Le Pakistan a exprimé dimanche 27 novembre aux Etats-Unis son "profond sentiment de fureur", conséquence de la pire bavure des Occidentaux au Pakistan en dix ans. Islamabad a également annoncé qu'il allait reconsidérer tous ses accords avec Washington et l'OTAN, notamment dans les domaines diplomatique, militaire et du renseignement.
"La tension monte"
Le Pakistan accuse l'Alliance atlantique d'avoir tué jusqu'à 24 militaires pakistanais dans une attaque samedi 26 novembre avant l'aube à l'intérieur d'une zone tribale, à la frontière de l'Afghanistan. Il s'agit de la principale base arrière des rebelles talibans et d'Al-Qaïda, qui attaquent régulièrement l'OTAN sur le sol afghan. Le porte-parole de l'ISAF, force de l'OTAN en Afghanistan, a indiqué samedi que des appareils de l'Alliance atlantique étaient "très probablement" à l'origine de cette bavure et a promis une "enquête rigoureuse".
A l'issue d'une réunion extraordinaire de ses principaux responsables, le gouvernement pakistanais a ordonné aux Américains de se retirer dans les 15 jours de la base aérienne de Shamsi, située dans le sud-ouest du pays, et a fermé toutes les voies d'approvisionnement de l'OTAN en Afghanistan à partir de son territoire. Le ministre de l'information a de son côté estimé que cette attaque allait renforcer le sentiment anti-américain chez ses compatriotes.
Signe de l'inquiétude que suscite ces derniers développement côté américain, la presse annonce dimanche matin : "la tension monte". Le New York Times souligne la confusion qui caractérise pour le moment cette attaque. Selon les sources, militaires et diplomatiques, du journal, "il n'est pas clair quel type de menace, réelle ou imaginée, a pu provoquer les frappes aériennes et pourquoi les alliés ont tiré sur les troupes pakistanaises". Dans un communiqué commun publié samedi soir, le secrétaire américain à la défense Leon Panetta et la secrétaire d'Etat Hillary Clinton ont tenté de désamorcer la crise et ont présenté leurs plus "profondes condoléances". Ils ont également souligné "l'importance" des liens des Etats-Unis avec le Pakistan.
Cette attaque, la plus meurtrière du genre depuis que les Occidentaux ont envahi l'Afghanistan voisin, fin 2001 a cependant des précédents. Le Pakistan a plusieurs fois dénoncé ces dernières années des violations de son espace aérien par l'Isaf. La dernière crise remonte à septembre 2010. Islamabad avait alors accusé cette force d'avoir tué trois soldats pakistanais et avait bloqué des camions de ravitaillement de l'OTAN pendant près de deux semaines, jusqu'à ce que Washington présente des excuses.
Les Etats-Unis bombardent régulièrement les talibans et Al-Qaïda dans les zones tribales à l'aide de drones, des raids qu'Islamabad ne dénonce que du bout des lèvres, tant qu'ils ne tuent pas un grand nombre de civils.
De leur côté, les Américains accusent régulièrement leur allié pakistanais de jouer un double jeu et de soutenir clandestinement les talibans pour défendre ses intérêts stratégiques en Afghanistan, d'où l'OTAN prévoit de retirer l'ensemble de ses troupes de combat d'ici à la fin 2014. Les relations déjà houleuses entre les deux pays se sont enfin envenimées après l'opération unilatérale américaine au cours de laquelle a été tué le chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden en mai dernier à Abbottabad, une ville de garnison du nord du Pakistan.
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