« Aucun problème ne peut être résolu sans changer l’état d’esprit qui l’a engendré »
(Albert Einstein)
« Aucun problème ne peut être résolu sans changer l’état d’esprit qui l’a engendré »
(Albert Einstein)
Une proposition de loi autorisant, sous conditions, des recherches sur l'embryon et les cellules souches embryonnaires humaines (CSEh) est actuellement bloquée au Parlement. Victime de l'obstruction de l'UMP, fin mars, son adoption est reportée sine die. Ces recherches restent donc interdites en France. Toutefois, la loi actuelle est ambiguë. En effet, des dérogations sont accordées sur décision de l'Agence de biomédecine (ABM).
Un conflit entre des valeurs, apparemment inconciliables, freine l'adoption d'un cadre légal plus clair, qu'il vise à autoriser ou à interdire de telles recherches. Ce conflit concerne le statut et l'usage des existences biologiques que sont l'embryon et les CSEh. (Les CSEh sont des cellules dérivées d'embryons de 5 à 7 jours voués à être détruits.)
Or, un examen attentif montre que les valeurs sociales qui leur sont accordées sont changeantes et problématiques, tout comme le sont les connaissances dont on dispose à leur sujet. Par-delà le fait qu'un cadre légal autorisant ces recherches serait plus pertinent, il importe surtout de réfléchir à la manière dont une démocratie peut améliorer sa maîtrise de l'enjeu entre science et valeurs.
LE CADRE DU CONFLIT N'A GUÈRE VARIÉ
L'histoire des lois de bioéthique (1994, 2004 et 2011) montre que le cadre du conflit n'a guère varié à l'égard de ces recherches. Les partisans de l'interdiction font valoir que toute existence biologique qui émane d'un embryon doit être assimilée à une personne, donc dotée d'une dignité équivalente qui impose son respect. C'est le cas des cellules dérivées d'embryons. Les partisans de l'autorisation, quant à eux, considèrent que l'embryon est un matériau d'une valeur incomparable pour la recherche dès lors qu'il est délaissé. Il permet de créer des lignées de CSEh. Autrement dit, on assigne à l'embryon et aux CSEh, bien qu'existences biologiques "en attente de", des valeurs opposées.
Pourtant ces valeurs sont instables. Rappelons qu'une lignée de CSEh est fabriquée parce qu'existe un embryon préalablement conçu pour d'autres fins, par fécondation in vitro. Cette technique, légale, nécessite la production d'embryons surnuméraires dont certains seront détruits. Conséquemment, par leur position, les partisans de l'interdiction acceptent que soient dévalorisées ces existences biologiques. Délaissées et détruites, elles sont définitivement dépréciées. Les partisans de l'autorisation estiment, à l'inverse, contribuer à transformer leur valeur initiale et, par le travail en laboratoire, à l'étendre au rythme des cultures cellulaires.
Le régime d'interdiction actuel a des effets concrets. Examinons-en deux.
Les chercheurs dans ce domaine considèrent que ce régime porte atteinte au libre exercice de leur travail. L'Etat n'a jamais financé explicitement les recherches sur les CSEh ; de même, il n'a jamais favorisé, par d'autres formes incitatives, la mise en réseau de cette communauté de chercheurs en France, comme il sait le faire pour des domaines émergents qu'il considère importants. La France occupe donc un rang encore modeste parmi les pays engagés dans ce secteur de recherche. La comparaison entre le Royaume-Uni et la France, nations aux populations scientifiques équivalentes, montre que notre pays produit nettement moins de publications en la matière.
"INSÉCURITÉ" DE CE DOMAINE DE RECHERCHE
Un autre effet de l'interdit est l'"insécurité" de ce domaine entretenue par les actions en justice de la Fondation Jérôme Lejeune. Cette fondation, animée par des catholiques très hostiles à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et aux recherches sur l'embryon et les CSEh, demande l'annulation de onze protocoles de recherches autorisés sur les CSEh. Dans un arrêt rendu en mai 2012, la cour administrative d'appel de Paris a suivi son argument, contraignant l'Agence de biomédecine à mettre fin à une recherche autorisée en 2008. Ce jugement, qui peut faire jurisprudence, montre la difficulté à accorder une valeur à un tel projet de recherche.
L'argument de la fondation s'appuie sur l'une des quatre conditions qui permet de déroger au principe d'interdiction, et d'autoriser une recherche. Cette condition affirme qu'"il est expressément établi qu'il est impossible de parvenir au résultat escompté par le biais d'une recherche ne recourant pas à des embryons humains, des cellules souches embryonnaires ou des lignées de cellules souches". La preuve doit donc être apportée, de manière irréfutable, qu'il n'existe pas d'autres existences biologiques qui pourraient être substituées aux CSEh.
Or, la fondation Lejeune considère que les cellules dites " induites à la pluripotence " (iPS), créées en 2007 par le Japonais Yamanaka, peuvent être utilisées à la place des CSEh. Ce sont des cellules adultes dont l'ADN a été génétiquement reprogrammé de telle sorte qu'elles aient une caractérisation semblable aux CSEh. Elles peuvent proliférer et se transformer dans tous les tissus (pluripotence). La cour administrative d'appel, suivant cette argumentation, a considéré que la justification d'autorisation de l'Agence de biomédecine pour cette recherche était insuffisante.
Il se trouve cependant que la communauté scientifique ne s'accorde pas sur la capacité des iPS à se substituer aux CSEh. Certains chercheurs soutiennent cette idée ; d'autres, à l'inverse, estiment qu'en l'état des connaissances cette substitution est précipitée, appelant à poursuivre les recherches. En science, cette situation est classique : les controverses se développent le plus souvent sur le front de la recherche. Elles génèrent de l'incertitude scientifique que l'ABM a prise en compte dans sa justification. Mais elle est peu compatible avec l'absolu du principe conditionnel de dérogation exprimé dans la loi.
Précisons cela. Toute décision de l'ABM s'appuie notamment sur l'avis donné par son conseil d'orientation. Ainsi, la direction de l'ABM s'y est toujours conformée. Constitué comme modèle de la société, le conseil d'orientation est composé de scientifiques et de décideurs institutionnels. Toute demande d'autorisation de recherche est évaluée par deux de ses membres (un scientifique et un non-scientifique). Il rend donc un avis, teinté de valeurs à la fois scientifiques et sociales.
SCIENCE CONTRE OBSCURANTISME
L'expertise sur laquelle l'ABM fonde sa décision s'appuie sur une incertitude scientifique. ce qui, au final, favorise l'interdiction. Reconnaître la fragilité des connaissances scientifiques renforce l'absolu de l'interdit, seule référence intangible. Effet collatéral, le raidissement des relations entre l'ABM et les chercheurs est perceptible alors même que le dispositif de régulation s'était construit autour de relations de confiance.
On peut alors comprendre que la colère des chercheurs concernés se soit focalisée sur le combat de la science contre l'obscurantisme. Néanmoins, cette guerre de l'éthique enclavée dans ce domaine des recherches sur l'embryon et les CSEh met au jour bien d'autres problèmes.
Les sciences ne produisent plus seulement des visions du monde. Elles interviennent dans sa transformation. Ce faisant, elles sont tout autant cible qu'outil de formation de nos valeurs. Alors, vers quelle direction aller ? Ouvrons l'horizon risqué de la spéculation.
CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES TOUJOURS FRAGILES
D'abord, parce que les connaissances scientifiques sont toujours fragiles et souvent tâtonnantes, reconnaissons-le plutôt que de contribuer à les "rigidifier" par un scientisme béat ou un absolutisme normatif. Ensuite, comme la science participe en continu à fabriquer notre monde, des formes inédites de production des valeurs sont à inventer pour que l'orientation qu'elles devraient être en mesure d'impulser concerne le plus grand nombre.
Les sciences ne sont ni bonnes, ni mauvaises, en soi, pas plus que leurs effets. Seules, les valeurs, fabriquées dans le même temps, permettent d'en indiquer un sens. Ces valeurs sont donc tout aussi fragiles et tâtonnantes. Par-delà les lois et règlements nécessaires, l'enjeu évident est celui d'une maîtrise sociale plus importante de ce sens. C'est donc à un contrôle social élargi de la production des valeurs, c'est-à-dire démocratique, qu'il faut en appeler. Le travail de l'ABM est déjà un premier pas. Néanmoins, ce contrôle social élargi suppose un temps collectif identifié et consacré à produire ces valeurs, qui concurrence et s'amalgame au temps du travail productif aujourd'hui encore trop dominant. L'activité humaine, qu'elle tienne à la santé ou à tout autre domaine, ne peut faire l'économie de cette exploration permanente entre sciences, technologies et valeurs. Nous ne devons pas craindre de produire en continu nos valeurs. Car elles sont ancrées dans ce que nous accomplissons. Nulle part ailleurs !
Philippe Brunet est Maître de conférences en sociologie à l'université d'Evry, et chercheur au Centre Pierre-Naville.
"Il n'y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va !"
(Sénèque)
Vaste sujet que celui qui consiste à proposer une définition de l'Ethique !
Aussi Regards-citoyens.com propose-t-il un tour d'horizon rapide de quelques essais de définition de cette notion dont l'usage se répand de plus en plus dans un monde qui semble pâtir d'une perte sensible de repères légitimes !
Service diocésain de la Pastorale Santé : " L'éthique est une discipline qui cherche à évaluer les conduites humaines par rapport à un système de valeurs, ou des exigences de respect, de promotion de l'humanité. L'éthique est une recherche de sens : Quel sens cette décision, cet acte a pour ma vie ? L'éthique a une dimension subjective, elle traite du "bon" ou du "mauvais" considérés comme valeurs relatives. Elle est fonction des situations, des personnes, des habitudes. Elle est centrée sur le sujet. L'éthique traite de situations singulières, concrètes, portées par une histoire et sa signification à un moment donné, dans un contexte spécifique. C'est pourquoi en éthique il n'y a jamais de réponse pré-établie, à chaque situation sa réponse propre: "qu'est-ce qui est le mieux pour cette personne en ce moment". Mais au nom de quoi va-t-on décider si tel acte est bon ou mauvais ? Les communautés Mondiale, Européenne, Française, se sont données des repères qui sont : des Déclarations, des Conventions, des Lois, des Chartes, des Codes de Déontologie. De même les grandes religions du monde donnent des repères. L'Éthique a pour centre de préoccupation : l'HOMME. Elle cherche en permanence ce qui est le meilleur pour la personne. "
Source : http://www.catholique95.com/sante/presentation.php?identifiant=509ethique
Jean-Michel Cornu : " L’éthique se donne pour but de dire comment les hommes doivent se comporter. Elle vient du grec ethos qui signifie moeurs, habitudes. La morale vient du terme mores (moeurs en latin). Ce mot a souvent mauvaise presse, comme l’illustre la connotation négative de l’expression « faire la morale ». Elle peut être fondée par une religion, un système idéologique, mais aussi par un ensemble de choix rationnels basés sur la tradition ou la culture.
L’éthique et la morale recouvriraient donc des domaines similaires, l’utilisation du premier mot permettant de faire oublier la connotation « moralisatrice » du deuxième. Plus récemment, des auteurs ont utilisé les deux termes pour distinguer des approches différentes.
Edgar Morin utilise le terme « morale » « pour nous situer au niveau de la décision et de l’action des individus » alors que l’éthique s’intéresse à ce qui est bien pour un individu, une espèce ou une société. Pour Suzanne Rameix, « nous nous heurtons à des conflits de biens contradictoires : c’est entre plusieurs biens qu’il faut choisir, et non pas entre le bien et le mal […] Toutes ces questions conduisent à des conflits de devoir. » L’abandon de la notion de bien absolu conduit donc à des conflits dont la résolution – comme nous l’avons vu précédemment – nécessite une position qui fait appel à des capacités cognitives différentes, la pensée-2.
Une autre distinction intéressante peut se faire entre un ensemble de règles et de normes sociales propres à un groupe – appelé dans ce cas morale – et la réflexion consciente et critique à propos de la moralité des actions – appelée dans ce cas éthique. Lorsque cette approche est basée sur l’expérience du réel plutôt que sur les convictions et les idéologies, on parle d’éthique pragmatique.
Il existe enfin trois grands courants en tension :
L’éthique de la vertu ou de la grandeur morale recherche les actions qui rendent l’homme bon. Elle s’appuie sur la pensée d’Aristote qui est dominée par l’idée de finalité : le bien est la finalité ultime de l’univers. Il s’agit donc d’une approche individuelle, mais aussi d’une approche téléologique, c’est-à-dire qui s’attache à la finalité. Elle s’intéresse au caractère moral de l’homme.
Le conséquentialisme s’intéresse avant tout aux conséquences des actes. Une action moralement juste est donc une action dont les conséquences sont bonnes. Il s’agit donc également d’une démarche téléologique, qui ne s’occupe pas du caractère moral de l’homme mais qui cherche à maximiser le bien et le bonheur, ou à minimiser le mal et le malheur. Suivant le but poursuivi, il existe donc plusieurs formes de conséquentialisme :
- L’utilitarisme, développé par le philosophe britannique Jeremy Bentham, puis par John Stuart Mill, recherche le plus grand bonheur pour le plus grand nombre (principe d’utilité).
- L’égoïsme, qui est la recherche du plus grand bien pour soi-même, est également une forme de conséquentialisme. Il s’agit cependant d’une théorie descriptive, qui décrit ce qui est, plutôt que d’une théorie normative, qui indique ce qui doit être. Certains, comme la philosophe Ayn Rand, affirment que si chacun poursuit des buts égoïstes, il en résulte finalement les meilleures conséquences pour tout le monde. Mais l’utilitarisme et l’égoïsme se retrouvent opposés lorsqu’il y a conflit d’intérêts entre soi et le plus grand nombre. C’est ce que démontre, dans la théorie des jeux, le « dilemme du prisonnier » qui a été formalisé en 1950.
- L’éco-éthique considère que la vie s’évalue, elle-même, comme bonne, car elle est un système de résistance à la mort. Il faut donc minimiser les risques de disparition de l’humanité. Il s’agit d’un « conséquentialisme négatif » qui cherche non pas à promouvoir les bonnes conséquences, mais plutôt à réduire les mauvaises – par exemple, minimiser les souffrances plutôt que de maximiser les plaisirs. Le philosophe allemand Hans Jonas a ainsi proposé un « principe de responsabilité » qui a inspiré notre principe de précaution entériné, en 1992, dans la convention de Rio de Janeiro. Mais pour le Français Jean-Pierre Dupuy, philosophe des sciences, ce principe suppose que nous savons exploiter notre maîtrise technique de la Nature en nous fondant sur une rationalité morale, ce qui n’est pas le cas. Il propose à la place un « catastrophisme éclairé » qui imagine un scénario du pire, suffisamment catastrophique, pour que nous soyons tous d’accord pour ne pas le vouloir, et suffisamment crédible pour nous inciter à tout faire pour qu’il ne se produise pas.
- Le contextualisme du philosophe anglais Bernard Arthur Owen Williams s’intéresse aux rapports que l’individu entretient avec la société à laquelle il appartient. La réponse à la question « comment doit-on vivre ? » dépend donc du contexte culturel.
Le déontologisme, pour sa part, considère que tout n’est pas permis pour atteindre le bien. On doit agir en respectant certains principes. Par exemple, l’éthique médicale, qui définit un ensemble de principes (le serment d’Hippocrate), est une approche déontologique. Il s’agit d’être juste, avant même de produire le bien : certaines actions, même si elles conduisent au plus grand bien, sont immorales par nature. Il appartient à l’homme de fonder une morale indépendante de la religion ou de concepts absolus qui lui seraient extérieurs. Emmanuel Kant a défini une morale du devoir en considérant que notre liberté vient de ce que nous obéissons à une loi que nous nous sommes nous-mêmes imposée. Il existe plusieurs approches du déontologisme :
- L’autonomie pluraliste de Hans Tristan Engelhardt considère qu’il existe plusieurs principes à respecter – contrairement à Kant qui considère qu’il existe une « loi morale » unique (1). L’éthique est une négociation sur les conflits engendrés par les contradictions entre les règles. Ainsi par exemple, dans le traitement de la toxicomanie, le principe de bienfaisance (fais le bien aux autres) peut aller à l’encontre du principe d’autonomie (n’impose pas le bien aux autres).
- La théorie de la justice du philosophe américain John Rawls est le titre d’un ouvrage de philosophie à la fois politique et morale, qui a connu un énorme retentissement. Rawls réactualise le contrat social en expliquant que c’est l’équité de la procédure même d’élaboration des principes qui déterminera leur justice. Il prend l’exemple d’un jeu où les joueurs inventeraient les règles pour vivre ensemble, mais en ne sachant pas à l’avance la place que chacun occupera ensuite dans la société. Rawls définit ainsi deux principes hiérarchisés qui permettent de construire une loi juste : le principe d’égale liberté (chaque personne doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base égales pour tous, compatible avec le même système pour les autres) et le principe de différence (les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon qu’on puisse raisonnablement s’attendre à ce qu’elles soient à la fois imputées à chacun et attachées à des positions et des fonctions ouvertes à tous).
- L’éthique de la discussion du philosophe et sociologue allemand Jürgen Habermas considère que l’argumentation fonde la norme morale. En effet, dans une discussion, nous exigeons de nous-mêmes et des autres le respect d’un ensemble de règles de grammaire, de logique et de cohérence. Il s’oppose à Rawls sur le fait que ce n’est pas un ensemble de principes qui fonde la légitimité de la norme morale mais le principe même de la discussion (2). Habermas a cependant lui-même relativisé cette approche du fait de la rationalité limitée dans les échanges d’arguments.
Ces distinctions conduisent certains auteurs, comme Paul Ricoeur, à appeler « morale » l’approche déontologique basée sur des normes et des obligations, et « éthique » l’approche téléologique, basée sur la finalité, qui cherche les actions estimées bonnes.
Mais le conséquentialisme ne prend pas en compte les effets imprévus des actions, et la déontologie impose une démarche rationnelle pour construire les principes qui seront utilisés. Or nous ne sommes pas des
êtres totalement rationnels, comme l’a démontré l’économiste Daniel Kahneman, prix Nobel d’Économie en 2002. Il est donc nécessaire d’articuler ces différentes approches. Ainsi, le philosophe américain Robert Nozick, bien qu’il soit conséquentialiste et considéré comme un des principaux théoriciens du mouvement libertarien, réintroduit-il des « contraintes latérales » inviolables qui restreignent les types d’actions permises (3).
L’éthique est souvent confondue avec le juridique. Mais, si l’éthique fait appel à ce qu’Emmanuel Kant nommait la « bonne volonté », le juridique intervient dans les cas où celle-ci ne suffit pas ou n’est pas présente et il fixe des repères à l’action des hommes en société. Nous avons donc :
d’un côté, l’approche éthique qui implique un choix volontaire de la personne et des jugements de valeur, éventuellement avec des règles qui permettent avant tout une autorégulation ;
et de l’autre, une réglementation produite par le pouvoir d’un État souverain qui encadre un comportement sous la menace de sanctions. La réglementation a également pour but de garantir des valeurs, mais elle s’appuie sur un arbitrage extérieur qui ne peut se fonder que sur des jugements de faits.
Il s’agit donc de deux approches complémentaires : l’éthique nécessite un choix volontaire personnel et le droit est limité par la capacité à juger de l’extérieur des valeurs. Mais l’éthique individuelle ne peut faire l’impasse sur le droit collectif, tout comme le droit est inspiré par des principes qui s’appliquent à chacun. Comme l’a montré le collectif franco-québécois Corévi (Coopération en réseau via internet), la régulation doit prendre en compte différentes approches : réglementation, autorégulation et régulation par les architectures techniques.
Cette branche de la philosophie que nous avons vue, et qui consiste à classer les actions comme plutôt justes ou injustes, est appelée éthique normative. Elle se distingue de l’éthique descriptive, qui n’est pas une philosophie, et se base sur l’observation des choix effectués par une société ou une culture. On peut également y ajouter les éthiques appliquées à un domaine particulier (éthique des affaires, bioéthique, éthique médicale, éthique de l’environnement, etc.) et la méta-éthique qui analyse les concepts fondamentaux de l’éthique (le bon, le juste, etc.).
Il existe de nombreux travaux sur l’éthique appliquée aux nouvelles technologies. Ils feront l’objet d’une présentation détaillée dans une future version de ProspecTIC. [...]. "
Extrait de ProspecTic, nouvelles technologies, nouvelles pensées, FYP Editions, 2008. Si vous souhaitez lire l’intégralité de ProspecTic, vous pouvez le commander à votre libraire, sur Amazon, sur le site de la Fnac ou via Place des libraires par exemple.
Source : http://www.internetactu.net/2008/12/12/prospectic-1112-quest-ce-que-lethique/
Pour Anne Merker : " L'éthique est, au sens propre, l'étude du caractère, èthos en grec. Chez Aristote, le caractère résulte d'un jeu entre le désir et la raison. Il s'agit alors de subordonner harmonieusement l'un à l'autre. Il n'est pas de domaine de l'activité humaine qui ne soit aujourd'hui pénétré de considérations éthiques. L'éthique est dans toutes les bouches et à toutes les sauces. Quant à savoir ce qu'elle est, on s'en tient à une notion bien vague. « Éthique » fait partie de ces mots dont la fortune est immense, et le sens originel ignoré. Peu se doutent que parler d'éthique, outre que c'est parler grec, c'est pratiquer Aristote peu ou prou. Car sans Aristote, notre pensée courante et moderne n'userait pas du terme éthique pour parler de morale, de même que sans Platon, le terme « idée » serait absent des multiples langues dans lesquelles il a essaimé pour désigner le contenu de nos pensées. L' èthos au coeur de l'humanité. L'« éthique », hè èthikè , sous-entend « étude », pragmateia , et c'est littéralement une étude qui concerne l' èthos . L' èthos est le caractère, la manière d'être habituelle, et partant, les moeurs d'une personne ou d'un peuple. L'éthique est donc l'étude des caractères, ou des moeurs, et l'adjectif « éthique » signifie généralement « qui touche au caractère, aux moeurs ». Nous sommes là en deçà de l'acception moderne du terme « éthique », empreint de dignité et pointant vers des considérations élevées relevant de la morale en ce qu'elle a de plus exigeant. C'est donc simplement... " (cf. Magazine Littéraire n°472 - 01/02/2008 )
Source : http://www.magazine-litteraire.com/content/recherche/article?id=38
Pierre Hadot : " Quand j’entends le mot « éthique », je suis un peu perplexe, en ce sens que le mot « éthique » implique une appréciation concernant le bien et le mal des actions, ou alors des gens, ou des choses. [...] Tout ça n’est pas tellement « éthique ». [...] On pourrait dire que [l'Ethique] c’est la recherche d’un état ou d’un niveau supérieur du moi. Ce n’est donc pas seulement une question de morale. [...] À propos de l’éthique kantienne, qui est bien au coeur du problème, je serai quand même plus nuancé. J’ai tendance, peut-être d’une manière erronée, à interpréter Kant d’une manière moins rigide qu’on ne le fait d’habitude. J’ai cité très souvent la formule de Kant : agis de telle manière que la maxime de ton action, c’est-à-dire ce qui dirige ton action, puisse être une loi universelle de la nature. Évidemment, la formule n’est pas très alléchante aujourd’hui, mais ce que j’y vois, c’est justement la volonté de l’universalité. L’un des secrets de la concentration sur le moment présent, qui est aussi un « exercice spirituel », c’est la volonté de se mettre dans une perspective universelle. [...] "
Source :
http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=CITE&ID_NUMPUBLIE=CITE_005&ID_ARTICLE=CITE_005_0127
Le lecteur pourra poursuivre ses investigations sur ce sujet en rejoignant le débat autour de cette question ouvert à l'adresse suivante : http://forums.futura-sciences.com/ethique-sciences/43078-quest-lethique.html
Tous les Francs-Maçons considèrent le texte des Anciennes Obligations (Constitution d'Anderson) comme la Loi fondamentale de la Franc-Maçonnerie Universelle !
Voir la Constitution d'Anderson : http://www.francmaconnerie.ch/Anderson.htm
Code maçonnique
Honore le Grand Architecte de l'Univers.
Aime ton prochain.
Ne fais point le mal.
Fais le bien.
Laisse parler les hommes.
Le vrai culte du Grand Architecte consiste dans les bonnes moeurs.
Fais donc le bien pour l'amour du bien lui-même.
Tiens toujours ton âme dans un état pur pour paraître dignement devant le Grand Architecte de l'Univers, qui est
Dieu.
Estime les bons, plains les faibles, fuis les méchants mais ne hais personne.
Parle sobrement avec les grands, prudemment avec tes égaux, sincèrement avec tes amis, doucement avec les petits, tendrement
avec les pauvres.
Ne flatte point ton frère: c'est une trahison.
Si ton frère te flatte, crains qu'il ne te corrompe.
Écoute toujours la voix de ta conscience.
Sois le père des pauvres: chaque soupir que ta dureté leur arrachera augmentera le nombre de malédictions qui tomberont sur ta tête.
Respecte l'étranger voyageur; aide-le, sa personne est sacrée pour toi.
Évite les querelles; préviens les insultes, mets toujours la raison de ton côté.
Respecte les femmes; n'abuse jamais de leur faiblesse et meurs plutôt que de les déshonorer.
Si le Grand Architecte te donne un fils, remercie-le, mais tremble sur le dépôt qu'il te confie!
Sois pour cet enfant l'image de la Divinité.
Fais que jusqu'à dix ans il te craigne, que jusqu'à vingt il t'aime, que jusqu'à ta mort il te respecte.
Jusqu'à dix ans, sois son maître, jusqu'à vingt ans, son père, jusqu'à la mort, son ami.
Pense à lui donner de bons principes plutôt que de belles manières ;
Qu'il te doive une droiture éclairée, et non pas une frivole élégance.
Fais-le honnête homme plutôt qu'habile homme.
Si tu rougis de ton état, c'est orgueil ;
Songe que ce n'est pas ta place qui t'honore ou te dégrade, mais la façon dont tu l'exerces.
Lis et profite ; vois et imite; réfléchis et travaille ;
Rapporter tout à l'utilité de tes frères, c'est travailler pour toi-même.
Sois content de tout, partout et avec tout.
Réjouis-toi de la justice, courrouce-toi contre l'iniquité, souffre sans te plaindre.
Ne juge pas légèrement les actions des hommes,
Ne blâme point et loue encore moins ;
C'est au Grand Architecte de l'Univers qui sonde les coeurs à apprécier son ouvrage.
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)
"La démocratie est d'abord un état d'esprit" (Pierre Mendès France)
Derniers Commentaires