L’Europe est désormais engagée dans un processus irréversible de désarmement et de désengagement
stratégique. La « léthargie stratégique » risque d’être longue, d’autant plus qu’elle correspond aux aspirations d’une opinion publique plus soucieuse de sécurité que de participation à
la conduite des affaires du monde.
En outre, la crise financière a un impact direct sur les capacités de défense avec la litanie d’annonces de réduction des
budgets militaires (cf. La crise économique atteint
les budgets de défense. Le Parlement sonne l’alarme). Certes, sur le papier, les chiffres restent importants en termes d’effectifs et d’armements. Mais la réalité opérationnelle, comme
ont pu le révéler les opérations menées en Afghanistan ou en Libye, est autre. Rares sont les nations ayant encore un outil militaire cohérent et suffisamment opérationnel
pour intervenir dans des conflits de haute intensité sans risquer un échec cuisant.
Et pourtant, il est tout aussi urgent de mettre un terme aux gaspillages des deniers publics, surtout quand l'efficacité
opérationnelle n'est pas systématiquement au rendez-vous !
L'heure est au "dépenser mieux" et au "dépenser juste" ('juste' devant être appréhendé ici aussi bien au sens de la justice
sociale et de l'efficience (cf. Réforme de
l’Etat, évaluation des services publics et indicateurs (viepublique.fr) ) que de la justesse / sincérité des comptes publics (cf. Le
principe de sincérité des lois de finances et des lois de financement de la sécurité sociale (Sénat))) ! Pas au "dépenser plus" pour faire mieux que le voisin ou pour faire bonne
figure - ou illusion - dans les statistiques internationales !
L'heure est également à la lucidité politique, laquelle ne peut être évaluée ex post qu'à partir d'une
analyse la plus objective possible de l'exécution budgétaire effective en termes de crédits de paiement. Or la quasi totalité des stratistiques officielles dont disposent les analystes se
résument à la prise en compte des crédits inscrits dans les budgets votés, et non de ceux qui sont effectivement dépensés ! D'où un biais considérable qui interdit toute forme de rationalisation
!
Au nom de cette lucidité politique, les Etats européens devraient mieux apprécier les risques et les menaces que font peser sur
leur propre système de défense autant que sur la PSDC les concepts, les méthodes et les doctrines 'miracles' proposées dans le cadre de l'Otan (cf. à cet égard : L’OTAN et l’approche globale des crises (Newsletter n°XI - RMFUE) ;
Que
doit-on entendre par 'approche globale' de la sécurité en Europe ? - nouvelle édition - ; Des ambiguïtés de la notion de " sécurité globale " et de ses usages
! ; La Smart Défense, une pochette surprise, une
illusion ! (De Maizière) ainsi que Mutations technologiques et
transformations militaires: que reste-t-il du discours de la RMA ? par Alain De Nève (revue "Pyramides"))
Il y va non seulement de la responsabilité des dirigeants européens et des représentants démocratique des nations mais bien plus
encore de l'avenir même de ces nations, lequel ne se joue évidemment pas uniquement sur le registre de la défense, heureusement !
Et celà vaut notamment pour les dépenses de défense nationale.
Les exigences de la discipline budgétaire et de la bonne gestion financière imposent aux Etats européens surendettés de
rationaliser non seulement leurs nombreux "actifs immatériels" (cf. s'agissant de la France le regard porté à leur égard par l’ancien chef d’état-major de la marine, l’amiral Pierre-François
Forissier - Budget de la défense :
l’amiral Forissier évoque les pratiques du Ministère de la défense (vidéo) - Présentation du rapport d’évaluation de la RGPP ainsi que et Un rapport parlementaire britannique
dénonce la gabegie budgétaire en matière d’armement terrestre, par François Cornut-Gentille ) mais également leurs dépenses d'équipements militaires et de mener à bien les
restructurations industrielles des secteurs de la défense et de l'armement de manière à ajuster l'offre à une demande publique recomposée sur des bases pragmatiques, en cohérence avec les
priorités politiques, sécuritaires et capacitaires définies dans les lignes directrices des stratégies de sécurité nationale, y compris dans leurs dimensions européenne et otanienne !
En raison du respect des règles d'or qu'ils sont tenus de mettre en place bon gré mal gré afin de respecter leurs engagements
européens en matière de déficit public (cf. Retour sur
les 'règles nationales budgétaires' adoptées le 11 mars 2011 par les chefs d'Etat ou de gouvernement de la zone Euro), et eu égard à la place qu'occupe aujourd'hui et qu'occupera demain la
charge globale de la dette (remboursement du capital et paiement des intérêts qui y sont attachés) dans les dépenses inscrites au budget de ces Etats, il va sans dire, mais il va mieux en le
disant et en le soulignant, que l'époque où les dépenses d'équipement des forces armées bénéficiaient d'une certaine 'sanctuarisation' est révolue !
Les gouvernements doivent plus que jamais faire la démonstration qu'ils ne sont pas les otages d'intérêts privés et/ou étrangers
aux véritables intérêts essentiels de sécurité de leur nation, en procédant à la fois à des évaluations des interventions de leurs forces armées sur les théâtres de crises où ils les ont envoyées
ainsi qu'à des revues de programmes objectives, et qu'ils sont capables de tirer de ces exercices toutes les conséquences qui s'imposent en termes de (re)programmation budgétaire !
Ils devront se comporter de manière responsable en veillant à ce que les opérations d'exportation des équipements et
technologies de sécurité, de défense et d'armement ne génèrent ni des surcoûts pour les finances publiques (frais judiciaires, notamment ....) ni des pertes de compétitivité et de performance
opérationnelle dans ces secteurs (cf. à cet égard, notamment
Evolutions récentes du cadre juridique européen en matière de transferts et d'exportations de produits, technologies et équipements critiques du point de vue de la sécurité - nouvelle édition
- ; Du pari des transferts de technologie ! - nouvelle édition - ainsi
que Que cherche la
Commission européenne en ouvrant outremesure l'accès de ses programmes de recherche à des tiers non européens ? ).
Ils devront non seulement s'employer, et bien mieux qu'ils ne l'ont fait jusqu'ici, à honorer leurs engagements européens
et otaniens sur le registre capacitaire mais également prendre des mesures concrètes pour que leurs manifestations d'intérêt pour les rationalisations/consolidations à l'échelle de l'Union
européenne trouvent leurs concrétisations dans des actions significatives !
Une telle rationalisation sera alors source d'économies d'autant plus significatives
qu'elle se concrétisera par une refondation de leur politique d'investissement public en faveur des
équipements de défense et d'armement ! (cf. à cet égard Les institutions européennes comme les
capitales nationales restent étonnamment sourdes aux nombreux appels en faveur d'une relance des investissements européens en matière de défense ainsi que
Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement ! Et agissons ! - cinquième partie - ).
En France, l'exercice d'actualisation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008, préalablement à la
préparation de la prochaine loi de programmation militaire (cf. Le
travail sur l'actualisation du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 est lancé), offrira une occasion unique pour
faire la preuve que la France, qu'elle soit gouvernée à droite, au centre ou à gauche, est en capacité de "dépenser mieux" tout en "dépensant juste" !
Ensuite, tirons enfin les dividendes d'un rapprochement stratégique des différents acteurs mondiaux provoqué par le caractère
systémique des crises financières et monétaires !
Dans le domaine de la défense, par exemple, des économies importantes sont possibles !
Comme le dernier Livre blanc le propose, repensons la vraiment en termes plus globaux de sécurité nationale, en commençant par
pallier les vulnérabilités financières de la nation (cf. à cet égard La dimension financière des vulnérabilités de la
France, par Mario Faure - première partie - ainsi que La dimension
financière des vulnérabilités de la France, par Mario Faure - seconde partie - ).
Dans le court terme, rapatrions au plus vite nos soldats d'Afghanistan - qui sont réduits aujourd'hui à rester dans leur fortin
respectif en raison de la situation sécuritaire des plus critique sur zone - (cf. Afghanistan, 10 ans de conflit (dossier de l'IRIS) ainsi que Tableau de dix ans d'opérations militaires (IFRI/CES & FRS) ) !
A moyen terme, dès la prochaine loi de programmation militaire, engageons une véritable réforme de notre dispendieux
système de dissuasion, sinon en supprimant l'une de ses 2 composantes, tout au moins en les repensant globalement !
En même temps, évitons de tomber dans le piège tendu aux européens par des partenaires américains qui les
appellent à investir dans un système complexe de défense anti-missile aussi stratégiquement contestable que ne le fut en son temps l'initiative de défense stratégique américaine, lequel
n'eut d'autre effet sensible que de conduire à l'effondrement de la puissance d'une URSS ruinée !
Tirons parti des difficultés budgétaires de l'ensemble des Etats membres de l'UE et de l'Otan pour relancer plus avant la
dynamique de coopération européenne en matière d'équipements de défense (cf. à cet égard "La contraction des budgets de défense va
relancer les coopérations", par Patrick Bellouard (La Tribune) ; Les institutions européennes comme les
capitales nationales restent étonnamment sourdes aux nombreux appels en faveur d'une relance des investissements européens en matière de défense ; UE/AED : Les projets développés au sein
de l'Agence européenne de défense pourraient bénéficier d'une exonération de Tva ainsi que Drone : Gérard Longuet inquiet quant à la coopération avec les
Britanniques ) ; accélérons les processus de "pooling and sharing" pour qu'ils produisent leurs effets de consolidation et de rationalisation sans
lesquels aucune véritable économie financière ne sera possible !
De telles mesures seraient non seulement courageuses
mais des plus efficaces pour réduire les dépenses publiques dans une proportion suffisamment significative pour rassurer les marchés financiers, les agences de notation, autant que les
investisseurs et trouver des marges de manoeuvre supplémentaires pour retrouver le chemin de la croissance par le financement de grands programmes stratégiques, fussent-ils européens
!
Elles nécessitent indubitablement une initiative politique du
plus haut niveau possible ! ( Industrie de défense : un Conseil européen ou
rien )
Est-ce raisonnable à un horizon visible ?
Voir à ce sujet les articles suivants :
* Rasmussen enfonce le clou. Les
Européens doivent mettre la main à la poche
* Council conclusions on Military Capability Development - 3055th Foreign Affairs (Defence)
Council meeting (Brussels, 9 December 2010)
*
Dans le contexte actuel des finances publiques de ses Etats membres, l'UE peut-elle assurer un développement approprié des capacités requises par celui de la PSDC ?
- nouvelle édition -
* "L'Union européenne et le défi de la réduction des budgets de défense" par Jean-Pierre Maulny (Notes de l'IRIS)
* Peut-on
sauver l'Europe en ne lui donnant pas un budget à la mesure des exigences qu'emporte l'obligation d'en faire un véritable acteur global ?
* Les institutions européennes se
seraient-elles mises au service d'une prophétie autoréalisatrice d'Union transatlantique ?
* Les institutions européennes comme les
capitales nationales restent étonnamment sourdes aux nombreux appels en faveur d'une relance des investissements européens en matière de défense
* Relancer sans délai le projet d’Union
politique autonome pour éviter le rétrécissement stratégique de l'Europe
* Pooling and sharing, initiative
germano-suédoise (novembre 2010)
* Financer
la défense par des fonds communautaires. Une idée qui sent le soufre, par Nicolas Gros Verheyde (Bruxelles2.eu)
* http://www.notre-europe.eu/uploads/tx_publication/Policy46_FLiberti_FR.pdf
* "L'Union européenne et le défi
de la réduction des budgets de défense" par Jean-Pierre Maulny (Notes de l'IRIS)
* How to stop the demilitarisation of Europe
? by Nick Witney (European Council on Foreign Relations - ECFR)
* Reconstruire la confiance dans la
capacité des Etats à honorer leurs engagements, notamment politiques et financiers
* Sous
l'impulsion d'Alain Juppé et de Gérard Longuet, la France revient en force sur les grands dossiers de la politique de défense et de sécurité commune de l'UE
*
Rapport parlementaire sur les conséquences du Traité de Lisbonne sur les capacités militaires et les programmes d'armement de l'Union européenne (Yves
Fromion)
*
Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de
l'armement - Et agissons ! - première partie -
* Levons
ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement ! Et agissons ! - quatrième partie - (nouvelle
édition)
*
Levons ces ambiguïtés non constructives qui paralysent la dynamique européenne sur les registres des capacités et de l'armement ! Et agissons ! - cinquième partie
-
* Coopération structurée
permanente / Politique européenne des capacités et de l'armement : plan d'action pour un passage à la vitesse supérieure !
* Mettons
en oeuvre une coopération renforcée dans le domaine de la Politique étrangère et de sécurité commune de l'UE, condition sine qua non de l'établissement de la coopération
structurée
* La nouvelle bataille d’Ulm. Les Allemands cherchent à fourguer leur
FHQ
* Les priorités immédiates de la politique de
Sécurité de l'UE
* La stratégie de sécurité nationale : définition et objectifs
* Il est urgent de procéder à des
évaluations indépendantes des opérations militaires dans lesquelles est engagée la France depuis 10 ans !
* Le comité ministériel d'investissement :
structure stratégique du ministère de la Défense
* De la nécessité et de l'urgence d'une
convergence franco-allemande effective dans les domaines de la politique étrangère et de la politique de
sécurité
* Entre les lignes de la révolution militaire
allemande
* Défense : le chantier qui attend la France en
2012
* La dissuasion nucléaire, sans tabou, par Nathalie Guibert (Le
Monde)
* L'arme nucléaire est inutile
et coûteuse, par le général Bernard Norlain (Le Monde)