Lors d'un colloque à l'Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale - IHEDN - qui s'est tenu à Paris le 28 juin 2011, le Vice-amiral d'escadre Xavier Païtard, représentant militaire permanent de la France auprès de l'Union européenne et de l'OTAN, évoquant notamment l'opération militaire en Lybie, a appelé à " être lucide sur les limites, les lacunes et les faiblesses de l'OTAN au cours de cette intervention ".
" La cohésion de l'Alliance est en question, quand certains de ses membres critiques les modes d'action et quand moins d'un sur cinq participe aux frappes aériennes ", estime-t-il.
" Il a été difficile de s'entendre sur les plans d'opérations. Le principe de solidarité a besoin d'être rappelé. les capacités opérationnelles ne sont jamais honorées. Les conférences de génération de force - réunions los desquelles les pays annoncent les moyens qu'ils peuvent mobiliser - vont de déception en déception ".
" L'OTAN est-elle crédible si elle reste dépendante de la réponse américaine ? " s'interroge cet officier général cité par Le Monde interactif.
Le fonctionnement interne de la " machinerie de l'OTAN " n'est pas exempt de critiques. Jouant sa propre stratégie politique, en " forçant le consensus ", le Secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, a braqué certains alliés. " Les nations ainsi forcées résistent aux demandes de contribution " explique l'amiral qui ajoute que " des officiers, dans le commandement, obéissent à un agenda national ". Certains " réagissent en fonctionnaires, font du chiffre sans souci d'optimiser les ressources, par exemple en bombardant les mêmes dépôts de munitions jour après jour ", dénonce-t'il encore.
Quant aux étas-majors de Naples (interarmes) et de Poggio Renatico (aérien), en Italie, ils se sont trouvé en sous-effectifs, incapables de mobiliser des personnels de la structure permanente de l'OTAN.
" Au bilan, entre ceux qui instrumentalisent la structure et ceux qui résistent, l'outil est peu manoeuvrant ", souligne l'amiral qui constate que " La France et le Royaume-Uni ont été obligés d'agir par effraction, en forçant les procédures. "
L'Union européenne en prend également pour son grade. Grande absente de tous les fronts stratégiques, elle est demeurée entièrement passive face aux printemps arabes, et plus particulièrement à l'égard du dossier lybien. Au-delà de l'absence totale d'engagement de son Haut Représentant pour les questions de sécurité, c'est l'ensemble de la machine institutionnelle (SEAE, COPS, Conseil) qui est aujourd'hui inhibée. " Les structures du Service européen d'action extérieure se sont interdit d'étudier l'option de l'OTAN, et même celle de l'embargo maritime. L'alignement sur le moins disant a été sympathique chez les Etats membres " et " l'approche globale - censée articuler l'action civile militaire - devient un prétexte pour ne rien faire ", constate Xavier Païtard, avant de conclure : " L'OTAN a besoin d'Europe ; il faut à celle-ci un état-major de planification stratégique ".
Source : Europe, Diplomatie & Défense - EDD -
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