Lundi 27 juin 2011
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Alors que les responsables politiques et monétaires de la zone s'efforcent de trouver une solution à la crise de la dette de la
Grèce, il est encore difficile d'anticiper les conséquences d'un éventuel abaissement de la note de crédit du pays à un niveau équivalent à un défaut.
Intransigeantes, les agences de notation considèrent qu'une restructuration, un "reprofilage" ou même un "rollover" volontaire
de la dette grecque, qui consisterait à allonger la maturité des titres arrivant à échéance, équivaudraient à un défaut sur la dette.
Voici un tour d'horizon des conséquences possibles d'un tel événement.
Contagion
Un défaut grec provoquerait probablement une brusque hausse des coûts de financement, déjà élevés, des autres pays européens
ayant reçu une aide financière internationale, le Portugal et l'Irlande.
Comme la Grèce, ces pays ne sont plus en mesure de se financer sur les marchés et dépendent presque exclusivement des perfusions
de la Banque centrale européenne, qui leur garantit des taux abordables.
En cas de défaut grec, la grande crainte est que le Portugal suive rapidement le même chemin, comme en témoigne la courbe des
swaps de défaut de crédit (CDS) de Lisbonne, fortement inversée.
Les CDS sont une forme d'assurance censée protéger les créanciers d'un pays. Leur coût augmente généralement avec la durée de
l'emprunt souscrit, car les prêts à échéance plus lointaine sont jugés plus incertains.
Dans le cas du Portugal, il est plus coûteux d'assurer un emprunt à court terme, signe qu'un défaut est jugé probable d'ici un
an ou deux.
Si Lisbonne devenait incapable d'honorer ses dettes, les banques espagnoles seraient en première ligne pour en encaisser le
choc. Elles sont en effet les premières détentrices européennes de dette portugaise, avec plus de 80 milliards de dollars.
Cela contraindrait probablement Madrid à secourir ses banques en les recapitalisant, ce qui mettrait encore plus en péril les
finances publiques.
Or l'Espagne est déjà considérée comme trop grande pour être secourue par les fonds de sauvetage européens. Si Madrid se
trouvait en difficulté, les banques françaises et allemandes, bien plus exposées à la dette espagnole qu'à la dette grecque avec respectivement 140 et 180 milliards de dollars, seraient
directement menacées.
" La seule chose qui importe est de stopper la contagion ", a souligné Prateek Datta, analyste chez RBS.
" S'il ne s'agissait que de la Grèce, la situation serait gérable et les banques européennes pourraient survivre aux pertes
qui en découleraient. Mais si les marchés s'affolent et que l'Espagne se trouve aspirée dans le maelström, ce sera totalement différent. "
Garanties collatérales
Les banques grecques se financent actuellement auprès de la Banque centrale européenne, en utilisant des obligations d'Etat en
guise de garantie collatérale.
Si les agences de notation jugent que la Grèce est en situation de défaut, la BCE a prévenu qu'elle n'accepterait plus ses
titres en contrepartie d'emprunts.
Le secteur financier grec serait alors dépourvu de ressources et les autorités de la zone euro et de la BCE se verraient
contraintes de le recapitaliser.
Il se pourrait donc que la BCE choisisse, pour ne pas en arriver là, d'assouplir ses règles et d'accepter comme garanties des
obligations en situation de défaut.
Si la BCE fait ce choix, elle risquera de subir des pertes et d'avoir elle-même besoin d'une recapitalisation, dont la
responsabilité incomberait aux Etats membres de la zone euro.
Banques
Les banques grecques sont jugées les plus exposées à la dette nationale du pays, suivies par leurs homologues européennes et la
BCE.
En cas de défaut, les banques ne seraient pas nécessairement contraintes de se défaire de leurs avoirs, mais si elles le
faisaient, elles auraient du mal à trouver des acquéreurs et seraient contraintes de vendre leurs titres à des prix bien inférieurs à leur valeur d'achat.
Il est donc plus probable qu'elles choisissent de les conserver. Or un grand nombre de ces banques comptabilisent ces titres
dans leurs comptes à leur valeur d'origine et n'ont pas pris en compte l'évolution de la dette grecque sur les marchés financiers.
Même si elles sont libres de maintenir cette évaluation dans leurs comptes, elle devront en cas de défaut faire face à une
pression accrue pour que leurs livres tiennent compte de cette perte de valeur, ce qui ne manquera pas de plomber leurs résultats.
Voir également à cet égard les articles suivants :
* Accord sur le plan d'austérité grec (Touteleurope.eu)
* La crise de la dette en Europe, enjeu "vital" pour la Chine
* Vouloir dévaluer l'euro par rapport au seul dollar est une ineptie
!
* A quel moment va-t-on renforcer la
sécurité monétaire de l'euro et la sécurité économique et financière de la zone euro ? (nouvelle édition)
* Les 'Credit Default Swaps'
(CDS)
* Money is Politics. A renewed
EMS as safety net for the countries of the eurozone, by Erik Holm (europesworld.org)
* L'Euro, les investisseurs et la
gouvernance - Actes du séminaire en hommage à Tommaso Padoa-Schioppa (Notre Europe)
* Six questions pour comprendre les marchés des changes (Le Figaro) -
nouvelle édition -
*
UEM : Etablir des instruments supplémentaires n'est pas suffisant ! Il faut aller plus loin tant au niveau doctrinal que sur le plan institutionnel ! - seconde partie -
* Pour un Pacte international permettant de limiter les risques
systémiques associés à l'inflation et à la prolifération des dettes souveraines
ainsi que les articles auxquels ils renvoient