Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 10:10

En ouvrant la séance solennelle organisée au Parlement européen le 11 novembre 2009 pour commémorer la disparition du rideau de fer, le Président du Parlement européen, Jerzy Buzek, n'a pas caché sa joie d'accueillir dans l'hémicycle bruxellois " un homme qui, il y a vingt ans, a été de ceux qui ont fait tomber le mur ". Après une première ovation debout, Vaclav Havel a écouté Jerzy Buzek rappeler que " le communisme a été renversé par les gens de la rue ", par " leur détermination et leur courage ", ce qui prouve que " les rêves sont plus forts que les murs de béton ou les systèmes politiques meurtriers ".
Si, pour l'ancien Président tchèque, la disparition du rideau de fer a signifié la fin de la division bipolaire de l'Europe et dans une certaine mesure du monde, elle n'a pas conduit à la prospérité mondiale que certains avaient espérée. Cet anniversaire doit donc être aussi l'occasion d'une réflexion sur l'avenir. Une réflexion que Vaclav Havel a voulu lancer au travers de cinq commentaires sur l'unification européenne.
  (1) nul n'était préparé à une chute aussi rapide du rideau de fer, mais l'ouest a agi de façon correcte en s'ouvrant aux pays d'Europe centrale et orientale, même s'il existe toujours " quelques petits soucis avec ces pays ". Des soucis qui sont la conséquence du communisme : " la création d'une culture politique prend du temps ", a-t-il dit. Mais, en s'ouvrant, l'ouest a évité la résurgence des nationalismes et des populismes et le spectre d'un conflit yougoslave à grande échelle en Europe. L'ouest a fait le bon choix, il lui faut encore faire preuve de compréhension et de patience. D'autant plus que les nouveaux Etats membres ont des choses à apporter à l'Europe : l'explication du totalitarisme et de la manière dont il s'insinue, la prudence " pour ne pas reproduire ce que nous avons vécu ", " la solidarité avec tous ceux qui sont confrontés au totalitarisme partout dans le monde ". Il ne peut pas y avoir " même un compromis mineur, discret et bien intentionné " avec ces régimes, a-t-il dit, " parce que le mal tire avantage de la moindre concession ". Et d'ajouter : " Notre soutien peut aider, bien plus que nous le croyons, les gens (...) en Corée du Nord, Birmanie, Iran, au Tibet, au Bélarus, à Cuba et ailleurs ". " Cela nous aidera à préparer un monde meilleur, mais nous aidera aussi à être honnêtes avec nous-mêmes ", a-t-il poursuivi, avant de saluer l'attribution du prix Sakharov à l'organisation russe de défense des droits de l'Homme Memorial
  (2) l'identité de chacun de nous comporte plusieurs couches d'identité partagées au niveau de la famille, de l'entreprise, de la commune, de l'église, du parti politique, de la nation, etc. . Et " cette appartenance partagée engendre une souveraineté partagée à chaque niveau ", a dit Vaclav Havel en soulignant que c'est dans ce contexte que s'inscrit le débat sur la Constitution européenne et sur le Traité de Lisbonne. " Les souverainetés doivent se compléter ". " En tant que Tchèque, je suis Européen (...). L'Europe est la patrie de nos patries ". S'il est convaincu que la souveraineté de l'Europe se renforcera en raison du rôle toujours plus important joué par les communautés transnationales, Vaclav Havel ne peut dire à quelle vitesse cela se fera et il reste certain que " les Etats nationaux ne disparaîtront pas ".
  (3) l'Europe a été le principal centre de civilisation de la planète pendant de longs siècles, mais elle a souvent exporté la violence avec ses valeurs. A l'avenir, elle ne devrait plus rien imposer au monde et " se limiter à inspirer ", estime Vaclav Havel. Aujourd'hui, elle constitue " l'Union supranationale la plus forte au monde " sans être née d'une violence perpétrée par le plus fort sur le plus faible. Pour Vaclav Havel, elle devrait abandonner le profit à tout prix, le culte de la croissance quantitative, l'idéal primitif consistant à chercher à rattraper les Etats-Unis ou la Chine, le pillage de la planète qui ne tient compte ni de l'environnement, ni des générations futures. Pour résumer, " l'Europe devrait davantage se référer à l'éternité et à l'infini ". Mais elle ne doit pas oublier pour autant de définit ses frontières, parce que des frontières floues ou contestables sont souvent " source de malheur ".
  (4) le Parlement européen devrait avoir des compétences plus fortes, mais il faudrait aussi envisager une institution parlementaire réunissant des parlementaires nationaux sur la base d'une égalité entre les Etats. Cette institution ne se réunirait que rarement sur des sujets particuliers nécessitant le consensus. Cela permettrait de réduire les critiques des parlements nationaux qui ont le sentiment d'être marginalisés et d'autres exigences d'équilibre, notamment au sein de la Commission européenne. Pour Vaclav Havel, un Commissaire doit être un véritable expert de son dossier, plutôt que d'être choisi pour son origine nationale ou son appartenance politique. Il souhaite aussi donner un visage unique à l'Europe (" là où se trouve une direction collective, l'Etat est menacé de désintégration ") et plaide en faveur d'une " Constitution européenne compréhensible pour tous " comprenant la Charte des droits fondamentaux.
  (5) à distance, l'UE est vue comme une machine à fabriquer des normes. Elle devrait davantage se concentrer sur ses valeurs, notamment celle de la solidarité. L'Ode à la joie doit devenir " un symbole fort de notre lutte commune pour un monde plus humain ".

Source : Agence Europe (cf. Connaissez-vous l'Agence Europe ? et Les publications de l'Agence Europe ! )

PS : Le texte intégral de ce discours a été publié dans la série EUROPE/Documents de l'Agence Europe

 

NB : Cet article a été publié une première fois en décembre 2009.

 

 

Par Patrice Cardot et Olivier Jehin - Publié dans : Démocratie & Souveraineté en mouvement et en débat
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 10:09

L'ex-ministre UMP de la Défense et des Affaires étrangères Michèle Alliot-Marie a estimé dimanche que le gouvernement français avait fait une "erreur de communication" en dramatisant l'importance de la note souveraine de la France.

Le président Nicolas Sarkozy et les principaux ministres concernés ont longtemps fait de la préservation du triple A de la France - note maximale qui permet d'emprunter sur les marchés financiers à bon compte - un acquis à préserver à tout prix.

Michèle Alliot-Marie juge cette insistance " peu pédagogique " - " Il y a trois mois, les Français ne savaient pas ce qu'était le triple A ", a-t-elle déclaré sur Europe 1.

" Je ne suis pas une grande spécialiste de communication mais pour moi, ça m'est apparu comme, effectivement, une erreur de communication ", a ajouté l'ancienne ministre.

Selon un sondage réalisé par l'Ifop pour Sud-Ouest Dimanche, 66% des Français estiment désormais que la perte du triple AAA aurait des " conséquences grave " sur l'économie française.

Ces derniers temps, les menaces de dégradation de la note de la France se précisant du fait de la persistance de la crise économique et financière dans la zone euro, les dirigeants français se sont attachés à en minimiser les conséquences.

Nicolas Sarkozy, notamment, a estimé que ce serait une difficulté de plus, mais pas insurmontable. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a pour sa part dit que ce ne serait pas un " cataclysme ".

Pour Michèle Alliot-Marie, il y a bien, au-delà des mots, un "vrai problème" : le niveau d'endettement du pays.

Pour autant, " cette fameuse dégradation du triple A n'a qu'un pouvoir très limité ", a-t-elle ajouté. " C'est évident que le jour où les Etats ne seront plus endettés, les agences de notation n'auront plus aucun pouvoir. "

L'agence Fitch Ratings a abaissé vendredi la perspective du triple A français à négative, ce qui signifie un risque supérieur à 50% d'abaissement de la note d'ici deux ans.

Les agences Moody's et Standard & Poor's ont pour leur part émis des doutes sur le maintien de la note maximale de la France et d'autres pays de la zone euro, y compris de l'Allemagne.

 

Source : Reuters

 

NDLR Regards-citoyens.com : Ce que Mme Alliot-Marie reproche au gouvernement à l'égard de la notation des agences, elle aurait également pu le lui reprocher à l'égard de la recapitalisation des banques européennes, et notamment françaises !Comme à l'égard de la régulation des paradis fiscaux, et des marges de manoeuvre que le G20 devait offrir au super président français !  S'agit-il simplement de simples erreurs de communication ou d'erreurs d'analyses imputables notamment au système de gouvernance actuelle de l'Etat et à l'hermétisme des cercles d'influence qui inteviennent dans les processus d'élaboration des décisions gouvernementales ?

 

Voir également :

 * Reconstruire la confiance dans la capacité des Etats à honorer leurs engagements, notamment politiques et financiers

 * Les responsables politiques européens ne peuvent pas se cacher derrière leur ombre pour dire que ces crises les ont surpris !

 * "La vérité si j'mens" : un programme qui ne fait recette nulle part ! (nouvelle édition)

 * "Dix stratégies de manipulation" (de masses), de Noam Chomsky

 * « Avec la transparence, la démocratie avance » (7 propositions de Transparence International France pour la présidentielle de 2012)  

 * La dimension financière des vulnérabilités de la France, par Mario Faure - première partie -

 * La dimension financière des vulnérabilités de la France, par Mario Faure - seconde partie -

 

 

 

 

 

Par Paul Auster - Publié dans : La France en mouvement et en débat
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 09:32
"Internet doit être libre, mais non libre de toute réglementation" , selon le député européen Malcolm Harbour

"Le paquet télécom n'a rien à voir avec des restrictions sur internet", explique le Britannique Malcolm Harbour (Parti populaire européen - PPE-DE) en exclusivité pour nos lecteurs. Il revient sur ses implications éventuelles pour les systèmes nationaux. Les députés européens ont débattu de ces mesures mardi matin et devraient se prononcer mercredi. Participez à notre débat sur le sujet !

Dans quelle mesure la nouvelle proposition législative concerne-t-elle l'accès à internet et son utilisation ?
Malcolm Harbour : Le paquet télécom n'a jamais rien eu à voir avec la protection des droits d'auteurs. Le Parlement européen ne peut pas imposer à un Etat membre la façon dont il doit organiser son système judiciaire. C'est un principe de base de la subsidiarité.  
Nous nous sommes juste assurés que le droit à un accès internet fasse partie des droits fondamentaux des citoyens européens. La Convention européenne des droits de l'homme s'applique dans ce cas.
La limitation de l'accès à internet est actuellement l'affaire des gouvernements nationaux. Il n'y a pas de directive européenne en la matière. Par exemple en France vous ne pouvez pas accéder à un site internet qui vend des souvenirs nazis ; c'est le gouvernement français qui l'a décidé.
Ce que nous pouvons faire au niveau européen, c'est demander à ce que les consommateurs soient informés des raisons pour lesquelles ils ne peuvent accéder à certains sites internet.
Si l'on en croit certaines rumeurs sur le web, la nouvelle législation va imposer un accès conditionné à internet, les fournisseurs d'accès pourront limiter le nombre de sites visités et Skype sera bloqué. La liberté est-elle en danger sur internet ?
MH : C'est complètement faux. Le paquet télécom n'a rien à voir avec ces restrictions de l'internet.
Qu'est-ce que cette proposition législative va changer pour le consommateur ?
MH : L'information sera plus transparente et plus ouverte, permettant de changer plus facilement de fournisseur d'accès. Les opérateurs ne pourront proposer de contrats de plus de 24 mois.
De plus, il sera plus facile de transférer son numéro de téléphone d'un opérateur à l'autre, en un jour ouvrable seulement.
Nous avons également renforcé la transparence sur les prix et la possibilité pour les instances de régulation nationales d'obliger les opérateurs à fournir des services accessibles aux personnes handicapées.
Dans quelle mesure internet doit-il être réglementé, pour peu qu'il doive l'être ?
MH : Internet doit être évidemment réglementé car il est utilisé pour des activités illicites comme le terrorisme, la pédopornographie ou le trafic d'enfants.
Le principe de base, c'est qu'internet doit toujours rester libre, mais non libre de toute réglementation.

Source : http://www.europarl.europa.eu/elections2009/welcome/headlines.htm;jsessionid=CD1F93BA105B2CD27672AB47E255C0C6.node2?language=FR&ref=20090504STO54873&secondRef=0
Par Patrice Cardot - Publié dans : Démocratie & Souveraineté en mouvement et en débat
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 09:16

Si vous pensez qu'Internet a tout changé dans votre vie, imaginez un peu celle du président de la République.

Venu inaugurer le somptueux siège parisien de Google, mardi 6 décembre, Nicolas Sarkozy, emporté sans doute par l'enthousiasme créatif qui émane des lieux, a rendu un vibrant hommage aux "valeurs du Web" en général, et à la transparence en particulier. "Le métier de président de la République a complètement changé avec le Web !", s'est-il extasié devant un parterre de geeks. Et la raison pour laquelle il a changé, c'est que "le Web" a apporté la transparence aux citoyens. "Il ne sert à rien de résister à cette transparence, a poursuivi le chef de l'Etat. Il vaut beaucoup mieux jouer le jeu de l'accès aux données publiques que de résister. Il n'y a pas de secrets d'Etat. Ce n'est pas possible !"

Le président parle d'or. La veille, l'Etat avait ouvert ses entrailles sur le Net et offert, accessibles à tous, sur le site Data.gouv.fr, 352 000 jeux de données publiques, dont 20 % de données inédites. Des recettes du budget de l'Etat aux chiffres de la criminalité, on trouve de tout sur Data.gouv.fr. C'est de "l'open data" bien brute, bien pondéreuse, de celles qui font le bonheur des statisticiens et les délices des adeptes du "data journalism", nouvelle méthode journalistique consistant à aller rechercher l'information dans des données brutes et à lui donner du sens. Voilà qui va, a expliqué le premier ministre François Fillon, dans le sens d'"une gouvernance plus ouverte et plus transparente".

On applaudit des deux mains. Et on se dit qu'en effet la vie des présidents et des premiers ministres a bien changé.

Il y a pourtant une "data" que vous ne trouverez pas sur ce tout nouveau site, c'est le rapport Perruchot. Sous la pression conjuguée des députés PS et UMP, pour une fois d'accord, le rapport de cette commission d'enquête sur le financement des syndicats, décortiquant pour la première fois 4 milliards d'euros (oui, 4 milliards !) de financement direct ou indirect des organisations syndicales, a été tout bonnement enterré. Présenté début décembre par le député Nouveau Centre Nicolas Perruchot, il n'a pas été adopté par la commission et ne sera pas publié. Closed data.

La transparence aurait-elle des limites ?

En réalité, un an après l'énorme coup de tonnerre dans le ciel des secrets d'Etat qu'a constitué la diffusion des télégrammes diplomatiques américains par WikiLeaks - et, notamment, Le Monde -, le balancier est reparti dans l'autre sens. Soucieux de se protéger des whistleblowers (sonneurs d'alarme), les Etats et les grandes entreprises ont contre-attaqué. Etranglé financièrement par le blocage d'établissements financiers comme Visa et PayPal, le site WikiLeaks est quasiment paralysé. Julian Assange lui-même, outre ses ennuis judiciaires personnels en Suède, risque gros s'il tombe entre les mains de la justice américaine. Le traitement particulièrement sévère réservé au soldat Bradley Manning, soupçonné d'être à l'origine de la fuite massive de documents officiels américains, est de nature à dissuader les whistleblowers les plus téméraires. Bref, ceux qui, voyant il y a un an le contenu des télégrammes secrets étalé au grand jour, criaient à la "tyrannie de la transparence" peuvent dormir tranquilles. Quoi qu'en dise M. Sarkozy, les secrets d'Etat ont encore de beaux jours devant eux.

Le mouvement est planétaire. En Israël, une ex-soldate, Anat Kamm, purge une peine de quatre ans et demi d'emprisonnement pour avoir collecté et transmis des documents militaires confidentiels à un journaliste du quotidien Haaretz. En Afrique du Sud, l'une des chambres du Parlement a adopté fin novembre un "projet de loi sur la protection de l'information d'Etat", qui punit de peines allant jusqu'à vingt-cinq ans de prison toute personne en possession de documents officiels classés "secret". Aux Etats-Unis, la communauté du Web, y compris ses figures les plus puissantes, est partie en guerre contre un autre projet de loi, le SOPA (Stop Online Piracy Act) qui, sous couvert de lutte contre le piratage électronique, pourrait être utilisé à des fins de censure.

En France, une juge enquête sur la mise sous surveillance téléphonique de journalistes du Monde. En Grande-Bretagne, où l'on ne fait jamais les choses comme tout le monde, ce sont les journaux qui se livrent à des écoutes téléphoniques ; le scandale, dont l'ampleur est révélée pendant les auditions de la commission Leveson, a pris de telles proportions que les appels à la réglementation des médias se multiplient.

A toutes ces velléités de contrôler les médias ou de limiter la transparence, on peut, bien sûr, opposer le dynamisme de l'outil numérique et ses infinies possibilités. Le monde émergent est en train de se transformer en un gigantesque laboratoire à cet égard, avec des chiffres qui laissent rêveur.

Le chef de l'exécutif d'Hongkong, Donald Tsang, a vanté devant l'association Global Editors Network, réunie dans sa ville il y a deux semaines, le taux de pénétration de téléphones mobiles à Hongkong : 200 %. Lui-même en a trois et utilise deux tablettes iPad. La Chine vient d'annoncer que le nombre d'internautes sur son territoire a désormais dépassé les 500 millions, dont près de 350 millions consultent le Web à partir de leur smartphone, et 300 millions sont des microblogueurs. Quant au nombre de Chinois heureux détenteurs de téléphones mobiles, il a modestement atteint 900 millions.

Cela veut-il dire que la Chine avance à grands pas vers la transparence ? Non, bien sûr. Car là réside aussi le génie du Web : il marche dans les deux sens. Le pouvoir chinois a mis au point une arme formidable, qui répond au doux nom de Weibo. Weibo est une sorte de Twitter chinois, le réseau social sur lequel les internautes peuvent déverser et partager tout ce qui leur chante avec l'illusion de l'ivresse de la liberté. Sauf que, de l'autre côté du miroir, la police numérique contrôle tout. Et répercute ces précieuses informations que le pouvoir utilisera, en fait, comme un fantastique baromètre de l'opinion publique. Outil de démocratisation, l'Internet est aussi un redoutable outil de surveillance.

 

 

Par ERASME - Publié dans : Regards multiples sur l'état de la France
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 08:06

« Une adresse IP, une liste de contacts YouTube, sans oublier quelques courriels Gmail et, si vous avez ça en stock, l’agenda numérique détaillé de l’internaute suspect. Merci ! » Tous les jours, c’est ainsi que les gouvernements et tribunaux du monde entier font leurs courses de données personnelles auprès de Google, réclamant à l’entreprise californienne de leur fournir toutes informations utiles à des fins d’enquêtes. Certains pays chargent leur caddie à bloc — c’est le cas des États-Unis, notamment, qui examinent chaque année à la loupe des dizaines de milliers de vies numériques. Le deuxième pays le plus demandeur d’informations est l’Inde. Et sur la troisième place du podium, suprise ! C’est la France qui vient d’arriver. Les autorités hexagonales ont cumulé 1 300 sollicitations auprès de Google entre janvier et juin 2011. C’est 27% de plus qu’au semestre précédent.

« Le nombre de demandes que nous recevons concernant les informations liées aux comptes d’utilisateurs dans le cadre d’enquêtes criminelles augmente d’année en année », constate Google dans son « rapport de transparence » détaillé, publié sur un site dédié. Mais « cette augmentation n’a rien de surprenant, car nous offrons chaque année davantage de produits et de services, et nous disposons d’un grand nombre d’utilisateurs. »

Pourrait-on alors étudier un indice plus pertinent, comme l’évolution du nombre d’internautes concernés par de telles demandes ? Au cours du dernier semestre, la France s’est penchée sur les données de 1 622 citoyens.

Les États-Unis sont les mieux rôdés à l’exercice : 93% de leurs demandes sont satisfaites. Le Brésil, le Japon et Taïwan sont également au-dessus de la barre des 80%. En France, en revanche, beaucoup de requêtes tombent à l’eau et le pourcentage de « réussites » est même en baisse : de 56% fin 2010, il est passé à 48% début 2011.

Ne reste à se mettre sous la dent que le pourcentage de « demandes satisfaites intégralement ou en partie ». Ce chiffre est plus moins important selon la bonne volonté que mettent les États à garder une juste proportionnalité du volume d’informations réclamées par rapport à l’affaire concernée. Certaines autorités gouvernementales et judiciaires visent trop large en demandant l’intégralité des informations que possède Google sur un internaute, quand une fraction seulement suffirait à l’enquête — peut-être par ignorance de l’étendue des activités de Google. Dans ce cas, c’est Mountain View qui choisit d’amincir le dossier : « Nous examinons les demandes attentivement et fournissons uniquement les informations appropriées et légitimes dans le cadre d’une requête. Nous pouvons refuser de fournir des renseignements ou essayer de limiter la demande dans certains cas. »

Les États-Unis sont les mieux rôdés à l’exercice : 93% de leurs demandes sont satisfaites. Le Brésil, le Japon et Taïwan sont également au-dessus de la barre des 80%. En France, en revanche, beaucoup de requêtes tombent à l’eau et le pourcentage de « réussites » est même en baisse : de 56% fin 2010, il est passé à 48% début 2011.

« Les statistiques couvrent principalement les demandes en rapport avec des affaires criminelles », précise Google à l’intention des curieux et des paranoïaques. « Toutefois, comme nous ne pouvons pas toujours avoir la certitude qu’une demande concerne une enquête criminelle, il est probable qu’un petit nombre de demandes n’entre pas dans cette catégorie. » Elles peuvent concerner de simples affaires d’injures ou de diffamation, comme ce fut le cas dans l’affaire Nadine Morano / YouTube. En 2009, alors secrétaire d’État à la Famille, cette dernière avait demandé à YouTube et Dailymotion d’identifier un internaute ayant écrit « Hou la menteuse » dans les commentaires d’une vidéo la concernant. Loin d’une affaire criminelle, l’injure publique envers un membre du ministère ne constitue qu’un délit... mais c’est ce type d’affaires, par exemple, qui peuvent aisément gonfler les statistiques publiées par Google.

Voir cet article sur le site dont il est extrait : http://danactu-resistance.over-blog.com/article-etats-et-google-ensemble-pour-espionner-les-citoyens-87422634.html

Source :  Libération

Par ERASME - Publié dans : Regards multiples sur l'état de la France
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