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Points de vue publiés dans la presse

Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 16:42

Gordon Brown n'y croit pas. S'exprimant dans un forum économique en Chine, l'ancien locataire du 10 Downing Street -qui avait par ailleurs occupé auparavant, et pendant une décennie, la maison voisine au n° 11, logement de fonction du ministre de l'Economie- ne pense pas que la zone euro, dans sa forme actuelle, survivra à la crise de dettes souveraines. Autrement dit, Gordon Brown pense que la Grèce -au moins- ne pourrait pas rester longtemps membre du club des 17 pays de la Zone euro.

Avec une telle vision -au demeurant tout à fait logique et cohérente- pas étonnant que l'ancien leader travailliste -tout comme Christine Lagarde, d'ailleurs – juge les banques européennes « sous-capitalisées ». En clair une refondation en profondeur de la zone euro impliquerait ce que les anglophones qualifient de hair cut, une « coupe de cheveux », c'est-à-dire un renoncement de la part des créanciers à une partie voire à la totalité de l'argent qui leur est dû. Déjà affaiblies par les dettes du secteur privé, les européennes courent aujourd’hui, selon Brown, un véritable danger

Face au scepticisme de Brown, l'euro a trouvé un fervent et surprenant supporter : le premier ministre chinois Wen Jiabao, qui a tenu a exprimer sa confiance dans la capacité de l'Europe à s'en sortir. En vertu de quoi les dirigeants de Pékin sont formels: « Faire sortir la Grèce de la zone euro n'est pas une option », comme l'a précisé noir sur blanc une dépêche de l'agence de presse officielle chinoise. Une telle mesure, ajoute l'Agence chinoise, enverrait un message très négatif sur la capacité de l'Europe de gérer de crises et mettrait en péril l'avenir de la monnaie unique.

 

NDLR Regards-citoyens.com : Si le Royaume-Uni n'est toujours pas membre de la zone euro, n'oublions pas cependant qu'il est bien membre de l'Union économique et monétaire depuis sa création. S'il n'a pas encore passé le cap d'entrer dans sa troisième phase (adoption de l'euro comme monnaire unique), il a néanmoins décidé de souscrire aux deux premières. (voir à cet égard l'article suivant : Les trois phases de l'Union économique et monétaire - nouvelle édition - )

 

 

 

Par Jean Poche - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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Mercredi 10 août 2011 3 10 /08 /Août /2011 20:45

Si les émeutes urbaines françaises ont toujours été tournées contre l'Etat, c'est loin d'être le cas en Angleterre, qui a connu de nombreux conflits inter-communautaires, explique Laurent Mucchielli, sociologue spécialisé en criminologie et auteur d'un blog sur la sécurité hébergé par Le Monde.fr. " Sans prétendre à une analyse complète de la crise britannique ", le chercheur rappelle les ingrédients qui alimentèrent les précédentes crises françaises, à rapprocher de l'actualité anglaise :

Peut-on voir, entre les émeutes de France et d'Angleterre, des causes ou des éléments déclencheurs similaires ?

Il y a un premier élément de comparaison qui saute aux yeux : en Angleterre, l'émeute suit la mort d'un jeune du quartier dans le cadre d'une opération de police [jeudi 4 août, Mark Duggan, père de famille d'origine antillaise, est tué par les tireurs d'élite de la Met (Metropolitan police)]. En France, c'est le même type de facteur déclenchant : la mort de deux jeunes électrocutés dans un site EDF à Clichy-sous-Bois, au cours d'une opération de police "pour rien" puisque les soupçons de vol étaient infondés. A Villiers-le-Bel en 2007, c'est le décès de deux adolescents à moto, percutés par une voiture de police, qui provoque également les émeutes.

Derrière ces drames, il y a la réponse des pouvoirs publics, qui sont dans le déni. [En Angleterre, le vice-premier ministre, Nick Clegg, a déclaré que "la vague de violence gratuite n'a absolument rien à voir avec la mort de Mark Duggan".] En France, le ministère de l'intérieur avait affirmé, a priori, que la police n'était pas en tort. Cette réaction nie la souffrance des familles et des proches, les empêche de se constituer en victimes, et donne l'impression que ces jeunes sont morts pour rien, de manière absurde.

Ces éléments déclencheurs font exploser la situation dans un contexte de fort chômage et de misère économique dans les quartiers pauvres. Les motivations plus profondes qui expliquent ces crises sont toujours un sentiment d'injustice, des humiliations, des contrôles de police, une impression de "no future" qui, accumulés au quotidien, finissent par déchaîner une vague d'émotion collective, c'est-à-dire une émeute. Spécificité française : la cible des émeutiers n'était pas seulement la police et l'Etat, mais aussi l'éducation. L'échec scolaire est davantage dramatisé dans le pays du mythe de l'école républicaine intégratrice.

Cocktails Molotov, lancers de projectiles sur les policiers, voitures brûlées : les moyens utilisés par les émeutiers paraissent similaires dans les deux pays...

Oui, mis à part les pillages, qui semblaient moins répandus en France, peut-être à cause de la configuration urbaine : que voulez-vous piller dans les quartiers excentrés de Clichy-sous-Bois, loin des commerces ? Pour le reste, si le même type de violence est employé, c'est parce que c'est le dernier moyen d'expression qui reste dans ces quartiers.

Certains ont comparé les émeutes de 2005 au mouvement anti-CPE qui a suivi, arguant que les étudiants savaient, eux, s'exprimer. Mais la grande différence, c'est que les jeunes des ZUS [zones urbaines sensibles] n'ont aucune représentation, pas de syndicats, de banderoles, de slogans, de service d'ordre... Bref, il n'y a pas d'organisation politique, les populations sont totalement isolées. Ce qui se ressent d'ailleurs dans les taux d'abstention [Ils avoisinaient les 50 % aux premiers tours des élections législatives de 2007 et municipales de 2008, par exemple, selon un rapport de la Délégation interministérielle à la ville (PDF)].

Il faut rappeler qu'en 2005, les émeutes ne se sont pas propagées dans toutes les ZUS. La police a expliqué ces disparités en fonction de l'implantation des trafics de drogue. Selon nos recherches sociologiques, c'est l'implication des élus locaux et l'existence d'un réseau associatif – qui constituent une médiation, une forme de représentation collective – qui ont fait la différence.

Du côté des pouvoirs publics britanniques, apporte-t-on le même type de réponse qu'en France ?

La réaction politique dominante, dans les deux cas, est de traiter les émeutes comme un problème de délinquance et de réagir par des rappels à l'ordre. C'est un déni des enjeux sociaux et politiques qui les sous-tendent. L'erreur est de prendre un petit bout de la réalité – les destructions, pillages, voitures brûlées – et de réduire la crise à ces phénomènes spectaculaires. Or il y a des motivations derrière ces actes de délinquance.

Autre erreur, peut-être volontaire : tenir un discours selon lequel une minorité de délinquants prennent en otage leur quartier. En réalité, il y a plusieurs lignes dans ces émeutes : la première, la plus visible, est composée des jeunes qui vont le plus loin, le plus au contact des forces de l'ordre. On retrouve ici des personnes déjà connues des services de police, qui ont moins à perdre. En deuxième ligne, il y a tous ceux qui suivent : des jeunes scolarisés, en insertion professionnelle, qui n'agiraient pas sans meneurs et qui partagent avec ces derniers bien autre chose que la simple délinquance. Enfin, il y a tous ceux qui ne participent pas mais qui sont sur les trottoirs ou aux fenêtres, et qui encouragent : les femmes, les parents, les plus âgés... Donc, la stratégie consistant à stigmatiser les émeutiers ne correspond pas à la réalité : c'est une tactique policière qui vise à isoler les meneurs. Ce qui est grave, c'est quand cette logique apparaît dans le discours de l'Etat pour interpréter les émeutes.

Au-delà de la comparaison, y a-t-il une possibilité que ces émeutes passent de l'Angleterre à la France ?

Non, c'est pur fantasme. Il n'y a pas de phénomène magique d'une émeute qui traverserait la Manche. " Prolétaires de tous les pays, unissez vous ", ça n'existe plus en 2011 ! En France, il n'y a pas d'élément déclencheur au niveau local.

 

Source : Le Monde

 

Voir également sur ce blog :

 * Contre la dictature financière, la révolte nécessaire, par Edwy Plenel (Mediapart)

 * De la contre-insurrection ! Ou du recours aux forces armées pour réduire au silence des populations civiles !

 * France : Loi du 28 juillet 2011 tendant à faciliter l’utilisation des réserves militaires et civiles en cas de crise majeure

 * Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ? - nouvelle édition -



Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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Mardi 9 août 2011 2 09 /08 /Août /2011 18:06

Carl von Clausewitz (1780-1831) a dit que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. Après vingt ans de guerre, à commencer par la première guerre en Irak, puis en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak et puis à nouveau en Afghanistan et maintenant en Libye, est-il temps pour le monde euro-atlantique de mettre un frein à sa poursuite effrénée de la guerre ? La noblesse de l'intention d'empêcher Mouammar Kadhafi de répéter un massacre du type de Srebrenica à Benghazi, en mars, ne doit pas être mise en doute.

L'art de mettre fin a une guerre exige autant de leadership, de bravoure et de prise de risque que celui d'en commencer une. L'engagement précipité des Britanniques en Libye est aujourd'hui considéré comme une erreur stratégique. Bien sûr, les questions de stratégie n'ont rien à voir avec les questions de moralité ou de légalité. La guerre en Irak a été illégale parce qu'un Politburo communiste en Chine et un néo-autoritaire proche des oligarques à Moscou ont refusé d'adopter une deuxième résolution de l'ONU et ce, bien avant la menace d'un veto francais. L'opération en Afghanistan est couverte par l'ONU mais, depuis qu'Al-Qaida a été chassé en 2001, la mission a été accomplie. L'intervention en Libye a également obtenu le feu vert de l'ONU, mais a été menée par l'OTAN avec peu d'enthousiasme.

L'assassinat du chef des rebelles, le général Younis, par les islamistes devrait sonner l'alarme. Pourtant, il y aura toujours des représentants des Libyens prêts à expliquer aux dirigeants de Paris ou de Londres qu'une nouvelle frappe aérienne, un nouvel escadron non officiel de formateurs militaires, ou peut-être même quelques hélicoptères ou missiles de plus pourront faire l'affaire.

1 million d'euros par jour

La Libye fait deux fois et demie la taille de la France et sept fois celle du Royaume-Uni. Un des premiers ministres britanniques du XIXe siècle, Lord Salisbury, avait déclaré que la plupart des erreurs dans la politique étrangère de la Grande-Bretagne étaient liées à la mauvaise utilisation des échelles sur les cartes. Quelqu'un a-t-il rappelé à MM. Cameron et Sarkozy à quel point la Libye est grande ? Tripoli et Benghazi se détestent. L'idée qu'un groupe de Benghazi serait le bienvenu à Tripoli est une aberration. Si les tribus et les islamistes l'emportent, ce n'est pas une démocratie "à la suisse" mais plutôt une charia de type taliban qui s'imposera à Tripoli.

L'aventure libyenne coûte à la France et à la Grande-Bretagne plus de 1 million d'euros par jour. Jusqu'à présent, aucun soldat français ou britannique n'a été tué en Libye. En Afghanistan, le nombre de morts augmente régulièrement.

Voilà deux décennies que l'armée occupe le coeur de la politique, avec la première guerre d'Irak, les conflits en Bosnie et au Kosovo, les interventions en Afrique telles qu'en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire et enfin les guerres post-11-Septembre dans les pays musulmans. Ces interventions n'étaient pas toutes injustifiées, de même que les nouveaux concepts onusiens du droit d'ingérence et de la responsabilité de protéger conservent leur importance.

Les soldats ont servi leur pays et les valeurs de la démocratie avec dévouement, dignité et un sens du devoir inégalé. Cependant, nous n'honorons pas nos soldats morts en entassant plus de cadavres sur eux. Mieux vaut une paix injuste qu'une guerre sans fin. Reste à savoir quels leaders politiques seront capables de mettre fin aux combats et de laisser la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis jouir d'une période de paix comparable à ce que l'Europe a connu lorsqu'elle a renoncé à faire la guerre pour garder ses colonies ou à la prospérité retrouvée aux Etats-Unis, une fois retirés du Vietnam.

Le monde non démocratique se délecte de voir les armées occidentales s'embourber dans des conflits ingagnables, qui pompent le sang et la richesse du renouveau économique et social dont la communauté euro-atlantique a tant besoin.

Les meurtres de masse, la torture et les atrocités qui accablent la Syrie sont bien pires que tout ce qui se passe en Libye. Mais on ne peut rien faire, de même qu'on ne peut pas lancer une guerre pour déloger les despotes sanguinaires et corrompus en Afrique, ou bien enrayer l'armement nucléaire en Iran.

La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens. Mais puisque nous ne connaissons plus de succès avec la guerre, peut-être qu'il serait temps d'essayer d'autres moyens.

 

Source : Le Monde

 

Denis MacShane, député travailliste, a été ministre britannique des affaires européennes dans le gouvernement de Tony Blair

 

Voir également :

 * La sortie de la crise lybienne passe impérativement par le retour devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies

 * The “ War on Terror ” is Over – Now What ? Restoring the Four Freedoms as a Foundation for Peace and Security, by Mark R. Shulman (Journal of National Security Law & Policy [Vol. 3:N2009])

 *  Agir au long terme sur les conflits : l’UE mise sur la médiation (Bruxelles2.eu)

 * Il y a des guerres qu'il vaudrait mieux ne pas avoir à mener en choisissant d'autres stratégies, et de préférence des stratégies gagnantes




 

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : Points de vue publiés dans la presse
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Jeudi 4 août 2011 4 04 /08 /Août /2011 10:51

 Entretien avec Thomas Wieder.
" Comme en 1789, la question des "privilèges" se pose avec une gravité particulière dans le domaine fiscal. La nuit du 4 août, en effet, a débouché sur une révolution fiscale fondée sur le principe de l'universalité de l'impôt.
L'exemple type est l'impôt sur les successions. Créé en 1791, c'était un impôt très moderne pour l'époque - ,les Etats-Unis et le Royaume-Uni ne l'institueront qu'au début du XXe siècle - dans la mesure où il s'appliquait à toutes les personnes et à tous les types de biens. Les autres impôts mis en place par la Révolution française, dont la taxe foncière et la taxe d'habitation sont issues, obéissaient également à cette exigence d'égalité et d'universalité. De même que l'impôt sur le revenu, créé en 1914.

Or que constate-t-on aujourd'hui ? Eh bien qu'il existe, comme sous l'
Ancien Régime, une catégorie de la population qui échappe à ce principe fondateur de notre système fiscal, en ne payant pas les impôts qu'elle devrait payer.
Parler de privilèges, ici, peut paraître anachronique, dans la mesure où les contours de cette catégorie ne sont plus liées directement à la personne. Les conséquences n'en sont pas moins les mêmes :
Didier Migaud, le président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, a ainsi montré dans un récent rapport que, au-delà de 400 000 euros de revenus annuels, le taux effectif d'imposition diminue au fur et à mesure que le revenu augmente.
Ce phénomène, proprement scandaleux, s'explique en premier lieu par le développement des stratégies d'optimisation fiscale, qui permettent à certains de consacrer une partie de leur argent à payer des conseillers grâce auxquels ils pourront tirer profit de la moindre brèche dans le système afin de payer moins d'impôts.

L'autre raison, c'est l'accumulation des "niches fiscales". Celles-ci se sont multipliées depuis la seconde guerre mondiale, et surtout ces dernières décennies. En soi, une niche fiscale n'est pas forcément illégitime au moment où on l'introduit. Par exemple, décider que certains revenus du patrimoine devaient temporairement échapper à l'impôt sur le revenu n'était pas absurde, dans le contexte de la reconstruction de l'après-guerre. En revanche, c'est devenu quelque chose de complètement incompréhensible aujourd'hui.

L'addition de ces exemptions, qui se sont ajoutées les unes aux autres dans notre histoire et sous tous les gouvernements, fait que notre système fiscal actuel n'obéit absolument plus au grand principe de 1789 : "à revenu égal, impôt égal".

En matière d'impôts, une nouvelle nuit du 4 août est donc nécessaire. Mais, comme l'argent circule aujourd'hui beaucoup plus facilement qu'en 1789, certaines actions ne peuvent être menées qu'au niveau international, comme par exemple quand l'administration Obama a menacé les banques suisses de leur retirer leur licence aux Etats-Unis si elles ne communiquaient pas leurs fichiers de contribuables américains.

Sur ce terrain, la France a beaucoup parlé, mais n'a rien fait. Bien au contraire : les cadeaux aux contribuables les plus privilégiés se sont multipliés, et aucune réforme fiscale d'ensemble n'a été envisagée. Avec le bouclier fiscal, les 1 000 plus gros contribuables ont ainsi reçu cette année de l'administration un chèque moyen égal à 30 années de smic (350 000 euros).

Justifier cela au motif qu'il ne s'agit somme toute que d'un petit nombre de personnes revient à passer à côté du sujet. En 1789 déjà, certains faisaient valoir que l'aristocratie ne représentait qu'à peine 1 % de la population, et qu'il ne fallait pas aiguiser la jalousie du peuple à l'égard de ses élites naturelles.

L'exigence d'égalité et de justice fiscale était pourtant nécessaire, incontournable. Elle l'est toujours aujourd'hui."


Thomas Piketty, professeur à l'Ecole d'économie de Paris, a publié " Les Hauts revenus en France au XXe siècle : inégalités et redistribution" (Hachette, "Pluriel", 2006).


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Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 11:32

L'unanimité de la classe politique contre la suppression du défilé militaire du 14 juillet, qu'Eva Joly propose de remplacer par un "défilé citoyen", en dit long sur le tabou de la nation qu'il est interdit de remettre en question sous peine de passer pour blasphémateur ou "ennemi de l'intérieur". Comme si, depuis 1914, le rôle de la France n'avait pas changé dans le monde d'aujourd'hui. Dans cette affaire, la droite arrogante et la gauche, droite dans ses bottes, sont en retard d'une guerre. Supprimer le défilé militaire du 14 juillet et pas forcément ceux du 11 novembre et du 8 mai n'a jamais voulu dire abandon de notre défense... Mais pas celle qui repose aujourd'hui sur le triptyque : arme nucléaire stratégique, exportations d'armes et gendarme de la Méditerranée... Le tout sous le couvert d'oripeaux nationalistes.

Non, les écologistes ne sont pas des pacifistes. Ils l'ont montré amplement au moment de la libération du Kosovo, quand, par delà les frontières, Verts français et Grünen allemands ont été les plus fermes partisans d'une intervention permettant d'arrêter les massacres dans l'ex-Yougoslavie et de faire rendre gorge à Mladic, Karadzic et Milosevic. Mais ils ne sont pas non plus des nationalistes. Sous ce prisme, les déclarations des responsables de la droite française ont une cohérence. Pour eux, le 14-Juillet c'est d'abord un défilé militaire au cours duquel l'armée parade devant des citoyens-téléspectateurs et non acteurs de leur histoire. Je ne suis pas d'accord avec cette conception de la nation où l'on délègue à une caste la défense du pays. Certes le temps de la conscription est bien fini, et les écologistes ne souhaitent pas y revenir, mais le lien entre l'armée et la nation doit se tisser autrement et à un autre moment que le 14 juillet.

La Fête nationale a deux sources : l'insurrection citoyenne de la Bastille et celle de la Fédération, moments fondateurs de la réconciliation et de l'unité. La boucherie de la guerre de 14, qui a inauguré le "court vingtième siècle", a détourné le sens de la Fête à partir de 1919. Le 8 mai 1945, date de la victoire des Alliés, aurait pu devenir la Fête de la victoire contre le fascisme, un jour célébrant à la fois la défense nationale et l'Europe et, partant, une célébration de la défense européenne. Mais les différents gouvernements qui se sont succédé, malgré la guerre d'Algérie et Dien Bien Phu, malgré la trahison des généraux félons de l'OAS, ont préféré perpétuer une vision nationaliste et guerrière du 14-Juillet, au nom d'une vision passéiste de l'histoire, mais aussi et surtout parce que cette parade militaire reste une vitrine pour nos exportations d'armes à l'étranger.


... lire la suite de l'article sur Le Monde.fr

 

Voir également sur ce blog :

 * Le 14-Juillet, comme son défilé militaire, est contesté depuis sa création en 1880, par Thomas Wieder (Le Monde)

 * Le 14 juillet a été l'occasion de célébrer ces blessés au combat dont on ne parle jamais

 * De la souveraineté nationale en vertu des dispositions de la Constitution de la République française

 * L'écologie politique doit accepter le mariage avec la République, par Corinne Lepage (Le Monde)

 

 

 

 

 

 

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