Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /2010 11:03

Le soutien à la Grèce était encore au menu de la réunion des ministres des finances de la zone euro, lundi 15 mars à Bruxelles, ainsi que la mise au point d'un mécanisme d'aide en cas de défaillance financière. Différentes idées ont été lancées récemment pour apporter à plus longue échéance des réponses de fond à la crise. Le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a proposé de créer un Fonds monétaire européen (FME) capable de secourir les pays de l'Union. Le premier ministre belge, Yves Leterme, a avancé un projet de Trésor commun, émettant la nouvelle dette des pays de la zone euro. Le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, s'est prononcé pour la création d'une agence de notation européenne pour la dette des Etats.


Parallèlement, la volonté de réglementer certains instruments de spéculation - comme les contrats d'échange sur les risques de défauts de paiement (credit default swaps, CDS), ces produits dérivés qui permettent de parier sur les difficultés de remboursement d'un emprunteur -, progresse. "La Commission va examiner de près l'opportunité d'interdire les opérations purement spéculatives sur des CDS liés à de la dette souveraine", a indiqué
José Manuel Barroso, le mardi 9 mars.


Le lendemain, la France, l'Allemagne, la Grèce et le président de l'Eurogroupe demandaient, dans une lettre commune à la Commission européenne et au gouvernement espagnol, qui préside l'Union, d'enquêter sur "le rôle et l'impact de la spéculation sur CDS sur les obligations des Etats européens" afin de la présenter lors du conseil des ministres des finances du mardi 16 mars, et de décider d'éventuelles mesures. Les chefs d'Etat et de gouvernement demandaient d'intensifier les initiatives "en faveur d'une plus grande transparence du marché des produits dérivés conformément aux décisions du G20".


Comme le résume
Jean-Pierre Vesperini, membre du Conseil d'analyse économique (CAE), "les pouvoirs publics disposent de quatre leviers face aux mouvements spéculatifs des marchés : le discours, la mobilisation de capitaux, les mesures de politique économique et, enfin, la réglementation".


"La première arme face à la spéculation est psychologique et vise à la calmer. Les déclarations de solidarité des dirigeants européens semblent ainsi avoir été efficaces puisque la Grèce a pu placer avec succès ses dernières émissions obligataires"
, poursuit Jean-Pierre Vesperini, également professeur à l'université de Rouen. Même si la construction européenne pèche par son inachèvement - pour avoir exclu jusqu'ici la solidarité budgétaire ou un gouvernement économique commun -, les dirigeants du
Vieux Continent n'ont pas mâché leurs mots pour mettre en garde la spéculation contre la dette des Etats fragilisés comme la Grèce, le Portugal, l'Espagne ou l'Irlande, ce qui a changé quelque peu le climat sur les marchés.


PDG du cabinet de conseil financier new-yorkais
Galileo Global Advisors, Georges Ugeux estime cependant que ces déclarations, peu coordonnées, ont brouillé les cartes. "Personne ne croit que la création d'un fonds monétaire européen puisse se faire avant plusieurs années. Cela renvoie à la vieille habitude des politiques européens de toujours créer une institution ou de faire un sommet. On a mis la charrue avant les boeufs en ne définissant pas d'abord les objectifs, explique cet ancien responsable international de la Bourse de New York. Les annonces de réformes ont été mauvaises. On a besoin de savoir qu'il y a un pilote dans l'avion, et ce qui a été organisé, c'est une cacophonie. Nos Excellences devraient parfois se dire qu'en matière financière, le silence est d'or."


Pendant les crises, les pouvoirs publics peuvent aussi tester leurs rapports de forces avec les acteurs des marchés et leur envoyer des messages fermes. Ainsi
Jean-Paul Fitoussi, président de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) et professeur à Sciences Po critique, dans un entretien au journal portugais Diario Economico du 18 février, le rôle des agences de notation (rating) dans le déclenchement de la tempête des subprimes comme dans la spéculation sur les Etats européens fragilisés. "Le problème est que les agences de rating n'ont pas eu à payer pour leurs responsabilités dans la crise et qu'elles essaient maintenant de se refaire un chiffre d'affaires en surveillant les Etats. Je trouve que, sauf à abandonner toute notion de souveraineté, les Etats devraient réformer dans l'urgence les agences de rating et en tout cas les faire taire, si ce n'est les poursuivre en justice", dit-il.


Les Etats-Unis ont donné un coup de semonce : selon le Wall Street Journal du mercredi 3 mars, le ministère américain de la justice enquête pour déterminer si plusieurs grands fonds spéculatifs ont agi de concert pour spéculer à la baisse sur l'euro, profitant de la crise de la dette publique grecque. La demande des autorités américaines serait datée du 26 février, coïncidant avec la publication d'un article du Wall Street Journal décrivant une rencontre entre plusieurs gérants de fonds, où la question de l'euro avait été évoquée.


Mais il faut aussi de l'argent pour contrer la spéculation. "La deuxième arme est la mobilisation des capitaux : si l'Europe allait plus loin que les discours et mettait ses actes en accord avec ses paroles, elle se mobiliserait pour souscrire la dette grecque. C'est ce qui a été annoncé à travers l'idée de la création d'un fonds monétaire européen, mais cela peut être fait aussi à travers les banques publiques comme la KfW allemande ou la Caisse des dépôts française ", poursuit M. Vesperini.


Jusqu'ici, la Banque centrale européenne (BCE) a donné un coup de main discret et indirect aux pays les plus fragiles. Même si elle a été moins audacieuse que ses consoeurs américaine ou britannique, elle a fortement baissé ses taux d'intérêt, permettant aux banques privées d'emprunter des liquidités à faible coût pour les placer ensuite en emprunts d'Etat, mieux rémunérés.
.../...

Pour la suite de cet article : Que peuvent les Etats contre la spéculation ? par Adrien de Tricornot - 2- (Dossier - Le Monde Economie)


Par Jean Poche - Publié dans : Jeux, enjeux et défis globaux
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /2010 09:34

L'Etat d'Israël s'isole de plus en plus dangereusement ! Pour lui d'abord, pour le monde ensuite !

La radicalisation de ses positions témoigne à la fois de la détermination de ses dirigeants actuels à ne rien lâcher des exigences d'un projet sioniste intransigeant, et d'une nervosité extrême de ces mêmes dirigeants devant l'inflexibilité d'une administration américaine soucieuse de mettre un terme à des gesticulations israéliennes contre-productives par rapport à sa volonté de mener le processus de paix jusqu'à son terme.  

Cette radicalisation s'exprime à l'égard de tous les dossiers stratégiques qui le concernent, qu'il s'agisse des colonisations en cours (Israël ne bougera pas sur les constructions à Jérusalem ou encore L'Autorité palestinienne s'attaque à la mainmise israélienne en Cisjordanie), du dossier nucléaire iranien où intérêts géopolitiques, stratégiques, économiques et financiers complexifient les jeux d'acteurs, du processus de paix dont l'évolution chaotique participe à remobiliser les Etats membres de la Ligue arabe en faveur de solutions ne ménageant plus avec la même détermination les objectifs stratégiques et intérêts essentiels de sécurité de l'Etat d'Israël, des relations avec l'ONU encore plus complexe depuis la parution du rapport Goldstone (cf. L'ONU réclame des enquêtes "crédibles" sur les crimes commis à Gaza (Le Monde.fr)), ou enfin des relations avec le président Obama qui trouve au Pentagone des appuis impensables il y a quelques mois encore, en raison des atteintes portées par cette situation à la sécurité nationale des Etats-Unis dans cette région du Proche-Orient !

 

L'épisode irakien - et son issue improbable - a marqué profondément les esprits, même les plus rétifs !

Bien sûr, cette radicalisation israélienne trouve quelques appuis en Europe au sein d'une partie de la diaspora, notamment en France, à Londres, à Rome et à Bruxelles ;  des appuis 'par défaut' qui procèdent d'un mutisme complice autant que de l'absence de volonté d'y mettre un terme, et des appuis 'par excès' qui tiennent à une très forte empathie pour la position du gouvernement israélien quelle qu'elle soit, au nom d'une solidarité idéologique aux décisions des dirigeants de l'Etat d'Israël auxquelles tout peut - et doit - être sacrifié !

Elle trouve même parfois sa propre justification dans des mobiles économiques " exempts de tous soupçons " (cf. Les colonies israéliennes reflèteraient un choix économique) et prend appui sur la montée d'un courant hostile à l'Islam et aux musulmans, sans discernement aucun (cf. La nouvelle droite populiste européenne prospère sur la dénonciation de l'islam).

La faiblesse du Quartet (cf. Proche-Orient : La réunion du 'quartet' montre une nouvelle fois ses limites ! Il faut en finir avec ce simulacre de médiation !), celle du multilatéralisme (cf. Pour un multilatéralisme efficace, par Chris Patten), l'inconsistance et le manque d'unité de l'Union européenne (cf. Bon courage, Madame le Haut Représentant ! (nouvelle édition)), comme celle de la Communauté internationale, plus globalement (cf. Dossier iranien vu du Brésil : Le président brésilien Lula veut jouer les médiateurs entre Iraniens et Israéliens, par Laurent Zecchini et Annie Gasnier (Le Monde)) favorisent l'ouverture d'un espace à une telle radicalisation.

Pour autant, cette radicalisation ne fait l'unanimité ni au sein de la population israélienne (cf. Proche-Orient : éclats d’obtus, par Ilan Greilsammer) ni au sein des diasporas qui n'y voient rien d'autre que l'expression de l'aveuglement cynique de gouvernants jusqu'au-boutistes qui mettent gravement en péril le projet sioniste autant que les intérêts et la sécurité de la Communauté juive dans le monde !

Cette situation provoque une crise profonde au sein même de la communauté juive où s'opposent frontalement les tenants d'une ligne dure (cf. Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir) et ceux d'une option articulée sur le dialogue, la compréhension mutuelle, le partage de destins communs, et le refus de la violence.

Des voix juives s'élèvent, en Europe notamment, pour exprimer un profond désarroi face à cette situation dramatique (cf. Eli Barnavi, Esther Benbassa : deux voix dissonantes qui traduisent le même désarroi face à la même machine infernale ; « Pour l'avenir, il y a un roman national à réécrire », par Esther Benbassa (L'Humanité))

Une situation d''autant plus dramatique que le spectacle de la catastropique opération " Plomb durcie " est resté présent dans toutes les mémoires (Juifs, musulmans : nous portons tous les cicatrices de Gaza, par Esther Benbassa) ! Une opération qui avait soulevé déjà de nombreuses interrogations sur les motivations réelles de Tsahal (cf. Poursuite des combats par Tsahal : 5 hypothèses passées au crible de l'analyse (1) ainsi que Poursuite des combats par Tsahal au Proche Orient : 5 hypothèses soumises au crible de l'analyse (2)) et qui connait des prolongements épisodiques hasardeux (cf. Sept raids aériens israéliens sur la bande de Gaza).

Alors que cherche vraiment le soldat " Israël " en radicalisant ses postures ? 

 

Peut-on accepter encore longtemps qu'il mette en péril la paix du monde au nom d'une idéologie intransigeante ?

Au moment où les Etats démocratiques montrent leur impuissance à l'égard d'une globalisation déshumanisée qui s'affranchit des valeurs et libertés fondamentales et des principes démocratiques, la légitimité politique d'un Etat d'Israël si mal en point aux yeux des Peuples et des Nations serait réhaussée s'ils cessaient de laisser dériver les postures de ceux d'entre eux qui, comme Israël, ne se plient jamais aux sanctions prises en vertu du droit international et jouent d'un chantage à la terreur nucléaire pour imposer leur dessein au monde !

Il faut sauver le soldat " Israël " ! PLus encore, il faut sauver l'Etat d'Israël et le projet sioniste dont la légitimité contestée ne peut s'accommoder ni des erreurs fatales ni des fautes récurrentes de son bras armé !

Comment ?

L'heure est venue de recommander fermement aux dirigeants de l'Etat d'Israël comme à l'Autorité palestinienne et aux dirigeants du Hamas de ne pas servir un dessein funeste qui prônerait le retour au sacrifice ultime en cas d'échec d'ambitions qu'ils considèrent non négociables ! Et de revenir à la table des négociations avec des intentions réellement conformes à aux intérêts vitaux de l'Etat, du Peuple et de la Nation qu'ils servent avec loyauté !

Toutes les positions exprimées jusqu'ici contournent cette réalité irréductible ! Entretenant ainsi le ferment d'une instabilité et d'une insécurité qui paralysent tout effort en faveur de la paix !

L'Union européenne, très ambiguë jusqu'ici, doit se resaisir en prenant l'initiative de convoquer une conférence internationale sous l'égide des Nations Unies pour décider du statut international de cette ville sainte, laquelle ne saurait être la capitale d'aucun des Etats parties au conflit en vertu d'un principe de précaution politique qui s'impose de lui-même !

Simultanément, elle doit oeuvrer pour amener les Etats parties au conflit à réenvisager les termes mêmes des négociations de manière à concrétiser dans une solution territoriale cohérente et réaliste les objectifs stratégiques assignés à ces négociations que constituent d'une part, la garantie de sécurité de l'Etat d'Israël, d'autre part, la viabilité économique des deux Etats (si tant est que cette formule des deux Etats indépendants s'avérait toujours pertinente) - ce qui passe nécessairement à la fois par une continuité territoriale et par l'établissement d'un cadre de développement durable desdits Etats, lesquels ne sont toujours pas offerts aux Palestiniens  -, et, enfin, la fixation de frontières pérennes et incontestables entre ces deux Etats et les Etats voisins.

Elle doit également proposer à Israël de garantir sa sécurité en lieu et place de Tsahal là où les circonstances l'exigent, notamment au nord de la bande de Gaza d'où sont tirées les roquettes meurtrières tout en proposant aux Palestiniens de concrétiser ses engagements économiques en faveur des territoires de la bande de Gaza (cf.
 Les atouts de l'Union européenne dans le dossier israélo-palestinien ) !

Enfin, l'Union européenne, en prenant appui sur une Union pour la Méditerranéenne revitalisée, doit offrir à l'ensemble des Pays de la Région un cadre propice à ouvrir de nouvelles marges de manoeuvre par rapport à une globalisation qui impose ses diktats à chacun d'entre eux sans discrimination (cf  Comment la politique peut-elle retrouver des marges de manoeuvre par rapport à la globalisation ?). En particulier, elle doit oser proposer que soit défini en commun un cadre stratégique pour une politique de cohésion économique, sociale et territoriale sur le modèle de ce qu'elle a su développer en son sein en la matière. En dépassant ainsi les limites actuelles de sa politique de voisinage pour aborder de manière ambitieuse un tel enjeu structurel, elle ferait ainsi la démonstration qu'elle est effectivement autrechose qu'une puissance normative " molle ", et qu'elle dispose des atouts nécessaires à la concrétisation dans cette région de sa conception globale de la sécurité.

Nous ne pouvons ignorer qu'Israël refusera ces propositions " venues d'ailleurs " ! Mais pourrait finir par s'y résoudre si les cartes des négociations étaient effectivement redistribuées sur des bases plus réalistes !

Mais peut-être le salut viendra-t-il de l'Orient ! De la Chine ou de l'Inde !

A moins que ce ne soit du Brésil ou de Russie ! 

Autant de pays qui n'ont jamais été jusqu'ici en proie à des compromissions avec les thèses les plus conservatrices à l'égard du conflit israélo-palestinien, et dont les économies présentent des facteurs favorables pour entreprendre le sauvetage sur le long terme d'une Région qui pâtit de son trop fort ancrage à des économies occidentales malades d'un capitalisme spéculatif qui les conduit à leur propre faillite et d'une profonde crise de confiance dans la capacité de la politique, et des politiques, à mettre de la rigueur, de la règle et de la stabilité là où c'est impératif sans briser les pactes sociaux et culturels qui lient les Etats aux Nations !

On ne prête qu'aux riches ! C'est bien connu !

Par ERASME - Publié dans : Lettres ouvertes
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /2010 09:05

Jean-Pierre Jouyet, patron de l’Autorité des marchés financiers (AMF), dénonce le manque de contrôle des acteurs boursiers.

Après la crise des subprimes et la crise grecque, l’Europe et les Etats-Unis divergent de plus en plus sur les moyens de réguler la planète finance. Rencontre avec Jean-Pierre Jouyet, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF), le gendarme français de la Bourse.


Vous revenez d’une tournée à New York. Le climat a-t-il changé un an et demi après la chute de Lehman Brothers ?

On est plus optimiste en Europe sur la reprise américaine qu’aux Etats-Unis. Là-bas, le chômage inquiète et la sortie de crise est perçue comme incertaine. Deux éléments ont vraiment changé. D’abord, le contrôle des risques bancaires, hier secondaire, est devenu primordial. Par ailleurs, les opérateurs américains examinent désormais de très près la solidité des établissements financiers, c’est-à-dire le niveau de fonds propres nécessaire pour couvrir leur risque. Mais politiquement, le fait majeur, c’est qu’aucune des grandes réformes envisagées par le gouvernement Obama pour réguler la finance américaine n’a été adoptée par le Congrès. Il y a eu beaucoup de paroles, mais pas d’actes.


Pourtant, avec le plan Volcker, Obama a lancé un projet de régulation de Wall Street ambitieux…

A mon sens, il y a peu de chance que ce plan [dont une des propositions phare est de séparer les activités commerciales des banques de leurs activités d’investissement, ndlr] soit suivi d’effet. Les opérateurs ne veulent pas en entendre parler. Et la Federal Reserve [ou Fed, la banque centrale américaine] ne manifeste pas un fort soutien. Autre chose : les divergences entre Européens et Américains, au lieu de s’atténuer, se creusent, comme sur la question des normes comptables.


Etes-vous favorable, comme le préconise le plan Volcker, à l’interdiction faite aux banques de financer des hedge funds et de spéculer pour leur propre compte ?

Ça va plutôt dans le bon sens. Mais là encore, les conceptions divergent. Les Américains ont une approche de séparation des activités des banques alors que les Européens plaident pour que la spéculation devienne plus coûteuse. En renforçant les exigences de fonds propres ou par le biais de la fiscalité.


Y a-t-il aux Etats-Unis un début de remise en cause du tout financier ?

J’ai constaté chez plusieurs banquiers une profonde interrogation sur les mérites d’une trop grande sophistication des techniques de leur métier. La finance a multiplié ces dernières années des investissements très lourds pour se doter d’outils informatiques de plus en plus puissants et sophistiqués sans que l’on sache très bien mesurer leurs effets. La Fed a calculé que cette sophistication de la finance ne nous a pas apporté beaucoup plus de croissance ces dernières années. Si c’est le cas, on peut se demander si c’était bien la peine de se creuser autant les méninges…


Vous avez rencontré les responsables de Goldman Sachs ?

Oui. La banque a conscience qu’elle doit fournir un gros effort de communication en Europe et particulièrement en France, à cause de la crise grecque. Leur défense, néanmoins, est audible : ils avancent que les instruments qu’ils ont recommandés au gouvernement grec pour restructurer leur dette au début des années 2000 étaient connus d’Eurostat et des institutions européennes.


Mais comment ont-ils justifié de conseiller le gouvernement grec et spéculer contre lui ?

La banque fait valoir qu’elle était sollicitée, notamment par les entreprises grecques qui souhaitaient se protéger contre un défaut de paiement de leur Etat. Je ne vous dis pas que c’est moral, mais ça se retrouve ailleurs : les banques sont souvent confrontées à de possibles conflits d’intérêt entre leurs différents métiers. La vraie question, c’est l’étanchéité des murailles de Chine censées exister entre les départements des banques. C’est d’ailleurs ce qui motive l’ouverture par la Fed d’une enquête sur Golman Sachs.


Le fameux marché des CDS (credit default swaps, des produits financiers censés se garantir de la défaillance des Etats) mis en lumière par la crise grecque n’est-il pas l’exemple d’innovation financière qui ne sert à rien ?

J’ai évolué sur la question. Je pense que ce type d’outils a une certaine utilité. Comme tout instrument de couverture, il permet au détenteur d’une obligation émise par un Etat de s’assurer contre un risque de perte lié à l’évolution défavorable des taux d’intérêts. En revanche, la leçon à tirer de cette crise, c’est qu’il faut inclure les CDS dans le champ de la régulation. C’est une vraie boîte noire. On devrait au minimum savoir ce qui s’y passe. Aujourd’hui, nous ne sommes pas face à de la spéculation mais face à de véritables manipulations de marchés souverains.


Sur la régulation, on n’a pas l’impression que l’Europe a beaucoup avancé non plus…

C’est vrai. Au-delà des questions symboliques de rémunération des traders, on n’a pas avancé, sachant que la nouvelle Commission est tout juste en place. Le processus de décision européen est très lent. Néanmoins, le Conseil de l’Europe, qui se réunit dans la deuxième quinzaine de mars, devrait faire des propositions. Il est par exemple urgent que l’Europe rattrape son retard sur les Etats-Unis pour l’encadrement des ventes à découvert [le fait de prendre des positions sur un actif que l’on ne détient pas, ndlr] afin d’éviter des pratiques de marchés très déstabilisatrices. Nous devons aussi nous doter d’un gendarme des marchés financiers au-dessus des régulateurs nationaux. Car que révèlent les attaques contre l’euro ? Les marchés considèrent que l’UE manque de réactivité et de solidarité entre ses membres. Donc il ne faut pas s’étonner si la spéculation s’infiltre dans les failles de notre gouvernance financière et économique.


La crise grecque restera sans suite ?

Le risque de contagion est pour l’heure derrière nous. Mais si, dans six mois, l’UE n’a pas bougé, il y aura à nouveau des risques de dérapages. Juste un chiffre : la place des produits financiers dérivés en circulation dans le monde est aujourd’hui plus importante qu’au moment de la chute de Lehman Brothers… Plus largement, je suis convaincu que l’Union va sortir renforcée de cette crise. Ce n’est pas là une opinion unanimement partagée. Beaucoup pensent que l’euro ne résistera pas aux efforts de rigueur demandés aux populations. Ce risque d’embrasement social est réel et c’est pour l’éviter que l’Europe doit marquer sa volonté de mettre en place des mécanismes garantissant une meilleure gouvernance.


La création d’un fonds monétaire européen va-t-elle dans le bon sens ?

Je soutiens d’autant plus cette idée que j’ai été l’un des premiers à en avoir parlé. A défaut de recourir au FMI, il faut que l’Union ait la possibilité de garantir les dettes souveraines de ses membres et d’emprunter en son nom. Cessons les querelles sur les moyens. L’important est que l’Europe se dote d’outils efficaces.


Vous avez appelé à un contrôle plus strict des hedge funds, ça veut dire quoi ?

Au moins trois choses. D’abord leur imposer de s’enregistrer auprès d’un régulateur pour que celui-ci puisse connaître les gérants de ces fonds, même s’ils sont situés dans des centres off-shore. Ensuite, rendre ces fonds spéculatifs plus transparents sur les risques systémiques qu’ils peuvent présenter. Enfin, leur imposer des règles de conduites professionnelles. Le projet initial de directive européenne était très timide. Mais le Parlement européen et le Conseil européen sont en train d’améliorer le texte, rédigé un peu trop rapidement. On va voir jusqu’où il va l’amender.


Vous avez qualifié la double casquette d’Henri Proglio chez EDF et Veolia de «baroque». Les entreprises ont-elles fait des progrès en matière de gouvernance de leur conseil d’administration ?

Il faut dépasser le cas Proglio qui ne doit pas être un bouc émissaire. Ces conseils demeurent assez endogames. Le vivier des administrateurs des entreprises françaises est trop étroit, il y a trop d’intérêts croisés. Et un peu d’hypocrisie : en France, on peut détenir jusqu’à cinq mandats d’administrateurs, mais ce nombre ne tient pas compte des mandats occupés dans des firmes internationales. Il y a un travail de transparence à accomplir.


Dans une affaire comme Vivendi, n’est-il pas curieux qu’un petit actionnaire français soit obligé de demander réparation auprès de la justice américaine ?

C’est en effet paradoxal. Au sein de l’AMF, nous réfléchissons aux moyens de favoriser l’indemnisation des actionnaires. Une class action très encadrée en France est une piste parmi d’autres. Une douzaine de pays en Europe disposent d’un tel système. Je pense qu’il vaudrait mieux avoir notre propre solution plutôt que de se voir imposer un texte européen pas forcément adapté.


Sur Vivendi, est-il normal que le groupe, et non ses dirigeants, ait été condamné ?

C’est l’effet pervers de la class action à l’américaine, destinée à maximiser les dommages et intérêts. Et c’est vrai qu’en France notre système d’indemnisation est très faible. Mais la class action n’épuise pas la moralisation de la vie des affaires puisque la responsabilité des dirigeants des entreprises n’est pas recherchée. Je suis donc d’avis d’améliorer le système d’indemnisation tout en conservant une sanction pénale et administrative des délits boursiers.

Cet entretien, réalisé par Grégoire Biseau et Nathalie Raulin, a été publié dans l'édition du quotidien Libération en date du 11 mars 2010.




Par Jean Poche - Publié dans : Gouvernances multilatérales
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /2010 01:13


L'Algérie a accueilli les ministres des Affaires étrangères et de la Défense du Burkina Faso, du Tchad, de la Libye, du Mali, de la Mauritanie et du Niger, pour la première conférence de ce genre, qui s'est tenue dans les environs d'Alger.


"Nous sommes parvenus à un plein consensus pour s'attaquer au terrorisme dans la région", a expliqué aux journalistes Abdelkader Messahel, ministre délégué algérien aux Affaires africaines et maghrébines, au terme de cette réunion à huis clos dans un hôtel.


"Nous avons opté pour une stratégie d'action. Nous allons passer à l'action, et l'une des mesures sera une réunion entre militaires et spécialistes de la lutte antiterroriste, en avril, dans la région d'Alger", a-t-il indiqué.


La perspective de cette réunion, qui selon Messahel se tiendra au niveau des chefs d'état-major des armées, laisse penser que les pays du Sahara vont commencer à échanger des renseignements et à coopérer quant aux actions sur le terrain.


C'est une étape que les pays occidentaux jugent essentielle pour contenir Al Qaïda dans le Sahara. Jusque-là, des désaccords avaient empêché la mise en place d'une véritable coopération entre Etats.


Menées encore limitées


Selon les experts, le manque de coordination entre pays de la région, conjugué à la difficulté de contrôler les frontières dans le désert, ont permis à Al Qaïda de s'implanter peu à peu dans le Sahara.


La décision de l'Algérie d'organiser cette réunion laisse penser qu'elle est prête à jouer un rôle plus actif dans la lutte contre Al Qaïda dans le Sahara, ce à quoi l'incitaient depuis des années bon nombre de gouvernements occidentaux.


Les menées de la branche locale d'Al Qaïda, l'AQMI (Al Qaïda au Maghreb islamique) restent relativement limitées pour l'instant, mais, avertissent des diplomates occidentaux, l'organisation pourrait faire du Sahara l'un de ses repaires - comme elle l'a fait pour la Somalie et dans une certaine mesure pour le Yémen -, d'où elle préparerait des attaques d'envergure.


L'Algérie et la Mauritanie ont rappelé leurs ambassadeurs en poste au Mali pour protester contre la libération, le mois dernier, d'un otage français de l'AQMI, Pierre Camatte, en échange de celle de quatre islamistes présumés qu'Al Qaïda voulait voir relâchés des prisons maliennes.


L'an dernier, l'AQMI a exécuté un Britannique, Edwin Dyer, après l'avoir enlevé à la frontière entre le Niger et le Mali. L'AQMI a également annoncé avoir tué un coopérant humanitaire américain en juin dernier à Nouakchott, et avoir commis en août dans la même ville un attentat suicide contre l'ambassade de France, qui avait fait trois blessés.

Source : Reuters



Par De La Boisserie - Publié dans : La sécurité dans tous ses états
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /2010 00:34

Une quarantaine de Palestiniens ont été blessés à Jérusalem-Est mardi, décrété " jour de colère " par le Hamas à la suite de la réouverture la veille dans la vieille ville occupée depuis 1967 d'une synagogue détruite durant le conflit de 1948.


Les affrontements ont opposé en divers points de la partie orientale de Jérusalem des dizaines de lanceurs de pierres aux policiers, qui ont riposté à coups de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc. Quinze policiers ont été blessés, dont l'un touché à la main par une balle, et il y a eu une soixantaine d'interpellations.


Cet accès de tension complique encore les efforts des Etats-Unis pour raviver un processus de paix en panne depuis quinze mois, mis à rude épreuve par la décision israélienne de construire 1.600 nouveaux logements pour les Juifs dans un secteur de Cisjordanie occupée annexé au Grand Jérusalem.


L'émissaire du président Barack Obama au Proche-Orient, George Mitchell, a différé son retour prévu dans la région à la suite de propos du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a déclaré lundi qu'il n'avait pas l'intention de freiner la colonisation de Jérusalem.


Mitchell verra des responsables israéliens et palestiniens " dès que possible ", mais pas avant la tenue d'une réunion du "quartet" des médiateurs pour le Proche-Orient jeudi et vendredi à Moscou, comme il comptait le faire auparavant, a déclaré P.J. Crowley, porte-parole du département d'Etat.


La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, qui a jugé l'attitude israélienne " insultante ", a sommé l'Etat juif de faire preuve de son sérieux quant à son désir de paix avec les Palestiniens et dit attendre toujours sa réponse.


" Nous attendons la réponse israélienne sous peu ", a dit Crowley à la presse.


Hillary Clinton a tenu néanmoins à réaffirmer le lien " étroit et inébranlable " entre Israël et les Etats-Unis et a redit l'attachement de Washington à la sécurité de l'Etat juif.


"C'est une situation explosive. La politique de Netanyahu revient à jeter de l'huile sur le feu", a estimé pour sa part le négociateur palestinien Saëb Erekat.


Réunion du Quartet vendredi à Moscou


Selon le Hamas, la réouverture après restauration de la synagogue de Hurva, détruite par les forces jordaniennes lors du conflit de 1948, s'inscrit dans le cadre d'un complot pour démolir à terme la mosquée d'Al Aksa, située à 400 mètres.


Israël a démenti cette accusation et le département d'Etat a exprimé sa préoccupation devant ce qu'il considère comme une réaction disproportionnée des Palestiniens à la réouverture d'un lieu de culte datant XVIIIe siècle dans le quartier juif de la vieille ville.


Israël a pris le contrôle de la partie orientale de Jérusalem durant le conflit de 1967 et l'a annexée en décrétant que la ville réunifiée serait à jamais sa capitale indivisible. Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur Etat indépendant.


A l'annonce de la construction de nouveaux logements dans le Grand Jérusalem, le président palestinien Mahmoud Abbas est revenu la semaine dernière sur son acceptation de pourparlers indirects avec Israël sous l'égide de Mitchell.


Selon la presse israélienne, Hillary Clinton aurait, comme Abbas, demandé à Israël de revenir sur cette initiative, mais Netanyahu s'est gardé de la désavouer, tout en jugeant inapproprié son " timing ", durant une visite du vice-président américain Joe Biden à Jérusalem.


Du coup, les pourparlers indirects qu'espérait lancer cette semaine George Mitchell lors d'une nouvelle tournée dans la région ont pris du plomb dans l'aile et l'ancien sénateur démocrate pourrait se rendre directement à Moscou vendredi pour une réunion du "quartet" des médiateurs pour le Proche-Orient.


Celui-ci regroupe, outre les Etats-Unis, la Russie, l'Onu et l'Union européenne, dont le nouveau chef de la diplomatie, Catherine Ashton, a dénoncé lundi le projet de nouvelles colonies israéliennes comme préjudiciable aux efforts de paix.

Source :
Reuters


Par ERASME - Publié dans : Méditerranée & Proche Orient
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" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
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