Après trois sommets dominés par la crise grecque et ses suites, les Vingt-Sept se sont retrouvés jeudi à Bruxelles pour un Conseil européen plus serein mais l'oeil fixé sur une Espagne à son tour chahutée.
Au menu de ce sommet exceptionnellement réduit à une seule journée: stratégie économique européenne pour 2020, préparation du sommet du G20 de Toronto fin juin, gouvernance économique, entrée de l'Estonie dans la zone euro, ouverture des négociations d'adhésion de l'Islande, sanctions envers l'Iran.
Crise oblige, un débat sur les "stress tests" destinés à éprouver la solidité des banques européennes prend aussi de l'ampleur.
Dans une interview à Reuters Insider, la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, s'est prononcée jeudi matin en faveur de la publication de ces tests avant fin juillet pour rétablir la confiance des marchés, notamment à l'égard de l'Espagne.
La situation des banques espagnoles, en particulier des caisses d'épargne, qui ont du mal à emprunter, a pris ces derniers jours un tour plus inquiétant.
Officiellement, le cas espagnol n'est pas à l'ordre du jour, d'autant que Madrid n'a pas formulé de demande d'aide à l'Union européenne et au Fonds monétaire international (FMI) et ne veut surtout pas que ce conseil devienne un sommet sur l'Espagne.
Commission européenne et FMI ont d'ailleurs démenti la préparation d'un plan d'aide à Madrid avec le Trésor américain.
Le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, qui assume la présidence tournante du Conseil européen, n'en retrouvera pas moins vendredi, à son retour à Madrid, le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn.
Il y a donc fort à parier que la situation financière de l'Espagne anime les discussions de couloir entre les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE, rejoints par le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet.
Apaisement ponctuel
Les investisseurs ont été rassurés jeudi matin par des emprunts d'Etat espagnols et français émis pour un montant total de près de 11,5 milliards d'euros et qui ont suscité une forte demande.
Les marchés d'actions européens, de leur côté, étaient apparemment partis pour une septième séance de hausse consécutive et l'euro regagnait du terrain à près de 1,24 dollar en milieu d'après-midi.
Plusieurs autres éléments contribuent à apaiser l'ambiance de ce sommet.
Le gouvernement espagnol a approuvé mercredi une vaste réforme de son marché du travail, qui doit désormais être votée par le parlement le 22 juin.
La France a quant à elle présenté un projet de réforme des retraites avec l'espoir implicite d'apaiser les investisseurs inquiets de la dérive de ses déficits et de sa dette.
Le compromis conclu le 7 juin sur les modalités du Fonds de stabilisation financière européen, les premiers accords sur les propositions du groupe Van Rompuy en matière de gouvernance et le rapprochement franco-allemand sur un gouvernement économique jouent également.
" Pour la première fois depuis le début de l'année, c'est un conseil européen normal, sans crise particulière à gérer ", veut croire un membre de la délégation française.
Modifier les traités ou pas ?
Les principaux résultats concrets du sommet consisteront à endosser la réforme de la gouvernance économique européenne ébauchée par le groupe Van Rompuy - une des leçons de la crise économique et financière, rendue plus urgente par les soubresauts de l'euro.
Ils entérineront ainsi la refonte du pacte de stabilité et de croissance, avec une présentation des projets de budgets nationaux à la Commission européenne et aux autres Etats membres et un arsenal de sanctions renforcé.
De son côté, l'exécutif communautaire a promis d'accélérer ses travaux sur ces questions et de faire des propositions détaillées d'ici au 30 juin.
Une des questions à régler est de savoir s'il faut passer ou non par une modification des traités, notamment pour les sanctions, qui pourrait prendre la forme d'une suspension de droit de vote au Conseil européen des pays de la zone euro "laxistes", comme le proposent Berlin et Paris.
L'Allemagne envisage plus facilement que d'autres - dont la France - une telle modification des textes européens.
Les dirigeants français estiment que trop de pays sont contre et qu'il vaut mieux s'appuyer sur l'article 136 du traité institutionnel de Lisbonne, qui permet aux pays de la zone euro de s'entendre sur des procédures spécifiques à leur cas.
Les Vingt-Sept soutiendront par ailleurs l'idée d'une taxe sur les banques, qu'ils voudraient voir à l'ordre du jour du sommet du G20 à Toronto.
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