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L'Alliance atlantique dans tous ses états

Vendredi 13 janvier 2012 5 13 /01 /Jan /2012 11:37

Leon Panetta, Secrétaire américain à la Défense, a annoncé le prochain retrait de 7000 soldats américains d'Europe parmi les 81 000 soldats qui y sont actuellement basés.

M. Panetta a ajouté que cette décision, prise " en étroite coopération avec [les] alliés européens ", n'aurait pas d'influence sur les engagements américains au sein de l'OTAN.

 

Par De La Boisserie - Publié dans : L'Alliance atlantique dans tous ses états
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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 10:35

La leçon de l’inflexion stratégique américaine a été immédiatement tirée par le … ministre britannique de la Défense. Présent à Washington, le jour-même de la présentation par Barack Obama et Leon Panetta, Philip Hammond a tenu, dans un discours prononcé à l’Atlantic Council, à poser ses marques sur la réforme future de l’OTAN. Il explique aussi tout l’intérêt pour les Etats-Unis de garder un oeil sur l’Europe comme de continuer à investir dans l’Alliance Atlantique ; mais il engage aussi les Européens à faire, sans concession, leur examen de conscience, pour réformer le fonctionnement de l’OTAN. De quoi engager publiquement le débat pour le sommet de l’Alliance à Chicago.

Le Royaume-Uni, fille ainée de l’Alliance Atlantique

Le ministre a tout d’abord vigoureusement répété son attachement et sa croyance en l’avenir de l’Alliance atlantique. Son discours n’est pas pour rien intitulé « NATO the case for collective defence in 21st Century ». La « défense collective est la seule réponse pratique dans le monde où nous vivons » – explique-t-il – au moment où se posent des contraintes économiques et fiscales. Le fait que d’autres régions du monde voient leur puissance et leur influence augmenter est plutôt une raison de « renforcer l’Alliance Nord Atlantique que de l’affaiblir ». Et l’exemple de la Libye l’a prouvé, l’OTAN reste « le seul mécanisme de coordination réaliste » quand une action multinationale est requise. Faisant appel aux mannes de l’amitié anglo-américaine (de la Magna carta signée il y a 800 ans à Runnymede à la participation de Churchill à la conférence d’Arcadia en 1942), il a répété que la déclaration de Truman en 1949 — sur la sécurité et le bien-être de chacun (qui) dépend de la sécurité et du bien-être de tous — était toujours d’actualité « aujourd’hui » encore. Les intérêts communs l’emportent sur les quelques divergences, a-t-il affirmé. Et de citer la présence de la Royal Navy dans le Golfe d’Arabie pour garder et de l’intérêt britannique à voir sauvegarder les voies maritimes. L’occasion aussi de durcir le ton à l’égard de l’Iran – « toute tentative de fermer le détroit d’Hormuz serait illégale et condamnée à l’échec ». Mais l’essentiel n’est sans doute pas là.

Le problème est européen et politique, non pas américain et militaire

Le ministre britannique a reconnu sans ambages : oui il y a un problème européen dans l’Alliance. « Nous devons reconnaître que ce problème existe dans l’objectif de le résoudre ». Et toute une série de questions, soulevées déjà par Robert Gates et Leon Panetta, sur le futur de l’Alliance sont pertinentes, selon lui : « pourquoi l’Alliance doit lutter pour déployer des capacités alors qu’existent une force importante numériquement ? Voyons nous le début d’une alliance à deux vitesses avec certains alliés moins volontaires que d’autres pour participer aux opérations ? Et…  une question à 64.000 $ « combien de temps l’opinion publique de nos nations va investir proportionnellement plus dans la capacité de défense pour subventionner la défense de ceux qui investissent moins ». « C’est le problème des Européens, pas des Américains. C’est un problème politique, pas militaire » a-t-il asséné.

Revoir les procédures de l’Alliance

Ce n’est pas une « question d’argent », mais de « priorités », et de faire tomber des barrières. Reprenant une idée déjà développée à Gand par un de ses prédécesseurs, il défend l’idée d’un examen collectif, au sein de l’OTAN, « des réductions déjà planifiées, de leur impact sur les capacités actuelles et de voir comment ces capacités peuvent être soutenues ». Il faut aussi examiner comment les Alliés peuvent agir mieux ensemble pour les opérations hors article 5. Il semble étrange – souligne-t-il – que les nations qui ne font pas partie de l’OTAN peuvent utiliser le quartier général du Shape pour conduire des opérations de l’UE – dans un processus appellé Berlin Plus – alors que les Alliés de l’OTAN ne peuvent entreprendre de telles opérations s’il n’y a pas de consensus à 28. Enfin, il faut voir comment les non-membres peuvent contribuer aux opérations de l’OTAN. « Nous devons capitaliser les expériences de la Libye et l’Afghanistan qui ont montré combien de façon intelligente l’OTAN peut être utilisée pour incorporer les contributions extérieures ». Il défend, enfin, les différentes initiatives multilatérales : le nouveau groupe nordique des Nations – qui inclut outre le Royaume-Uni, les pays baltes et nordiques, l’Allemagne, la Pologne et les Pays-Bas – ; le traité franco-britannique ; les autres partenariats (le Royaume-Uni a signé 3 traités de défense, 26 protocoles (MoU : Memorandums of Understanding) (*)

Le débat pour le prochain sommet de Chicago est engagé.

(*) On admirera l’ordre, respecté, dans lequel Philip Hammond place les différents partenariats…

 

Cet article a été préalablement publié sur mon blog : http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/philip-hammond.html


Par Nicolas Gros-Verheyde - Publié dans : L'Alliance atlantique dans tous ses états
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Samedi 29 octobre 2011 6 29 /10 /Oct /2011 07:57

Le 20 novembre 2010, les chefs d'État et de gouvernement des pays membres de l'Alliance atlantique en endossant le nouveau concept de l'OTAN ont décidé de "développer une capacité de défense antimissile afin de protéger les territoires, les populations et les forces de l'Alliance" tout en invitant "la Russie à coopérer avec les Alliés" sur ce futur système.

L'ALLIANCE A DÉSORMAIS EN CHARGE LA MISSION DAMB

Le compromis de Lisbonne se fonde sur le principe d'une extension progressive des fonctions du programme Active Layered Theatre Ballistic Missile Defense (ALTBMD) afin d'englober, à l'horizon 2018-2020, la protection des territoires et des forces.

De fait, cette décision est historique, tant il y a encore quelques années la seule mention d'une protection antibalistique de territoire soulevait d'importantes inquiétudes chez certains Alliés, en particulier la France. Cette dernière a su, au prix d'une réflexion longue, faire co-exister sa posture de dissuasion avec la perspective du déploiement d'un système à présent perçu comme utile à sa sécurité. On ne peut que se féliciter de voir Paris aborder un sujet aussi riche et complexe avec une attitude plus ouverte et pragmatique même si sa position devra être consolidée pour faire face aux échéances.
Toutefois, il faut s'interroger sur le fait que, confrontée à une pression américaine très forte en termes de calendrier comme de solutions techniques et opérationnelles, l'administration française soit en mesure de résister, en particulier en l'absence de soutien pour une position singulière parmi les alliés européens.
Le consensus de façade cache en effet difficilement les divergences politiques de fond entre les Alliés et celles qui continuent à exister avec la Russie, malgré l'enthousiasme du Secrétaire Général.
Quelques points méritent plus particulièrement d'être relevés du fait de leur importance :

· En premier lieu, l'évaluation de la nature et du développement de la menace balistique pourrait continuer à poser des problèmes. Quelles que soient les positions prises par les uns et les autres, le fait est qu'il faudra parvenir à mettre d'accord l'ensemble des participants – y compris la Russie – afin de dimensionner les capacités du système que ce soit en termes de C2 ou du point de vue des senseurs et des intercepteurs (aspects quantitatif et qualitatif). Un consensus de fond existe entre les Alliés sur la réalité du développement et l'aggravation à venir de la menace de théâtre tant en termes de performances que de volume et de risques d'emploi : le choix de l'ALTBMD comme fondation de la future capacité de défense du territoire et des populations s'impose si l'on considère à la fois ces perspectives mais également le fait qu'il s'agit de l'évolution logique des capacités de théâtre qui devront peu à peu se dimensionner pour prendre en compte des systèmes adverses de portée et de sophistication croissantes.

· Par ailleurs, il existe un profond hiatus entre les alliés sur la question de la posture nucléaire et sur le rôle des défenses antimissiles. Nos partenaires allemands semblent considérer que dans la recherche d'un désarmement complet, il est possible de substituer aux armes nucléaires les défenses antimissiles pour parvenir à un niveau de sécurité équivalent. Cette perception – illusoire quand on considère que l'étendue des menaces auxquelles la posture de dissuasion s'adresse dépasse largement le cadre de la défense antimissile – est également de nature à ralentir la progression d'un projet commun de protection antibalistique.

· Moscou, enfin, continue de faire valoir ses préoccupations sur l'évolution à moyen et long termes d'un système qu'il considère comme menaçant sa sécurité. Même si les inquiétudes russes sont alimentées par l'absence de progrès sur la coopération prévue par le sommet de Lisbonne – qui résulte d'ailleurs autant des atermoiements américains que des lignes rouges russes –, elles sont aussi le symbole de la défiance qui continue de caractériser pour l'essentiel les relations entre l'Europe et la Russie. Elles sont aussi alimentées par le fait que Moscou considère que la seule menace balistique réaliste résulte du développement de capacités de courte et de moyenne portées par les pays proliférants.

D'ores et déjà, la réunion des ministres de la Défense en juin 2011 a entériné un plan d'action permettant en théorie de remplir les objectifs fixés par le sommet de Lisbonne en matière de défense antimissile. Les ministres de la Défense se sont également entendus pour que l'Alliance propose aux chefs d'État l'activation dès le sommet de Chicago d'une capacité intérimaire qui devra offrir une première protection aux populations dans l'attente des premiers résultats de l'extension du programme ALTBMD prévus en 2016 : d'ici là ce sont essentiellement les moyens américains déployés dans le cadre de l'EPAA et le système de commandement et de contrôle de la Missile Defense américaine (C2BMC) qui fourniront la base de la défense antimissile de l'Alliance sous le contrôle opérationnel de SACEUR. Cependant, dès 2014, le système de commandement de l'Alliance pour les opérations aériennes – qui devra devenir celui de la future capacité antimissile – répondra, grâce à ses évolutions, à la mission de Missile Defense. Il reste à savoir dans quelles conditions la convergence entre les deux systèmes de commandement sera effectivement obtenue.

Le Secrétaire Général, en proposant une extension à la mission de défense du territoire du projet ALTBMD, dont il estime le coût à 200 millions d'euros, s'inscrit ainsi dans une logique de participation minimale des Européens au programme américain qui consisterait à garantir une interopérabilité logicielle pour un système sous comman-dement uniquement américain.

Il convient de souligner à ce stade que la poursuite et la finalisation du programme ALTBMD (800 millions d'euros) est d'une importance cruciale pour permettre aux forces armées européennes de disposer d'un socle commun permettant l'interopérabilité de leurs moyens de défense antimissiles avec ceux des Américains notamment dans le cas d'un engagement hors des frontières européennes.
De fait, la mise en oeuvre pratique du projet initié par les chefs d'État n'est pas plus simple que sa concrétisation politique à court terme, s'agissant de questions dont l'impact opérationnel et stratégique se ressentira vraisemblablement longuement.

Elle aura du reste des conséquences importantes en termes techniques et financiers à moyen et long termes.


Référence de cet article :  Note de la FRS n° 15/11, Camille Grand et Bruno Gruselle, 11 octobre 2011

Pour lire la suite de la note, rendez-vous sur le site de la FRS

 

Voir également :

 * Il est plus que temps de rationaliser les dépenses d'équipements militaires des Etats européens surendettés !

 * http://www.bruxelles2.eu/defense-ue/defense-ue-droit-doctrine-politique/le-salut-de-leurope-de-la-defense-en-chine.html

 

 

Par De La Boisserie - Publié dans : L'Alliance atlantique dans tous ses états
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Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 07:49

L'ambassadeur de la Russie à l'Otan, Dmitri Rogozine, se montre très critique envers l'Alliance atlantique et ce «droit d'ingérence» dont elle s'est dotée. 

Interview par Pierre Rousselin.

L'ambassadeur de Russie à l'Otan, Dmitri Rogozine, était à Paris cette semaine pour évoquer le projet de bouclier antimissile de l'Otan. Il propose que l'Otan et la Russie aient chacune leur propre système de ­défense. Proche de Vladimir Poutine et représentant du courant nationaliste russe, il pourrait jouer un rôle dans la campagne des législatives de décembre. 

LE FIGARO. - Où en sont les négociations sur le bouclier antimissile en Europe ?

Dmitri ROGOZINE. - Les États-Unis avaient offert à la Russie une coopération sur ce bouclier antimissile mais aucune coopération de fait ne nous a été proposée. Une véritable coopération permettrait de rétablir la confiance en Europe et d'économiser beaucoup d'argent en période de crise. En fait, l'Otan a toujours peur de la Russie et refuse de surmonter l'héritage de la guerre froide.

Que proposez-vous ?

Puisqu'un seul bouclier antimissile intégré a été refusé, nous proposons que chacun ait son propre système. Le dispositif de l'Otan assurerait la sécurité des pays de l'Otan, à condition que son rayon d'action ne touche pas le territoire russe. Nous proposons aussi d'établir un lien entre nos systèmes d'alerte parce que le temps de réaction à un tir de missile n'est que de quelques secondes. Sans interconnexion, tout lancement d'un intercepteur pourra être considéré par la Russie comme une agression potentielle. Nous demandons enfin la garantie que notre potentiel nucléaire n'est pas menacé.

Cela va à l'encontre du système de l'Otan qui, dans sa troisième phase de déploiement, prévoit des intercepteurs en Pologne…

Le rayon d'action de ces intercepteurs, basés en Pologne ou dans la mer Baltique, ira jusqu'à l'Oural alors que la menace est censée venir de pays du Moyen-Orient ou d'Asie. Si l'Iran n'est qu'un prétexte pour déployer des intercepteurs au nord et menacer la Russie, nous voulons que cela soit dit clairement.

Quelle est la réaction de vos interlocuteurs européens ?

Leur passivité est étonnante. Ils trouvent nos arguments raisonnables, mais affirment que cela doit être discuté avec Washington. Pourtant, les Américains négocient avec la Pologne. Quand un accord sera signé personne ne demandera l'avis des autres Européens.

En Libye et en Syrie, la Russie soutient les régimes en place. La diplomatie russe n'est-elle pas en train de perdre son prestige au Moyen-Orient ?

Nous ne nous sommes pas fait d'illusions sur Kadhafi, mais nous ne partageons pas votre vision du monde arabe. Vous pensez que c'est le rendez-vous de l'islam et de la démocratie. Nous croyons que c'est un choix entre un tyran et al-Qaida. En Tchétchénie, c'est ce qui s'est passé. Et puis, nous n'avons pas aimé la façon dont l'Otan s'est servi de la résolution de l'ONU pour poursuivre des objectifs qui n'avaient rien de commun avec elle. Ce qui est préoccupant, c'est que l'Otan se dote d'un droit d'ingérence qui est du domaine exclusif de l'ONU.

Vous vous êtes inquiété des conséquences d'un retrait de l'Otan d'Afghanistan pour la stabilité en Asie centrale. Souhaitez-vous que l'Otan reste longtemps en Afghanistan ?

L'Otan s'est donné une tâche qu'elle doit mener jusqu'au bout. Après avoir agité la fourmilière, nous ne voulons pas que l'Otan nous laisse face à face avec les chiens de la guerre. Une fois que l'Otan sera partie, ils se répandront au Tadjikistan et en Ouzbékistan et cela deviendra notre problème.

La Russie est-elle un pays européen ?

Elle l'est davantage que d'autres pays européens. Nous avons propagé la culture européenne jusqu'à Vladivostok alors que l'espace culturel européen est en train d'être réduit par les cultures venues du sud. Berlin n'est-elle pas la troisième ville turque dans le monde ? Si on veut intégrer d'autres cultures, il ne faut pas perdre ses propres valeurs culturelles. C'est ce que nous faisons en Russie.

 

Par De La Boisserie - Publié dans : L'Alliance atlantique dans tous ses états
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Mardi 13 septembre 2011 2 13 /09 /Sep /2011 14:57

Le président américain Ronald Reagan déclarait à ses généraux, il y a un quart de siècle, que "la défense n'est pas une question budgétaire : on dépense autant qu'il le faut". La fin justifiait les moyens et les enjeux de la guerre froide étaient tels qu'ils primaient sur la discipline comptable.

Aujourd'hui, un tel discours semblerait impossible à tenir : on ne peut plus dire, comme le général de Gaulle au sujet de l'intendance, que les budgets "suivront". A l'heure où le niveau d'endettement des Etats membres de l'Alliance atlantique s'approche de seuils critiques, leur viabilité budgétaire devient un véritable enjeu stratégique.

Loin de se voir sanctuarisés par la conduite de plusieurs opérations alliées simultanées, les moyens militaires de beaucoup de nos nations sont déjà touchés par les conséquences des efforts budgétaires. Peut-on pour autant prendre diamétralement le contre-pied du président Ronald Reagan et ne financer les programmes de défense qu'a minima, sans prendre en compte la réalité des enjeux de sécurité ? Poser la question, c'est à moitié y répondre.

Certes, le nombre des conflits s'est considérablement réduit, mais, contrairement à ce que pourrait laisser croire un effet d'optique eurocentré, le monde ne se démilitarise pas, bien au contraire. L'augmentation constante, depuis une dizaine d'années, des dépenses militaires à un rythme mondial moyen de 5 % par an montre une planète très éloignée des rêves de paix perpétuelle ou de fin de l'histoire.

Cette évolution est qualitative autant que quantitative : on assiste à l'acquisition par de nombreux acteurs - étatiques et, plus inquiétant, non étatiques - de moyens maritimes, aériens, voire de destruction massive jadis réservés à un club fermé de puissances. Demain, de nouveaux défis de sécurité pourraient apparaître, nourris des progrès dans le cyberespace, la miniaturisation, l'intelligence artificielle ou les biotechnologies.

Lors du sommet de Lisbonne en novembre, les pays de l'OTAN ont déjà clairement indiqué qu'ils refusaient le choix impossible entre la discipline budgétaire et la sécurité de leurs populations. Le signe sans doute le plus visible de cette détermination est la décision de doter l'Europe d'une défense antimissile qui, en complément de l'indispensable dissuasion, préservera à l'avenir le continent d'un éventuel chantage balistique. Et ces pays se sont engagés à continuer à consacrer à la défense un niveau de budget "suffisant", tout en affichant une ferme volonté de réforme afin que chaque euro dépensé le soit à bon escient.

Soyons clairs : cette réforme est cruciale pour que l'Alliance puisse faire face aux surprises stratégiques à venir. L'OTAN peut et doit donc aider ses membres dans leurs efforts de rationalisation.

D'abord en montrant elle-même l'exemple, comme elle le fait en s'engageant dans une diminution d'un tiers des effectifs de sa structure de commandement. Ensuite, en aidant les nations à mettre à profit leur aptitude à travailler ensemble, développée depuis soixante ans par la mise en commun de capacités.

La clef, dans l'avenir, sera de s'appuyer sur la confiance mutuelle pour concilier les impératifs de la solidarité avec ceux de la souveraineté. La solidarité interdit certes aux pays membres de délaisser leur effort de défense - aucune alliance ne pourrait fonctionner si certains pays se comportaient en "passagers clandestins" - mais, surtout, elle ouvre des perspectives de coopération susceptibles d'améliorer considérablement l'efficience de nos armées en proposant une réduction intelligente des coûts sans perte de crédibilité.

L'Alliance s'y emploie comme créateur de synergies, entre ses membres et avec le monde industriel.

L'initiative du secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen, sur les approches multinationales va d'ailleurs dans ce sens pour permettre le renforcement des capacités de défense des pays de l'OTAN tout en préservant leurs intérêts nationaux.

Les exemples de réussite abondent, notamment dans le soutien à certains matériels communs. Une autre piste particulièrement prometteuse est celle de la formation : déjà, une quinzaine de "centres d'excellence", pilotés par une nation mais ouverts aux stagiaires de toute l'Alliance et de nombreux pays partenaires, permettent une rationalisation dans des activités aussi diverses que la conduite des opérations aériennes (en France) ou la lutte contre les bombes artisanales (en Espagne). Cette formule peut, j'en suis convaincu, être étendue à de nombreux autres domaines.

Et, pourtant, ces travaux de mutualisation seraient bâtis sur du sable s'ils négligeaient de reconnaître les impératifs de la souveraineté des Etats en matière de défense. L'intervention de l'Alliance en Libye a rappelé que l'OTAN fonctionnait certes sur un consensus politique, mais surtout sur la base du choix souverain de chacun de participer ou non aux opérations.

Selon leur nature, certaines initiatives multinationales ne pourront se faire qu'à la condition d'une très forte convergence stratégique, à l'image de celle qui fonde les accords franco-britanniques de Lancaster House. Et ces convergences seront d'autant plus efficaces qu'elles se conjugueront avec des efforts similaires de l'Union européenne.

La rationalisation de nos outils de défense est urgente. Elle doit se faire avec méthode et sang-froid. L'enjeu - la sécurité et la résilience de nos nations dans ces temps incertains - mérite la mobilisation de tous les acteurs, des Etats aux industriels, sans omettre d'impliquer nos concitoyens.

Y manquer ferait courir le risque de transformer une crise économique et financière en une véritable vulnérabilité en matière de sécurité et de défense. Concilier solidarité et souveraineté, tel sera le défi majeur des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Alliance au sommet de Chicago qui se tiendra en mai 2012.

 

Stéphane Abrial, général d'armée aérienne, est actuellement commandant allié pour la transformation (ACT) au sein de l'OTAN

 

Voir également à ce sujet, notamment : Il est plus que temps de rationaliser les dépenses d'équipements militaires des Etats européens surendettés !

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : L'Alliance atlantique dans tous ses états
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