Le Monde en mouvement et en guerre

Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 20:55

La Chine et la Russie ont opposé leur veto, samedi 4 février 2012, à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la répression en Syrie pour éviter de "nouveaux troubles et victimes", affirme, dimanche 5 février, l'agence officielle chinoise Chine nouvelle. Le veto sino-russe est destiné à permettre "la poursuite de la recherche d'un règlement pacifique de la crise syrienne chronique", estime l'agence. "En opposant leur veto, la Russie et la Chine affirment que plus de temps et de patience devraient être consacrés à dégager une solution politique à la crise syrienne, épargnant ainsi au peuple syrien de nouveaux troubles et victimes", a-t-elle ajouté. C'est la deuxième fois que Moscou et Pékin empêchent le Conseil de sécurité de sortir de onze mois de silence sur la Syrie, pendant lesquels la répression a fait au moins 6 000 morts selon les militants. Un veto des deux pays avait bloqué une précédente résolution en octobre 2011.

Jusqu'au dernier moment, des tractations s'étaient poursuivies pour tenter de convaincre la Russie de ne pas bloquer l'adoption du texte. Le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se rend à Damas le 7 février afin d'évoquer la mise en place rapide de "réformes démocratiques indispensables", a indiqué dimanche son ministère. La Russie "a l'intention de faire tout son possible pour une stabilisation rapide de la situation en Syrie via la mise en place rapide de réformes démocratiques indispensables", a indiqué le ministère dans un communiqué. C'est le but de la prochaine visite de M. Lavrov à Damas. Le vice-ministre des affaires étrangères russe a estimé dimanche que les Occidentaux étaient responsables de l'échec du vote au Conseil de sécurité de l'ONU. "A Moscou, on regrette que les auteurs du projet de résolution sur la Syrie n'aient pas voulu faire d'efforts supplémentaires et atteindre un consensus", a déclaré sur son compte Twitter le vice-ministre des affaires étrangères, Guennadi Gatilov.

POURSUITE DE VIOLENCES DIMANCHE

Les violences en Syrie ont fait samedi 48 morts, dont 24 civils et 18 soldats de l'armée régulière, a affirmé dans la nuit de samedi à dimanche l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Six déserteurs ont également été tués lors d'affrontements, selon un nouveau bilan établi par l'OSDH. Neuf militaires syriens ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche lors d'affrontements avec des déserteurs dans le nord-ouest du pays, ajoute l'OSDH.

Le Conseil national syrien (CNS) qui regroupe la majorité des courants de l'opposition "condamne vivement" le veto opposé la veille par la Russie et la Chine au projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant la répression en Syrie, et "considère cette décision irresponsable comme un permis donné au régime syrien de tuer dans l'impunité", indique un communiqué du CNS.

Les Comités locaux de coordination (LCC) à Damas, un groupe qui anime la contestation ont appelé à "une grève de deuil de deux jours" en dénonçant le veto russe et chinois lors du vote d'une résolution sur la Syrie au Conseil de sécurité de l'ONU. "La Russie et la Chine, à travers leurs vetos, sont en train de confirmer un soutien permanent au régime syrien", jugent les LCC, affirmant que la position de Pékin et Moscou est "une couverture des crimes du régime syrien".

D'intenses coups de feu ont été entendus dans la nuit de samedi à dimanche à la frontière entre la Syrie et la Turquie, provoquant un mouvement de frayeur parmi les villageois turcs, a-t-on indiqué de source locale. Des rafales de fusils mitrailleurs se sont poursuivies jusqu'à tard dans la nuit, a indiqué un habitant turc du village de Güveççi, situé juste à la frontière dans la province de Hatay.

Cet habitant a affirmé que l'armée syrienne avait organisé une opération contre des opposants dans le village de Ain al-Beida, situé côté syrien. Le ministre turc des affaires étrangères Ahmet Davutoglu a appelé le gouverneur de Hatay pour s'informer de la situation sur place, rapporte de son côté l'agence de presse Anatolie.

 

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Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 19:13

Pour la deuxième fois en quatre mois, la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, ont opposé leur véto à un projet de résolution condamnant la répression en Syrie et demandant le départ du président syrien Bachar Al-Assad. Le texte, calquée sur le plan de sortie de crise de la Ligue arabe, a reçu le soutien des treize autres membres du Conseil.

L'ambassadeur français Gérard Araud a dénoncé ce "double veto", parlant de "triste jour pour ce Conseil, pour les Syriens et pour les amis de la démocratie". Rappelant les "massacres" de Hama en 1982, sous la présidence de Hafez Al-Assad, et ceux de Homs la nuit dernière, il a ajouté : "l'horreur est héréditaire à Damas".

L'ambassadrice américaine Susan Rice s'est dite "dégoûtée" par l'attitude de la Russie et de la Chine. Son homologue britannique, Mark Lyall, s'est dit "consterné". L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine a justifié son geste en prétextant que le projet de résolution était "déséquilibré" et "ne reflétait pas la réalité de la situation en Syrie", accusant les Occidentaux d'avoir manqué de "souplesse" dans les discussions.

A HOMS, UN DES "PLUS GRANDS MASSACRES" DEPUIS MARS

Ce vote intervient au lendemain d'une attaque militaire contre la ville de Homs où plus de 200 personnes, dont une centaine de femmes et d'enfants, ont été tuées. L'opposition syrienne accuse le régime d'avoir mené cette attaque particulièrement sanglante, alors que Damas affirme que l'opposition en est responsable dans une tentative d'influencer le vote à l'ONU, évoquant "une guerre d'information hystérique".

Le photojournaliste Mani, présent à Homs pour Le Monde, raconte ce qu'il a vu dans le quartier de Khaldiyé, frappé par plusieurs obus tirés, selon des témoins, depuis des quartiers contrôlés par les forces loyalistes.

OBAMA DEMANDE LE DÉPART D'AL-ASSAD

Alors que les tractations diplomatiques avaient encore lieu, plusieurs pays occidentaux ont eu des mots très durs contre le régime de Bachar Al-Assad. La France a accusé Damas d'avoir "franchi un pas supplémentaire dans la sauvagerie", la Grande-Bretagne a fustigé "le cynisme sans pitié du président Assad" alors que le président américain Barack Obama a accusé Damas d'avoir "assassiné" des civils, évoquant des "attaques abominables" et exigeant le départ de Bachar Al-Assad. Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a jugé que "le massacre de Homs est un crime contre l'humanité" et que "ses auteurs devront en répondre".

La Russie, qui s'est toujours opposée à une résolution demandant le départ préalable de Bachar Al-Assad, a indiqué, samedi, que son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se rendra mardi en Syrie pour rencontrer le président syrien afin de "trouver une issue politique au conflit". M. Lavrov avait prévenu dans la matinée que le projet de résolution ne convenait "absolument pas" à la Russie dans un entretien à la télévision russe Rossia. "Si (les Etats-Unis) veulent encore un scandale au Conseil de sécurité, on ne peut pas les arrêter", avait-il mis en garde.

Selon des diplomates cités par l'AFP, la Russie a tenté dans les dernières heures d'affaiblir encore la portée du texte examiné à l'ONU par des modifications de vocabulaire, en minimisant les exactions du régime syrien ou le soutien du Conseil aux décisions de la Ligue arabe, et en condamnant l'opposition syrienne au même titre que le régime pour les violences. Des demandes jugées "inacceptables" par les Etats-Unis.

 

 

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Dimanche 22 janvier 2012 7 22 /01 /Jan /2012 13:29

Historiquement liées aux pratiques de la guerre et plus encore aux condottieri de la Renaissance, les entreprises militaires et de sécurité privées (EMSP) ont aujourd’hui succédé aux « mercenaires » artisanaux, et leur poids économique est devenu considérable. Si l’on se réfère au Document de Montreux, les EMSP sont des « entités commerciales privées qui fournissent des services militaires et/ou de sécurité. Les services militaires et/ou de sécurité comprennent en particulier la garde armée et la protection de personnes et d’objets tels que les convois, les bâtiments et autres lieux ; la maintenance et l’exploitation de systèmes d’armements ; la détention de prisonnier ; et le conseil ou la formation des forces locales et du personnel de sécurité local ».

Si leur activité en France est étroitement régulée, il s’agit d’un secteur en pleine expansion au Royaume-Uni, évoluant dans le cadre des modifications structurelles du marché de la sécurité de l’après-11 Septembre. Cette industrie s’organise, en Europe comme aux Etats-Unis, pour offrir un visage plus présentable, celui d’un mercenariat éthique, responsable, obéissant bien sûr aux lois du marchés, mais conscient d’intervenir sur des zones sensibles. Pour preuve de cette quête de respectabilité, cette industrie de guerre s’est auto-proclamée « industrie de la paix et de la stabilité ». Elle a désormais ses publications, ses instituts de recherche et affirme que la plupart des entreprises militaires et de sécurité privées respectent les codes de conduite éthique, que ce soient celui du groupe de lobbying américain -l’International Peace Operations Association (IPOA)-, britannique - la British Association of Private Security Companies (BAPSC) -, ou encore celui édicté récemment suite au Document de Montreux – l’International Code of Conduct for Private Security Service Providers -. En Afrique, elles sont souvent liées à l’industrie extractive pétrolière, ainsi qu’aux multinationales opérant dans des pays en conflit ou instables, mais possédant des ressources naturelles en minerais précieux.

Les conflits irakien et afghan ont favorisé leur essor rapide, les rendant indispensables aux opérations militaires d’envergure de certains Etats. En remettant en cause le principe wébérien du « monopole de la violence légitime » étatique, elles ont pu également modifier la nature des conflits, en favorisant la transition de guerre d’« idées » vers des guerres de prédation économique, créant parfois même des « coalitions dans la coalition ». Leur présence dominante aujourd’hui en Afghanistan permet de s’interroger sur les conséquences et les dérives de leur utilisation dans le contexte des conflits armés.

La complexité du dernier conflit afghan

La guerre qui se déroule en Afghanistan depuis novembre 2001, incluant désormais les zones tribales pakistanaises, est en train de redéfinir la carte géopolitique régionale. Depuis plus de 30 ans, ce pays connait une succession de conflits dont les enjeux, les rivalités, et luttes d’influences ont participé à la complexité de la situation actuelle : guerre des moudjahiddins contre l’invasion de l’Union Soviétique en 1979, guerre civile des années 1990 entre les chefs de guerre pour le contrôle des territoires et des trafics, guerre lancée en 2001 par les Etats-Unis suite aux attentats du 11 septembre 2001 (9/11). A ces « macro-conflits », se surajoutent les luttes claniques, ethniques, l’influence persistante de l’islamisme radical des talibans, le trafic d’opium et d’armes, dans un arc allant de l’Afghanistan au Cachemire, en passant par le Pakistan.

La complexité du contexte afghan et le jeu actif des puissances politiques régionales avoisinantes (Pakistan au premier chef, mais aussi Inde, Iran et Arabie Saoudite), ont toutefois poussé le monde « oriental », et notamment musulman, à une lecture bien différente de celle proposée par les occidentaux. En effet, l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan est encore perçue par beaucoup comme un mouvement stratégique, visant une hégémonie et la poursuite d’intérêts nationaux (stratégiques et économiques) bien compris. Ceux-ci comprennent notamment la volonté d’empêcher l’Iran d’étendre son influence ou d’utiliser les républiques d’Asie Centrale comme bases arrières stratégiques de la région. Les attentats du 9/11 ont également mis le focus sur l’aspect asymétrique des guerres contemporaines, comme la confrontation des réseaux terroristes djihadistes à la première puissance mondiale.

Le renouveau taliban

« 1 271 civils ont été tués et 1 997 ont été blessés, la plupart grièvement », a déclaré récemment Staffan de Mistura, le représentant spécial de l'ONU à Kaboul . Par ailleurs, l’attente des populations, particulièrement des pachtounes du sud, a été déçue, non par la présence de l’aide internationale, mais par le fait que la majorité des sommes versées par la communauté internationale au gouvernement afghan ne s’est pas traduite en amélioration réelle des qualités de vie, même sur les besoins fondamentaux que sont la santé ou l’éducation. Les destructions de champs de pavots par les américains , et par des soldats afghans la plupart du temps non pachtounes, donna également aux talibans la possibilité de regagner le soutien des populations en les débarrassant des forces de l’ordre et en leur offrant une nouvelle prospérité. Ceci conduisit à une expansion majeure du nombre de champs de pavots (entre 2003 et 2006), faisant de l’Afghanistan un narco-Etat, qui assure aujourd’hui la production de 93% de l’opium mondial. Ainsi, la motivation économique et tribale a très probablement surpassé la motivation religieuse de la plupart des insurgés (80% selon certains auteurs ), qui se font appeler aujourd’hui talibans. Cependant, seule la solution militaire fut offerte par les américains, rejetant l’idée d’un dialogue avec certains talibans, et provoquant même l’expulsion de diplomates ayant entamé ce dialogue . En 2008, on estimait que les talibans couvraient 72% du territoire afghan , contre 54% un an auparavant.

Si aujourd’hui les talibans sont essentiellement implantés dans les régions pachtounes, à l’est et au sud, à la proximité de la frontière avec le Pakistan, il est intéressant de noter que leur influence grandit dans des zones comme le nord, à prédominance ouzbèke ou tadjike. Dans ces régions où les pachtounes sont minoritaires, la rébellion réactive essentiellement les réseaux du Hezb-i-Islami de Gulbuddin Hekmaytiar. Ces néotalibans n’hésitent pas à recourir, à la différence des talibans de 1994, à des pratiques criminelles (comme le trafic d’opium ou de la contrebande), témoignant aussi d’un pragmatisme et de capacités d’adaptation certaines au nouveau contexte afghan. Enfin, depuis 2008, les attentats suicides sont apparus , et n’ont cessé depuis, rivalisant de violence et n’hésitant pas à provoquer la mort de civils afghans. Les stratégies à mettre en place pour répondre au problème des néotalibans sont donc complexes et vitales. Dans cet effort de développement du pays, les américains et l’OTAN doivent aussi veiller à la construction d’un Etat fort, légitime et qui se préoccupe de sa population. Ce n’est aujourd’hui pas le cas et les élections entachées de fraude de la présidentielle de 2009, comme des législatives de 2010, ont suscité la préoccupation de la communauté internationale. Les autorités américaines adoptent d’ailleurs depuis un ton plus ferme à l’égard de Mr Karzaï, en l’incitant à réduire le niveau de corruption endémique qui gangrène son administration, et qui s’est traduit par le détournement d’importantes sommes d’argent, initialement destinées à l’aide et à le reconstruction du pays .

Un rapport récent de l’International Council on Security and Development vient d’autre part révéler que l’ « Opération Moshtarak », offensive contre-insurrectionnelle lancée en février 2010 dans la province du Helmand , n’a peut-être pas eu les effets stratégiques escomptés. Considérée comme la plus importante opération militaire depuis l’invasion de 2001 (15 000 hommes mobilisés), et survenant après les premiers envois de renforts américains (qui s’élèveront au total à 30 000 hommes), elle avait pour but de réinvestir une province largement dominée par les talibans et de répondre aux besoins des populations. Bien qu’elle ait permis à l’OTAN de recontrôler les grands axes routiers, elle a provoqué le déplacement de plusieurs milliers de personnes, faisant grandir le ressentiment de la population à l’égard des forces de l’ISAF, sans renforcer la conviction d’une possible victoire de ces dernières sur les talibans . Ce rapport pose aussi la question cruciale des moyens employés par la coalition internationale pour résoudre le triple problème du recrutement et de la lutte contre les talibans, des attentes d’ordre économique et de développement pour la population, ainsi que la gestion des dynamiques des politiques locales. L’échec relatif de cette « approche globale » voulue par l’OTAN renvoie aussi à la conduite de la stratégie contre-insurrectionnelle des Etats-Unis et, parce qu’intégrée à celle-ci, à l’utilisation des EMSP dans le conflit afghan.

Les contractors privés : des auxiliaires devenus indispensables

Répondant à la fois aux besoins sur le terrain, à une logique libérale d’externalisation des fonctions militaires pour des raisons économiques, mais aussi à la décision politique de l’administration Bush d’utiliser massivement des EMSP, le conflit en Afghanistan est, après le terrain irakien, le lieu privilégié de présence des contractors privés (que nous appellerons contractors) en situation de conflits. Avant de revenir plus spécifiquement aux EMSP, il est intéressant d’avoir une évaluation dynamique, et notamment quantitative, de l’ensemble des contractors privés, afin de mieux déterminer la proportion et le rôle joué par les EMSP en Afghanistan. Paradoxalement, et bien que la présence de toutes ces sociétés privées soit connue depuis le lancement de l’offensive américaine « Liberté Immuable » en novembre 2001, le gouvernement américain n’a commencé à rassembler des données fiables que depuis le milieu de l’année 2007 !

Comme en Irak, de nombreuses EMSP ont été engagées en Afghanistan pour fournir toute une gamme de services, incluant protection rapprochée, escorte de convois, protection de bâtiments et d’infrastructures militaires comme civiles, et formation des forces militaires et de police afghanes. Ces EMSP apparaissent désormais indispensables pour mener à bien des opérations de stabilisation, ou pour assurer la sécurité dans les combats. Il est intéressant néanmoins de noter que si le Congrès américain avait donné son accord pour l’utilisation de ces sociétés privées dans les fonctions de support de l’armée américaine, leur place grandissante dans le dispositif de combat et le peu de surveillance réelle dont elles ont fait l’objet, ont amené un véritable débat au sein de l’appareil législatif (mais également militaire) américain sur leur transparence et leur redevabilité (accountability). De nombreux rapports font ainsi aujourd’hui état d’un manque crucial de surveillance et de respect des contrats, pouvant être à l’origine de dépenses « inutiles et gaspillées », mais aussi de conséquences délétères sur la stratégie globale (et actuellement, contre-insurrectionnelle) mise en œuvre par les Etats-Unis et l’ISAF.

Les sociétés militaires privées en Afghanistan : une dynamique américaine

La stratégie de contre-insurrection implique de pouvoir « nettoyer, tenir et reconstruire » des régions. Pour cela, des forces armées de sécurité et de stabilisation sont déployées. Parmi elles, figurent aujourd’hui des EMSP dont la tâche, d’après le DoD, est « défensive ». Toutefois, plusieurs analystes soulignent que le droit international ne fait pas la différence entre la nature offensive ou défensive, dans la participation aux combats. De plus, les EMSP ne sont pas placés sous l’autorité du commandement militaire ou de l’autorité civile, mais sont liées par leur contrat. Néanmoins, le DoD considère « de principe » que les contractors, et notamment les contractors armés des EMSP, font partie des forces opérationnelles globales du DoD.

On compte aujourd’hui plus de 112 000 contractors en Afghanistan pour « seulement » 75 100 soldats américains. Cela correspond donc à un ratio contractors / troupes à 1,42/1 . L’Afghanistan constitue donc aujourd’hui le terrain où leur proportion est la plus élevée (60% des forces du DoD), dans toute l’histoire des opérations militaires des Etats-Unis. Leur profil sur le terrain afghan montre aussi des différences significatives par rapport au contexte irakien. On estime en effet que 16 000 d’entre eux (14%) sont américains, que 17 500 (16%) viennent de pays-tiers , et que 78 500 (70%) sont afghans. Alors que 26% seulement des contractors en Irak étaient des « nationaux », ceux-ci représentent désormais 70% en Afghanistan, où il est donc possible de parler d’une véritable « afghanisation » de la contractualisation opérée par le DoD. Nous reviendrons un peu plus loin sur la nature de ces contractors afghans et discuterons si les conditions dans lesquelles cette « afghanisation » s’est effectuée, constituent un avantage ou non pour la stabilisation de l’Afghanistan. On peut également mettre en évidence une dynamique quasi-exponentielle de leur nombre sur les années 2008 et 2009 . Celle-ci semble due à la fois à la présence de ceux travaillant pour les 30 000 troupes de l’ISAF mais aussi à l’anticipation du renfort de soldats américains. Selon les estimations, le nombre de nouveaux contractors « nécessaires » pour accompagner ces renforts décidés en décembre 2009 par le Président Obama pourrait aller de 26 000 (fourchette basse) à 56 000 (fourchette haute), ce qui pourrait accroitre leur nombre total de 130 000 à 160 000. En Irak comme en Afghanistan, les pertes non comptabilisées des contractors permettent surtout de masquer le coût humain réel du conflit, car elles restent largement invisibles pour les citoyens.

Plusieurs facteurs dans la cohabitation entre EMSP et militaires des armées régulières affectent aujourd’hui la conduite militaire des opérations. Tout d’abord, on peut souligner le manque de préparation des forces armées américaines et de la coalition de l’OTAN, aux enjeux posés par la présence de contractors armés (sur les modalités de contractualisation, sur la surveillance des activités, sur la planification des activités,…). Le manque de coordination, voire de simple information, entre les EMSP et les troupes gouvernementales du DoD ou de l’OTAN est également problématique. La complexité des situations dans lesquelles ces EMSP sont actuellement employées (Irak, Afghanistan) est renforcée par la mauvaise intégration de ces dernières dans les chaînes de commandement militaire, et par les frictions avec les soldats « réguliers » que cela génèrent. Le statut même des EMSP, dont l’objectif à atteindre est celui déterminé dans le contrat, et non l’objectif politique de stabilisation et de reconstruction (dont les moyens militaires ne sont qu’une partie), peut parfois paraître contradictoire. Enfin, l’existence de milices privées et d’EMSP sans licences, dont l’objectif réel est plus souvent le contrôle de territoires et le trafic de stupéfiants, que la volonté de stabilisation et de reconstruction de l’Afghanistan devient un enjeu préoccupant.

Une impunité et une absence de régulation manifestes

Le manque de troupes gouvernementales internationales (notamment américaines), et la stratégie du « clear, hold and build » sont à l’origine de l’utilisation des EMSP, et particulièrement des EMSP illégales (qu’il s’agisse de milices ou d’EMSP sans licences). Cela entraîne désormais de sérieuses interrogations de la part des autorités américaines, afghanes, des Nations-Unies, et des ONG sur les implications politiques et légales générées, et sur la nécessité d’une meilleure régulation de ces activités militaires privées. Au-delà des questions de transparence et de redevabilité, l’utilisation des EMSP par le DoD dans les zones de combat a amené le Congrès américain à une réflexion de fond sur le fait que les EMSP ne doivent pas exercer des « fonctions invariablement gouvernementales ». Même si ce contexte d’inquiétude partagée a pu favoriser la volonté du Président Karzaï de limiter drastiquement le nombre d’EMSP présents sur le terrain afghan, le manque de contrôle effectif du gouvernement afghan sur les zones situées en dehors de Kaboul rend la perspective d’une régulation efficace et réelle très peu probable. Enfin, les exemples d’abus et de violations des droits humains commis par les EMSP sont nombreux et documentés. En Irak, certaines de ces EMSP sont devenues symboliques des dérives de violences et d’atteintes à la sécurité humaine liées à l’utilisation des EMSP, comme de l’impunité qui en découle. La fusillade de la place Nisour, le 16 septembre 2007, a fait 16 morts, des civils irakiens tués par des contractors de la société Blackwater, rebaptisée Xe depuis. Autre incident relaté, le comportement des membres de la société ArmorGroup, chargée de la surveillance et de la protection de l’Ambassade des Etats-Unis à Kaboul. En juin 2009, une association de vigilance sur les projets gouvernementaux révéla, en effet, de graves et systématiques dysfonctionnements sur le plan contractuel (gardes ivres, nombre insuffisant de gardes, niveau d’anglais insuffisant) mais aussi sur le plan du respect humain (harcèlement sexuel, stigmatisation des gardes afghans, privations de sommeil,…). Ceci a résulté en une interruption de la chaîne de commandement et une perte de confiance profonde envers les responsables de cette EMSP, posant par là même des problèmes de sécurité pour l’Ambassade américaine. Une enquête du sous-Comité du Sénat américain pour la surveillance des contrats menée a pourtant récemment démontré que le DoD avait renouvelé sa confiance à ArmorGroup jusqu’en juillet 2010, avec une possibilité d’extension du contrat jusqu’en 2012.

En tant que civils combattants, les contractors de ces sociétés ne bénéficient pas du statut et de l’immunité de prisonnier de guerre, et sont donc théoriquement soumis aux règles du pays dans lequel ils interviennent, mais aussi à un certain nombre de contraintes induites dans le « jus in bello » du droit international humanitaire. Les EMSP sont-elles donc vraiment des « objets juridiques non identifiés » ?

Les contractors d’Irak et d’Afghanistan ne rentrant pas dans la définition étroite de « mercenaires » - définie aussi bien par le protocole 1 additionnel de 1977 aux Conventions de Genève que par la Convention du 4 décembre 1989 élaborée sous l’égide des Nations Unies - on voit donc la difficulté, mais pas l’impossibilité, à qualifier non seulement les actes mais aussi la nature même des employés d’EMSP. Toutefois, l’impunité qui parait aujourd’hui protéger les activités et les dérives des EMSP est une préoccupation réelle. En effet, résultant très souvent d’accords bilatéraux sur le statut des forces armées, elle apparaît préjudiciable à la fois aux populations qui en sont souvent les victimes (position soutenue par les opposants aux EMSP) mais aussi, par les effets contre-productifs qu’elles génèrent, à l’obtention des objectifs stratégiques ou à l’ « effet final recherché » (position soutenue par les tenants d’un certain pragmatisme, et notamment les militaires eux-mêmes).

Face à cette tendance lourde de privatisation et d’externalisation de la sécurité, une attitude pragmatique consiste à renforcer la régulation de cette activité, notamment sur les domaines de la formation, de la déontologie, et du contrôle externe . Les codes de conduite éthique rédigés par les EMSP, le Document de Montreux, le Code de Conduite Global, et une plus grande transparence dans la contractualisation constituent aujourd’hui des pistes de régulation intéressantes à promouvoir et à diffuser. Ces initiatives risquent toutefois de demeurer insuffisantes, si elles ne sont pas associées à la mise en place d’un cadre juridique coercitif adapté à la réalité sociale et économique actuelles des EMSP. En effet, l’impunité quasi-totale - souvent liée à des clauses secrètes dans les contrats entre EMSP, « Etat contractant » et « Etat territorial » - dont bénéficient aujourd’hui les contractors, porte en elle le risque d’une altération du contrat social entre les Etats et leurs citoyens mais aussi, de façon plus concrète, peut devenir un élément contre-productif pour les objectifs stratégiques de l’ « Etat contractant », notamment sur les zones de conflits.

L’ « afghanisation » des sociétés militaires privées : facteur de stabilisation ou de chaos ?

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Pour la suite de cet article, voir : La guerre privatisée d'Afghanistan-RC La guerre privatisée d'Afghanistan-RC

 

Jérôme Larché est médecin hospitalier, enseignant à l’IEP de Lille, chercheur associé à la Fondation pour la Recherche Stratégique, ancien membre du Conseil d’administration de Médecins du Monde

 

 

Lire la note complète sur le site de la FRS : http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/notes/2011/201109.pdf

 

 

 

 

Lexique des abréviations :

EMSP : entreprises militaires et de sécurité privées

OTAN : Organisation du Traité de l’Atlantique Nord

ISAF: International Security and Stabilization Force

DoD: Département américain de la Défense

DoS : Département américain des Affaires Etrangères

USAID : Agence américaine de Coopération et de Développement International

 

 

Par ERASME - Publié dans : Le Monde en mouvement et en guerre
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 01:24

Les talibans viennent de décider d'ouvrir un bureau à Doha. Objectif : faciliter les futures négociations entre les insurgés afghans et les Américains. Le Hamas a déjà pignon sur rue dans la capitale de l'émirat. Les relations entre le mouvement palestinien et la Syrie, où il avait jusqu'à présent sa base arrière, sont en effet devenues très compliquées, les opposants à Bachar el-Assad étant, comme le Hamas, proches des Frères musulmans.

Le Qatar a apporté une aide déterminante, en Libye, aux combattants anti-Kadhafi. Il joue les intermédiaires dans tous les grands dossiers du Moyen-Orient. Il bénéficie, il est vrai, d'une fenêtre de tir : l'Égypte est pour l'instant hors jeu, la Syrie en proie à la guerre civile, l'Irak empêtré dans ses luttes confessionnelles et l'Arabie saoudite paralysée par un système dynastique gérontocratique. Actif sur le plan géopolitique, l'émirat déploie aussi un activisme vibrionnaire dans le domaine du business. Dès qu'une opportunité se présente, les Qatariens sont sur les brèches pour investir : Volkswagen, Veolia, Vinci et peut-être demain EADS et Areva. Le sport est aussi sur leurs écrans radars, comme en témoigne le feuilleton du Paris Saint-Germain.

Le Qatar, sur la carte du monde, ce n'est pourtant pas grand-chose : une création récente (en 1971), 11 000 kilomètres carrés (la superficie de deux départements français), une population clairsemée (à peine deux millions dont à peine 300 000 Qatariens). Mais voilà : le Qatar dispose de 15 % des réserves mondiales de gaz. Il partage avec l'Iran le plus gros gisement de la planète. Au rythme d'extraction actuel, il y en a pour un siècle et demi au bas mot. De quoi continuer à alimenter la Qatar Investment Authority, le fonds souverain qatarien, véritable bras armé des ambitions économiques et politiques de l'émirat.

Le pactole du gaz

Le Qatar dispose aussi d'un instrument efficace de "soft power" : la très professionnelle chaîne d'information continue Al Jazeera, qui se déploie désormais dans le monde entier et pas seulement en langue arabe. L'émirat a également une politique culturelle agressive. Il a même créé un orchestre symphonique... Mais au fond, qu'est-ce qui fait courir ainsi le cheikh Hamad ibn Khalifa al-Thani, sur le trône depuis 1995 après avoir déposé son père, imprudemment parti en voyage sur les bords du lac Léman ? Le souverain pourrait se contenter de vivre de ses rentes et ne pas se mêler des affaires du monde où il n'y a que des coups à prendre...

Sauf que l'émirat est entouré de voisins dont il se méfie énormément : l'Arabie saoudite, d'abord, qui considère cette petite péninsule fichée à son flanc comme une anomalie. L'Iran, immense pays de vieille civilisation situé à quelques brassées d'eau de l'autre côté du Golfe. Et même les Émirats arabes unis, que le Qatar a refusé de rejoindre. Pour rompre cet encerclement, le Qatar a longtemps entretenu une alliance de revers avec l'Irak de Saddam Hussein. Aujourd'hui, il mise sur de solides alliances - avec les États-Unis, la France (un des fils de l'émir a fait Saint-Cyr) et une position planétaire qui lui garantit sa survie. Après tout, ce n'est pas la première fois dans l'histoire qu'un pays joue un rôle sans aucune mesure avec sa dimension géographique : rappelons-nous Venise la Sérénissime, dont le territoire continental n'allait guère au-delà de Vicence et de Padoue...

 

Source : http://www.lepoint.fr/monde/ou-va-le-monde-pierre-beylau/le-qatar-nouvelle-puissance-mondiale-05-01-2012-1415722_231.php

 

Voir également :

 * L’Emir du Qatar : “Israël doit être félicité pour toujours vouloir la paix” (Wikistrike)

 * Pourquoi la France entretient-elle de telles relations privilégiées avec le Qatar ?

 

 

 

Par De La Boisserie - Publié dans : Le Monde en mouvement et en guerre
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Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 22:26

Les représentants des différentes composantes du gouvernement irakien se sont rencontrés dimanche 15 janvier pour la première fois depuis le début de la crise politique qui menace de plonger le pays dans un nouveau cycle de violences religieuses (cf. Irak: reprise des violences sur fond de crise politique ).

Quelques jours après le départ des derniers militaires américains à la mi-décembre, le Premier ministre Nouri al Maliki, membre de la majorité chiite, a demandé l'arrestation du vice-président Tarek al Achemi, de confession sunnite, qu'il accuse de terrorisme. Quelques jours plus tard, une série d'attentats commis pour la plupart dans des secteurs chiites de Bagdad a fait 73 morts.

L'Alliance nationale de Maliki, la formation multiconfessionnelle Irakia, soutenue par la minorité sunnite, et les mouvements kurdes qui cohabitent au sein du gouvernement, négocient la tenue d'une conférence nationale pour sortir de la crise.

Le Premier ministre, le chef de l'Etat Djalal Talabani, membre de la communauté kurde, et le président du Parlement Ossama al Noudjaïfi, de confession sunnite, se sont brièvement rencontrés dimanche et sont convenus de se revoir dans une semaine, mais rien n'a été décidé en ce qui concerne le projet de conférence nationale.

PLAN DE TRAVAIL

"Dimanche prochain, nous allons entamer un plan de travail sur les problèmes qui seront évoqués", a déclaré Bahaa al Aradji, chef de file du bloc fidèle à l'imam chiite radical Moktada al Sadr, qui a également assisté à la rencontre de dimanche.

Depuis l'émission du mandat d'arrêt à l'encontre de Tarek al Achemi, les élus d'Irakia refusent de siéger au parlement et plusieurs de ses représentants au gouvernement n'assistent plus aux conseils des ministres. D'autres sont toujours au travail, ce qui témoigne des profondes divisions de la formation.

Le vice-président a trouvé refuge au Kurdistan irakien pour échapper à son arrestation. Il réclamait la délocalisation des procédures judiciaires à Kirkouk, chef lieu de la province autonome, mais sa demande a été rejetée ce dimanche, a-t-on appris de source judiciaire. Il pourrait donc être jugé par contumace à Bagdad.

L'insécurité a considérablement reculé depuis le pic de 2006-2007, mais la multiplication des attentats depuis le début de la crise politique alimente les craintes d'une reprise des hostilités à grande échelle entre chiites et sunnites.

Premier groupe représenté au parlement, Irakia a accepté il y a un an un accord de partage du pouvoir censé réduire les tensions interreligieuses mais se plaint aujourd'hui d'être mis à l'écart par le chef du gouvernement.

 

Source : Reuters

 

 

Par De La Boisserie - Publié dans : Le Monde en mouvement et en guerre
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