un accord franco-allemand, est impérative (cf. notamment à cet égard ainsi que Géopolitique-fiction : Sous la pression de leurs opinions publiques de plus en plus hostiles au projet européen, la France, puis l’Allemagne, décident de quitter l’Union européenne ! ).

Elle doit faire la vérité sur la durée de la crise, sur la fin de la croissance à crédit, sur la fausseté des principes qui ont présidé à la création de l'euro (impossibilité du défaut d'un Etat, absence de solidarité financière, respect des critères de Maastricht, indépendance absolue de la Banque centrale européenne...)

(cf. à cet égard UEM : Etablir des instruments supplémentaires n'est pas suffisant ! Il faut aller plus loin tant au niveau doctrinal que sur le plan institutionnel ! - première partie - ainsi que UEM : Etablir des instruments supplémentaires n'est pas suffisant ! Il faut aller plus loin tant au niveau doctrinal que sur le plan institutionnel ! - seconde partie -).

L'Europe ne peut plus être le bouc émissaire de l'impuissance des gouvernements nationaux ; elle doit être repensée, assumée et ancrée dans la conscience des citoyens comme le gestionnaire des risques systémiques

(cf. à cet égard Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ? - nouvelle édition - ; Les propositions de la Commission relatives au prochain cadre financier pluriannuel propose un cadre propice à une action extérieure renforcée pour une Union plus politique et plus globale ; Les Etats européens n'ont pas d'autre alternative que de poursuivre la construction européenne en faisant rapidement de l'UE un véritable acteur politique "global" (1) ainsi que Les Etats européens n'ont pas d'autre alternative que de poursuivre la construction européenne en faisant rapidement de l'UE un véritable acteur politique "global" (2)).

En prenant pour boussole la maxime de Montesquieu : "(...) Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l'Europe (...) et au genre humain, je le regarderais comme un crime."

 

Nicolas Baverez est économiste et historien

 

Voir également sur ce même sujet :

 * La Grèce en défaut partiel de paiement après l'accord européen ? Comment çà se fait ?

 * L'avenir de l'Union européenne, de l'euro et des dettes souveraines dans l'eurozone est suspendu aux décisions à venir de la Cour constitutionnelle allemande

 * 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - première partie -

 * 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - seconde partie -

 * Pour un Pacte international permettant de limiter les risques systémiques associés à l'inflation et à la prolifération des dettes souveraines

 * Vouloir dévaluer l'euro par rapport au seul dollar est une ineptie !

 * La démocratie européenne ne résistera aux chocs de la globalisation qu'au prix de profondes réformes au sein même des Etats européens ! (1) - nouvelle édition -

 * La démocratie européenne ne résistera aux chocs de la globalisation qu'au prix de profondes réformes au sein même des Etats européens ! (2) - nouvelle édition -

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 17:07

Les sempiternelles lamentations sur les "égoïsmes nationaux" et les appels, pendant les semaines qui ont précédé l'accord de Bruxelles du 21 juillet - le meilleur possible -, à plus de fédéralisme, présenté comme la panacée, comme à de nouveaux transferts de souveraineté sont paradoxaux.

A-t-on déjà oublié que l'aggravation dramatique de la dette publique européenne ne résulte pas seulement de la gestion irresponsable de l'Etat-providence et des décennies de budgets en déficit, mais aussi de l'effet sur le système financier européen de l'implosion de la finance américaine, devenue un "danger public", selon le banquier et ancien ambassadeur de Bill Clinton à Paris, Felix Rohatyn ? Et celle-ci n'a-t-elle pas été provoquée par la dérégulation, c'est-à-dire... les abandons massifs de souveraineté effectués pendant plus de vingt ans par plusieurs administrations américaines au profit des marchés ? Que faut-il abandonner ou transférer en plus ?

Il faudrait être plus "fédéraliste" parce que les marchés l'exigent (sans distinguer entre les opérateurs sincèrement inquiets des capacités des Etats emprunteurs à rembourser, les purs spéculateurs et ceux qui s'acharnent à fragiliser l'euro) ? Et être tétanisés par trois agences de notation, au pouvoir extravagant, qui sous-cotent aujourd'hui pour faire oublier qu'elles ont surcoté, par connivence aveugle, jusqu'en 2007 ?

Le "fédéralisme" est présenté comme allant seul dans le sens de l'histoire. Mais qu'entend-t-on par là ? Ce mot-valise, au sens des linguistes, peut vouloir dire la plus décourageante des choses (nous sommes trop petits, dépassés, fatigués, nous devons nous en remettre à l'Europe) ou la plus mobilisatrice (l'union fait la force, soyons plus solidaires).

Si fédéralisme veut dire subsidiarité claire, pas de problème. Si c'est une harmonisation réelle entre Etats membres de la zone euro dont il s'agit, très bien, c'était déjà dans Maastricht. Faisons-le, enfin.

Si cela signifie plus de solidarité entre Européens, fort bien. Mais Mme Merkel, premier contributeur potentiel (coût pour la France de l'accord de Bruxelles, 15 milliards), était fondée à exiger que celle-ci ne soit ni illimitée ni automatique. A-t-elle exigé les bonnes contreparties ? C'est autre chose. On peut débattre. En tout cas, il était normal que les institutions financières qui ont pris des risques qui font partie de leur métier "portent leur part de fardeau" (Jacques Delors), quoi qu'en pense la Banque centrale européenne (BCE). Fardeau d'ailleurs bien léger.

Mais si cela veut dire transfert supplémentaire de souveraineté, en quoi serait-ce automatiquement un progrès ? Après tant d'abandons, si peu convaincants, ou de transferts à des organes incontrôlés ? Certes, il faudrait "un chef des forces économiques de la zone euro" (Jean-Hervé Lorenzi, Christian de Boissieu), mandaté par le Conseil, pour réagir aux attaques. Mais les nouveaux fédéralistes proposent plus : qu'un "ministre des finances", ou de "l'économie", puisse arbitrer le cas échéant contre un gouvernement ou un Parlement national. Franchir ce pas, ce serait ouvrir un nouveau chapitre de l'histoire européenne, celui de l'Europe post-démocratique, tentation perceptible dans les milieux économiques, européistes, technocratiques ou médiatiques.

Croit-on qu'un tel "ministre" aurait plus de poids qu'un courageux Papandréou pour faire accepter par son peuple les douloureuses mais inévitables mesures d'assainissement ? Quel gouvernement européen lui transmettrait ses pouvoirs, alors même que le consentement à l'impôt est à l'origine même du processus démocratique ?

L'accord du 21 juillet

Ne faut-il pas, au contraire, combler le fossé déjà béant élites-populations, en re-responsabilisant les gouvernements nationaux, au lieu de l'approfondir avec une désinvolture périlleuse envers la démocratie ? De surcroît, ceux qui exigent ce saut dans l'inconnu ne contestent pas l'imposition à toute la zone euro (devenue un espace disciplinaire de surveillance et de sanctions), l'unidimensionnelle politique de rigueur à l'allemande, là où il faudrait une policy mix (c'est-à-dire l'alliage des politiques budgétaire et monétaire) d'assainissement et de croissance.

De toute façon, même si c'était une bonne idée, une révision majeure du traité de Lisbonne, avec des années de controverses, est hors de portée. Quel gouvernement voudra relancer l'Union dans un tel parcours du combattant, sous l'épée de Damoclès des ratifications ? De toute façon, l'Allemagne, qui conteste (via la Cour de Karlsruhe) la légitimité démocratique des institutions européennes, n'en voudra pas (cf. à cet égard L'avenir de l'Union européenne, de l'euro et des dettes souveraines dans l'eurozone est suspendu aux décisions à venir de la Cour constitutionnelle allemande ).

Alors pourquoi relancer cette controverse, et perdre temps et énergie ? Il faut absolument réunifier les solutions économiques et politiques des crises européennes, ainsi que le court et le long terme.

Appliquons d'abord au mieux et au plus vite l'accord du 21 juillet ; mettons en oeuvre les mesures concrètes proposées pour le rachat des dettes souveraines les plus décotées ; creusons l'idée des euro-obligations (contre les spéculateurs, mais aussi pour des projets), et même celle de l'intervention de l'Union européenne en tant que telle sur le marché des CDS (Credit Default Swaps, l'instrument des spéculateurs) ; délégitimons les notations d'agences sur les dettes souveraines des pays aidés et mettons ces agences sous la pression de la concurrence ; accélérons la mise en place des textes de "responsabilisation" des banques dans la zone euro ; adoptons une taxe (modeste) sur les transactions financières ; obligeons l'Allemagne à un débat sur la politique économique de croissance saine dans la zone euro, et l'élargissement du mandat de la BCE.

Mettons en oeuvre, avec tout son potentiel, le "semestre européen" d'évaluation des projets de budget, sans que la Commission seule ait le dernier mot (cf. Le "semestre européen", nouvel outil de coordination des politiques économiques et budgétaires (Europaforum.lu) ). Sans oublier que ce sont des moyens et non des fins.

Quand viendra, à l'automne, le moment de clarifier "qui" décide dans la zone euro, c'est-à-dire en quoi consiste le gouvernement économique souhaité par la France depuis l'origine, ne rompons pas le fil ténu qui subsiste entre "l'Europe" et la légitimité démocratique.

 

Hubert Védrine est ancien secrétaire général de l'Elysée et ministre des affaires étrangères

 

Voir également à propos de la souveraineté :

 * Que peuvent les Etats contre la spéculation ? Adrien de Tricornot - 1- (Dossier - Le Monde Economie)

 * Que peuvent les Etats contre la spéculation ? par Adrien de Tricornot - 2- (Dossier - Le Monde Economie)

 * La souveraineté budgétaire mise à mal par la crise (Le Monde)

 * Pour J-C Juncker, la Grèce devra se résoudre à perdre une grande partie de sa souveraineté (Le Monde)

 * De la souveraineté nationale en vertu des dispositions de la Constitution de la République française

 

Voir aussi :

 * Vouloir dévaluer l'euro par rapport au seul dollar est une ineptie !

 * Pour un Pacte international permettant de limiter les risques systémiques associés à l'inflation et à la prolifération des dettes souveraines

 

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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Lundi 1 août 2011 1 01 /08 /Août /2011 15:04

1. Pourquoi l’Etat emprunte-t-il ?

 L’Etat emprunte chaque année pour financer son déficit et pour rembourser les emprunts passés arrivant à échéance. Voir le programme indicatif de financement de l’Etat 2008.

2. Quelle est la différence entre la dette publique et la dette de l’Etat ?
Voir "Définition et périmètre" de la dette de l’Etat.
3. De quoi se compose la dette de l’Etat ?

 La dette de l’Etat se compose de : 
- la dette négociable qui représente, fin 2007, 77% de la dette de l’Etat.
Voir la "Dette négociable à moyen et long terme" et l’"Encours de la dette négociable" (graphique et tableaux actualisés chaque mois) 
- la dette non négociable : celle-ci se réduit d’année en année. Elle est composée pour l’essentiel des dépôts des correspondants du Trésor, moins le solde du compte de l’Etat à la Banque de France. Elle comprend, pour des montants marginaux, les reliquats des anciens emprunts et rentes.

4. Qui détient la dette de l’Etat ?
Voir "Qui détient la dette de l’Etat ?" (rubrique "La dette de l’Etat" puis "Principaux chiffres")
5. La détention de la dette par des non-résidents n’est-elle pas un problème ?
Au contraire, un émetteur diminue son risque de refinancement en diversifiant sa base d’investisseurs, d’une part car le volume de la demande potentielle s’accroît, et d’autre part car le comportement moyen des investisseurs est stabilisé au cours du temps.
6. A quel taux l’Etat s’endette-t-il ? Combien rapportent les obligations du Trésor à leur détenteur ?
Voir la "Courbe des taux sur titre d’Etat français" (rubrique "La dette de l’Etat" puis "Principaux chiffres")
7. Qu’est-ce que le marché secondaire ?
On distingue le marché secondaire, qui permet à un investisseur d’acquérir ou de vendre ses titres à un intermédiaire, du marché primaire, qui consiste à acquérir les titres directement auprès de l’émetteur lors de l’émission.
8. Pourquoi l’AFT demande-t-elle aux Spécialistes en Valeurs du Trésor d’assurer la liquidité du marché secondaire ?
Si en théorie l’AFT pourrait se contenter de s’intéresser au marché primaire, en pratique, il lui est indispensable que le marché secondaire des valeurs du Trésor soit efficient. En effet, le prix des titres émis sera d’autant plus élevé (et donc le taux d’intérêt plus bas) que l’investisseur bénéficiera d’un marché liquide.
9. Qu’est-ce qu’un SVT ? Quel est leur rôle ?
Voir les "Missions des SVT" (rubrique "L’Agence France Trésor" puis "Partenaires")
10. Qui sont les SVT ?
Voir la "Liste des SVT" (rubrique "L’Agence France Trésor" puis "Partenaires")
11. Qu’est-ce qu’un contrat d’échange de taux d’intérêt (’swaps’) ?
Un swap de taux d’intérêt est un contrat entre deux parties qui conviennent de s’échanger des flux d’intérêt sur une période et un montant donnés ; une partie payant un taux fixe, l’autre un taux variable.
12. Pourquoi l’AFT a-t-elle recours aux contrats d’échange de taux d’intérêt (’swaps’) ?
Voir les Contrats d’échange de taux d’intérêt (rubrique "La dette de l’Etat" puis "Gestion active")
13. Comment se déroule une adjudication ?
Voir les "Modalités techniques" (rubrique "La dette de l’Etat" puis "Adjudications")
14. Quand les adjudications ont-elles lieu ?
Voir les "Calendriers prévisionnels des adjudications" (rubrique "La dette de l’Etat" puis "Adjudications")
15. Combien l’AFT émet-elle par an ?
Voir les "Besoins et ressources de financement" (rubrique "Le cadre budgétaire" puis "Principaux chiffres")
16. Combien a-t-elle déjà émis cette année ?
Voir le "Financement à long et moyen terme sur l’année" et "OAT et BTAN, émissions de l’année et cumul" (rubrique "La dette de l’Etat" puis "Principaux chiffres")
17. Comment les taux des valeurs du Trésor se comparent-t-ils à celui des valeurs des autres Etats de la zone euro ?
Voir l’"Indicateur de spreads" (rubrique "La dette de l’Etat" puis "Indicateurs de la dette")
18. En quoi le service de la dette est-il important ?
La dette est un élément très lourd du budget annuel de la France : le versement des coupons (de l’intérêt annuel dû sur les sommes empruntées ; cela s’appelle "le service de la dette") représente le deuxième poste du budget par l’importance, immédiatement après l’éducation nationale, soit 39,5 Mds € en 2004.
Voir la "Charge de la dette négociable" (rubrique "Le cadre budgétaire" puis "Principaux chiffres")
19. Comment s’assure-t-on que les opérations de l’Etat sur les marchés financiers n’entraînent pas de risque pour les contribuables ?
Pour maîtriser le risque associé à ses opérations financières, l’Agence France Trésor s’est dotée d’un cadre de contrôle des risques conforme aux règles du comité de la réglementation financière.

20. La dette mesure-t-elle tous les engagements de l’Etat ?
La dette négociable mesure les engagements constitués sous la forme d’émission de titres échangeables sur les marchés (OAT, BTAN et BTF). Il existe d’autres engagements de l’Etat (par exemple les droits à retraite des fonctionnaires de l’Etat), retracés chaque année dans le compte général de l’administration des finances.

 

Source : http://www.aft.gouv.fr/aft_fr_23/dette_etat_24/dette_20_questions_69/index.html

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : La France en mouvement et en débat
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