Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 13:53

Grâce à un appui de 225 millions d'euros provenant du Mécanisme de financement du partage des risques (MFPR) de l'UE, créé par la Commission européenne et la Banque européenne d'investissement (BEI), l'Europe lancera en 2012 un satellite de télécommunications innovant : ALPHASAT.  

La BEI accorde à Inmarsat un crédit de 225 millions d'euros en vue de la construction et du lancement de ce satellite, dont le coût devrai atteindre quelque 598 millions d'euros. Ce crédit provient du MFPR géré conjointement par la Commission européenne et la BEI (cf. Le mécanisme de financement avec partage des risques (MFPR) de la BEI - Des capacités de prêt supplémentaires pour soutenir l’innovation en Europe), qui bénéficie du soutien financier du 7ème programme-cadre de RDT - PCRD - de l'UE (1 milliard d'euros) et de ressources propres de la BEI (1 milliard d'euros). la contribution de l'ESA, qui représente environ 230 millions d'euros, réside dans la mise à disposition de la plate-forme ALPHABUS.

Le MFPR facilite l'accès des entreprises privées ou des organismes publics au financement de la recherche, du développement et de l'innovation. Il couvre des projets dont l'ambition et la complexité entravent le financement par des sources privées, malgré l'importance de leurs retombées potentielles en termes de croissance économique, de créations d'emplois, de compétitivité et de progrès social.

La mission ALPHASAT est une entreprise commune de l'Agence spatiale européenne (ESA) et d'Inmarsat Plc, une société britannique spécialisée dans les communications par satellite. Un accord concernant ce projet a été signé le 22 avril à Bruxelles par Philippe Maystadt, président de la BEI, et Perry Melton, directeur général d'Inmarsat, en présence de Maire Goeghenan Quinn, Commissaire européen en charge de la recherche, de l'innovation et de la science, et de Magali Vaissière, directrice des télécommunications et des applications intégrées de l'ESA.

Le prototype ALPHASAT sera le premier satellite à bénéficier d'une plate-forme de nouvelle génération mise au point par l'ESA et le CNES. Il permettra à des zones reculées d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient d'accéder aux services de communication de données et de communication vovale à grande vitesse. Les utilisateurs mobiles des secteurs maritime, aéronautique et terrestre pourront en faire usage dans toutes sortes de situations, et il facilitera notamment le travail des services médicaux et des services d'urgence. Les organismes de recherche disposeront d'un accès libre à Alphasat. dans un premier temps, celui-ci hébergera quatre applications développées par plusieurs universités, entreprises et organisations spatiales européennes s'occupant de recherceh aéronautique, terrestre et maritime.

Bel exemple de ce que l'Union devrait développer pour "sauver" des projets stratégiques comme Galiléo et Iter (cf. Où en est le programme européen Galiléo ? (2) ), et que la politique européenne des capacités et de l'armement pourrait généraliser pour l'ensemble des grands projets d'équipements à haute valeur ajoutée européenne selon des modalités appropriées aux secteurs de la sécurité et de la défense (cf. Dans le contexte actuel des finances publiques de ses Etats membres, l'UE peut-elle assurer un développement approprié des capacités requises par celui de la PSDC ? ).

 

 

 

 

 

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Technologies et entreprises en action et en débat
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Mardi 5 avril 2011 2 05 /04 /Avr /2011 09:59

La fécondité a augmenté ces dernières années dans l'Union européenne, l'Irlande et la France enregistrant les taux les plus élevés en 2009, et l'espérance de vie s'est accrue, selon un rapport publié vendredi par l'institut européen des statistiques, Eurostat.

Le taux de fécondité a recommencé à augmenter dans l'UE en 2003, après avoir fortement baissé entre 1980 et le début des années 2000. Il est passé de 1,47 enfant par femme en 2003 à 1,60 en 2008, souligne ce "Rapport 2010 sur la démographie".

Sur la période 2003-2009, le taux de fécondité a augmenté dans tous les pays de l'UE, à l'exception du Luxembourg, de Malte et du Portugal.

Les plus fortes hausses ont été observées en Bulgarie (de 1,23 enfant par femme en 2003 à 1,57 en 2009) et en Slovénie (de 1,20 à 1,53).

En 2009, c'est l'Irlande (2,07 enfant par femme), la France (2,00), le Royaume-Uni (1,96 en 2008) et la Belgique (1,84) qui ont enregistrés les taux les plus élevés.

Les plus faibles ont été observés en Lettonie (1,31 enfant), en Hongrie et au Portugal (1,32 chacun) ainsi qu'en Allemagne (1,36).

Autre grande tendance: au cours des cinquante dernières années, l'espérance de vie à la naissance a augmenté dans l'UE d'environ 10 ans, tant pour les femmes que pour les hommes. Elle a atteint 82,4 ans pour les femmes et 76,4 ans pour les hommes en 2008.

En 2009, elle était la plus élevée pour les femmes en France (85,1 ans, contre 81,7 ans en 1993), en Espagne (84,9 ans) et en Italie (84,5 ans en 2008).

Pour les hommes, elle était la plus élevée en Suède (79,4 ans), en Italie (79,1 ans en 2008) ainsi qu'en Espagne et aux Pays-Bas (78,7 ans chacun).

Par ailleurs, l'immigration a été ces dernières années le principal moteur de croissance de la population dans la plupart des pays, selon ce troisième rapport sur la démographie en Europe.

Entre 2004 et 2008, de 3 à 4 millions d'immigrants se sont installés dans l'UE chaque année.

En 2010, 32,4 millions d'étrangers vivaient dans un Etat de l'Union européenne (soit 6,5% de la population totale), dont 12,3 millions étaient des citoyens d'un pays de l'UE vivant dans un autre Etat membre.

En 2010, les plus grands nombres de citoyens étrangers étaient recensés en Allemagne (7,1 millions de personnes), en Espagne (5,7 millions), au Royaume-Uni (4,4 millions), en Italie (4,2 millions) et en France (3,8 millions).

 

Source : Le Point.fr

 

NDLR Regards-citoyens :

 Si la fécondité et l'espérance de vie augmentent en Europe, c'est également le cas, hélas, de la précarité, de l'exclusion, de la pauvreté, du chômage des jeunes et des moins jeunes, des maladies invalidantes, ainsi que de la défiance à l'égard des élites politiques, de l'économie, du projet européen, de la mondialisation et du progrès technologique !

Bonne chance aux (futurs) nouveaux-nés !

 

 

 

Par Louis Le Funeste - Publié dans : Sociétés et Cultures
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Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 07:59

Ancien conseiller à la sécurité nationale de Jimmy Carter (de 1977 à 1981), Zbigniew Brzezinski est l'un des dirigeants du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS), un des plus importants cercles de réflexion américains sur la politique étrangère. Durant la présidence Carter, ce démocrate s'était démarqué par sa volonté de soutenir les moudjahidin afghans contre l'armée soviétique, ainsi que par son insistance à appuyer les dissidents dans le bloc de l'Est. Au début des années 2000, il s'est opposé aux "néoconservateurs", très influents auprès du président George W. Bush. Né en Pologne en 1928, dans une famille de diplomates établie au Canada pendant la seconde guerre mondiale, il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont The Grand Chessboard ("Le Grand Echiquier", Basic books, 1997) et Second Chance : Three Presidents and the Crisis of American Superpower ("Seconde chance : trois présidents et la crise de la superpuissance américaine", Basic Books, 2008).

Une intervention internationale en Libye pour protéger des vies et démocratiser, mais rien de tel à Bahrein, au Yémen ou en Syrie... Les Occidentaux, en premier lieu l'administration Obama, déploient-ils la bonne stratégie dans le monde arabe ?

Le fait que l'on n'intervienne pas partout ne signifie pas que l'on ne devrait le faire nulle part. Chaque problème doit être appréhendé en fonction de ses caractéristiques propres, en évaluant la disponibilité des moyens pour y faire face, ainsi que son urgence. La Libye, si on l'avait laissée à la merci des intentions meurtrières de Kadhafi, serait devenue une force extrêmement déstabilisante dans son environnement régional immédiat, tandis que Kadhafi serait devenu le leader de forces xénophobes et extrémistes au Moyen-Orient.

C'est pourquoi l'intervention alliée sera un échec politique - même en étant un succès militaire partiel - si les Libyens ne gagnent pas la liberté de faire leurs propres choix politiques. Tout aussi négative serait une issue avec une Libye divisée, où Kadhafi garderait le contrôle d'une enclave à lui, déstabilisante pour la région.

Pendant la crise en Egypte, vous avez recommandé à l'administration Obama de faire preuve de prudence à l'égard d'Hosni Moubarak, et déclaré que "trop de précipitation nuirait". Que vouliez-vous dire ?

Le fait que M. Moubarak ait quitté le pouvoir pourrait être profitable pour la démocratie, à condition que son départ s'accompagne d'un processus politique susceptible de déboucher sur une démocratie qui fonctionne. Mais il pourrait avoir deux autres issues : la dictature militaire avec un régime à la Pinochet, ou alors le fanatisme religieux avec un régime à l'iranienne.

C'est pourquoi nous devons nous poser la question stratégique de savoir quelle issue nous souhaitons, et comment nous nous positionnons pour accroître ses chances de se réaliser. Cela implique la mise en place d'un processus politique qui permette l'émergence de la démocratie puis sa consolidation.

(...) Mais il y a une troisième issue. C'est par exemple ce qui s'est passé en Pologne en 1989 avec la table ronde : des forces politiques bien définies s'assoient ensemble autour d'une table. Or, en Egypte, nous sommes face à une anomie politique, à un amorphisme politique. Nous devons favoriser l'émergence d'une véritable représentation politique.

Les Etats-Unis sont-ils en position de jouer un rôle décisif dans les pays arabes où les populations protestent ?

Il est clair que non. Nous avons une certaine influence. Cette influence varie d'un pays à l'autre. Nous pensons pouvoir sans doute exercer une influence plus forte en Egypte qu'au Yémen, par exemple. Non seulement en raison de l'aide financière que nous apportons à l'Egypte, mais des liens existant entre son armée et la nôtre. Et aussi grâce aux étroites relations personnelles que nous avons nouées au fil des années avec l'élite égyptienne. Ce sont là des choses qu'il ne faudrait pas mettre en péril par un excès de précipitation. (...)

A propos du Moyen-Orient, vous avez souligné que "personne ne suit un leader hésitant". Que vouliez-vous dire ?

Si le président Obama assure le leadership, il sera suivi. J'aimerais le constater de manière plus évidente. Mais je sais aussi qu'il est entré en fonctions avec la pire crise économique et financière depuis 1933. (...) Mais s'il ne passe pas à l'offensive, le problème ne fera qu'empirer. Car il ne fait absolument aucun doute à mes yeux qu'un Moyen-Orient plus démocratique sera - nous ne devons nous faire aucune illusion sur ce point - moins favorable à la politique à laquelle nous sommes restés fidèles. C'est pourquoi il est d'autant plus important que le processus de paix progresse de manière forte et intelligente. Avec un leadership résolu (...).

Comment l'Amérique peut-elle défendre ses intérêts dans un monde multipolaire ?

Le monde est et n'est pas multipolaire. Ce n'est pas un monde uniquement fait d'un Léviathan et de Lilliputiens. C'est un monde dans lequel existent des puissances régionales significatives, dont certaines pourraient un jour, même si cette perspective reste pour l'instant lointaine, devenir des puissances mondiales. Bien entendu, la Chine. Peut-être - mais cela me paraît très peu probable - l'Inde. Je ne vois aucun autre candidat pour l'instant. (...) Que le Brésil soit une puissance régionale, cela ne fait pas de doute. Un acteur sur la scène mondiale, bien sûr. Mais y aura-t-il des soldats brésiliens stationnés en Corée ? Au fond, nous sommes dans un monde très asymétrique. Et cela demeurera une réalité, sauf si les Etats-Unis se "suicident" par stupidité.

En ne remettant pas les finances publiques en ordre, vous voulez dire ?

En ne faisant pas des tas de choses, en n'innovant pas, en ne repensant pas les choses... Le leadership américain résulte à la fois de l'esprit d'entreprise américain et d'immenses calamités. Il est le résultat de circonstances dans lesquelles l'isolationnisme voulu par les Américains a coïncidé avec les terribles désastres que les Européens se sont infligés à eux-mêmes.

C'est à nous de décider ce que nous voulons être. Et ce qui m'inquiète le plus à propos de l'Amérique, c'est cette espèce d'ignorance satisfaite dont elle fait preuve. On la constate même au plus haut niveau, mais le plus inquiétant est qu'elle se manifeste partout. Dans notre pays, les décisions sur les grands problèmes doivent être prises démocratiquement. Mais ces décisions, le public ne les évalue parfois qu'en fonction de son étroit confort immédiat. Et sur beaucoup de questions concernant les affaires étrangères, on se heurte à une ignorance si infiniment profonde qu'elle en est embarrassante. C'est un gros problème.

Vous avez écrit un jour que la démocratie pouvait constituer un obstacle à la politique étrangère.

Absolument. Et cela devient encore plus compliqué quand on vit dans une société dans laquelle la peur a été instillée par un événement terrible, puis généralisée par un gouvernement démagogique en une conspiration mondiale contre l'Amérique inspirée par une religion particulière, l'islam. Nous vivons toujours avec l'héritage du 11-Septembre, un acte horrible qui exige de la vigilance et non de la démagogie.

Barack Obama n'a-t-il pas contribué à changer l'image de l'Amérique dans le monde musulman ?

Ses discours étaient destinés à changer la façon de penser des Américains. L'enthousiasme que j'éprouve à son égard provient de ma conviction qu'il comprend ce que le XXIe siècle attend de l'Amérique. Mais il y a eu une rupture entre ses idées ambitieuses et la stratégie qu'il est nécessaire de mettre en oeuvre.

Qu'attend-on de l'Amérique au XXIe siècle ? Qu'elle réaffirme son leadership ?

Et son engagement pour certains principes fondamentaux, justice, dignité, égalité : le message humaniste de l'Amérique. Il s'agit d'un pays unique, en ce sens qu'il a rassemblé de très nombreux individus différents autour de la chance matérielle que leur offrait l'Amérique, mais aussi de son idéalisme. La combinaison de l'idéalisme et du matérialisme est quelque chose de très puissant, et qui fonctionne.

A la veille de la visite du président chinois Hu Jintao à Washington, en janvier 2011, vous avez souligné la nécessité de se rapprocher de la Chine. La relation sino-américaine s'est tendue en 2010. M. Obama a-t-il trouvé le bon équilibre ?

 (...) Le communiqué final (de cette rencontre) est tout à fait exceptionnel. Il aborde huit grands secteurs dans lesquels la Chine et l'Amérique sont disposées à mettre sur pied un "partenariat de coopération". (...)

Ce communiqué signifie-t-il que la Chine a compris qu'elle ne pouvait apparaître aussi agressive qu'elle l'a été en 2010 en suscitant des tensions avec le Japon ? Les Chinois ont-ils compris qu'ils se heurteraient aux Américains ?

Ce que vous dites est vrai, mais c'est également vrai pour nous. Nous ne pouvons nous contenter d'exiger qu'ils réévaluent le yuan, respectent les droits de l'homme, instaurent la liberté d'expression, autorisent Internet, etc.

Nous devons accepter la nécessité du compromis, comprendre que ni eux ni nous n'avons intérêt à entrer dans le conflit. Nous pouvons retirer de grands bénéfices d'un accommodement raisonnable. Mais cela doit être fait de manière réfléchie et concrète.

La relation sino-américaine est-elle un élément structurant du XXIe siècle ?

Oui. Pour l'instant, il n'y a aucune raison de ne pas penser que la Chine va continuer à accroître sa puissance, même si elle est confrontée à des problèmes intérieurs. Y a-t-il aujourd'hui une alternative à la Chine sur la scène mondiale ? L'Inde n'en est pas une. Le Japon est trop vieux. L'Europe est trop préoccupée d'elle-même. (...)

L'Inde est-elle un atout que les Etats-Unis pourraient utiliser dans l'équilibre régional face à la Chine ?

L'Inde n'est pas la carte la plus forte. L'avenir de l'Inde, notamment sur le plan de la démocratie, n'est pas encore vraiment assuré. C'est avant tout un pays multiconfessionnel, multiethnique et multilinguistique, certes doté d'un système démocratique, mais ce système n'irrigue pas profondément la société. (...)

L'administration Obama évoque une réduction des troupes en Afghanistan, et sa relation avec le Pakistan devient compliquée. Que pensez-vous de sa politique dans la région ?

 (...) Je pense qu'en gros elle fait ce qu'elle doit faire, à savoir jeter les bases d'un accommodement et d'une compréhension avec certains éléments talibans, tout en éliminant toute possibilité pour Al-Qaida de se constituer un sanctuaire. Cela permettra ensuite une "désescalade" progressive de l'effort militaire (...).

Mais il faudra à un moment ou à un autre déployer un parapluie régional, avec la tenue d'une conférence (...). Elle devra réunir le Pakistan, tous les "-stan" et l'Iran, et derrière cette première ligne, l'Inde, la Russie, la Chine, les Etats-Unis ou l'OTAN, au choix, afin de créer un cadre de stabilité régionale. (...) Elle sera fondée sur le fait que la principale présence politico-militaire extérieure devra se désengager. Tout en restant intelligemment engagée. C'est précisément ce que nous n'avons pas réussi à faire en 1989 et dans les années suivantes, et qui a débouché sur les talibans et même sur Al-Qaida.

Voulez-vous dire que les Etats-Unis auraient dû rester engagés en Afghanistan après le retrait des Soviétiques ?

C'est en effet ce qu'on aurait dû faire. Mais nous avons été négligents, et nous en payons aujourd'hui le prix.

(Traduit de l'anglais par Gilles Berton.)


L'intégralité de cet entretien est publiée dans le "Bilan Géostratégie" du "Monde", édition 2011. 172 pages, en vente en kiosques, 9,95 €.

 

 

Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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Dimanche 3 avril 2011 7 03 /04 /Avr /2011 09:01

En cette période de débat sur la laïcité (cf. Faut-il débattre de la laïcité en France ? (Ce soir ou jamais) ) où le recours à un socle culturel partagé ne semble pas la caractéristique fondamentale ..., le lecteur est invité à projeter son regard vers un horizon azuré qui lui offre une perspective à même de le dégager des enfermements et des obscurantismes vers lesquels certains seraient tentés de le mener (cf. La laïcité, arme de diversion massive, par Esther Benbassa (Le Monde) ).

Jean-François Copé - comme bien d'autres protagonistes de ce débat - appartenant à une communauté qui ne saurait rester étrangère aux références bibliques ou antiques qui la concerne en premier chef, je propose au lecteur de revisiter le récit du Livre d'Esther (cf. Le livre d'Esther ), me donnant du même coup l'occasion d'adresser un clin d'oeil amical à cette autre Esther, contemporaine celle-là, qui propose à son tout un contre-débat (cf. De quoi l’islam est-il le nom ? Contre-débat à l’initiative d’Esther Benbassa et Eric Fassin (Maison des Métallos - Paris - 4 avril 2011) ).

Certes, on n'y évoque ni de l'Islam, ni des musulmans, mais les ingrédients de la métaphore sont néanmoins là qui offrent un prisme original pour la conduite de ces débat et contre-débat.

Racine reprit cette légende biblique dans une tragédie qu'il baptisa Esther !

Son but était double : d'une part, rendre hommage à la piété retrouvée de Mme de Maintenon et de son secret époux, Louis XIV ; d'autre part, par l'apologie de la tolérance religieuse qui y est proposée, opérer une critique discrète de la révocation de l’Édit de Nantes ...

 

 

 

 

Par ESTHER - Publié dans : La France en mouvement et en débat
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Dimanche 3 avril 2011 7 03 /04 /Avr /2011 08:46

Si, pour la plupart de nos concitoyens, la laïcité reste indissociable des principes sur lesquels se fonde la loi de 1905, nombreux sont aussi ceux qui la réduisent à une peau de chagrin pour lui enlever ce qui en faisait pourtant en partie la substance, à savoir le respect des religions, à la condition, naturellement, que celles-ci n'envahissent pas l'espace public, ni n'interfèrent dans le fonctionnement de l'Etat. Quant aux autres, en général à droite et à l'extrême droite, ils en font plutôt l'habillage présentable d'une croisade "républicaine" contre l'islam.

 Le débat que l'UMP organise sur l'islam le 5 avril, et que certains, à l'intérieur de ce parti, préfèrent présenter comme un débat sur la laïcité, en dit long, à lui seul, sur l'état présent de notre société. Les tergiversations des uns, les nuances apportées par les autres n'y changent pas grand-chose. Tel est bien le couple infernal qui va occuper la France au fil des mois à venir.

 

La droite au pouvoir surfe depuis un moment déjà sur des thèmes sulfureux, identité nationale, chasse aux Roms, dénonciation de l'immigration non contrôlée et stigmatisation de l'islam. Il n'est pas impossible que la période qui vient voie l'aggravation d'une compétition entre le Front national et l'UMP, notamment sur ces deux derniers points. Face à cette mise en scène scabreuse, il incombe à la gauche de résister sans faillir.

Mettons bas les masques. Nos laïcistes ne se sont pas seulement éloignés de la laïcité qui inspirait la loi de 1905. Mais ils font d'elle une essence immuable et intouchable, une idée sainte échappant aux contingences du temps. Le Conseil d'Etat a eu beau insister dans ses rapports sur le caractère évolutif de la laïcité, ils continuent à brandir leur dogme au nom d'un mysticisme républicain. Sont-ils seulement conscients de la dimension proprement religieuse de leur engagement, alors même qu'ils rêvent, tout haut ou tout bas, d'une France dépouillée de toute religiosité, ramenée à un impossible matérialisme ? En l'absence de projets politiques crédibles, on ne trouve rien de mieux que de marteler un credo vidé de son sens.

En cette période de crise où les Français perdent confiance dans leurs politiciens, apparemment incapables de remédier à leurs maux véritables, ceux-ci perdent ainsi leur temps en vaines diatribes autour de la laïcité et de l'islam. Le FN s'immisce et prospère dans ce vide. Car c'est bien dans ce genre de champ en friche que pousse le racisme, lorsque les mots se substituent aux actes et que la confusion s'érige en mode de gouvernance. La "laïcité" n'est alors que le nom poli de cette confusion, qui risque de diviser durablement le pays.

Tout le monde s'y met, pour ses propres raisons. Y compris certaines féministes qui se réclament ainsi pieusement de la laïcité et des valeurs des Lumières (qui ne furent pas non plus exemptes, sous certaines plumes, de proto-racisme et d'antisémitisme) pour développer un combat radical contre l'islam, présenté comme l'ennemi par excellence, voire par essence, de l'émancipation de la femme.

De même, au sein de la minorité juive – dont l'establishment, tout de même, s'est un peu ressaisi depuis le dernier dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) –, rares ont longtemps été ceux qui rejetaient avec détermination l'islamophobie de la droite et de l'extrême droite. Parce que beaucoup projetaient le conflit israélo-palestinien et leur aversion des Palestiniens sur les musulmans de France, quand, pourtant, juifs et musulmans auraient dû se soutenir contre l'alibi laïciste, qui les vise en réalité ensemble, eux et nombre de leurs rites communs. Sans oublier, surtout, que tous les minoritaires sont susceptibles de devenir à leur tour une cible, en cette conjoncture sans issue. Hier les juifs, avant-hier – mais aussi cet été – les gens du voyage et les Roms, et depuis quelque temps plus que jamais les musulmans. Les campagnes xénophobes d'aujourd'hui n'ont rien à envier à celles qui, dans l'entre-deux-guerres, visaient les juifs.

LE RÔLE DE LA GAUCHE

La situation est grave et l'avancée du FN aux élections cantonales en témoigne. Les croisés laïcs devraient faire leur examen de conscience, séparer le bon grain de l'ivraie, et reconnaître que leurs principes laïcards ont trop servi à absoudre une forme ou une autre de xénophobie. Quant aux laïcs simplement respectueux de la religion d'autrui, et attachés à une neutralité de l'espace public comme garantie du vivre-ensemble, qu'ils prennent garde à ne pas se laisser, par mégarde, manipuler. Les islamophobes qui se donnent des airs de laïcs, c'est bien à la gauche de les combattre avec acharnement, y compris dans ses rangs, s'il y en a. Et nous savons que la France recèle un peuple de gauche vertueux et humaniste et des hommes et des femmes de droite capables de ne pas céder à la tentation.

Certes, l'islam mérite d'être réorganisé dans la sérénité pour que voie le jour un islam de France. Une gauche digne de ce nom pourrait y aider, en décloisonnant la société. L'humiliation et la peur qui s'emparent des musulmans ne feront que freiner cette "intégration" dont le gouvernement et le FN sont devenus les chantres. Au fond, ils les voudraient invisibles. Mais s'ils le devenaient, ce serait sans doute pire encore. Les racistes craignent l'invisibilité, qui les empêche de pointer du doigt l'Autre, cet ennemi fabriqué. Ils ont beau dénoncer le "communautarisme", en fait celui-ci les arrange puisqu'il leur fournit des groupes présumés soudés, stigmatisables à volonté, et sur qui étayer leur idéologie du rejet, si payante actuellement, un peu partout en Europe, ainsi que le traduit la montée inquiétante de l'extrême droite.

L'immigré, en général musulman, sert à cela, dans cette Europe qui mettra beaucoup de temps à se relever de la crise et qu'on appelle à se refermer sur elle-même pour se protéger. "Les Français à force d'immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux", disait sans complexe récemment le ministre de l'intérieur Claude Guéant. L'immigré était utile lorsque la France avait besoin de lui pour faire tourner la machine ; aujourd'hui, devenu indésirable, il est toujours utile… Qu'il y ait des problèmes, nul ne le niera. Mais faut-il faire de ceux qui en sont les principales victimes, les seuls responsables de ces problèmes ? La France, à l'instar des autres pays européens, n'a pas élaboré de vraies politiques d'intégration, de promotion sociale et de reconnaissance symbolique. Aujourd'hui, elle en paie le prix.

Ce ne sont ni le racisme, ni le laïcisme, ni la stigmatisation forcenée qui nous sortiront de là. Et si un avertissement, un seul, doit être lancé à la classe politique et aux citoyens de bonne foi ce serait de ne pas céder aux sirènes de ce nationalisme crétin qui sépare, et d'appeler plutôt à la solidarité de tous pour surmonter les difficultés auxquelles sont confrontés les Français, dans un esprit de réconciliation, pour construire ensemble, pierre à pierre, le rempart qui nous protégera de l'extrême droite. Et de la droite lorsqu'elle est tentée de flirter avec le FN.

Esther Benbassa est directrice d'études à l'Ecole pratique des hautes études (Sorbonne)

  

 Voir également à ce sujet :

  * Faut-il débattre de la laïcité en France ? (Ce soir ou jamais)

  * De quoi l’islam est-il le nom ? Contre-débat à l’initiative d’Esther Benbassa et Eric Fassin (Maison des Métallos - Paris - 4 avril 2011)

  * Laïcité et islam : "mettre un terme à tous ces débats"estime F. Baroin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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