Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 12:26

Mercredi 7 décembre, devant la commission de la défense, Francis Delon, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), a présenté l’actualisation de l’analyse stratégique sur laquelle repose le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale de 2008.

Durant sa longue intervention préliminaire, il a exposé la méthode d’actualisation et les premières conclusions de son travail à savoir que « l’analyse stratégique de 2008 est largement confirmée sur plusieurs points », tout en modérant le propos par l’inventaire des différentes événements géostratégiques intervenus depuis lors comme les révolutions arabes.

Au terme de cette présentation, Guy Teissier, président de la commission de la défense, exprima une interrogation partagée par une large majorité des députés présents : « Merci pour cette description du paysage stratégique, qui reste extrêmement préoccupant. Comment la contrainte budgétaire est-elle prise en compte ? Ne serons-nous pas obligés de faire des choix ? » En d’autres termes, quel est l’impact de la crise des finances publiques ?

Et le secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale de répondre avec certitude : « La contrainte budgétaire conduit toujours à faire des choix. Mais telle n’est pas la mission qui m’a été confiée : je suis seulement chargé d’étudier le contexte stratégique. » 

Plusieurs députés en sont restés bouche bée, se demandant quel était l’intérêt d’un livre blanc, simple description géopolitique du monde, que chacun peut trouver dans de nombreux ouvrages disponibles dans toutes les librairies ? Aucune s’il n’apporte pas des éclairages aux décideurs politiques sur les différentes options se présentant à eux pour faire face aux différentes menaces identifiées, compte-tenu des contrainte budgétaires.

Mobiliser des experts, des hauts-fonctionnaires de différents ministères pendant plusieurs semaines pour réécrire ce qui a déjà été publié dans les revues et ouvrages spécialisés n’est pas à la hauteur des attentes. Le Livre Blanc de 2008 appelait à un renforcement de la pensée stratégique. C’est un axe qui mériterait d’être actualité. Mais le SGDSN ne l’a pas évoqué.

 

Voir cet article sur mon blog : http://www.francois.cornut-gentille.fr/2011/12/15/actualisation-du-livre-blanc-la-contrainte-budgetaire-ignoree-par-son-redacteur/

 

Voir également :  Il est plus que temps de rationaliser les dépenses d'équipements militaires des Etats européens surendettés !




 

 

Par François Cornut-Gentille - Publié dans : La France en mouvement et en débat
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 10:10

«Après la politique monétaire, c'est la politique budgétaire qui est exclue de toute délibération démocratique» par le dernier accord européen, analyse Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, membre du Conseil scientifique d'Attac. Et toujours sans apporter  de solution à la crise.

 

«Les marchés désavouent l'accord de Bruxelles» (Le Monde, 16 décembre), «La France entre en récession» (Les Echos, 16 décembre). A peine l'encre de l'accord conclu au sommet européen du 9 décembre était-elle sèche que la réalité s'est rappelée aux signataires. Présenté, comme ceux qui l'avaient précédé, comme celui de la dernière chance, ce sommet a abouti à des résultats sans grande surprise qui illustrent une fois de plus que les dirigeants européens continuent de vouloir appliquer des recettes politiques et économiques qui ne peuvent que mener à la catastrophe.

Première recette: l'austérité budgétaire avec mise en place d'un «pacte budgétaire». Il vise à rendre quasi automatiques les sanctions contre un Etat dont le déficit budgétaire dépasserait 3% du PIB, ou dont l'endettement dépasserait 60% du PIB, et à inscrire dans la loi fondamentale des Etats l'objectif d'un déficit structurel (hors variation liée à la conjoncture) inférieur à 0,5 % du PIB. Outre le caractère tout à fait contestable de cette dernière notion et l'aberration qui consiste à sanctionner financièrement un Etat en proie à des difficultés financières, ces règles, si elles avaient été appliquées lors de l'explosion de la crise financière de 2008, auraient empêché les Etats de secourir le système bancaire et de prendre des mesures pour combattre la récession. On peut contester l'insuffisance des mesures prises à l'époque, mais on imagine sans peine le cataclysme qui serait advenu si elles n'avaient pas été prises. Se focaliser aujourd'hui sur la réduction des dépenses publiques, alors même que la consommation des ménages et l'investissement des entreprises stagnent, ne peut que mener à la récession.

Ce gouvernement par les normes, qui est la marque de l'ordolibéralisme allemand, n'est en rien, comme on tente de nous le faire croire, la mise en place d'une politique budgétaire commune. Celle-ci supposerait un budget européen conséquent, des investissements publics et des transferts financiers à l'échelle européenne, toutes choses dont il n'a pas été question à ce sommet. Il s'agit au contraire d'interdire toute politique budgétaire au niveau national comme au niveau européen. Après la politique monétaire, c'est maintenant la politique budgétaire qui est exclue de toute délibération démocratique. Le parachèvement d'une Europe antidémocratique est en route, avec un pilotage intergouvernemental dans lequel le gouvernement de droite allemand jouerait, de fait, le rôle central. Les Parlements nationaux et le Parlement européen seraient marginalisés et la souveraineté populaire mise sous tutelle.

Deuxième recette: une politique monétaire accommandante pour les banques et punitive pour les Etats. La Banque centrale européenne (BCE), qui s'est quand même résolue à abaisser son taux d'intérêt au niveau où il était après la crise financière, a décidé de laisser guichet ouvert aux banques qui pourront se refinancer sans limites au taux de 1% pendant trois ans, pouvant même déposer en garantie des titres dont la notation laisse à désirer. La situation ahurissante qui voit les banques emprunter à ce taux à la BCE pour prêter aux Etats à des taux nettement supérieurs va donc continuer! Dans une situation pleine d'incertitude, ces sommes empruntées par les banques à la BCE sont gelées pour être immédiatement placées... auprès de la BCE. «Les banques empruntent pour redéposer l'argent tout de suite après», a été obligé de reconnaître son président, Mario Draghi, sans que cela ne change d'ailleurs rien aux orientations qu'il met en œuvre.

Le refus de la BCE de financer les déficits publics aboutit à laisser les Etats sous l'emprise des marchés financiers. Non content d'avoir obtenu le maintien d'une orientation qui lui donne un pouvoir extravagant sur les finances publiques, le lobby bancaire a obtenu qu'à l'avenir, les banques ne soient plus jamais mises à contribution en cas de difficultés d'un Etat. L'irresponsabilité des acteurs de la finance est ainsi encouragée.

Troisième recette: l'austérité généralisée et permanente. C'est la conséquence logique des orientations adoptées. Les politiques d'austérité se suivent et s'amplifient dans tous les pays. Outre leurs conséquences sociales souvent dramatiques, elles sont économiquement stupides, réduisant la demande globale. Dans une Europe économiquement intégrée, dans laquelle les clients des uns sont les fournisseurs des autres, elles ne peuvent mener qu'à la récession, que l'on voit déjà poindre. Cette récession conduira à une réduction des recettes fiscales qui aura pour conséquence de rendre encore plus difficile la réduction des déficits que l'austérité était censée favoriser, justifiant ainsi un nouveau tour de vis, qui aggravera la situation, etc.

Pourquoi alors les gouvernements européens mènent-ils une telle politique? L'aveuglement idéologique et la bêtise ne sont pas à exclure, comme en témoigne la crise des années 1930 où l'on a vu les gouvernements de l'époque prendre à chaque fois les mauvaises décisions. Une autre hypothèse, non contradictoire, peut cependant être envisagée, celle de l'effet d'aubaine. Comme l'avait analysé Naomi Klein dans son ouvrage «La stratégie du choc», il s'agit pour les classes dirigeantes de se saisir de l'occasion pour remettre en cause frontalement les droits sociaux qui avaient été concédés auparavant et qu'elles n'avaient pas encore réussi à éradiquer. Dans cette hypothèse, la crise, produit des politiques néolibérales, serait ainsi une opportunité pour parachever le modèle néolibéral.

Les agences de notation font peser la menace d'une dégradation générale de la zone euro, Standards & Poors a mis la note de la plupart des banques européennes sous surveillance, Moody's a déjà abaissé la note des grandes banques françaises et les taux d'intérêt ont recommencé à se tendre. L'année 2012 va voir les Etats de la zone euro devoir emprunter près de 800 milliards d'euros sur les marchés. Peut-on penser réellement que l'Italie, qui doit trouver 242 milliards d'euros, puisse durablement se financer avec des taux approchant, voire dépassant, les 7%? Peut-on croire que le Fonds européen de stabilité financière (FESF) dont les capacités financières sont réduites, malgré les 200 milliards qu'il est prévu de lui injecter, à supposer même que cela voit le jour, puisse éteindre l'incendie? Peut-on considérer que les dettes et les déficits publics vont se réduire en période de récession? La crise va donc s'accentuer, Angela Merkel pensant d'ailleurs que sa résolution prendra des années.

D'autres solutions sont cependant possibles, à condition de sortir de l'emprise des marchés financiers. Cela suppose d'abord que la BCE et les banques centrales nationales puissent, sous contrôle démocratique, financer les déficits publics. Il faut aussi une réforme fiscale d'ampleur qui permette de réduire les déficits et redonne des marges de manœuvres à l'action publique. Celle-ci pourra alors financer une activité productive tournée prioritairement vers la satisfaction des besoins sociaux et la transformation écologique en mettant les banques sous contrôle public. Il s'agit fondamentalement de repenser radicalement la construction européenne en mettant fin à des politiques d'austérité injustes et inefficaces et en mettant en œuvre des politiques économiques et sociales au service des populations. Ce sont de telles orientations qu'un futur gouvernement de gauche devrait commencer sans attendre à mettre en œuvre en France et qu'il devrait porter au niveau européen.

 

Par ERASME - Publié dans : UE, enjeux économiques, financiers et monétaires
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Lundi 19 décembre 2011 1 19 /12 /Déc /2011 00:57

Alors que les Etats-Unis concrétisent leurs engagements en mettant un terme à la présence de leurs forces militaires sur le sol irakien, Regards-citoyens.com propose à ses lecteurs de prendre connaissance de l'article qu'Alain Gresh a consacré en août 2010 à cette guerre (cf. http://blog.mondediplo.net/2010-08-31-Guerre-d-Irak-le-crime).

 

" Les dernières troupes combattantes américaines ont quitté l’Irak. C’est ce qu’annoncent les Etats-Unis, même si 50 000 de leurs soldats, regroupés sur des dizaines de bases, demeureront encore jusqu’à fin 2011, « en appui » à l’armée irakienne. Ce retrait s’opère conformément à l’accord-cadre stratégique signé par l’administration Bush sur le départ avec le gouvernement irakien à la fin 2008. Le président Obama a décidé de respecter ce texte et d’accélérer le désengagement.

On peut certes prétendre que, par rapport à la situation existante à la fin 2006, avec une insurrection active et des attentats quotidiens meurtriers, le contexte actuel est meilleur. Il faut néanmoins prendre du recul par rapport à cette vision et essayer de dresser un bilan de cette guerre qui ne fut pas seulement une faute, mais un crime dont on aurait tort de dédouaner les Etats-Unis (lire « “Leurs” crimes et les “nôtres” »).

Cette guerre d’agression, non provoquée, déclenchée sous le faux prétexte de chercher des armes de destruction massive, est d’abord une violation des principes des Nations unies qui, le 14 décembre 1974, à travers leur assemblée générale, adoptaient un texte définissant l’agression (PDF). Son article 3 s’énonce ainsi :

« L’un quelconque des actes ci-après, qu’il y ait eu ou non déclaration de guerre, réunit, sous réserve des dispositions de l’article 2 et en conformité avec elles, les conditions d’un acte d’agression :

a) L’invasion ou l’attaque du territoire d’un Etat par les forces armées d’un autre Etat, ou toute occupation militaire, même temporaire, résultant d’une telle invasion ou d’une telle attaque, ou toute annexion par l’emploi de la force du territoire d’un autre Etat ;

b) Le bombardement, par les forces armées d’un Etat, du territoire d’un autre Etat, ou l’emploi de toutes armes par un Etat contre le territoire d’un autre Etat ;

c) Le blocus des ports ou des côtes d’un Etat par les forces armées d’un autre Etat ;

d) L’attaque par les forces armées d’un Etat contre les forces armées terrestres, navales ou aériennes, la marine ou l’aviation civiles d’un autre Etat ».

Au-delà de cette dimension juridique et des querelles qu’elle peut susciter, le bilan de la guerre américaine, menée sans l’aval des Nations unies, est accablant :

— Destruction du pays, de ses structures étatiques et administratives. Il n’existe plus d’Etat irakien qui fonctionne. Sept ans après la guerre, l’électricité arrive à peine quelques heures par jour, la production pétrolière stagne, l’administration ne fonctionne pas, les écoles et les universités sont à l’abandon, etc. Reconstruire une structure unifiée et efficace nécessitera sans doute des décennies.

— Le confessionnalisme, encouragé dès les premiers jours par l’occupant, a été institué dans toutes les fonctions, et la répartition des postes se fait désormais en fonction de l’appartenance communautaire ou nationale. Les principales forces politiques sont « chiites », « sunnites » ou « kurdes ». Et demeurent une série de bombes à retardement, comme la délimitation des « frontières incertaines du Kurdistan ». La question de Kirkouk, où un référendum est prévu depuis décembre 2007 (et sans cesse reporté) pour décider du rattachement ou non de cette ville à la région autonome du Kurdistan, n’est pas le moindre des défis.

— Le bilan humain est terrible. Si on connaît précisément les pertes américaines (environ 4 400 tués), celles des Irakiens ont fait l’objet d’évaluations très diverses : on ne recense pas un mort « arabe » comme on recense un mort « occidental » ; seul ce dernier a un visage. Entre cent mille et plusieurs centaines de milliers de personnes tuées, des milliers de disparus, des centaines de milliers de personnes déplacées et de réfugiés (notamment en Syrie – lire Theodor Gustavsberg, « Silencieux exil des Irakiens en Syrie » – et en Jordanie), des centaines de milliers de blessés.

— Malgré les coups qui lui ont été portés depuis 2007, Al-Qaida, qui, rappelons-le, était absente d’Irak jusqu’en 2003, s’y est implantée. Elle garde des structures efficaces, comme le prouvent les attentats coordonnées de ce mois d’août 2010. Des milliers de combattants du monde arabe et musulmans ont transité ces dernières années par l’Irak et ont ensuite porté le combat en Afghanistan, en Somalie, au Liban, en Afrique du Nord.

Seul point positif, la chute de la dictature de Saddam Hussein, l’une des plus brutales de la région. On ne peut que s’en féliciter, mais cela valait-il de telles souffrances ? D’autant que le risque est grand de voir émerger un « pouvoir autoritaire à dominante chiite ».

Et la question que personne ne posera : qui sera jugé pour ce crime ? Comment s’étonner que nombre de pays ne suivent pas le Tribunal pénal international quand il inculpe le président soudanais Omar Al-Bachir, ou des criminels de tel ou tel petit pays africain, alors que MM. George W. Bush, Dick Cheney et Donald Rumsfeld continuent tranquillement à couler des jours heureux en donnant des conférences sur le monde libre, la démocratie et le marché pour quelques dizaines de milliers de dollars la prestation ?

Personne n’affirme plus que les Etats-Unis ont gagné la guerre en Irak, surtout si l’on se reporte aux objectifs initiaux du président George W. Bush : installation à Bagdad d’un gouvernement allié, prêt à collaborer avec Washington, à lui accorder des bases et disposé à établir des relations diplomatiques avec Israël ; ouverture des ressources de l’Irak au marché libre ; démocratisation du Proche-Orient ; isolement du régime iranien.

Personne n’explique plus doctement que, certes, la guerre était une erreur, mais que si les Etats-Unis se retiraient ce serait encore pire. Il faut le répéter : c’est la présence américaine qui est la cause de l’instabilité, et non l’instabilité qui nécessite la présence américaine.

Les conséquences régionales de cette guerre sont aussi graves. Incontestablement et paradoxalement, elle a renforcé le poids de l’Iran, même s’il ne faut pas croire que les chiites irakiens regardent tous vers Téhéran, ni sous-estimer le poids du nationalisme irakien et arabe. L’absence de pouvoir central entraîne forcément l’ingérence des puissances voisines dans les affaires irakiennes : ni la Turquie, ni l’Arabie saoudite, ni la Syrie, ni bien évidemment l’Iran ne s’en privent. Ankara a ouvert plusieurs consulats, dont un à Bassorah, dans le sud chiite ; il a aussi développé ses relations avec le pouvoir autonome kurde, ce qui n’a pas mis un terme à ses bombardements contre les forces du PKK réfugiées au Kurdistan.

Quel est désormais le poids des Etats-Unis en Irak ? Les élections de mars 2010 ont débouché sur une impasse et le pays n’a toujours pas de gouvernement. Quatre forces se partagent le Parlement : un bloc kurde qui représente une région vivant sous autonomie de fait ; le bloc du premier ministre en exercice Nouri Al-Maliki, à majorité chiite ; le bloc de l’ancien premier ministre Iyad Allaoui, chiite qui a obtenu le vote de nombreux sunnites ; et, enfin, l’Alliance nationale composée de l’organisation de Moqtada Al-Sadr et du Conseil suprême islamique, deux formations chiites.

Joost Hiltermann, dans un article de la New York Review of Books (19 août 2010) intitulé « Iraq : The impasse », remarque :

« Ce qui est frappant avec l’approche actuelle de l’administration Obama n’est pas seulement sa préférence pour un parti donné, celui de Allaoui en l’occurrence, mais son manque de volonté inexplicable de pousser pour une solution donnée, un fait que tous les politiciens ont noté. Les Etats-Unis essaient d’exercer une forte pression uniquement de manière sporadique, sous la forme d’une visite du vice-président Joe Biden, l’envoyé spécial de facto de l’administration en Irak. » Mais leurs tentatives d’obtenir la formation d’un gouvernement d’unité entre Maliki et Allaoui avant leur retrait n’ont pas abouti. Et Hiltermann de conclure que les Etats-Unis sont « une puissance en déclin »en Irak.

Ce n’est pas l’avis de tous les commentateurs, comme en témoigne un éditorial de Seumas Milne dans le quotidien britannique The Guardian (4 août 2010), « The US isn’t leaving Iraq, it’s rebranding the occupation ». Pour Milne, les Etats-Unis donnent simplement un autre visage à une occupation qui se poursuit sous d’autres formes.

Alexander Cockburn lui répond vertement dans « Thank You, Glenn Beck ! » (CounterPunch, 27-29 août). Il reprend certains arguments de Rosen et explique aussi que, sur le pétrole, pour l’essentiel, ce ne sont pas les compagnies pétrolières américaines qui ont bénéficié des premiers contrats passés, mais des sociétés russe, norvégienne, chinoise, malaisienne, etc.

Alors, poursuite de l’occupation sous d’autres formes ou non ? Ce qui est sûr, c’est que, en ce XXIe siècle, aucune puissance ne peut gouverner durablement un pays étranger, lui imposer sa volonté. A ceux qui rêvaient d’un retour de l’empire, la guerre d’Irak a apporté un démenti flagrant. Un démenti qui sera confirmé demain en Afghanistan. "

 

 

Par ERASME - Publié dans : Le Monde en mouvement et en guerre
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 21:03

On pouvait croire qu’avec les mois qui passent, le temps des « lettres » à Cathy Ashton paraissait loin.  On avait eu effectivement la lettre des pays Benelux sur le SEAE, celle sur le Moyen-Orient de B. Kouchner, la lettre des 3 du Triangle de Weimar, devenus 5 ensuite, sur la défense… Eh bien, non. Voici maintenant une lettre de douze ministres des Affaires étrangères destiné à présenter quelques « suggestions » pour « améliorer le fonctionnement du service diplomatique européen ». Les ministres français, allemand, polonais et italien l’ont signé ainsi que ceux du Benelux, ce qui est relativement peu étonnant. Moins courant, on trouve les signatures de tous les pays baltes et des Nordiques, sauf le Danemark (*).

Une lettre très politique

Cette lettre s’inscrit dans un processus d’évaluation plus général qui verra la Haute représentante présenter un rapport général d’ici la fin de l’année, suivie en 2013 d’une révision générale de la décision fixant l’organisation et le fonctionnement du SEAE. Ce mode d’expression est très politique. Car si ces lettres ne sont pas « ouvertes » officiellement, elles en ont presque le caractère car elles viennent rapidement aux oreilles journalistiques et tout de l’écriture au contenu suggèrent leur publication.

Cette lettre est très polie mais aussi très élaborée. Beaucoup de sujets sont abordés : le fonctionnement des délégations, le financement, les méthodes de recrutement, la coordination avec les Etats membres, la préparation des conseils de ministres. Elle donne quasiment une ligne directrice, visant soit à appuyer certaines réformes déjà engagées, soit à combler certaines lacunes récurrentes. Elle s’intéresse surtout aux procédures plutôt qu’au contenu produit. Et  constitue sans nul doute plutôt qu’une critique en bonne et due forme, un habile soutien à un renforcement du service et  à une organisation, un peu plus … « ordonnée » du SEAE…

(*) Signataires : Didier Reynders (Belgique), Urmas Paet (Estonie), Erkki Tuomioja (Finlande), Alain Juppé (France), Guido Westerwelle (Allemagne), Giulio Terzi di Sant’Agata (Italie), Edgars Rinkēvičs (Lettonie), Audronius Ažubalis (Lituanie), Jean Asselborn (Luxembourg), Uri Rosenthal (Pays-Bas), Radosław Sikorski (Pologne), Carl Bildt (Suède).

Mieux préparer les Conseils des ministres

Les 12 souhaiteraient disposer d’un agenda annuel des Conseils des ministres, ajusté au besoin selon les nécessités. Et ils souhaiteraient aussi que le SEAE chargé de produire des documents préparatoires ou des projets de décision, fassent circuler ces papiers « suffisamment à l’avance ». Nb : un problème récurrent depuis plus d’un an, les documents sont effectivement disponibles très peu de temps à l’avance pour les Etats membres, qui ont à peine le temps nécessaire pour lire des documents. Une situation qui, selon nos informations, est largement voulue par le cabinet de la Haute représentante qui veulent ainsi laisser le moins de marges possibles aux Etats membres pour introduire des modifications. Ce qui n’est pas sans provoquer effectivement ce type de tensions.

Mieux se coordonner avec la Commission.

Les décisions extérieures doivent être mieux préparées avec la Commission, tant au niveau politique au sein du groupe des commissaires « relations extérieures » qu’au niveau technique. Les Douze recommandent que les unités du SEAE soient plus impliquées dans le travail avec la Commission et se demandent si la structure organisationnelle du service est assez efficace pour assurer cette coopération. Nb : il y a effectivement un problème. Et si dans certains secteurs ou zones géographiques, la coordination fonctionne bien ; dans d’autres, la situation n’est pas meilleure, voire… pire.

Revoir les procédures internes du SEAE.

Le SEAE a déjà fait d’importants progrès pour développer un « esprit de corps » (en français dans la lettre). De même, en matière de formation commune (SEAE / Etats membres). Mais des « formations complémentaires, conjointes avec les Etats membres, devraient être envisagées ». La coopération pratique entre le Service, la Commission et le secrétariat du Conseil doit être « revue » (lieu des réunions, infrastructure…).

Nb : on sait que certains problèmes apparemment mineurs ne facilitent pas la vie de tous les jours (système informatique sécurisé, « barbare » et « rigide », qui fait que des notes se perdent en route. Pour plus d’efficacité, les agents ont d’ailleurs pris pour habitude de doubler par un mail, non sécurisé, leurs envois… Efficace…

Donner aux délégations leur plein potentiel

.../...

Voir la suite de l'article : http://www.bruxelles2.eu/politique-etrangere/service-diplomatique/la-lettre-des-douze-sur-le-service-diplomatique-europeen.html





Par ERASME - Publié dans : UE, UEO, OSCE, sécurité & défense
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 19:50

Jusqu'au dernier moment, Vaclav Havel sera resté, dans l'âme, un dissident. Ces deniers jours, amaigri et affaibli par la maladie, il a trouvé la force de se lever pour rencontrer le dalaï lama, de passage à Prague. Il a encore signé une pétition demandant à l'opposition russe de s'unir contre les manipulations du régime de Vladimir Poutine, après les élections mouvementées du 4 décembre.

Vaclav Havel, qui s'est éteint dimanche 18 décembre à 75 ans, ne se trompait pas d'ennemi. Avec courage et obstination, il n'a jamais cessé de combattre le totalitarisme, de gauche ou de droite, n'a jamais marchandé son soutien à tous ceux qui s'engageaient contre la dictature, l'autoritarisme, ou l'obscurantisme, même loin, très loin de chez lui.

Homme de lettres et de théâtre devenu président, celui qui a conduit son pays vers la démocratie à travers une "révolution de velours" était devenu la figure la plus forte de la génération de dissidents qui a fait tomber le communisme en Europe centrale en 1989. Sa disparition, vingt ans tout juste après l'effondrement de l'Union soviétique, au terme d'une année qui a vu tant de soulèvements populaires dans d'autres parties du monde, et au moment où l'Europe se débat dans une crise existentielle, rappelle à quel point l'audace et la vision de quelques individus peuvent, parfois, bouger des montagnes. Et souligne cruellement à quel point l'absence de ces aventuriers de la démocratie, visionnaires humanistes, ouverts et éclairés, nous pénalise aujourd'hui.

ACTIVISME ET SÉJOURS EN PRISON

La mainmise communiste sur la Tchécoslovaquie puis l'intervention soviétique en 1968, pour écraser le printemps de Prague, avaient révolté Vaclav Havel. Cette révolte, d'abord canalisée dans ses pièces de théâtre, avait mûri jusqu'à 1977, lorsqu'il créa, avec une poignée d'autres dissidents, la Charte 77.

Dans les années qui suivirent, de rencontres clandestines en échanges parfois favorisés par des amis occidentaux, le lien se fit avec d'autres combattants de la liberté du bloc de l'est, les Michnik et Kuron de Solidarnosc en Pologne, les Sakharov d'URSS, les amis hongrois plus fortunés car un peu moins durement réprimés. Internet et Facebook n'existaient pas, la police politique exerçait une surveillance de chaque instant et les contacts étaient risqués - ils payèrent tous leur activisme de séjours en prison.

Havel, dans les années 1980, ne se déplaçait pas sans sa brosse à dents parce que, racontait-il de sa voix rauque, il ne savait jamais s'il dormirait chez lui ou en prison.

Mais c'est ce corps de résistants, solidement ancrés dans l'idée démocratique, qui a permis à l'Europe de l'est, une fois libérée, d'opérer une transition ordonnée et pacifique vers l'économie de marché et la démocratie. Lorsque les régimes communistes et pro-soviétiques se sont effondrés, la relève était prête, les objectifs établis. Dignement.

Aux dizaines de milliers de Tchécoslovaques venus l'acclamer dans le froid glacial de décembre 1989, place Wenceslas à Prague, Vaclav Havel criait " Nous ne sommes pas comme eux ! "

 LES HÉRITIERS DE LA GÉNÉRATION HAVEL SE FONT ATTENDRE

Aux dizaines de milliers de Tchécoslovaques venus l'acclamer dans le froid glacial de décembre 1989, place Wenceslas à Prague, Vaclav Havel criait " Nous ne sommes pas comme eux ! " : sa stratégie à lui, c'était "le pouvoir des sans pouvoirs", la résistance non violente et le refus des règlements de compte. Bien des protagonistes du printemps arabe d'aujourd'hui auraient rêvé de leaders pareils.

Esprit libre, vif et subtil, Vaclav Havel était aussi un grand européen. Pas une crise européenne, du drame yougoslave aux douleurs de croissance de l'Union européenne, ne l'a laissé indifférent : il a été de tous les combats, moraux et politiques. Après avoir joué un rôle essentiel dans la réunification de l'Europe divisée par la guerre froide, il s'est battu pour faire intégrer la République tchèque dans la famille européenne, au moment où celle-ci se serait volontiers contentée de lui offrir un strapontin.

Ses successeurs ne lui en ont guère été reconnaissants : les dirigeants tchèques actuels ne brillent pas par l'ardeur de leur défense de l'idée européenne. Un peu partout en Europe, les héritiers de la génération Havel se font attendre. Ses valeurs, sa vision et son ouverture d'esprit sont pourtant plus nécessaires que jamais.

 

 

Par ERASME - Publié dans : A la rencontre de femmes et d'hommes illustres
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