Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 08:14

Avec son Parlement, sa Commission et sa Cour de justice, l'Europe est un espace de liberté, de paix et de démocratie reconnu dans le monde. Avec un marché intérieur de 500 millions d'habitants, l'Europe des 27 est la première puissance commerciale du monde. Elle a la taille nécessaire pour négocier efficacement avec le reste du monde.

Mais composée de 27 pays bientôt de 28 et peut-être de 30, l'Union Européenne ne peut fonctionner qu'à l'unanimité. C'est une garantie pour chaque État mais une faiblesse pour l'ensemble. Il est pratiquement impossible d'aller plus loin dans l'intégration à 27 ou à 30. C'est pourquoi a été approuvé dans le traité européen de Lisbonne le principe de coopération renforcée à plusieurs Etats, dont la principale réalisation à cette heure est la monnaie unique commune à 17 pays.

Ainsi pour aller plus loin, un petit groupe d'avant garde pourrait comprendre par exemple les 6 pays fondateurs de l'Europe, plus l'Espagne.

 Ces 7 pays pourraient entamer une 'coopération renforcée' dont les objectifs pourraient être :

- de réaliser une harmonisation fiscale,

- de réaliser une coopération budgétaire étroite et de se doter d'un budget commun substantiel,

- en fusionnant progressivement une partie des budget nationaux.

Et surtout ces 7 pays pourraient ensemble prendre des mesures fortes pour relancer la croissance.

 En effet, la crise financière qui s'abat sur l'Europe est ressentie surtout comme une crise de l'endettement souverain.En conséquence, la plupart des gouvernements vont être bon gré mal gré, contraints de pratiquer une politique budgétaire restrictive par une réduction des dépenses, par une augmentation des prélèvements obligatoires ou par les deux simultanément. Le rendement fiscal pourrait baisser rendant plus difficile la maîtrise de la dette.

On risque, en prime, de détruire ce qui reste de croissance. On entre alors dans un cycle de désespérance avec baisse du niveau de vie, troubles sociaux puis politiques. L’aventure ne serait pas loin. Il faut donc retrouver le chemin de la croissance.

Faut-il le faire par un accroissement de la consommation ?

Cela déséquilibrerait nos budgets et on pourrait, en plus, risquer de relancer l'inflation.

La seule solution est donc une relance de la croissance par l'investissement.

Comme l'écrit Joseph Stieglitz : « la vraie réponse au moins en ce qui concerne les pays qui peuvent emprunter à faible taux est simple : utiliser l'argent pour procéder à des investissements à haut rendement cela tout à la fois relancerait la croissance et génèrerait des recettes fiscales faisant ainsi baisser à moyen terme le ratio de la dette par rapport au PIB en améliorant la durabilité de la dette. En Europe le ratio de la dette par rapport au PIB est plus bas qu'aux EU.

Si elle disposait également d'un cadre budgétaire commun adéquat, l'Europe serait en meilleure position que les EU. »

Le projet serait alors de relancer immédiatement la croissance par l'investissement productif en une Initiative Européenne de Croissance financée par un emprunt de 500 milliards d'Euros sous forme d'Eurobonds ou de Projectbonds levés sur le marché avec l'aide et l'intermédiaire de la Banque européenne d'investissement (BEI).

L'idée directrice serait d'investir exclusivement dans des projets industriels ou d'infrastructure financièrement rentables, c'est à dire capables de rembourser les emprunts qui les financent.

Le projet pourrait être confié à une Agence Européenne d'Investissement dont les 7 partenaires se partageraient le capital au prorata de leur PIB ou d'un commun accord, l’essentiel des investissements étant financé par emprunt.

Le rôle de cette agence serait d’identifier des projets à haut rendement et d'évaluer leur faisabilité financière avec l'aide de la BEI en s'assurant notamment de la capacité des projets à rembourser eux-mêmes les emprunts qui les financent, afin que sur le long terme l'ensemble ne soit pas considéré comme un endettement net supplémentaire des 7 pays participants.

Les secteurs d'investissements seraient prioritairement : la recherche, les infrastructures de transport et communication intra-européennes, le secteur de l'énergie.

L'effort de 500 milliards d'euros est significatif au niveau de l'investissement et il est à l'échelle des capacités financières des 7 pays.

En effet, suivant l'idée de Joseph Stieglitz, les 7 pays ont un PIB de 10 500 milliards de dollars et un endettement de 9 200 milliards de dollars. Or les Etats-Unis sont endettés à 100 % de leur PIB qui est de 15 000 milliards de dollars. Si les 7 États étaient endettés au même taux de 100 % de leur PIB que les USA, leur endettement serait donc de 10 500 milliards de dollars, ce qui signifie pour les 7 une marge d'endettement de 1 300 milliards de dollars. Or les 500 milliards d'euros de l'Initiative Européenne de Croissance représentent 650 milliards de dollars, soit la moitié de la marge constatée.

Les 7 Etats resteraient donc significativement moins endettés que les USA.

Cette 'coopération renforcée' à 7 serait alors une réelle relance de l'Europe. On imagine les 7 se diriger progressivement vers une structure fédérale qui serait un pôle important de l'Europe en représentant plus de la moitié de la population de l'Union et les 2/3 de sa richesse. Elle représenterait aussi les 2/3 de la richesse des USA.

Elle pourrait jouer un rôle dynamique, celui mené pendant longtemps par le seul couple franco-allemand, qui reste son double pilier fondateur.

Ainsi l'Europe amènerait la croissance, alors que les États ne le peuvent plus.

 

Source : www.inventeragauche.com/.../Relancer-lEurope-par-la-croissance-pa...

 

NDLR Regards-citoyens.com : Seule petite faiblesse juridique du propos, pour constituer une coopération renforcée au sens du traité de Lisbonne, il serait alors nécessaire d'adjoindre 2 à 3 Etats à ces 7 Etats identifiés par Roger Godino, car aucune coopération renforcée ne peut réunir moins d'un tiers du nombre des Etats membres de l'Union (cf. L’instrument de la coopération renforcée )

 

 


Par ERASME - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 07:11

 

La crise des dettes en Europe et les débats autour de l’euro ne semblent pas avoir altéré la confiance que se portent mutuellement Français et Allemands. C’est ce que révèlent deux sondages réalisés presque simultanément par l’institut TNS-Sofres pour Canal + et i>TELE. 82 % des Allemands font confiance à la France comme partenaire, et 59 % des Français à l’Allemagne. Seuls 14 % des Allemands et 17 % des Français expriment de la défiance à l’égard de leurs voisins.

En France, les trois quarts des sondés voient l’Allemagne comme un allié (52 %) ou un ami (23 %). Cette proportion grimpe même à 84 % chez les jeunes de 18 à 24 ans.

À l’inverse, 15 % des personnes interrogées considèrent l’Allemagne comme un concurrent et 5 % comme un adversaire. Les plus enclins à adopter cette position sont les ouvriers (21 %), ainsi que les sympathisants du Front de gauche. Ainsi, selon les auteurs de l’enquête, « l’amitié et l’inimitié portées à l’Allemagne actuellement ont des ressorts très politiques et se nourrissent de la crainte de voir un modèle de rigueur et d’austérité dominer les décisions européennes ».

Pessimistes

Face à la crise, Français et Allemands se rejoignent sur de nombreux points. Tout d’abord, ils se disent unanimement inquiets : 84 % des Allemands et 73 % des Français pensent que le pire est à venir. Cependant, les Allemands s’estiment moins affectés à titre personnel (44 %) que les Français (70 %). Ils sont également moins inquiets (53 % contre plus de 75 % en France) pour leur situation économique personnelle.

D’accord sur le contrôle des budgets en Europe

En ce qui concerne les solutions à la crise, Français et Allemands s’accordent également. Ils approuvent à une large majorité (80 % en Allemagne, 69 % en France) le contrôle des politiques budgétaires auquel tous les États devront dorénavant se soumettre en cas de dépassement des critères d’endettement européens. Seuls 18 % des Allemands et 16 % des Français se déclarent opposés à cette stratégie de sortie de crise durable.

Manque de recul

Des deux côtés du Rhin, cependant, les sondés jugent que leurs dirigeants manquent de recul face à la crise. 58 % des Allemands et 60 % des Français sont de cet avis. Un Allemand sur deux juge adéquate la gestion de la crise par la chancelière Angela Merkel, et 40 % des Français l’attitude de Nicolas Sarkozy. Ce léger décalage est toutefois à relativiser au vu des écarts de popularité dont jouissent les deux dirigeants dans leurs pays respectifs, précisent les sondeurs. Par contre, les Allemands font nettement plus confiance à leur gouvernement (54%) pour mettre fin à la crise que les Français (24 %).

Enfin, le jugement des Français sur l’action du tandem franco-allemand dans la tourmente de la crise est partagé. 42 % des sondés déclarent faire confiance au couple franco-allemand, 55 % sont d’avis contraire. La question est cependant hautement politique. Les plus défiants sont les catégories les plus fragiles (69 % des ouvriers refusent leur confiance), ainsi que les sympathisants du Front de gauche et du Front National.

AL

 

© CIDAL

 

Source : http://www.cidal.diplo.de/Vertretung/cidal/fr/__pr/actualites/nq/2011__12/2011__12__15__Deutschlandbild__France__pm.html

 

Par ERASME - Publié dans : Le couple franco-allemand en mouvement et en débat
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 01:33

Une fois encore, le Sommet européen de la "dernière chance" des 8 et 9 décembre 2011, le 16ème depuis le début de la crise, a produit quelques avancées réellement substantielles (cf. Statement by the euro area heads of State or Gouvernment (Brussels - 9 Décembre 2011) ).

Des avancées qui avaient d'abord pour but de rétablir la confiance (cf. Rétablir la confiance, par Martin Wolf (Le Monde) ainsi que Europe : un tournant majeur) ainsi que de renforcer et d'accélérer la mise en oeuvre de préconisations antérieures (s'agissant notamment des mesures législatives visant à renforcer le gouvernement économique - cf. notamment  Le six-pack, paquet de six mesures législatives visant à renforcer la gouvernance économique, est entré en vigueur (Europaforum.lu) - ainsi que de l'entrée en vigueur du traité instituant le mécanisme européen de stabilisation - voir le texte du règlement instituant le mécanisme européen de stabilisation financière : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:32010R0407:FR:NOT).

Ces avancées tiennent également à la cohérence globale de cet accord vis-à-vis des préconisations formulées dans d'autres cadres (telles que par exemple 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - première partie - ainsi que 'La réforme du système monétaire international : une approche coopérative pour le vingt-et-unième siècle' (Initiative du Palais-Royal) - seconde partie - ) rendant ainsi possible l'indispensable étape suivante, à savoir l'établissement d'un Pacte international permettant de limiter les risques systémiques associés à l'inflation et à la prolifération des dettes souveraines (cf.  Pour un Pacte international permettant de limiter les risques systémiques associés à l'inflation et à la prolifération des dettes souveraines (nouvelle édition).

Mais en même temps, en raison des modalités qui ont présidé à leur élaboration, aux divergences au fond qui opposent toujours leurs principaux protagonistes, ainsi que du mode de décision qui prévaut au sein d'un Conseil européen inhomogène, ces avancées ne répondent que beaucoup trop insuffisamment aux défis multiples auxquels non seulement l'eurozone mais l'Union européenne toute entière doivent faire face ; y compris un Royaume-Uni qui perd pied sous les effets de l'impuissance de ses gouvernants à l'égard des exigenges de plus en plus irrecevables d'une City trop encline à se considérer comme la seule source légitime du cap que doit prendre la régulation de cette célèbre "main invisible des marchés" dont les comportements erratiques ne cessent de porter atteinte à la stabilité financière et à la croissance (cf. Avancée positive en demi-teinte au Sommet européen de Bruxelles (Touteleurope.eu)) !

Comment le message très clair, très équilibré, démarqué de toute idéologie partisane et très complet, qu'a adressé  le Groupe Spinelli aux chefs d'Etat et de Gouvernement quelques heures avant le début du sommet (cf. Against the temptation of a Franco-German “coup de chefs d’Etat” (The Spinelli Group) ) a-t-il pu rester à ce point lettre morte ?

Sans chercher à accabler des dirigeants manifestement épuisés par des négociations difficiles qui n'ont que trop durer, il apparaît aujourd'hui sur leur visage défait que la confiance qu'ils portent eux-mêmes dans les chances de succès de ce nouvel accord n'est pas véritablement au rendez-vous !

Il n'y a certainement pas lieu de s'en féliciter ! Au contraire !

Par ailleurs, le psychodrame consistant à afficher publiquement une désolidarisation de 26 Etats membres à l'égard d'un Royaume uni lui même soumis à de très rudes épreuves, et ce quelques mois après avoir pris le parti de confier aux britanniques la maîtrise de la plupart des rouages clés des institutions européennes en charge de l'exécutif mais également, s'agissant plus spécifiquement des chefs d'Etat et de gouvernement allemand, italien et français, la responsabilité de formuler des recommandations à l'égard de la gouvernance mondiale dans le cadre du G20 Premier ministre britannique (cf. Governance for growth - Building consensus for the future (A report by David Cameron - G20)), suscite de nombreuses interrogations ! 

Il n'y a pas de pays qui ait tort ou raison a priori, mais des règles à respecter et à renforcer pour que la zone Euro fonctionne. Les faits prouvent que la faiblesse d'un pays se répercute sur la valeur même de l'Euro, au détriment de tous. Le problème ne tient pas tant à la baisse de cette valeur au moment où elle culmine à des hauteurs inquiétantes qu'à la perte de stabilité et de sécurité financières et  monétaires qui en découle. Il est évident que face à de telles difficultés la solidarité doit jouer ; mais la coordination des politiques économiques implique que chacun corrige ses défauts et ses lacunes. Tel est bien, en particulier, l'objectif qui a prévalu lors de l'instauration du semestre européen (cf. Le "semestre européen", nouvel outil de coordination des politiques économiques et budgétaires (Europaforum.lu)). Mais le préalable indispensable est que les règles communes soient respectées, et que la discipline interne à l'univers de la finance comme la surveillance qui doit y être attachée progressent simultanément, en protégeant l'économie réelle contre la spéculation et les abus.

Ni l'Union européenne, ni l'Union économique et économique, ni la zone Euro, ni ces Etats qui se prétendent encore souverains et qui s'enrhument au moindre frisson des marchés financiers (cf. Que peuvent les Etats contre la spéculation ? Adrien de Tricornot - 1- (Dossier - Le Monde Economie) ainsi que Que peuvent les Etats contre la spéculation ? par Adrien de Tricornot - 2- (Dossier - Le Monde Economie)) ne survivront sans secousses sismiques violentes à une montée continue du nombre des demandeurs d'emplois et des individus vivant sous le seuil de pauvreté !

De leur côté, les spéculateurs et autres investisseurs internationalement mobiles qui s'apprêtent à plonger sur les proies vivantes qui s'offrent benoitement à eux s'envoleront sans laisser d'autres traces que des restes désincarnés et des sanglots éperdus !  

Car cette 'main invisible' qui dirige les marchés laisse bien trop souvent ses empreintes indélébiles sur nos vies pour qu'on ne lui fasse porter (seule) la responsabilité du crime ! Si nous cherchions un peu ce qui la meut, on finirait bien pas trouver quelque cerveau et quelque système nerveux central aux commandes !

En face de cette "main", de ce cerveau et de ce système central, l'Union économique et monétaire (*) ne parviendra à rebondir qu'au prix d'un sursaut stratégique qui passe par une offensive doctrinale en même temps que par une innovation institutionnelle qui ne dénature pas le projet politique européen, y compris dans sa dimension sociale (cf. Le social doit être le ciment de l’UE (Libération)) !

Les dirigeants européens présents à Bruxelles les 8 et 9 décembre 2011, pour la très grande majorité d'entre eux, sont les signataires de ce Traité de Lisbonne et les plus ardents thuriféraires d'un libéralisme financier débridé vers lesquels ils concentrent aujourd'hui leurs feux croisés.

Aucun d'eux ne pouvaient ignorer les déterrminants du processus d'édification de l'Union économique et monétaire  ni le contenu du Pacte de croissance et de stabilité (**) qui comporte déjà les exigences de cette sacro-sainte règle d'or qu'ils cherchent à présenter comme l'alpha et l'omega de la discipline budgétaire ; et ce, alors même qu'ils se dispensent d'en respecter les exigences dans l'exercice quotidien de leurs responsabilités publiques nationales (cf. à cet égard Retour sur les 'règles nationales budgétaires' adoptées le 11 mars 2011 par les chefs d'Etat ou de gouvernement de la zone Euro ) ! Notons au passage que, contrairement à cette idée régulièrement répandue selon laquelle, en France, une telle règle devrait être inscrite dans la Constitution, sa transposition dans la loi organique des lois de finances (LOLF) se serait suffisante (pour comprendre ce qu'est la LOLF : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/dossiers/lolf/glossaire.shtml ) si tant est qu'elle serait effectivement nécessaire (cf. Règle d'or et irresponsabilité politique, par Pascal Jan (Le Monde)) !

Quand bien même une telle démarche n'hypothèque en aucune manière son introduction à terme dans le droit européen (là n'est pas la question), le recours à la voie d'un traité intergouvernemental à 26 est non seulement une voie risquée (car outre les aléas d'une telle négociation, l'éventualité de sa non ratification par au moins l'un des Etats signataire ajoute à l'insécurité juridique de cette solution), mais dangereuse (car elle fera perdre énormément de temps pour ne pas pour autant garantir  au final l'obtention des résultats escomptés au départ) et inutile car d'autres solutions existaient qui ne nécessitaient pas de recourir à cette démarche extracommunautaire ! Encore faudra-t-il vérifier la conformité d'un tel traité avec la loi fondamentale et/ou la Constitution nationale des Etats qui l'auront signé ! Et qu'aucune procédure judiciaire ne sera engagée par le Royaume-Uni auprès de la Cour de justice de l'Union européenne !

Dès lors, en dehors du président de la Commission européenne (cf. Barroso relance le débat sur la gouvernance économique de la zone euro (Le Monde)), et plus récemment, du président Herman van Rompuy (Towards a stronger economic Union - Interim Report, by Herman Van Rompuy (Brussels - 6 December 2011)) qui a su user de ses prérogatives particulières pour formuler des préconisations allant dans ce sens quand bien même des objections ont pu être émises ici ou là à leur égard (cf. Andrew Duff : 'Doubts about Van Rompuy's proposal to avoid Treaty change'), pourquoi aucun dirigeant européen présent à ce sommet n'a pris le parti de proposer que le paquet indivisible des innovations capitales qui doivent être rapidement apportées au mandat de la BCE, au PCS et au Pacte de l'Euro + (et plus globalement au concept stratégique de la politique monétaire), comme aux politiques économiques, budgétaires et fiscales, à leur convergence comme à leur supervision multilatérale, soit caractérisé et présenté comme l'ensemble des objectifs et conditions d'entrée dans ce qui n'est finalement rien d'autre qu'une 4ème phase de l'Union économique et monétaire, plus exigeante et plus équilibrée que la 3ème ? (cf. à cet égard Une réponse politique et institutionnelle à l'instabilité et à l'insécurité créée par l'incapacité de répondre efficacement aux chocs financiers systémiques ).  

La logique (et/ou la philosophie) politique de ce paquet de réformes changerait alors fondamentalement de nature (cf. à cet égard Méthode intergouvernementale ou méthode communautaire : une querelle sans intérêt ? par Paolo Ponzano (Bref - Notre Europe)) !

Les institutions communautaires comme celles plus spécifiques à l'eurozone retrouveraient alors encore plus de légitimité à reprendre la main sur les gouvernements nationaux pour décider du tempo et de la méthode ! En tirant parti, si nécessaire, de la clause de flexibilité inscrite à l'article 352 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (cf. Traité de Lisbonne : La clause de flexibilité), en plein respect des déclarations 36 et 37 associées au Traité de Lisbonne, ainsi que des dispositions du Traité de Lisbonne relatives à la révision et à l'adaptation des traités (cf. Traité de Lisbonne : Les possibilités de révision et d’adaptation des traités).

Les négociations très complexes inscrites à l'agenda communautaire des prochains mois (refonte de la décision 'ressources propres", adoption des textes relatifs au prochain cadre financier pluriannuel de l'Union, etc.) pourraient être engagées sans donner nécessairement lieu à des blocages britanniques systématiques rendant quasiment impossible leur aboutissement dans des conditions raisonnables !

Toutes les forces politiques et économiques pourraient alors enfin se mobiliser sur le pilier manquant à ce bel édifice juridico-institutionnel : la relance économique par l'investissement ! 

Et les marchés, comme les agences de notation, y verraient alors nettement plus clair dans l'affirmation du projet politique sous-jacent ! Au "risque" même qu'ils y adhérent ! Pour le bien de tous ! Et surtout des Peuples que les gouvernants, les représentants démocratiquement élus comme les administrations ont le devoir irrépressible de servir loyalement, en conscience et en responsabilité !

Rendez-vous au prochain sommet "de la dernière chance" (cf. Prochain sommet européen entre fin janvier et début février 2012 ) !

Et surtout rendez-vous à la Convention dont le député européen britannique nous propose déjà l'agenda (cf. Andrew Duff launches Convention Agenda)

 

(*) Rappelons que le Royaume-Uni est membre de l'Union économique et monétaire, quand bien même il n'a pas souhaité remplir les conditions requises pour son passage dans la 3ème phase (celle qui donne accès à l'eurozone). A plusieurs reprises, il s'est montré hostile à la création de taxes sur les transactions financières et a participé au blocage du processus qui visait à réglementer les agissements des agences de notation.  A la veille du sommet des 8 et 9 décembre, il a revendiqué une modification des dispositions du Traité de Lisbonne relatives aux questions sociales qui redonnerait aux Etats membres les compétences qu'ils ont accepté d'attribuer à l'UE dans ce domaine (cf. à cet égard Répartition des compétences au sein de l’Union européenne )

(**) Le Pacte de stabilité et de croissance n'est, rappelons-le, qu'un élément parmi d'autres du concept stratégique de la politique monétaire de l'UEM (sa 4ème condition institutionnelle selon la classification proposée par Jean-Claude Trichet - cf. La politique monétaire européenne : principes, résultats et questions actuelles, par Jean-Claude Trichet - ainsi que De la notion de 'concept stratégique" dans le domaine de la politique monétaire)

(***) Autre source d'étonnement (doux euphémisme !) :  l'absence de dynamiques, au niveau communautaire comme plus globalement au niveau multilatéral, visant à limiter l'impact politique, financier, économique et social des spéculations financières que la haute technologie favorise à la faveur de réseaux d'automates agissant en chaîne à des vitesses qu'aucun des modes de régulation envisagés ne semble en mesure d'encadrer ! (cf. La très étrange absence de la question technologique dans les agendas multilatéraux consacrés à la régulation financière internationale)

 

Voir également :

 * La zone euro donne corps à son pacte budgétaire (Les Echos)  

 * Europe forte – Un gage d'avenir pour l'Allemagne (Résolution du 24 ème Congrès de la CDU - Allemagne - 14 Novembre 2012)  

 * Jacques Delors interview: Euro would still be strong if it had been built to my plan  

 * Notre Europe's Viewpoint: "Maastricht: The "Five Pillars" of Wisdom"

 * Interview with Antonio Vitorino on the occasion of the European Council meeting on 8-9 December 2011 (Notre Europe)

 * European politics and the Euro crisis : Ten failures, by Kirsty Hughes (Friends of Europe Policy Paper)   

 * Categories et domaines de compétences de l’Union tels que définis dans le Traité de Lisbonne (rappel)

 * Vouloir dévaluer l'euro par rapport au seul dollar est une ineptie !

 * Méthode intergouvernementale ou méthode communautaire : une querelle sans intérêt ? par Paolo Ponzano (Bref - Notre Europe) 

 * Pacte pour l'euro plus: un rapport dresse la liste des questions fiscales à discuter 

 * Le livre vert de la Commission européenne sur la faisabilité de l'introduction d'obligations de stabilité

 * Le six-pack, paquet de six mesures législatives visant à renforcer la gouvernance économique, est entré en vigueur (Europaforum.lu)

 * Euro : les marchés ne croient pas aux promesses, par Clément Lacombe et Philippe Ricard (Le Monde)  

 * Sondages : la crise n’ébranle pas la confiance entre Français et Allemands (CIDAL)  

 * Reconstruire la confiance dans la capacité des Etats à honorer leurs engagements, notamment politiques et financiers 

 * L’UE dans la crise du capitalisme occidental - Du marché comme fondement de l’intégration économique au modèle social   

 * C'est d'un pacte d'investissement social dont l'Europe a besoin ! par Terra Nova

 * Et si A. Merkel et N. Sarkozy agissaient en fait pour mettre un terme à l'UEM telle qu'elle existe !

 * Géopolitique-fiction : Sous la pression de leurs opinions publiques de plus en plus hostiles au projet européen, la France, puis l’Allemagne, décident de quitter l’Union européenne !

 

 

  

 

 

 

 

 

 


 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 01:23

L'Union européenne affronte la plus grave crise de son existence. Elle tient moins à la force des marchés qui menace la zone euro, qu'à la faiblesse de la gouvernance politique pour la conjurer.
Le 9 décembre, le compromis de Bruxelles à l'occasion du 16e sommet européen depuis le déclenchement de la défaillance grecque en a été une nouvelle illustration. Je partage la nécessité d'adresser de nouveaux signes de crédibilité par des procédures de contrôle des engagements budgétaires des Etats. Mais je constate que la proclamation d'un nouveau traité n'a pas permis de restaurer le calme sur les marchés et d'instaurer la confiance chez les citoyens. Car cet accord n'a été capable ni de répondre à l'urgence, ni de relancer l'Europe.

Personne ne sait d'ailleurs quelle en sera la traduction juridique: une révision des traités européens ? L'adaptation de dispositions existantes ou la finalisation de mécanismes déjà prévus par la Commission ? Un accord intergouvernemental sur de bonnes pratiques mais avec quel rattachement à l'ordre juridique communautaire ?
Je le sais d'autant moins que le président-candidat se garde bien de consulter l'opposition. Il en appelle à l'union nationale, ce qui est cocasse venant de celui qui n'a cessé d'entretenir des divisions, et se prive, sur des questions essentielles, de l'avis de ceux qui pourraient être demain en charge du pays.

Une révision des traités est un exercice difficile. Et même périlleux, a fortiori si le texte lui-même suscite la controverse. En tout cas, sa seule annonce, même célébrée par des communiqués de presse de victoire, n'a pas été de nature à leverles incertitudes. Une semaine après, tout semble être revenu comme avant. Et c'est un constat d'insuffisance qui est dressé. Je souhaite évidemment que les moyens financiers décidés à Bruxelles dissipent les inquiétudes avec le concours de la Banque centrale européenne. C'est l'intérêt de la France, comme de l'ensemble de la zone euro.

Je tiens néanmoins à exprimer mes réserves. Car ce projet de traité, parce qu'il est étroit, flou et punitif, entretient une dangereuse confusion entre la nécessaire convergence des politiques économiques dans la zone euro et la généralisation de l'austérité.

Et je vois, non sans m'en étonner, la résignation de l'un de ses initiateurs. Nicolas Sarkozy lui-même déclare, au détour d'une phrase, ne pas faire un drame de la dégradation de la notation de notre pays par les agences de notations. C'est dire sa confiance ! Le sauvetage du triple A était hier considéré comme un "trésor national" et le talisman d'une bonne gestion. Sa perte, aujourd'hui, est jugée "tout sauf insurmontable". Il y a là un terrible aveu d'échec.

La réduction des déficits et de la dette est un impératif. Si les Français m'accordent leur confiance en mai 2012, je demanderai au Parlement de voter une loi de programmation des finances publiques sur le retour à l'équilibre de nos comptes avant 2017. Cet effort sera réalisé dans la justice sociale. Mais rien de sérieux ne sera possible sans la croissance; elle est la grande oubliée de l'accord de Bruxelles avec même le risque d'accentuer la récession, au point d'en inquiéter les marchés eux-mêmes.

La démocratie est l'autre grande absente. Comment admettre la mise à distance des institutions communautaires et, notamment, du Parlement européen ? Est-ce au prix d'un plus grand rôle donné à la Cour de justice européenne ? Ce serait inacceptable. Quelle sera la place des Parlements nationaux ? Pour toutes ces raisons, j'ai indiqué que j'examinerai avec la plus grande attention le détail de cet accord au fur et à mesure de son écriture, et j'ai exprimé ma volonté de renégocierpour rééquilibrer et compléter le futur traité dans l'esprit du pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance que je réclame, avec mes amis de la gauche européenne.

Je souhaite des moyens efficaces d'action sur les marchés, conjuguant ceux de la Banque centrale européenne, dans le respect de son indépendance, et d'un fonds de secours financier puissamment doté pour décourager la spéculation. La zone euro doit se munir d'une véritable force de frappe financière. Je suis favorable à la mise en place d'euro-obligations, pour mutualiser au moins une partie de notre dette. Enfin, je demande des moyens de soutien à la croissance: les interventions de la Banque européenne d'investissement dans les secteurs d'avenir, un budget européen renforcé par des ressources nouvelles (notamment la taxe sur les transactions financières) pour conduire des politiques industrielles, en faveur de la conversion écologique ou dans les nouvelles technologies.

Comment comprendre que l'on se soit privé de ces éléments indispensables à la sortie de crise ? Les peuples le demandent. Même le président du Conseil européen Herman Van Rompuy le propose.
L'enjeu n'est pas seulement la sortie de la crise. Il est aussi de refonder le projet européen. Celui-ci ne peut se réduire à l'austérité et à une simple coordination intergouvernementale, sans ambition. Les peuples s'en détourneraient définitivement. Cette refondation ne peut être entreprise qu'à partir d'un processus de convergence économique, d'harmonisation fiscale et sociale, de grands programmes européens de croissance, d'un nouvel élan démocratique. Tout cela donnera naissance à ce "fédéralisme des projets" que j'entends discuter avec nos partenaires et amis européens pour le proposer au peuple français et demain à l'Union européenne tout entière.

 

Voir également : François Hollande : «Je renégocierai l'accord sur le projet de traité européen» 

 

Ainsi que :

 * L'impasse des stratégies de sortie de crise, par Nicolas Baverez

 * Reconstruire la confiance dans la capacité des Etats à honorer leurs engagements, notamment politiques et financiers

 * Un accord utile mais qui ne peut être considéré comme l'alpha et l'omega ! (nouvelle édition)

 * Selon Pierre Moscovici, la position de renégociation est une position extrêmement réaliste

 *Quelle crédibilité accorder à l'accord conclu par les Chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro le 21 juillet à Bruxelles ?

 * Quelle confiance peut-on accorder à l'accord des 26 et 27 octobre ? ) ? 

 * Garantir à tout-va revient, quand on est hyperendetté, à ne plus rien garantir du tout ! (nouvelle édition) ) ?

 * Entretien avec António Vitorino, par Teresa de Sousa (Publico - 16 décembre 2011))

 * « Pour une gouvernance économique européenne au service de la croissance », par Europanova (Brief de février 2011)

 



Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, enjeux économiques, financiers et monétaires
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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 01:01
Peu avant la fin de la séance budgétaire du Conseil régional d’Ile-de-France et après avoir suscité un large débat sur le sujet, les écologistes ont obtenu que la région reconsidère l’opportunité du recours aux agences de notation.
En fin d’après-midi le vendredi 16 décembre 2011, Cécile Duflot, présidente du groupe EELV, a présenté un amendement proposant de ne pas renouveler le marché qui unit la Région aux agences de notation, Standard & Poor’s et Fitch Ratings, d’un montant de 197.340€.
Dénonçant le « pouvoir disproportionné dont jouissent les trois agences qui se partagent 90% du marché mondial de la notation », les écologistes refusent d’alimenter un système qui atteint aujourd’hui ses limites, celui du pouvoir des marchés financiers sur les Etats et sur l’économie réelle.
 Au-delà des critiques sur la manière dont les agences notent leurs clients (conflit d’intérêts liés aux modes de rémunération, orientations néo libérales des critères…), l’ampleur de la crise mondiale doit, aux yeux des écologistes, nous pousser à réinterroger l’ensemble du système financier et à se tourner vers des sources de financement alternatives, telles que l’emprunt populaire.
A l’issue de discussions approfondies, la majorité régionale s’est rapprochée sur une position commune approuvant le principe d'une large concertation avec l’ensemble des régions de France, via l'ARF, dans la perspective de mettre en place une agence publique indépendante d'évaluation des collectivités.  Comme l’a rappelé Cécile Duflot, l'Ile de France peut devenir pionnière dans le combat pour une autre finance au service de l'intérêt général.
 
 
Par Jean Poche - Publié dans : La France en mouvement et en débat
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