L’affaire a commencé mercredi 14 décembre, lorsque les députés européens ont rejeté la prorogation d’un an de l’accord UE-Maroc qui permet notamment à quelque 125 navires battant pavillon
de onze pays de l'Union d'opérer dans les eaux du Maroc. En échange, Bruxelles verse une contrepartie financière annuelle européenne de 36,1 millions d'euros. Les armateurs payent en
outre des redevances à Rabat en fonction des captures.
Aux yeux des eurodéputés, l'accord ne prend pas suffisamment en compte les intérêts de la population du Sahara occidental, cette ancienne colonie espagnole annexée par le Maroc en 1975,
sous le règne d’Hassan II. Les élus ont également estimé qu'il revenait à un gaspillage de l'argent des contribuables européens, qu'il n'était pas viable sur le plan écologique et
environnemental et qu'il n'apportait guère de bénéfices économiques, tant à l'Union européenne qu'au secteur de la pêche marocain.
L'essentiel des prises est le fait de gros chalutiers industriels, qui pêchent notamment sardines, maquereaux, chinchards et anchois dans les eaux marocaines. La plupart des navires
autorisés sont espagnols et portugais, mais des navires français, italiens, britanniques, polonais et allemands en profitent aussi.
« Conséquences sérieuses »
La réplique de Rabat au vote des eurodéputés n’a pas tardé. Réagissant avec une extrême fermeté, le Maroc a demandé aux bateaux de pêche européens de ses eaux quitter avant mercredi
minuit. « La décision du Parlement européen marque un développement regrettable, aux conséquences sérieuses sur l'avenir de la coopération entre le Maroc et l'UE en matière de
pêche », a déploré dans un communiqué le ministère marocain des Affaires étrangères.
Mais les autorités marocaines vont plus loin, s’interrogeant sur « l'opportunité d'une réévaluation globale de son partenariat avec l'UE », au moment où « des
négociations sont en cours avec l'UE dans le cadre de perspectives mutuellement prometteuses sur d'autres volets de coopération ». Une allusion claire au feu vert donné mercredi
soir à Genève par les ministres européens du Commerce à la Commission européenne en vue d'entamer des négociations commerciales avec le Maroc, la Jordanie, la Tunisie et l'Egypte. Ces
négociations visent à aboutir à des accords de libre-échange « profonds et complets » en matière d'échanges de biens et services avec ces pays.
La commissaire européenne en charge de la Pêche, Maria Damanaki, a promis de se conformer à l’injonction marocaine « en appliquant les procédures les plus rapides à notre
disposition ». Résultat : des dizaines de chalutiers espagnols, rentrés précipitamment dans la nuit, étaient cloués à quai ce jeudi.
La ministre espagnole de la Pêche, quant à elle, n’a pas caché sa colère. À son arrivée, jeudi matin, à une réunion à Bruxelles avec ses homologues européens, Rosa Aguilar a exigé de l'UE
une « compensation » pour les dommages que va subir la flotte de pêche espagnole à la suite de cette annulation : « Nous allons défendre cette flotte et les
marins qui se retrouvent privés de travail. »
Entre Bruxelles et Rabat, les liens ne sont toutefois pas rompus. La commissaire Maria Damanaki s'est engagée à poursuivre le dialogue avec les autorités marocaines, prenant « bonne
note » des demandes des députés en faveur d'une relance des négociations en vue d'un nouvel accord de pêche. « Si un nouvel accord devait être proposé et conclu, il aurait
besoin d'apporter des réponses convaincantes aux questions-clé » en matière d'environnement, de viabilité économique et de conformité au droit international.
L’Espagne en colère
Avec notre correspondante à Barcelone, Martine Pouchard
Les pêcheurs espagnols ont fait demi-tour et ont quitté les eaux marocaines, le cœur gros, en colère mais surtout avec plus d’une crainte pour le futur. L’ordre a été donné par la
ministre de l’Environnement et de la pêche, Rosa Aguilar, à la suite de l’ultimatum marocain et pour éviter tout incident.
En Andalousie comme aux Canaries, le veto européen comme la décision marocaine aura des conséquences catastrophiques dans un secteur déjà largement touché par la crise. 110 des 119
licences accordées l’étaient pour des navires espagnols.
L’Espagne est la principale victime de la décision au niveau politique et cela aura évidemment un impact dans le cadre des relations bilatérales avec le Maroc. La décision du Parlement
européen met en évidence que l’une des conditions sine qua non de l’accord de 2006, c’est-à-dire un bénéfice certain pour le peuple sahraoui n’a pas été respecté.
Le gouvernement espagnol proteste en insistant sur les pertes pour le secteur et demande qu’au plus vite les pêcheurs soient indemnisés en raison du préjudice causé. La ministre espagnole
qui comparaissait à Bruxelles a insisté pour qu’un nouvel accord soit trouvé au niveau européen le plus vite possible.
Voir également à ce sujet :
* Le Parlement européen rejette un accord de pêche avec le
Maroc
* De l'urgence de concrétiser
les espoirs placés par la population marocaine dans le statut réhaussé du Maroc !