Technologies et entreprises en action et en débat

Mardi 14 décembre 2010 2 14 /12 /Déc /2010 09:23

Suicides, souffrance au travail : alors que les risques psychosociaux sont devenus un enjeu dans les entreprises comme dans la société, Yves Clot, professeur de psychologie du travail au Conservatoire National des Arts et Métiers qui a publié récemment Le travail à cœur. Pour en finir avec les risques psychosociaux  revient sur ce qui lui apparaît comme une impasse dans un entretien exclusif pour Metis.

Vous êtes responsable d'une filière de formation de psychologues du travail.

Pourquoi la prise en compte des risques psychosociaux (RPS) est-elle une fausse piste ?

Je regarde sans aucune arrogance le travail de tous ceux qui sont engagés dans une approche en termes de RPS ou de stress. On n'y échappe pas facilement aujourd'hui. Simplement, j'ai écrit ce livre, parce que la promotion de cette nouvelle catégorie de gestion des risques affecte l'exercice de notre métier. A partir d'un accord interprofessionnel sur le stress signé en 2008 s'installe un drôle de consensus autour de l'idée que les travailleurs n'auraient plus les ressources nécessaires pour faire face aux exigences de l'organisation. J'ai proposé de retourner le problème : et si on se mettait à considérer que ce sont les organisations qui n'ont plus les ressources pour répondre à l'exigence des salariés de faire un travail de qualité ? Alors, ce ne sont plus les travailleurs qui sont trop « petits », fragiles et à « soigner ».

C'est le travail et l'organisation qu'il faut soigner. C'est elle qui est trop étriquée et qui pousse de plus en plus de professionnels à endurer un travail ni fait ni à faire. Beaucoup de capacités et d'engagements sont gâchés, les ressources psychologiques et sociales des salariés sont gaspillées, leur énergie perdue dans des organisations qui la dissipe. Du coup, en schématisant bien sûr, il reste deux voies possibles ; soit on donne un nouveau destin à ces Ressources Psycho-Sociales refoulées, soit on ajoute à la « petitesse » des organisations actuelles une couche de gestion supplémentaire : la gestion des Risques Psycho-Sociaux. Mais c'est une couche de protocoles supplémentaire sur les protocoles existants. Comme vous le voyez, il y a RPS et RPS !  

De surcroît, s'ajoute un problème bien français que les travaux de Dominique Méda et Lucie Lavoine ont montré qui ont croisé en la matière les enquêtes et statistiques européennes : un attachement particulier des Français à la valeur et à l'utilité sociale du travail. Et c'est parce que les organisations ne leur donnent plus les moyens de faire un travail défendable à leurs propres yeux que beaucoup de gens en font une maladie. On ne règlera pas ce problème par une cicatrisation sociale bâclée. W. Biermann disait je crois : « Pas moyen que les plaies se ferment sous les pansements dégoûtants ». Et pourtant la souffrance au travail devient un « dossier » comme un autre, recyclée dans l'organigramme : du Droit pour se protéger contre la « faute inexcusable » imputable à l'employeur, de la Psychologie pour la prise en charge individuelle des « sinistrés » du travail, un modèle toxicologique du risque qui transforme la question du travail en péril sanitaire, un beau défi social en épidémie. 

Cette approche de la gestion des risques est-elle en train de l'emporter ? Y a-t-il des alternatives ? 

Les standards de Bien-être qui se mettent en place dans certaines entreprises - collecte d'indices, formation de « signalants », cellules de veille sanitaire, peut virer au « despotisme compassionnel si on ne s'attaque pas aux problèmes ordinaires du travail réel. Après la cellule d'écoute psychologique et la victimologie ira-t-on jusqu'à l'obligation de soins ? Ira-t-on jusqu'à demander, comme dans certaines entreprises japonaises, au salarié nouvellement embauché de s'engager par écrit à ne pas se suicider ? On l'imagine mal en France. Mais l'hygiénisme qui cherche actuellement à « pasteuriser » le travail plutôt que de le transformer a de beaux jours devant lui, à moins de faire le pari inverse : celui qui va chercher la santé où elle est, dans les ressources insoupçonnées chez ceux qui travaillent. Les salariés ont davantage besoin de se reconnaître dans ce qu'ils font, plutôt que d'obtenir une reconnaissance faussée de leur plainte, cette plainte leur permet juste de supporter l'insupportable. Mieux vaut prendre le parti du travail de qualité, du travail bien fait plutôt que de chercher à ouvrir des « couloirs humanitaires » dans des organisations qui le maltraite.

Mais est-ce vraiment ce qui l'emporte aujourd'hui dans les stratégies publiques ou syndicales ?

Pas vraiment. Ce n'est pas la même chose de construire une stratégie autour du travail bien fait, de fixer les lignes jaunes de ce qui est acceptable, pour que le travail soit fait dans les règles de l'art et de revendiquer la reconnaissance de la souffrance au travail. Dans le premier cas, on considère que les salariés sont capables de prendre en charge le développement de leur métier en tournant l'action vers eux. Dans l'autre, on se tourne vers les directions en réclamant d'agir pour prendre en charge les victimes de l'organisation, ce qui confirme que l'organisation du travail est la prérogative exclusive de la direction. Il est vrai que s'engager sur le terrain de la qualité du travail apparaît souvent aux syndicats comme un risque de « perdre son âme ». C'est pourtant, il me semble, retrouver une fonction sociale tout autre que celle d'un « syndicalisme de services », ce qui arrange les pouvoirs publics, qui ont la vue courte. Aux employeurs la conception de la performance et de l'efficacité dans la guerre économique ! Aux syndicats le rôle d'ambulanciers de l'intensification ! Mais aujourd'hui ce fonctionnement des relations professionnelles à la française abîme autant la santé que l'efficacité !

Vous semblez pessimiste. Peut-on espérer que ce pouvoir d'agir dont vous parlez prenne le dessus ?

Du côté des dirigeants, j'observe que cette question monte très haut et qu'elle est prise au sérieux. Certains ont pris la mesure de ces blocages systémiques. Et il est urgent que les dirigeants débattent entre eux sur le sens de la performance comme l'a proposé le rapport remis au Premier ministre François Fillon par H. Lachmann, M. Penicaud et C. Larose. L'enjeu ce n'est pas la qualité de la vie au travail, mais la qualité du travail tout court. Cela peut entraîner une sorte d'alliance de producteurs au-delà de la tyrannie court-termiste du financier. Au passage, si les syndicats s'étaient avancés dans cette voie, on n'en serait pas là sur le dossier des retraites. Si on ne touche pas au travail, ce n'est pas à 60 mais à 30 ans que les gens vont vouloir partir !

Vous pensez que les salariés se réconcilieraient avec leur entreprise sur cet enjeu de qualité du travail ? 

Les travailleurs sont capables de s'engager sur cette piste très rapidement, d'après ce que je constate  lors des interventions de mon équipe en psychologie du travail, ou d'autres et notamment d'ergonomes. La zone de développement potentiel est grande quand on voit la vitesse à laquelle les opérateurs s'en emparent, mais aussi les cadres de proximité et en général tous ceux qui sont au front ! Cette énergie-là est source de santé, mais elle est contrariée par la crise du système de relations professionnelles à la française. Ce dont nous manquons, c'est de controverses, de disputes sur la qualité du travail et c'est ce type de conflits qu'il faut instituer. Or il n'y pas de lieu aujourd'hui pour le faire ; d'un côté on discute finances et emploi, de l'autre santé. En fait la qualité du travail devrait être un axe central de ré-institutionnalisation des relations professionnelles et je crains que la rénovation des institutions représentatives du personnel (IRP) n'aille pas dans ce sens. 

 

Pour la suite de cet article :

http://www.metiseurope.eu/yves-clot-le-travail-souffre-c-est-lui-qu-il-faut-soigner_fr_70_art_28903.html

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : Technologies et entreprises en action et en débat
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 8 décembre 2010 3 08 /12 /Déc /2010 08:53

En 1965, Gordon Moore, le cofondateur d'Intel, énonce sa célèbre "loi" : le doublement, tous les deux ans, du nombre de composants par puce électronique. Il prophétise ainsi la puissance exponentielle des ordinateurs et la baisse de leur coût. A l'époque, il ne se doute sûrement pas qu'un tel défi conduira l'industrie des semi-conducteurs à inventer, malgré la compétition qui y règne, un mode de coopération original centré sur l'innovation collective.

Ce dispositif, l'International Technology Roadmap for Semi-conductors (ITRS), a fait l'objet d'une recherche détaillée qui montre que l'innovation de rupture n'exige pas seulement de choisir de nouvelles normes industrielles. Elle requiert aussi une exploration des voies techniques les plus audacieuses (Patrick Cogez, Pascal Le Masson, Benoît Weil, "The management of new common goods for collective growth in ecosystems : roadmapping for disruptive innovation in the semiconductor industry", Proceedings of the IPDM Conference, Murcia 2010).

Une société peut développer de nouveaux produits en s'appuyant sur ses compétences et celles de ses fournisseurs. Mais face à une innovation de rupture, elle aura besoin que ses fournisseurs et ses clients se coordonnent avec elle pour explorer ces voies inconnues, voire que des industriels d'autres secteurs s'attaquent à ces pistes.

Ainsi, la conception de voitures électriques demande l'exploration de techniques et de services qui, hier, se situaient hors du secteur automobile. Or, au milieu des années 1980, l'industrie des semi-conducteurs se heurte aux ruptures croissantes qu'implique la loi de Moore et engage moult coopérations qui aboutiront à l'actuel ITRS. Fondée sur le volontariat et la cooptation, l'association s'est imposée depuis 1993 comme une référence mondiale pour l'identification des nouvelles voies techniques.

Outre le soutien des associations industrielles nationales (Etats-Unis, Europe, Asie), elle doit son succès aux règles originales de son fonctionnement. Car elle ne veut pas être un organisme de normalisation, mais un espace d'échanges et d'innovation. En effet, pour identifier les techniques qui permettront de suivre la loi de Moore, il faut cerner les "verrous" pour lesquels des solutions audacieuses doivent être favorisées. Ainsi, les propositions de l'ITRS serviront de repères à l'industrie et à la recherche universitaire, créant un cercle vertueux entre la formulation de concepts et la production des connaissances fondamentales adaptées à leur mise en oeuvre.

Explication d'un paradoxe
Une telle coopération dans l'innovation peut surprendre. Chacun ne pourrait-il y trouver des idées à bon compte ? Et, pourquoi partager les idées les plus intéressantes ? En pratique, l'ITRS repose sur des groupes d'experts où le mauvais joueur sera vite repéré. Surtout, la loi de Moore exige une telle maîtrise des interdépendances techniques qu'un industriel ne pourra valoriser ses idées sans l'accord et le travail de ses partenaires.

Mais, l'ITRS ne désigne pas "les gagnants ou les perdants" et ses publications présentent toutes les voies techniques, en précisant leur part d'inconnu et en laissant chacun conduire les développements commerciaux de son choix.

Au fondement de l'ITRS, il y a un bien commun à tous : les promesses de la loi de Moore. Mais, la réalisation de ce potentiel exige que les idées les plus inédites et les recherches les plus avancées soient partagées. Ainsi s'explique le paradoxe d'une innovation coopérative proche des guildes du Moyen Age, au coeur du capitalisme le plus high-tech et le plus concurrentiel du XXIe siècle.

 

Armand Hatchuel est professeur à Mines ParisTech

 

Voir également à ce sujet :

 * R&D et crise économique: les grandes entreprises de l'UE réduisent moins l'investissement que les américaines, mais l'Europe reste à la traîne

 * Retour sur images : Relancer et financer la recherche stratégique (Revue Défense nationale, octobre 2003)

 * Suivre l'actualité des innovations majeures dans le monde

 * JRC Strategy 2010-2020 : Summary

 * Union européenne : programme IDEES, recherche exploratoire et Conseil européen de la Recherche

 

 

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Technologies et entreprises en action et en débat
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 6 décembre 2010 1 06 /12 /Déc /2010 07:24

Le mardi 3 février 2009, la Commission des affaires européennes de l'Assemblée nationale présidée par Pierre Lequiller, auditionnait Louis Gallois, président exécutif de EADS, sur les enjeux civils et militaires de l'évolution de l'industrie aérospatiale européenne.
Cette audition ayant constitué un rendez-vous très important de l'agenda parlementaire national, Regards-citoyens souhaite permettre à ses lecteurs de prendre connaissance des termes des échanges de vue très riches qui se sont développés au cours de cette audition.
Propos introductifs du Président Pierre Lequiller.
Lorsque l'on évoque en Europe les enjeux civils et militaires de l'évolution de l'industrie aérospatiale, le nom d'EADS vient
spontanément à l'esprit. EADS se trouve en effet présent sur l'ensemble du secteur aérospatial, tant d'un point de vue civil que militaire, et représente un exemple de coopération industrielle entre plusieurs Etats membres de l'Union européenne, autour du couple franco-allemand.
Nous vous remercions donc, monsieur Gallois, de venir nous faire part de votre point de vue sur l'avenir de l'aéronautique et du spatial européens, en particulier sur l'évolution de l'aéronautique civile, sur l'évolution de la concurrence internationale, notamment avec Boeing, et sur les difficultés résultant du niveau de l'euro.
S'agissant du militaire, nous souhaitons recueillir votre sentiment sur l'état actuel et les évolutions souhaitables de la base industrielle et technologique de défense européenne, la BITD. Au-delà de l'Agence européenne de défense, l'AED, qui existe déjà, et du paquet défense, qui vient d'être adopté, quels instruments européens convient-il de mettre en place ? Quelle est votre opinion, en particulier, sur les coopérations actuelles ? Quel est votre point de vue sur la coopération franco-allemande ? Pour aller au fond des choses, quelle place voyez-vous pour la France en matière d'industrie de défense, entre le Royaume-Uni, avec BAE Systems, et l'Allemagne, qui, selon son ministère de l'économie, semble être le premier exportateur européen d'armements ?
Nous aborderons également des questions précises concernant EADS, notamment son plan de redressement, la réorganisation récente de ses structures et les programmes A400M et A380, ainsi que des questions générales relatives à la politique de recherche, à la politique énergétique et au paquet énergie-climat mais qui ont une incidence sur votre secteur.
Intervention de M. Louis Gallois en réponse aux propos précédents.
Je vous remercie de votre invitation.
EADS a réalisé une bonne année 2008. Le chiffre d'affaires, en progression de plus de 9 %, excède 42 milliards d'euros. Les prises de commandes au prix « catalogue » ont atteint une centaine de milliards d'euros, soit plus de deux années de chiffre d'affaires. Notre trésorerie nous place parmi les meilleures entreprises européennes, 12 milliards de trésorerie brute et 9 milliards de trésorerie nette. Ce niveau s'explique par les acomptes versés par nos clients civils et militaires.
Nous avons livré beaucoup d'appareils : 483 Airbus et 588 hélicoptères.
Dans le domaine spatial, l'année a été exceptionnelle : lancement du cargo ATV - véhicule de transfert automatique -, qui relie la terre à la station spatiale orbitale ; livraison du laboratoire Columbus ; six lancements d'Ariane 5 et neuf lancements de satellites ; enfin et surtout, réalisation du troisième tir d'essai du M51, en fosse, c'est-à-dire dans les conditions réelles d'expulsion sous-marine, qui s'est déroulé de manière optimale.
Notre plan d'économies se déroule comme prévu, avec les performances escomptées et même un peu d'avance. Voyant venir l'orage, nous avons lancé, il y a quelques mois, le plan Power 8 Plus.
Depuis sa création, en 2001, EADS a créé 15 000 emplois directs, performance inégalée dans toute l'industrie lourde européenne. En 2008, nous avons accru nos effectifs de 1 500 personnes. Nous sommes la seule entreprise à faire face aux trois grands maîtres d'oeuvre américains, Boeing, Lockheed Martin et Northrop Grumman.
L'entreprise où je travaille réunit une somme de technologies sans équivalent dans le monde en dehors de Boeing. Elle fait donc partie du patrimoine européen. La France y a beaucoup contribué mais elle n'est pas la seule. Nous menons en effet des activités de très haute technologie en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne.
Après les turbulences traversées en 2007, EADS a montré qu'elle est capable de « délivrer », comme nous disons, avec deux défis majeurs à relever pour 2009 : l'A400M et la crise.
Le problème de l'A400M est simple. Aucun avion aussi sophistiqué au monde n'a jamais été livré en moins de dix ou douze ans à compter de la signature du contrat. Or nous avons promis par contrat que nous le livrerions en six ans et demi. Pourquoi ? Parce que la date de livraison a été fixée non pas en fonction de la capacité des industriels à délivrer l'avion mais en fonction des besoins des armées française et britannique. Ce calendrier initial est intenable. L'A400M sera cependant un excellent avion, opérationnel durant quarante-cinq ou cinquante ans ; je ne pense donc pas qu'il soit trop sophistiqué. Le Transall, conçu dans les années cinquante, vole encore et reste un très bon appareil.
Les Américains amortissent leur ravitailleur en vol sur quarante-cinq ans.
Le problème, c'est que nous ne sortirons pas l'A400M en six ans et demi mais trois ans plus tard en fonction de la disponibilité de l'ensemble propulsif. Un tableau comparant les calendriers des principaux programmes d'avions militaires permet de constater que celui de l'A400M était ambitieux, aucun autre appareil n'étant sorti en moins de douze ans. Il y a eu, à l'époque, consensus pour signer un contrat dont chacun savait pourtant qu'il était presque irréalisable. EADS l'a accepté.
Première conséquence, le coût du programme est d'autant plus élevé que le développement dure car il faut payer le personnel chaque mois. Or 6 000 employés d'EADS travaillent actuellement sur ce produit. Cet effectif est même plus près de 10 000 en comptant le personnel des fournisseurs.
Deuxième conséquence, nous ne serons pas au rendez-vous des besoins des armées, notamment de l'armée française et de l'armée britannique. Nous devons donc proposer des solutions transitoires pour la période courant entre la date de livraison qui était prévue, l'automne 2009, et la date de livraison effective, qui sera fixée le jour où l'on connaîtra la date du premier vol. Ce dernier dépend d'un équipement complexe, le calculateur moteur. Nous proposons actuellement aux ministères de la défense français et britannique des solutions intérimaires : des A330 cargo, la prolongation de certains Transall ou la mise à disposition de CASA.
L'A400M fait l'objet d'une mission d'information du Sénat, constituée de M. Jean-Pierre Masseret et M. Jacques Gautier, ainsi que d'une mission d'évaluation de l'OCCAR, l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement. Au terme de cette dernière procédure, j'espère qu'une négociation sera ouverte pour remettre contractuellement sur pied cet avion, qui ne rencontrera pas de concurrence dans le monde et intéressera par conséquent tous les pays, Etats-Unis compris.
La crise financière ne nous a pas « impactés » car nous ne sommes pas emprunteurs nets, ce qui n'est pas le cas de tout le monde. Certains industriels bien connus de la place empruntent à 1 000 points de base, c'est-à-dire 10 % au-dessus du marché monétaire. Dans cette période extrêmement turbulente - et, à mon avis, la crise financière n'est pas terminée -, notre premier objectif doit être de préserver notre trésorerie.
Quel est donc l'impact de la crise économique sur EADS ? Si l'espace, la défense et les activités de services restent, pour le moment, à l'abri, nos activités « commerciales » sont en revanche touchées : les hélicoptères commerciaux et les avions commerciaux, c'est-à-dire 30 % d'Eurocopter et la totalité d'Airbus.
Eurocopter est affecté parce que ses clients renoncent à des acquisitions ou ne disposent pas de la capacité financière pour les conclure. Pour le moment, les désistements concernant l'exercice 2009 sont compensés par la vente d'hélicoptères à d'autres clients mais il ne faudrait pas que cette situation perdure. Eurocopter peut cependant faire face, dans la mesure où les hélicoptères commerciaux ne représentent que 30 % de son chiffre d'affaires.
L'enjeu est supérieur pour Airbus, qui représente 65 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. Les clients et les fournisseurs d'Airbus sont « impactés ».
Les fournisseurs - qui ont aussi le secteur automobile pour client - ont une capacité d'amortissement des variations d'emploi plus réduite que la nôtre. Nous sommes prêts à ajuster nos commandes pour aider nos sous-traitants mais, de leur côté, les pouvoirs publics doivent engager une action ayant pour finalité, par exemple, la création d'un fonds stratégique.
Quant à nos clients, ils sont confrontés à deux défis.
D'abord, le trafic aérien n'atteint pas le niveau espéré.
Habituellement, sa croissance excède de 2 points celle du PNB. Dès lors que la croissance est négative, l'IATA (International Air Transport Association), organisme qui réunit les compagnies aériennes conventionnelles, table sur une réduction de trafic de 3 à 6 %. A cet égard, l'ORCI (International Civil Aviation Organization), organisme des Nations unies chargé de l'aéronautique, qui couvre également les compagnies à bas coûts, prévoit plutôt une évolution comprise entre 0 et moins 2 %, loin en tout cas des 5 % de croissance antérieurement escomptés. Il existe deux moyens de faire face à la surcapacité : reléguer des avions dans le désert de Mojave ou différer des réceptions.
Ensuite, les compagnies aériennes ne trouvent pas les financements pour régler le dernier acompte - qui représente 80 % du prix total -, y compris sur des crédits bénéficiant de la garantie de la COFACE, la Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur, c'est-à-dire de l'Etat. À cet égard, il est extrêmement utile que, dans le cadre de la recapitalisation des banques par l'Etat, le Gouvernement ait demandé que, sur les financements qu'elles pourront consentir, 7 milliards d'euros soient réservés pour l'exportation, dont 5 milliards d'euros pour Airbus et 700 millions pour ATR. J'espère que cette mesure
inspirera l'Allemagne.
Face à cette crise, que faisons-nous ?
Premièrement, nous aidons nous-mêmes nos clients à se financer, d'autant que le niveau de nos engagements envers eux est actuellement très bas, un peu plus d'1 milliard d'euros. Nous proposons cependant ce financement avec beaucoup de précaution car ce n'est pas notre métier.
Nous apportons en fait des paquets financiers : dès lors qu'Airbus finance une compagnie aérienne, celle-ci peut bénéficier de financements bancaires associés. Nous avons donc indiqué que nous étions prêts à accroître notre engagement en la matière, dans des proportions raisonnables.
Deuxièmement, nous suivons la conjoncture de très près, compagnie par compagnie, avion par avion, afin d'ajuster notre rythme de production aux livraisons effectives, et en tenant compte des annulations et des reports. Nous ne pouvons pas dire non à toutes les demandes de nos clients car nous voulons demeurer en bons termes avec eux et notre intérêt est de ne pas les acculer. Airbus, qui a traversé d'autres crises, dispose d'une expertise dans ce domaine.
Troisièmement, nous devons poursuivre notre plan d'économies. Si nous n'avons pas procédé à un plan social - à la différence de Boeing, qui a annoncé 10 000 suppressions d'emplois -, c'est parce que nous avons déjà agi en 2007, dans le cadre du plan Power 8. Les réductions d'emplois auxquelles nous avons alors procédé, à cause du cours du dollar, révèlent aujourd'hui leur utilité. Je vous rappelle qu'il n'y a eu aucun licenciement sec mais des mesures comme le non-remplacement de départs en retraite. Le plan a été mené sans choc social, d'autant qu'Airbus embauchait dans le même temps sur des postes de production et EADS en France pour ses autres activités. En 2008, malgré Power 8, EADS a créé environ 1 500 emplois.
Quatrièmement, nous devons préserver notre trésorerie, en évitant le stockage de « queues blanches », (avions en attente dont les clients se sont désistés) en concentrant nos dépenses d'investissement sur nos priorités, c'est-à-dire la recherche et l'A350, et en renonçant temporairement aux acquisitions envisagées. Nous cherchons à faire diminuer le poids d'Airbus au sein d'EADS car nous voyons actuellement combien le transport aérien est cyclique et donc risqué. Airbus représente 65 % de notre activité alors que les avions commerciaux ne comptent que pour moins de la moitié de la production et seulement 25 % des bénéfices chez Boeing, le reste étant presque exclusivement couvert par des contrats militaires gouvernementaux, qui assurent la pérennité du groupe et subventionnent l'activité avions civils.
La visibilité est très faible, la situation est très instable, et il faut la suivre de très près ; il est possible, d'ailleurs, que le budget adopté fin décembre par notre conseil d'administration soit amendé fin mars.
Nous avons livré douze A380 en 2008 et nous avons indiqué que nous en livrerions dix-huit en 2009. La croissance de la production reste tendue car elle requiert beaucoup de ressources mais les choses rentrent progressivement dans l'ordre.
La coopération européenne présente encore beaucoup de défauts. Le Président de la République, dans son intervention devant les forces armées, a dénoncé les limites de la loi du juste retour, en vertu de laquelle les pays exigent de faire ce qu'ils ne savent pas faire. Ce fut le cas par le passé dans le spatial et c'est maintenant le cas dans l'aéronautique. L'OCCAR, qui gère le programme A400M, a accompli des progrès mais n'a encore ni la puissance ni l'expérience de l'Agence spatiale européenne, l'ESA, et ne dispose pas d'autonomie par rapport aux pays qui la composent. Quant au NH90, géré par la NAHEMA - la Helicopter Management Agency de l'OTAN, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord -, il est produit en vingt-trois versions différentes, à partir de six chaînes d'assemblage. Mais il faut insister sur le fait que les difficultés de l'A400M résident d'abord dans son extrême complexité technique et, seulement et accessoirement, dans les difficultés d'organisation du projet industriel.
Des progrès sont encore nécessaires mais je ne vois pas comment nous pourrions éviter la coopération européenne. Je vous rappelle que le couple franco-allemand est à l'origine d'Airbus, d'Ariane et d'Eurocopter. En outre, nous savons les budgets et les marchés nationaux européens insuffisants face à la concurrence américaine, qui produit des séries énormes - les Etats-Unis doivent en être au trois millième Black Hawk et le Pentagone a lancé une compétition pour mille appareils supplémentaires.
J'ajoute qu'il n'existe pas de coopération européenne stable et de long terme ne s'appuyant pas sur le couple franco-allemand. En dépit des difficultés qu'il nous arrive de rencontrer, c'est, dans la majorité des cas, avec l'Allemagne que nous avons réalisé les programmes qui fonctionnent.
Il faut progresser dans la gestion intergouvernementale. L'ESA, à cet égard, est un assez bon exemple. Il faut nommer un industriel responsable et non un consortium. C'est d'ailleurs le cas pour l'A400M.
Lorsque nous réfléchirons à l'advanced UAV - unmanned aerial vehicle -, le drone futur de surveillance de théâtre, il faudra nommer un maître d'oeuvre unique. Les Etats commencent à prendre conscience qu'ils doivent se discipliner du point de vue de la spécification des matériels. En tout cas, il n'y a pas d'avenir pour des grands programmes échappant à la coopération européenne, hormis quelques domaines très précis, comme la force de dissuasion, avec une politique purement nationale très efficace, et peut-être le porte-avions, parce qu'il ne s'exporte pas.
La clarification progressive entre l'AED et l'OCCAR est positive.
Questions de M. A, membre de la commission.
Nous voulons exprimer une nouvelle fois notre attachement viscéral et affectif à votre entreprise.
Quelles seront les contreparties de la ligne de 5 milliards d'euros de crédits en faveur de votre secteur ? Il ne faudrait pas, en effet, qu'Airbus ou EADS délocalisent. Des projets existent, notamment avec la Tunisie, mais, par les temps qui courent, il faut se montrer prudent.
Quand le dollar était à 1,50 euro, vous n'excluiez pas de délocaliser dans la zone dollar ; aujourd'hui, il est retombé à 1,27 ou 1,28 euro, ce qui milite en faveur de la conservation de notre outil industriel.
Par ailleurs, le retard de l'A400M va poser à nos armées un vrai problème capacitaire. Il faut y prêter attention car cela nuit un peu au concept d'Europe de la défense, vis-à-vis duquel certains pays traînent les pieds. L'Europe de la défense ne peut être construite que sur des projets industriels européens. Or, dans le secteur de la défense, il n'y a guère de projets européens, et les difficultés de l'A400M, projet emblématique, rejaillissent sur l'image que les Vingt-sept se font de l'Europe de la défense.
En outre, même si Eurocopter est un autre fleuron extraordinaire, nous rencontrons quelques difficultés de livraison avec le NH90 et le Tigre.
La France vient de vous passer une commande de vingt-deux NH90 et le Brésil vous a commandé cinquante Caracal : pourrez-vous les fournir en respectant les échéances ?
Questions de M. B, membre de la commission.
La politique spatiale est désormais pour partie européanisée. Comment souhaitez-vous voir évoluer sa gouvernance, qui se caractérise aujourd'hui par un système à trois étages, avec l'Union européenne, l'ASE et les établissements publics nationaux comme le CNES, le Centre national d'études spatiales ? Cette architecture vous paraît-elle satisfaisante et durable ?
Le problème principal rencontré par les projets européens est évidemment celui du financement. D'autres canaux que celui du budget communautaire peuvent-ils être envisagés, notamment celui du financement des investissements de long terme ? Je crois savoir que les grands établissements concernés - la Banque européenne d'investissement, la Caisse des dépôts et ses homologues allemande, italienne, etc. - cherchent à se rapprocher. Des alliances avec certains fonds souverains ont même été envisagées. Qu'en pensez-vous ?
Les relations franco-allemandes paraissent un peu plus difficiles depuis deux ans. Chez EADS, tout n'a pas été toujours très simple, des divergences d'objectif étant souvent constatées en matière aérospatiale.
Une mise à plat n'est-elle pas nécessaire pour redéfinir des objectifs partagés ?
Réponses apportées par M. Louis Gallois.
M. A, la dotation en capital n'est pas une aide à Airbus mais une aide aux banques qui vise à renforcer leurs fonds propres et, par conséquent, à faciliter les financements, à fluidifier le marché financier compte tenu des ratios prudentiels, 10 milliards de capital supplémentaires permettent aux banques d'emprunter environ 100 milliards d'euros. Le Gouvernement a seulement demandé aux banques de s'engager à assurer des financements, dont certains sont garantis par la COFACE. Bref, l'action du Gouvernement vise à dégeler le financement de l'économie, ce qui est vital. Je tiens à rappeler que personne ne peut dire qu'il s'agit d'une aide, ce qui serait faux et pourrait, en outre, provoquer une réaction infondée de la Commission européenne et de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce.
Actuellement, 97 % des effectifs d'EADS sont répartis dans les quatre pays européens concernés; c'est globalement excessif. Safran, par exemple, n'est pas du tout dans cette situation. Une entreprise qui réalise 60 % de son chiffre d'affaires à l'exportation hors Europe - et même 75 % pour le seul Airbus - ne gagne pas des contrats avec les Chinois si elle ne leur achète rien ; or nous achetons moins en Chine que Boeing. Et si notre part de marché en Chine a progressé de 4 à 40 %, c'est parce que nous y avons installé une chaîne d'assemblage. Si nous voulons vendre notre ravitailleur en vol aux Etats-Unis, nous devrons y créer une ligne d'assemblage.
J'ajoute que nous ne trouvons plus d'ingénieurs en Europe, les carrières scientifiques y ayant perdu de leur lustre, même si c'est un peu moins vrai en France, grâce à nos grandes écoles. Il faut aller chercher ailleurs les 3 000 à 4 000 professionnels manquants. C'est la raison pour laquelle nous nous installons en Inde.
Enfin, il faut trouver des contreparties à l'effet dollar. Si nous nous installons en Tunisie, c'est parce que la vente d'avions conclue par le Président de la République lors de sa visite avec la compagnie nationale tunisienne était conditionnée par la construction d'une usine. En outre, il s'avère que la monnaie tunisienne est beaucoup moins forte que l'euro.
De plus, les marchés sont incroyablement volatiles, et nous ne disposons d'absolument aucune visibilité sur la parité euro/dollar. Nous avons actuellement plus de 60 milliards d'euros de couverture de change. Et les banques qui acceptent de nous couvrir sont de moins en moins nombreuses. Nous ne songeons pas à quitter l'Europe - mon passé peut en témoigner : j'ai tout de même occupé le poste de directeur général de l'industrie -, mais il faut trouver un équilibre, à l'instar de celui qu'a trouvé Safran.
Si les retards de l'A400M peuvent jeter le doute sur l'efficacité des grands programmes européens, je rappelle qu'à ce jour, aucun programme national actuel, aux Etats-Unis ou en Europe, n'est sorti en six ans et demi. Par ailleurs, ces coopérations européennes nous ont permis de proposer à l'Europe une offre alternative aux programmes américains.
Peut-être avons-nous projeté des perspectives trop optimistes, mais cet avion va sortir.
Nous avons déjà livré vingt-cinq NH90 dans sa version terrestre ; la France sera servie en 2011 parce qu'elle a été l'une des dernières à passer commande. Quant aux Tigre, nous en avons livrés quinze à la France, dans ses versions Step 1 et Step 2. Nous venons d'en livrer trois au Standard 1 susceptibles d'être déployés en Afghanistan, dès que le chef d'état-major des armées et le Président de la République auront donné le feu vert. Je le répète, Eurocopter a livré 588 hélicoptères l'an dernier.
M. B, le juste retour existe : c'est une contrainte industrielle inévitable. À l'instar de Mme Thatcher, les dirigeants de tous les pays - y compris les Français - proclament : « I want my money back ! » Les déclarations de certains chefs d'État ou de gouvernement étrangers montrent que la crise favorise le repli national.
Le CNES est un organisme national partie prenante de l'ESA ; cette superposition n'est pas anormale. L'articulation avec l'Union européenne est plus problématique. Je pense que l'ESA a bâti sa compétence sur trente ans d'expérience, que personne ne propose sa disparition et qu'il serait suicidaire d'instituer au niveau de l'Union européenne une structure concurrente suivant des règles différentes. Le financement communautaire peut parfaitement transiter par l'ESA, cet outil mis à la disposition des Etats et de l'Union européenne.
Il existe donc des financements intergouvernementaux, des financements communautaires, des financements nationaux et des financements émanant d'institutions comme celles que vous avez citées. Pour diversifier les financements, nous avons proposé de développer les partenariats public-privé.
Pour les satellites de télécommunication militaires, par exemple, nous sommes prêts à prendre à notre charge les investissements considérables requis puis à louer le service, comme nous le faisons au Royaume-Uni. Si nous sommes capables de le faire au niveau européen, en associant les Italiens, les Français et les Britanniques, nous économiserons un voire deux satellites.
Je n'ai pas à juger les relations interétatiques entre la France et l'Allemagne. Les contacts sont nombreux et divers ; il ne faut pas en avoir une vision cauchemardesque. En tout cas, à l'intérieur de l'entreprise, les relations se sont considérablement améliorées, sans qu'un pays ne l'emporte sur l'autre - certains éléments prouvent même que les Français ne sont pas défavorisés. Je discute autant avec nos amis espagnols qu'avec les Allemands. Il est de l'intérêt de tout le monde que l'entreprise réussisse et ne soit pas un champ de bataille franco-allemand ou entre nationalités ; elle ne l'est plus, et je m'attacherai à ce qu'elle ne le redevienne pas.
Questions de M. C, membre de la commission
Comment les résultats d'EADS seront-ils employés ?
Quel signal donnerez-vous ? Distribuerez-vous des dividendes plus ou moins élevés à vos actionnaires ou privilégierez-vous une relance de l'investissement ? La question concerne toutes les grandes entreprises, et c'est un sujet auquel les Français sont très sensibles.
Quelles technologies de rupture permettraient à l'industrie aéronautique et spatiale européenne de poursuivre la course en tête ? Les efforts de recherche européens sont-ils à la hauteur ?
Questions de M. D, membre de la commission
Iriez-vous jusqu'à prendre des participations dans le capital de vos sous-traitants ?
Comment envisagez-vous d'aider vos clients à se financer ?
En matière de coopération, le tropisme européen est parfois trop étroit.
N'existe-t-il pas des projets industriels dépassant les frontières étroites de l'Europe, en particulier avec les Etats-Unis ?
Dassault n'a pas développé le Falcon 7X en suivant un concept de coopération égalitaire : tout part d'un maître d'oeuvre, sur lequel les autres opérateurs viennent s'agréger en apportant leur savoir faire.
C'est tout le contraire de ce qui s'est passé pour le NH90 : il a fallu donner des cours du soir aux Allemands pour qu'ils apprennent à fabriquer des hélicoptères... Au passage, l'arrangement administratif concernant le programme du NH90 est intervenu en 1984 ou 1985.
L'idée de politique industrielle européenne, à laquelle certains d'entre nous sont très attachés, progresse-t-elle en Allemagne ? La notion de Standort Deutschland, connue depuis longtemps, revient en réalité à une politique industrielle tacite, secrète et efficace.
Enfin, je vous recommande la dernière publication du Conseil d'analyse économique du Premier ministre, relatif aux politiques de change. En page 73, il est indiqué qu'une augmentation de 10 % de l'euro par rapport aux autres monnaies se traduit par 1,1 point de croissance économique en moins dans toute la zone euro.
Réponses apportées par M. Louis Gallois.
Ne connaissant pas le montant de nos résultats de 2008, je ne puis vous indiquer ce que le conseil d'administration décidera. Mais nous avons versé de dividendes extrêmement faibles à nos actionnaires en 2007 et en 2008. Si nous avons des résultats corrects en 2008, il faudra bien tenir compte des attentes de nos actionnaires, qu'il nous arrive de mettre à contribution lorsqu'il s'agit de financer l'entreprise. Il est clair que les bonus, paquets de départ et autres dividendes n'ont plus bonne réputation, sans parler des stock-options que le conseil d'administration a supprimées sur ma proposition et remplacées par des distributions d'actions gratuites.
En matière de recherche, Boeing est allé plus vite qu'Airbus pour les matériaux composites. Nous sommes en train de rattraper notre retard.
Les problèmes rencontrés par le B787 nous confirment néanmoins qu'une certaine prudence est de mise dans le tout-composite. Par ailleurs, notre métier, aujourd'hui, consiste à intégrer des systèmes déjà extrêmement sophistiqués eux-mêmes. Il importe de rester à l'avant-garde de la recherche systémique et informatique. Enfin, Airbus, qui n'est pas motoriste, consacre 80 % de ses efforts de recherche et technologie à la lutte contre l'impact environnemental des avions, qu'il s'agisse du bruit, de la consommation d'énergie ou des émissions, non par philanthropie mais parce que nous savons que nos produits ne seront plus acceptés si nous ne prenons pas en considération la protection de l'environnement.
Réponse apportée par M. Louis Gallois.
M. D, nous n'envisageons pas de prendre des participations chez nos sous-traitants car ce n'est pas notre métier. Toutefois, pour aider le tissu de sous-traitants à se réorganiser, nous avons créé, avec la Caisse des dépôts et Safran, un fonds baptisé Aerofund. Si nous interférions dans la gestion de nos sous-traitants, nous risquerions de devenir juge et partie. Aider nos clients signifie simplement leur prêter de l'argent quand ils n'ont pas le choix et cela leur permet parfois d'accéder au financement bancaire.
Nous vendons des Airbus équipés de moteurs General Electric ou IAE, structure qui associe Rolls-Royce, MTU et Pratt & Whitney ; ce sont nos clients qui choisissent leurs moteurs. Même si, pour plus de commodité, EADS souhaitait acheter un Pratt & Whitney, je comprends parfaitement que le Gouvernement ait choisi de développer un moteur européen pour l'A400M. Il faut seulement tirer les conséquences de ce choix industriel : cela coûte plus cher et cela prend davantage de temps. Au demeurant, je ne suis pas certain que Pratt & Whitney aurait conçu si facilement un moteur de 11 000 chevaux, le plus gros jamais fabriqué, à l'exception d'un moteur russe des années soixante-dix.
Le 7X est certainement un très bon avion.
Le concept de Dassault est très proche de celui d'Airbus : un maître d'oeuvre associe des partenaires à son travail. Dassault ne traite pas ces problèmes avec une originalité particulière mais a su très vite appliquer le concept d'entreprise étendue, qui consiste à insérer tous les partenaires dans un environnement informatique commun. Tout le monde est maintenant à ce niveau d'intégration mais Dassault a montré la voie.
Je n'accepte pas que l'on prétende que les Allemands sont venus prendre des cours du soir pour le NH90. Si vous allez visiter le site de Donauworth, vous verrez qu'ils savent gérer leurs usines. Nous étions certes en avance dans le secteur aéronautique car nous n'avons pas subi quarante ans d'interdiction de maîtrise d'oeuvre. Plus généralement, les Allemands sont des partenaires industriels solides ; leur production industrielle est d'ailleurs deux fois supérieure à la nôtre. En matière d'hélicoptères, nous sommes alliés avec eux depuis 1989 ou 1990. Ils ont beaucoup appris et se situent à un niveau technique comparable au nôtre.
Par ailleurs, ils ont apporté une forte contribution financière essentielle au développement d'Airbus, d'Eurocopter et, aujourd'hui, d'EADS.
La semaine dernière, le ministre président de Bavière m'a invité à une réunion avec tous les industriels régionaux, à commencer par Siemens et BMW, pour réfléchir à la crise et aux solutions à lui apporter. C'est un type de réunion que je ne vois pas souvent en France, paradis de la politique industrielle... Lorsqu'il faut choisir la localisation d'une technologie, chaque pays - l'Espagne, l'Allemagne, la France et surtout le Royaume-Uni - mais aussi les Länder avancent chacun leurs cartes maîtresses.
Question de M. E, membre de la commission
La crise vous a-t-elle contraints à réviser votre budget de recherche ?
Réponse apportée par M. Louis Gallois.
Non. Nous préservons la recherche et nous continuerons aussi longtemps que possible.
Question de M. E,
membre de la commission
Hormis l'impact environnemental, travaillez-vous sur les différentes caractéristiques de l'avion prévu pour dans quinze ans ?
Réponse apportée par M. Louis Gallois.
Dans quinze ans, les avions consommeront moins, feront moins de bruit et pollueront moins. Voilà ce qui nous est demandé. Mais d'autres éléments sont étudiés : le confort, les automatismes, la sécurité.
Question de M. F, membre de la commission
L'Atelier industriel de l'aéronautique, l'AIA, situé à Clermont-Ferrand, qui assure l'entretien des aéronefs militaires, se trouve en grande difficulté à cause du retard pris par l'A400M. Le tiers du personnel devrait disparaître d'ici à 2012. Est-il réaliste de chercher des solutions de compensation pour cinq ans en attendant l'A400M ? Le savoir faire clermontois risque d'être complètement perdu.
Question de M. G, membre de la commission
Les financiers, souvent aidés par les politiques voire les industriels, adorent faire du meccano industriel en recomposant la carte européenne des localisations. Quels regroupements et coopérations renforcées jugeriez-vous pertinents pour rendre plus active l'Europe industrielle de la défense ?
Réponses apportées par M. Louis Gallois.
M. F, je n'ai jamais évoqué un délai de cinq ans. L'avion sera en retard ; j'espère que ce retard sera contenu mais je ne peux pas donner de délai. Trois ans seront encore nécessaires à compter du premier vol, qui devrait avoir lieu à l'automne 2009 ; nous aurons donc trois ans de retard, dès lors que le premier vol aurait lieu à l'automne 2009.
Parmi les solutions de transition pour assurer le transport logistique longue distance des armées, il est envisageable d'acquérir des A330, plus tôt en version cargo pour les transformer plus tard en version ravitailleur (MRTT).

M. G, je n'ai pas d'idée formidable sur la question que vous soulevez. On observe actuellement une tendance assez naturelle au repli national. Croire possible de constituer une base solide en France puis de passer des alliances européennes est assez illusoire.
La stratégie de Thales au Royaume-Uni a été intéressante ; la nature d'EADS est différente puisque nous procédons d'une construction politique. Il doit être possible de mener au niveau européen des opérations de rapprochements nous permettant d'affronter la concurrence.
Le problème de l'Europe n'est pas tellement l'insuffisance de grands groupes - on compte d'assez nombreuses entreprises françaises parmi les cent plus grandes mondiales - mais la faiblesse de son tissu d'entreprises de 5 000 à 8 000 salariés, qui peuvent être très exportatrices et très bien spécialisées internationalement.
Dans le secteur nucléaire, des considérations liées à la souveraineté peuvent justifier des alliances européennes. Ce n'est pas vrai dans tous les secteurs.
Question de M. le Président Pierre Lequiller.
Et en matière d'industrie de défense ?
Réponse apportée par M. Louis Gallois.
Dans ce domaine, il ne reste plus grand-chose à faire, si ce n'est pour les chantiers navals et les véhicules terrestres.
Dans l'électronique, il reste trois grosses entreprises : EADS, Thales et Finmeccanica. L'entreprise espagnole Indra Sistemas, de taille moyenne, qui bénéficie pratiquement de l'exclusivité sur son marché national, constitue vraisemblablement le seul enjeu européen. Les trois acteurs européens cherchent à nouer des alliances aux Etats-Unis pour accéder au marché américain.
Dans le domaine du matériel terrestre, nous avons un tissu d'entreprises qui ne se portent pas très bien.
Quant au secteur des chantiers navals, les Américains en sont absents car ils n'exportent pas de matériel naval. La compétition y est donc totalement différente de celle que nous connaissons dans les autres industries, où les Américains se comportent en « bulldozer ». Ceci, pourtant, justifierait un regroupement des chantiers navals français, allemands et espagnols.
Question de M. le Président Pierre Lequiller
.
La présidence française a poussé l'idée d'une industrie de défense européenne. En dehors de la France, du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de l'Espagne, quels pays pourraient participer à des coopérations structurées ?
Réponse apportée par M. Louis Gallois.
L'Italie et la Suède. En dehors de ces six pays, dits « de la LOI » - letter of intent -, qui dépensent de l'argent en faveur de la défense, à des degrés d'ailleurs très divers, et qui sont animés par une préoccupation industrielle, c'est le désert. En Suède, Saab est plutôt lié à BaAE Systems. L'Italien Finmeccanica a opéré un mouvement de première importance aux Etats-Unis, avec une stratégie offensive de pénétration, en rachetant DRS.
Question de M.  A.
Je pense, tout comme vous, que l'Europe de la défense ne pourra se faire que si elle s'appuie sur des projets industriels communs entre les six pays consentant un effort budgétaire en faveur de la défense.
Réponse apportée par M. Louis Gallois.
EADS, qui procède d'une alliance entre quatre pays, est un peu en avance.
Question de M. A.
Le budget de l'AED - laquelle a été créée en 2004 -, est insuffisant ; les Britanniques ne veulent pas y mettre de l'argent. Elle a tout de même pour rôle, en parallèle avec l'OCCAR, de faire émerger des programmes européens, mais, avec des moyens aussi réduits, elle n'y parvient pas.
Je rappelle qu'à une époque, il fut question d'un « EADS naval » entre la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, mais ce projet n'a pas abouti.
De même, l'industrie terrestre est un peu morcelée.
Il est crucial que l'A400M, destiné à répondre au problème capacitaire du transport de troupes, réussisse, car c'est ce qui tirera les autres projets européens.
Réponse apportée par M. Louis Gallois.
Trois projets européens sont en cours : le MUSIS, Multinational Space-Based Imaging System, dans le domaine de l'observation ; le drone advanced UAV ; l'alerte avancée, dans le domaine de la protection contre les missiles balistiques. Pour que la France joue son rôle au sein du commandement intégré de l'OTAN, dans lequel elle s'apprête à entrer, il faut être présent dans ce dernier secteur, qui est décisif. La France possède un atout formidable : c'est le seul pays européen qui maîtrise le missile balistique.
Propos conclusifs de M. le Président Pierre Lequiller.
Je vous remercie pour ces réponses précises et éclairantes.

Nota : cet article a déjà été publié à deux reprises sur ce blog, en 2009.

Autre article de ce blog relatif à EADS : EADS : une normalisation européenne, entre intérêts nationaux et mondialisation, par Kai Behrens et Louis-Marie Clouet (CERFA)


Par Patrice Cardot - Publié dans : Technologies et entreprises en action et en débat
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 07:31

En 2003, Pascal Dallecoste, chercheur au Laboratoire de Recherche de l'Ecole de Guerre Economique (LAREGE) a publié un document intitulé " qui veut du groupe Carlyle ? " qui propose une analyse approfondie de ce fonds d'investissement aussi singulier qu'intriguant.

Préambule :

Carlyle : c'est le fonds d'investissement privé le plus puissant au monde. Le plus discret, aussi. Non coté en bourse, il n’est pas tenu de communiquer le nom de ses partenaires. Dans son comité de direction, d’ex-ministres côtoient d’anciens représentants des principales agences de régulation américaines et deux anciens directeurs de la CIA. Etroitement connecté au secteur de la défense, il est capable de répondre à n’importe quel appel d’offres, de l’aéronautique aux télécoms, de l’électronique de défense à la décontamination nucléaire, bactériologique et chimique, en passant par la production de chars, de canons, de missiles... Ses participations dans les nanotechnologies, les biotechnologies et les semi-conducteurs en font l’un des principaux centres de recherche et développement sur les infrastructures de l’information, le nucléaire et les programmes génétiques. Jusqu’en 1998, le Carlyle Group était inconnu en France. Il y contrôle pourtant une grande partie de la presse professionnelle et quelques fleurons industriels. Enquête sur un ogre aux visées très stratégiques.

Le document complet : carlyle group carlyle group

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par De La Boisserie - Publié dans : Technologies et entreprises en action et en débat
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 10:37

En 2006, la consommation finale d’énergie de l’industrie était de 37,4 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep), soit 14,4% de l’énergie finale consommée en France. Cela représente une diminution de 16,5% depuis 1980. Cependant, la consommation semble s’être stabilisée depuis 1990, avec une augmentation de 2% entre 1990 et 2000 puis une diminution de 5% depuis 2000, alors même que la production industrielle augmente de 4% entre 2000 et 2006. Ce résultat exclut les 15,4 Mtep de combustibles fossiles utilisées à des fins non énergétiques par certains secteurs, comme la chimie (solvants) et l’industrie des plastiques.

L’industrie consomme moins d’énergie que le secteur de la production d’énergie (98,2 Mtep), le résidentiel-tertiaire (70,6 Mtep) ou les transports (50,9 Mtep). Part relative des différentes énergies dans la consommation finale énergétique de l'industrie

En 2006, l’industrie a consommé en majorité du gaz à hauteur de 32% et de  l’électricité (31%), des combustibles solides (17,5%) et du pétrole (16%).

L’évolution des consommations depuis 1980 montre une augmentation régulière de l’utilisation du gaz (+79%) et de l’électricité (+43%), en remplacement du pétrole (-68%) et des combustibles solides (-35%). La part des énergies renouvelables reste stable autour de 3%. Cette évolution a permis la réduction du contenu carbone de la consommation énergétique de l’industrie, du fait du développement de l'électronucléaire et du plus faible contenu carbone du gaz. En effet, à énergie fournie égale, la combustion du gaz rejette moins de CO2 que celle du pétrole et du charbon.

En 2006, les secteurs de l’industrie les plus consommateurs d’énergie ont été les industries chimiques (19%), la sidérurgie (18,5%), l’agroalimentaire (14%) et l’industrie du papier et du carton (11%). Ces secteurs consomment à eux seuls près de 63% de l’énergie brute totale utilisée par l’industrie. La chimie organique et l’industrie du papier ont vu leurs consommations augmenter respectivement de +21% et de +4,5% depuis 1990. La chimie minérale, la sidérurgie et les IAA ont globalement diminué leurs consommations de 1990 à 2006 (respectivement -10%, -21% et -3%), mais ont enregistré des augmentations sur la dernière décennie (+28% de 1996 à 2006 pour la chimie minérale, +10% pour la sidérurgie, +20% pour l’IAA).

Cette évolution des consommations d’énergie de 1990 à 2006 montre une forte diminution des consommations pour la fabrication d’engrais (-66%), la production de minéraux (-70%) et l’industrie textile (-75%). Mais ces secteurs ne représentent qu’une très faible part de la consommation brute totale de l’industrie (moins de 4%).

La consommation énergétique de l’industrie dépend des secteurs les plus consommateurs comme la sidérurgie ou l’industrie chimique. Ceux-ci semblent être parvenus à un palier dans leurs efforts pour économiser l’énergie. Une rupture technologique paraît désormais nécessaire pour améliorer de manière significative leurs performances énergétiques.

Consommation brute d'énergie par secteur (NCE) de l'industrie

Secteur (NCE)*

Consommation en ktep

Part en 2006

Variation 1990-2006

Variation 1996-2006

1990

1996

2006

Sidérurgie

9 646

6 920

7 599

18,5%

-21,2%

9,8%

Industrie agroalimentaire

5 969

4 800

5 775

14,0%

-3,3%

20,3%

Autres industries de la chimie organique

4 582

4 253

5 527

13,4%

20,6%

30,0%

Industrie du papier et du carton

3 756

2 748

3 921

9,5%

4,4%

42,7%

Autres industries de la chimie minérale

2 509

1 767

2 264

5,5%

-9,8%

28,1%

Fonderie et travail des métaux

2 322

1 189

1 412

3,4%

-39,2%

18,8%

Production d'autres matériaux de construction et de céramique

1 444

1 008

1 393

3,4%

-3,5%

38,2%

Industrie du verre

1 595

1 356

1 392

3,4%

-12,7%

2,7%

Métallurgie de 1ère transformation des métaux non-ferreux

2 983

1 440

1 315

3,2%

-55,9%

-8,7%

Construction de véhicules automobiles et de transport terrestre

1 867

1 121

1 066

2,6%

-42,9%

-4,9%

Industries diverses

1 117

762

977

2,4%

-12,5%

28,2%

Transformation des matières plastiques

1 105

596

816

2,0%

-26,2%

36,9%

Fabrication d'engrais

2 099

1 700

714

1,7%

-66,0%

-58,0%

Construction électrique et électronique

1 383

868

703

1,7%

-49,2%

-19,0%

Fabrication de matières plastiques, de caoutchouc

1 507

1 516

683

1,7%

-54,7%

-54,9%

Construction mécanique

951

581

615

1,5%

-35,3%

5,9%

Parachimie et industrie pharmaceutique

867

434

551

1,3%

-36,4%

27,0%

Première tranformation de l'acier

404

746

493

1,2%

22,0%

-33,9%

Industrie textile, du cuir et de l'habillement

1 749

987

447

1,1%

-74,4%

-54,7%

Industrie du caoutchouc

635

426

408

1,0%

-35,7%

-4,2%

Construction navale, aéronautique et armement

366

320

378

0,9%

3,3%

18,1%

Production de minéraux divers

445

214

135

0,3%

-69,7%

-36,9%

Industrie des fils et fibres synthétiques

153

86

78

0,2%

-49,0%

-9,3%

Note : Résultats des secteurs de l’extraction et de la préparation de minerais, de la fabrication de plâtres, de chaux et de ciments exclus car couverts par le secret statistique ; *NCE : nomenclature d’activités économiques pour l’étude des livraisons et consommations d’énergie.

Source : Sessi, 2007.

 

Définitions :

 

 

 

 

Consommation d'énergie primaire : consommation d'’énergie brute, c’est-à-dire non transformée après extraction (houille, lignite, pétrole brut, gaz naturel, électricité primaire) correspondant à la consommation finale + les pertes + la consommation des producteurs et des transformateurs d’énergie (branche énergie).

Consommation d'énergie finale : la consommation finale d’énergie représente l’énergie utilisée par les utilisateurs finals (= énergie primaire - les pertes - consommation de la branche énergie).

Consommation brute : production totale brute diminuée du solde exportateur. L’autoproduction de vapeur vendue et la consommation pour l’autoproduction d’électricité ne sont pas déduites. 

 

Voir aussi...

http://www.industrie.gouv.fr/sessi/index.php (Service statistique du ministère chargé de l'industrie)

Source : http://www.stats.environnement.developpement-durable.gouv.fr/donnees-essentielles/activites-humaines/industrie/la-consommation-energetique-de-l-industrie.html

 

 

Par Jean Poche - Publié dans : Technologies et entreprises en action et en débat
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Penser pour agir !

" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
 "
  (Voltaire)

 

" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller

jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)

 

 

Recherche

Catégories

Recommander

Conseils de lecture

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés