Quarante personnalités demandent au Président du Parlement européen et aux députés d’intervenir de toute urgence auprès des autorités autrichiennes et de l’OSCE.
Alors qu’il ne figurait ni sur les listes du TPIY, ni sur les listes d’INTERPOL, la police autrichienne a interpellé Jovan Divjak à partir d’une "liste noire", élaborée après la guerre de Bosnie-Herzégovine par la Serbie de Milosevic, où il figurait avec 17 autres personnes qui, comme lui, se sont opposées à la guerre d’épuration ethnique.
Assigné à résidence à Vienne depuis le 3 mars, accusé de "crime de guerre", il est en attente d’une décision de la justice pour son éventuelle extradition à Sarajevo ou à Belgrade.
Cela fait 120 jours que Jovan Divjak, symbole de la défense de Sarajevo, attend de pouvoir prouver son innocence : une attente insupportable pour ce combattant de la paix et d’une Bosnie-Herzégovine multiethnique.
La justice autrichienne, dans l’attente d’un accord entre les parquets en charge des crimes de guerre en Bosnie-Herzégovine et en Serbie, n’avait pas voulu statuer sur le sort de Jovan Divjak. Aujourd’hui, on apprend que cet accord n’aura pas lieu : Jovan aura donc attendu quatre mois pour rien. La justice autrichienne devra donc statuer sur le fond, et
il est urgent d’agir auprès des autorités autrichiennes et de l’OSCE pour exiger une libération totale et immédiate.
Soldat de l’armée yougoslave depuis 1984, il est affecté en Bosnie-Herzégovine, et c’est à Sarajevo qu’il assiste en 1992 à l’agression du peuple bosnien, alors sans défense.
C’est tout à son honneur qu’il décide de rester pour libérer Sarajevo. Depuis la fin de la guerre, il milite pour la reconstruction de la Bosnie-Herzégovine par l’éducation avec son association OGBH.
Jovan Divjak est un ardent européen, convaincu que le salut des peuples des Balkans occidentaux est dans l’Union européenne. Encore faut-il que celle-ci ouvre les bras et agisse avec courage pour aider à la clarification des responsabilités de guerre, qui mènerait, nous en sommes persuadés, à la vérité, à la justice, et à la réconciliation. Or ce travail n’a pas véritablement démarré.
Dayton avait entériné la partition ethnique de la Bosnie-Herzégovine, et depuis l’arrestation de Mladic, les tensions s’exacerbent. Le gouvernement de la Republika Srpska a demandé un référendum sur les institutions judiciaires de la Bosnie-Herzégovine, s’inscrivant en fait dans la perspective de la "dissolution pacifique" de celle-ci, bravant ainsi tous les accords et les conditions de l’adhésion à l’Union européenne. Il menace Jovan Divjak de le livrer à la justice serbe s’il "met les pieds en Republika Srpska" et aujourd’hui, il porte Mladic en héros, finance sa défense. L’attitude complaisante des dirigeants de Serbie crée une situation dangereuse et explosive dans la région, et plus particulièrement en Bosnie-Herzégovine.
La Commission européenne est intervenue, et Mme Ashton s’est déplacée à Banja Luka, empêchant le référendum. Mais du même coup, en rencontrant Dodik, elle l’a accrédité d’une autorité politique en Bosnie-Herzégovine, alors que le pays n’arrive pas à construire son gouvernement, et ce, neuf mois après les élections. De son côté, le Haut Représentant Valentin Inzko, diplomate autrichien, reconnaît son impuissance à supprimer les fonds pour la défense des criminels contre l’humanité…
Alors que ce pays traverse la crise la plus grave depuis la guerre, on ne saurait
tolérer en effet le moindre amalgame entre Jovan Divjak et Ratko Mladic
, dont ses défenseurs nient le génocide et la disparition de plus de 15 000 Bosniens pendant la guerre, s’ajoutant aux 96 895 morts actuellement recensés.
Au moment où nous allons commémorer Srebrenica et ses 8 372 morts assassinés par l’armée de Milosevic sous le commandement de Mladic, le Parlement européen – qui a
reconnu le 11 juillet comme journée du génocide de Srebrenica dans l’ensemble de l’Union européenne – s’honorerait à intervenir et rencontrer le gouvernement autrichien pour qu’il lève l’assignation à résidence, exiger la libération totale et immédiate de Jovan Divjak, lui permettant ainsi de revenir la tête haute à Sarajevo, et à la Bosnie-Herzégovine de se reconstruire.
Pour consulter l’intégralité de la Lettre, ainsi que des documents liés à ce dossier, consultez le site Internet www.confrontations.org
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