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Points de vue publiés dans la presse

Lundi 28 janvier 2013 1 28 /01 /Jan /2013 17:17

Appeal will diminish amid a eurozone economic union and transatlantic free-trade zone.

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Read more : http://www.ft.com/comment/columnists/wolfgangmunchau or img-129114823-0001 img-129114823-0001       

Wolfgang Münchau is an associate editor of the Financial Times, where he writes a weekly column about the European Union and the European economy. Before taking up this position in September 2003, he was co-editor of Financial Times Deutschland for two years.

Before joining FT Deutschland, Mr Münchau was a Frankfurt correspondent and later economics correspondent of the Financial Times, reporting on the preparation for the final stage of monetary union and the launch of the euro.

Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 13:05

Le mariage du Royaume-Uni et de l'Union européenne (UE) était sans amour. Pourrait-il virer au divorce ? David Cameron, le premier ministre britannique, a annulé, à la dernière minute, et en raison de la crise des otages en Algérie, le discours très attendu qu'il devait tenir, vendredi 18 janvier, sur les liens de son pays avec l'Europe.

Mais la portée de son message ne fait pas de doute : face à une montée de l'euroscepticisme au sein de l'opinion, l'hôte du 10 Downing Street veut mettre en garde contre le risque d'un "Brexit". Autrement dit, une sortie du Royaume-Uni de l'UE, un scénario qui fait frémir les milieux d'affaires.

A première vue, les contribuables en imaginent aisément les bénéfices : finie la contribution au budget européen, et notamment à une politique agricole commune (PAC) honnie, terminé le carcan réglementaire bruxellois sur la pêche ou le temps de travail...

Dans les faits, ces avantages sont pourtant très relatifs. La facture acquittée par Londres à l'UE représente moins de 1 % du produit intérieur brut (PIB) britannique.

LE RETOUR DES BARRIÈRES DOUANIÈRES

Pour les chefs d'entreprise, le Brexit est surtout une menace. Celle de voir disparaître leur accès au marché unique. Un désastre en puissance : l'UE est destinataire de 48 % des exportations britanniques. A titre d'exemple, le pays vend presque autant à l'Irlande qu'aux BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud).

Le Royaume-Uni, dit aussi Iain Begg, professeur à la London School of Economics, est considéré par les investisseurs asiatiques ou américains comme une porte d'entrée vers l'Europe continentale. "Nous avons l'avantage d'être un pays plus business friendly que la France", glisse-t-il. Si demain, Londres perd son lien privilégié avec l'UE, le pays pourrait voir disparaître les usines et les emplois de sociétés venues s'installer sur son sol comme le constructeur Toyota.

En outre, ses produits seraient à nouveau soumis à des barrières douanières pour accéder au marché européen. Dans son édition du 8 décembre 2012 titrée "Goodbye Europe", l'hebdomadaire The Economist cite en exemple le cas du cheddar : ce fromage serait assommé par un droit de douane de 167 euros pour 100 kilos.

Pour l'éviter, le pays chercherait sûrement à négocier un statut à part comme celui de la Norvège, au sein de l'Espace économique européen (EEE) ou de la Suisse, membre de l'Association européenne de libre-échange (AELE). Mais après avoir froissé ses partenaires, Londres n'aborderait pas la discussion en position de force.

UN SOUCI POUR LA CITY

"Ce ne serait pas rendre service au Royaume-Uni que de lui donner de plus en plus d'exemptions, pointe Karel de Gucht, commissaire européen au commerce. Pour jouer un rôle au sein de l'UE, il faut être membre à part entière." Avec un pied dedans, un pied dehors, à la façon de la Norvège, le pays courrait le risque de subir nombre de décisions européennes sans avoir son mot à dire.

Mais "le sujet le plus épineux", selon Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank, concerne la City, alors que la finance compte pour plus de 9 % du PIB britannique. "Si le Royaume-Uni s'affranchit de toute réglementation financière décidée à Bruxelles, l'UE le laissera-t-il encore opérer sur son marché ?", interroge-t-il.

Bien que disposant de sa propre monnaie, la City est la plate-forme privilégiée pour les transactions en euro. Le départ de l'UE serait l'occasion rêvée de faire voler en éclats ce statut particulier qui en agace plus d'un. En témoignent les récentes déclarations du gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, jugeant cette situation "pas logique".

Le Royaume-Uni n'a jamais raffolé de l'Europe. Et vice et versa. Mais un départ ne profiterait à personne. "Etre un club qui rétrécit, c'est rarement une bonne nouvelle, cela créerait un dangereux précédent", fait valoir M. Moëc.

Voir également :

 * 2013 Cameron EU Speech at Bloomberg (23 January 2013)

 * Manifesto for change - A new vision for the UK in Europe (UK Fresh Start Report)

 * Royaume-Uni : le coût de la non-Europe

 * L'Europe à la carte 

 * GB et UE : Anatomie d'un discours (Tribune par Julian Priestley - Notre Europe – Institut Jacques Delors)      

 * Communiqué du Mouvement-européen International à la suite du discours de David Cameron sur l'Europe

 * Le Royaume-Uni et l'Union Européenne : un référendum à l'horizon 2015

 * A propos de la pression américaine sur Londres afin que le Royaume Uni reste membre de l'Unuion européenne, par Ferdinando Riccardi (Agence Europe)

 * Audit sur l'impact des compétences européennes sur les objectifs et les intérêts nationaux - et européens - : la France doit imiter le gouvernement britannique !

 * David Cameron dans l'étau de la question européenne (Challenge)

 * Le Royaume-Uni et l'Europe ou le populisme à l'anglaise

 * Jacques Delors suggère au Royaume-Uni de quitter l'UE (Libération)

 * Ne nous y trompons pas ! Le Royaume-Uni n'a aucune intention de quitter l'Union européenne !  

 

 

Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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Vendredi 25 janvier 2013 5 25 /01 /Jan /2013 09:21

Dans l'éditorial qu'il signe dans l'édition du Bulletin Quotidien Europe n°10763 en date du 15 janvier 2013, Ferdinando Riccardi fait valoir une position très claire à l'égard de la pression américaine sur Londres afin que le Royaume Uni reste membre de l'Unuion européenne :

"Il est compréhensible que les Etats-Unis fassent savoir au Premier ministre britannique leur souhait que le Royaume-Uni ne quitte pas l'UE ; il est moins normal que cette démarche soit effectuée en faisant valoir les intérêts américains. Pourtant, c'est bien en ce sens que s'est exprimé Philip Gordon, secrétaire d'Etat adjoint américain chargé de l'Europe (de longue date), qui en rendant hommage à l'importance mondiale de l'UE a ajouté : "Nous voulons que le Royaume-Uni ait une réelle influence en son sein (...). Nous souhaitons une Union européenne tournée vers l'extérieur et que le Royaume-Uni en fasse partie."

C'est presque une mise en garde et il revient aux autorités britanniques de réagir. mais les autres pays de l'UE sont déjà perplexes sur la manière dont le Royaume-Uni interprète sa présence dans l'UE : un Etyat membre qui réclame le droit de choisir les aspects de la construction communauatiare auxquiels il souhaite participer, sans oublier qu'il ne participe pas à des réalisations essentielles comme la monnaie unique, l'espace Schengen ou le Traité de discipline budgétaire. Va-t-on en outre le confier le rôle de représentant des Etats-Unis au sein de l'UE ?" (NDLR : Rôle qui semble parfois déjà déjà tenu par de multiples individus, Etats et organes au sein de l'UE ...)

 

Voir à cet égard :

 * Manifesto for change - A new vision for the UK in Europe (UK Fresh Start Report)

 * 2013 Cameron EU Speech at Bloomberg (23 January 2013)

 * Audit sur l'impact des compétences européennes sur les objectifs et les intérêts nationaux - et européens - : la France doit imiter le gouvernement britannique !

 

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Lundi 21 janvier 2013 1 21 /01 /Jan /2013 12:23

Cher Monsieur le Grand Rabbin,

Mais voilà, l’état de grâce a pris fin avec le projet de loi Taubira sur le mariage pour tous. Vous vous êtes fendu d’un essai intitulé Ce que l’on oublie souvent de dire expliquant dans le détail pourquoi vous êtes farouchement opposé à ce projet de loi.

Il faut croire que ce texte a eu un grand retentissement dans la sphère monothéiste puisque le Pape Ratzinger en personne en a repris les principaux points dans sa charge récente contre le mariage (et l’adoption) pour les couples de même sexe. Vous semblez d’ailleurs fier de cette convergence de vues puisque vous vous en félicitiez il y a quelques jours à peine à la radio et sur votre page Facebook.

J’ai donc lu ce texte et je souhaite à mon tour vous expliquer pourquoi ces pages vous ont durablement décrédibilisé alors que vous faisiez jusqu’à présent un quasi sans faute.

Vous débutez votre essai en disqualifiant d’office ceux qui pourraient être tentés d’invalider vos arguments au prétexte que vous êtes rabbin, donc dépositaire d’une tradition ancienne présumée homophobe et que, de facto, vous n’auriez pas le droit de prendre part à ce débat. Mais vous vous tirez d’emblée une balle dans le pied en rappelant que votre vision du Monde est intégralement façonnée par la Bible.

Dépasser la Torah

Pour être honnête, je ne vous crois pas tout à fait, lorsque vous réduisez à ce point vos conceptions de l’universel: tous ceux qui vous connaissent savent que votre érudition ne se limite pas à la simple tradition juive mais que vous êtes également un fin connaisseur des philosophies occidentales et que vous êtes également féru de littérature, d’histoire, de sociologie etc. Vous savez bien qu’un intellectuel en 2013 ne peut pas avoir d’audience sérieuse dans la société civile si son champ de références se limite au religieux.

Car nous touchons ici au coeur du problème. Aujourd’hui, nous lisons les textes de la tradition à la lumière du contexte et c’est là une très bonne chose! Les hommes inspirés par Dieu qui ont rédigé les différents livres de la Bible et qui ont donc façonné votre vision du monde n’avaient malheureusement pas réponse à tout. Ils ne font que très peu allusion à l’homosexualité sauf pour dire ici et là qu’il s’agit d’une abomination.

La question ne les intéresse visiblement pas outre mesure, trop occupés qu’ils sont à traiter de grandes questions philosophiques et à relater des évènements paranormaux (Il est d’ailleurs amusant de constater que la Torah n’interdit jamais explicitement l’homosexualité féminine puisqu’il n’y est nulle part fait mention). Pourquoi diable ne pas clairement prendre vos distances avec ces bouts de phrases pour le moins embarrassants? Aujourd’hui, tous les gens raisonnables (et je sais que vous en êtes) sont d’accord pour reconnaître que l’homosexualité n’est pas une abomination, qu’elle est dans la Nature (elle ne vient pas de Jupiter) et qu’elle n’est pas «contagieuse».

Arguments fallacieux

Pour mettre en échec les défenseurs du mariage pour tous, vous évoquez l’argument que certains d’entre eux avancent et qui obligerait la société à offrir le mariage aux homosexuels au nom du sacro-saint amour. Nous sommes au moins d’accord sur ce point: l’amour n’a rien à faire dans ce débat, les homosexuels demandent juste le droit de faire des mariages d’amour ou de raison comme leurs concitoyens hétéros. Nul sentimentalisme dans cette revendication.

Ceux qui évoquent naïvement l’amour pour légitimer la revendication font un excès de pédagogie; ils tentent maladroitement d’expliquer à l’écrasante majorité hétéro que l’homosexualité n’est pas toujours strictement motivée par une luxure rampante comme le prétendent les homophobes depuis des siècles.

Des parents hétéros idéalisés

Je reviens aussi sur la partie de votre texte assurant que la volonté d’élever un enfant pour un couple homosexuel résulterait d’un caprice qui ferait de l’enfant un objet à acquérir ou la simple matérialisation d’un droit dont on abuserait à tort à à travers. Ce procès, si vous êtes honnête, vous devez le faire à l’ensemble des couples qui choisissent de faire naître un enfant pour des raisons pas toujours avouables.

Les couples hétéros, c’est bien connu, murissent toujours leur décision durant de longues années avant de franchir le pas et aucun enfant ne nait par accident, ça va sans dire. Les jeunes mères n’enfantent jamais pour jouer à la poupée. Les couples en crise ne donnent pas non plus naissance à de futurs psychanalysés dans le but de prendre de vitesse leur désarroi conjugal. Et l’on n’entend jamais dans la bouche des pères «Le petit dernier, c’est ma femme qui le voulait et comme je ne peux rien lui refuser...»?

La liste des mauvaises raisons d’enfanter est longue, confirmant que la peinture idyllique que vous faites des motifs parentaux hétérosexuels est celle d’un bisounours, Monsieur le Grand Rabbin. Laissez moi vous dire que lorsque la procréation ne va pas de soi pour certains parents, leur volonté laisse entrevoir à travers ces épreuves, une maturité et une profondeur qui vous surprendraient.

Je ne reviendrai pas sur le passage caricatural dans lequel vous assimilez tous les homosexuels aux plus radicales des théoriciennes du mouvement queer, légitimant ainsi les parallèles que certains de vos détracteurs sont tentés de faire entre vous et les fanatiques de Civitas...

Tenir compte des minorités

Vous terminez votre exposé par une formule assez confondante de mauvaise foi en arguant que la communauté homosexuelle représente une infime minorité et qu’il n’est donc pas nécessaire de causer un tel préjudice à l’ensemble de la société au profit d’un groupe aussi insignifiant... Je vous rappelle juste que vous ne représentez pas plus de 600 000 âmes. (Je compte large, les juifs libéraux, massortis et autres agnostiques ne m’en tiendront pas rigueur).

Vous êtes bien content lorsque les épreuves que traversent les Juifs de France ne sont plus seulement leur problème, mais celui de toute la République. Souvenez-vous de ces milliers de français de toutes les confessions descendant dans la rue au lendemain de la profanation du cimetière juif de Carpentras: l’antisémitisme n’était plus seulement l’affaire des juifs. L’homophobie est-elle plus acceptable que l’antisémitisme? Ah non, j’oubliais, vous condamnez toute agression physique et verbale sur les personnes homosexuelles - merci pour tant de magnanimité, mais ces derniers réclament un peu plus que le simple droit de ne pas être molestés!

Comme le dit un de mes amis, il est pour le moins gonflé, de brandir les droits de l’homme quand ça nous arrange en tant que juif, noir, arabe et de les jeter au rebut lorsque ces mêmes droits ne servent plus nos intérêts propres.

Ce n'est pas votre affaire

Au fond, votre position - assez intenable, j’en conviens - est celle d’un dignitaire religieux qui s’exprime dans le cadre d’une république laïque. Votre marge de manoeuvre dans l’espace public est clairement délimitée par la loi de séparation des églises et de l’État.

Ce projet de loi concerne une procédure civile et je pense que vous devriez déjà être reconnaissant d’être consulté avec les autres représentants des grandes religions. Il n’a jamais été question de réformer le mariage juif et de l’élargir aux couples de même sexe alors pourquoi se mêler d’une affaire qui, je le répète, ne concerne en rien les ministres des différents cultes?

Dans le camp rétrograde

Ces derniers jours, vous vous êtes agacé que l’on vous mette dans le même panier que les catholiques intégristes et les leaders rétrogrades du Conseil Français du Culte Musulman; vous faites valoir que vous vous opposez au projet de loi pour des «mobiles» différents. Vous avez ainsi refusé de prendre part à la Manif pour tous de peur d’être vu - ô suprême ironie - aux cotés de Gollnisch, Boutin, De Villiers et Frigide Barjot... mais le mal était déjà fait! C’est finalement votre tragédie que celle d’un intellectuel de haute volée qui se retrouve embarqué dans le même camp que les réactionnaires et les bigots les plus arriérés.

Vous auriez du rester silencieux dès le début! Mieux aurait valu que vous ne vous positionniez pas dans ce débat. Vous seriez sorti grandi de cette affaire en vous démarquant des autres religieux. Vous auriez adressé un message positif à votre communauté ainsi qu’à la nation qui équivaudrait en substance à : «nous, Juifs orthodoxes, avons notre opinion sur la question mais nous avons perdu la très vilaine (et très monothéiste) habitude monothéiste d’empiéter sur la sphère publique et nous ne voulons pas imposer notre vision traditionnelle de la famille à l’ensemble de la société civile».

Et les jeunes juifs vous entendent

Inutile de dire que vous auriez également fait le plus grand bien à ces milliers de jeunes qui suivent leurs scolarité dans les établissements juifs et qui n’ont pas la chance de profiter de vos subtilités herméneutiques en cours de Kodesh*.Ces collégiens doivent bien souvent se contenter de la compétence limitée d’enseignants rétrogrades qui leurs font ingérer via la prose biblique leur dose quotidienne de machisme, de tribalisme mesquin, de superstitions infantilisantes et de messages belliqueux prônant le rejet de l’autre...

Enfin, Monsieur le Grand Rabbin, n’avez vous jamais envisagé que l’homosexualité n’est pas réservée aux seuls Gentils? Que des jeunes juifs qui se découvrent, la mort dans l’âme une sexualité différente sont les premières victimes de votre intransigeance?

Vous leur auriez prouvé, par une prise de position plus subtile, qu’ils ne sont pas tout à fait seuls et que la Synagogue ne leur ferme pas ses portes. Vous auriez montré à leurs persécuteurs de cours de récréation et à leurs familles dans le déni que le judaïsme contemporain n’est pas le même que celui, rugueux et primitif, pratiqué par les Hébreux d’il y a 3000 ans. Vous leur enseigneriez qu’on peut être juif en 2013 sans être en dehors de l’époque dans laquelle on vit.

Respecter les couples homosexuels dans leur quête des mêmes droits que les autres aurait été un grand pas dans cette Renaissance du judaïsme républicain et tolérant que vous sembliez jusqu’ici incarner.

Source : http://www.slate.fr/tribune/67327/lettre-ouverte-gilles-bernheim-grand-rabbin-france-mariage-pour-tous

Autant vous le dire tout de suite, jusqu’à ces dernières semaines, j’étais l’un de vos fans les plus fidèles. Comme beaucoup d’autres juifs de France, je pense que votre nomination à la tête de la communauté fut une excellente nouvelle. Vous incarniez jusqu’ici une forme de judaïsme éclairée et ancrée dans la réalité républicaine. À chacune de vos apparitions à la télévision, je me félicitais de ce que la communauté juive serait désormais représentée par un homme sage préoccupé par le dialogue inter-religieux et ouvert sur le monde.

Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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Lundi 21 janvier 2013 1 21 /01 /Jan /2013 11:12

INTERVENTION AU MALI - Une semaine bien chargée. D'abord, cette guerre au Mali, dont je crains fort l'enlisement, plus encore en ces temps de crise économique. La tragique affaire des otages en Algérie n'annonce rien de très encourageant. Comme historienne, je connais certes l'effet pernicieux que put avoir le pacifisme de l'entre-deux-guerres. Je ne sous-estime pas non plus les dangers du terrorisme. Néanmoins, difficile d'ignorer les désastres auxquels ont mené tant de conflits armés. De même, comment ne pas garder à l'esprit qu'aucune intervention occidentale récente ne s'est terminée comme prévu?

Intervention au Mali : courage ou témérité?

Cela explique en partie l'isolement actuel de la France dans le concert de nations qui ont pour la plus grande partie préféré tenir le rôle d'observateurs, jusqu'ici bienveillants. Les dirigeants de ces pays préfèrent ne pas prendre de risques inconsidérés et ne pas accumuler les mauvais points dans le contexte critique actuel. Saluons donc, en l'occurrence, le courage de notre président qui lui a résolument choisi d'intervenir au Mali, pour y combattre le terrorisme et tenter de restaurer l'intégrité territoriale et la souveraineté d'un Etat ami ayant appartenu autrefois à l'Empire colonial français.

Va-t-il s'en sortir la tête haute ? Ceci est une autre question. Vu ses résultats dans les sondages, il a tout intérêt à ne pas s'engager dans une intervention de longue haleine qui hypothèquerait ses chances à la prochaine élection présidentielle, dans une France en pleine dépression économique et morale. Les effets négatifs d'un échec ou d'un enlisement pourraient même se faire sentir plus tôt, dès les élections municipales. L'opinion publique est en effet volatile. Aujourd'hui favorable à l'intervention au Mali, elle peut facilement demain, face à des suites incontrôlables, se retourner contre l'exécutif.

Le risque de divertissement

Il importe par ailleurs que cet événement ne serve pas de divertissement au sens pascalien. Il n'est pas là, il ne doit pas être là pour détourner l'attention des difficultés de toute nature auxquelles, sous les yeux de l'opinion, se heurte l'actuel exécutif. Il s'agit encore moins de mettre inconsidérément en avant les répercussions possibles du conflit sur le territoire métropolitain, de faire peur en un mot, et de troubler ainsi le jugement de nos concitoyens.

Enfin, on peut craindre que l'information quotidiennement bombardée par les médias renforce dans les esprits l'amalgame "terrorisme=musulmans" et donne de nouveaux arguments spécieux à ceux qui s'ingénient à étayer leur rejet de l'Autre, immigré ou Français de confession musulmane. De l'Arabe de trop à l'épisode du pain au chocolat, le gouvernement précédent et ses héritiers actuels de l'opposition n'ont jamais fait dans la dentelle, ni hésité à miser sur la diabolisation de l'islam et des immigrés pour pallier l'absence d'un projet politique cohérent. Ils ont été rattrapés par leurs propres erreurs, qui ont plutôt servi l'extrême droite et contribué à leurs récentes déroutes électorales. La gauche ferait bien d'en prendre de la graine.

Ne pas sacrifier la complexité des enjeux

Les implications de l'intervention au Mali, de toute façon, dépassent largement les appréhensions que suscite légitimement le développement du terrorisme au Sahel, où vivent 60.000 expatriés français et où sont implantées un certain nombre d'entreprises tricolores. Ne sacrifions pas la complexité du réel à des considérations un peu faciles. L'histoire coloniale de la France, celle des relations France-Afrique, les matières premières exploitées ou exploitables dans la région sont partie intégrante de ce réel.

La France s'est certes engagée au Mali à la suite du déploiement des forces islamistes vers Bamako. Personne ne peut non plus nier la férocité avec laquelle ces derniers agissent au nom d'un islam qui déshonore l'islam lui-même et qui jette injustement l'opprobre sur tous les musulmans. Mais on sait aussi combien nos gouvernements successifs ont soutenu les régimes corrompus du Mali, provoquant un total délitement de l'Etat, lequel a lui-même facilité l'avancée de ces groupes islamistes vers la capitale.

Nul n'oublie non plus, sans parler des otages enlevés au Niger en 2010, que l'instabilité du Sahel dans son ensemble nuit aux activités économiques de la France dans la région, y compris l'exploitation des mines d'uranium par Areva, d'abord au Niger, mais aussi au Mali où Areva conduit des explorations dans la région proche des frontières sénégalaise et guinéenne, à 350 km à l'ouest de Bamako.

De toute façon, cette intervention est maintenant lancée. Il n'est plus vraiment temps de l'approuver ou de la condamner. Notre vœu, s'il fallait en former un, serait qu'on en sorte en ayant obtenu un minimum d'acquis et avant de s'embourber. Ne comptons pas trop sur cet engagement militaire pour rétablir la démocratie au Mali. Les guerres d'intervention pour la démocratie atteignent rarement leur objectif. Peut-être en raison d'une incompatibilité entre la fin et les moyens. Et aussi parce que la démocratie elle-même n'en constitue jamais l'objectif exclusif ni principal, mais que derrière se cachent d'autres intérêts.

.../...

Voir la suite de cet article à sa source : http://www.huffingtonpost.fr/esther-benbassa/la-guerre-la-neige-et-les-machos_b_2516592.html?utm_hp_ref=france

Esther Benbassa est Sénatrice EELV du Val-de-Marne, Directrice d'études à l'EPHE (Sorbonne)

Voir également :

 * Ecoutez ou réécoutez le point de vue de Daniel Cohn-Bendit sur l'intervention militaire de la France au Mali  

 * François Bayrou à propos du Mali : Mali: "Nous avons besoin d'une Europe de la Défense, volontaire et organisée"  

 * La responsabilité de protéger 

 * Les enjeux de l’action civilo-militaire… 

 * Mission de formation de l'UE au Mali (EUTM Mali)      

 *  L'Union européenne et le Sahel (Bruxelles, le 16 janvier 2013)

 * La crise du Sahel souligne l'échec de 30 ans des politiques d'aide au développement         

 

Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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