Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 06:44

Sur France Inter, Alain Baraton, jardinier de Versailles, citait, pour illustrer quelque débat sur la démocratie participative, une lettre de Georges Pompidou à Jacques Chaban-Delmas, à propos de l’abattage des arbres qui ombragent les routes de France. Certes, Alain Baraton est passé maître dans l’art d’évoquer les petits bijoux oubliés des chroniques littéraires et politiques. Mais qu’il soit remercié cette fois plus encore qu’à l’accoutumée. Car ce texte, écrit cinq ans avant ma naissance, rappelle à ceux qui ne l’ont pas connu, combien le défunt président ne fut pas le chantre du béton et de la modernité qu’un musée portant son nom pourrait laisser croire.


De Georges Pompidou, je connaissais une fameuse conférence de presse, et cette citation de Paul Eluard lancée aux ligues de vertus de l’époque, qui s’étaient acharnées contre un professeur de français :

Comprenne qui voudra,

Moi mon remord ce fut

La malheureuse qui resta sur le pavé

La victime raisonnable à la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée, défigurée,

Celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés.


De Georges Pompidou, je connaissais la légende du normalien fils de paysan, et cette merveilleuse Anthologie de la poésie française, qui nous prouve combien les grandes écoles, quand la République croyait encore en elle-même, n’avaient pas besoin de quotas. Je connaissais aussi le trou des Halles, et ces pavillons Baltard, dont, nostalgique invétérée, je pleure la disparition, et, avec eux, celle de la France artisanale chassée de Paris. Je voyais comme un paradoxe cet héritier de la ruralité donnant son nom à une autoroute des bords de Seine au point de devenir le symbole d’une modernité prométhéenne aujourd’hui synonyme de laideur et de cauchemar. Paradoxe qu’une simple lettre vient éclairer, pour rendre justice à cet homme qui, je le découvre, avait compris la nature essentiellement esthétique de l’identité française.


La lettre, datée du 17 juillet 1970, et qu’on peut lire in extenso sur
cette page, a ce charme que donne une langue nourrie au lait des œuvres classiques. La précision du vocabulaire le dispute à la rigueur des constructions grammaticales ; et l’on se prête au jeu terrible des comparaisons, en se disant qu’un homme d’Etat qui manie la langue honore tout de même le pays qu’il sert. Mais le plus merveilleux est peut-être cette subtile ironie qui pointe dans le constat doux-amer que l’administration se moque bien des agitations politiques. On est bien loin des rodomontades d’un Président se gargarisant de sa toute puissance. « J’ai eu par le plus grand des hasards, communication d'une circulaire du Ministre de l'Equipement -Direction des Routes et de la Circulation Routière - dont je vous fais parvenir photocopie. Cette circulaire, présentée comme un projet, a en fait déjà été communiquée à de nombreux fonctionnaires chargés de son application, puisque c'est par l'un d'eux que j'en ai appris l'existence. » L’élégance du détachement le dispute alors au plaisir de l’absurde, quand le Président d’une puissance nucléaire s’émeut de son peu de pouvoir sur le devenir des arbres. « Les arbres, eux, n'ont, semble-t-il, d'autres défenseurs que moi-même et il apparaît que cela ne compte pas. »


Ô splendeur de la rhétorique dans cette phrase si admirablement tournée qu’elle incarne à elle seule toute la lucidité d’un homme de pouvoir qui en connaît les limites : « Je vous demande donc de faire rapporter la circulaire des Ponts et Chaussées, et de donner des instructions précises au Ministre de l'Equipement pour que, sous divers prétextes (vieillissement des arbres, demandes de municipalités circonvenues et fermées à tout souci d'esthétique, problèmes financiers que posent l'entretien des arbres et l'abattage des branches mortes), on ne poursuive pas dans la pratique ce qui n'aurait été abandonné que dans le principe et pour me donner satisfaction d'apparence. » Et que dire de l’éloge de la promenade, qui clôt la lettre ?


De lire ce texte, on se prête à rêver d’un route ensoleillée, qu’ombragent quelques platanes centenaires, et qui mène à la porte d’un village nous racontant les générations qu’elle a vues passer sous son arche. On sent les odeurs de foin coupé dans le bourdonnement des abeilles, quand la chaleur monte de la terre.
Et l’on se dit que gouverner la France, c’est aussi connaître cela, et savoir l’écrire.

Cet article de Natacha Polony a été publié le 31 janvier 2010 sur le blog Le Figaro.fr
http://blog.lefigaro.fr/education/2010/01/georges-pompidou-ou-la-langue-francaise-au-pouvoir.html


Par Patrice Cardot - Publié dans : A la rencontre de femmes et d'hommes illustres
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Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 06:01

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au votre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
O vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

 

(Pierre de Ronsard)

Par ERASME - Publié dans : Rêveries, émotions et autres fantaisies
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 20:38

The Danish Presidency has achieved another concrete result. Agreement was reached today between the Council and the European Parliament over new rules for trading in financial derivatives.
The new EU rules mean that all trades in financial derivatives shall now be cleared by a central counterparty. The central counterparty stands between buyer and seller and guarantees that both parties in a trade are always assured of getting what they are owed, even if one of the parties gets into difficulties.
This creates greater security in the system than today, where most derivatives trades take place directly between buyer and seller, and where a party is directly exposed if the other party cannot pay. The new rules reduce the risk that a crisis-hit financial institution can “infect” the rest of the financial system via derivatives markets.
Minister for Business and Growth Ole Sohn and Minister for Economic Affairs and the Interior Margrether Vestager said:
"The Danish EU Presidency has an ambition to contribute to strengthening financial regulation in the EU. Therefore we welcome the success in concluding an important agreement on the regulation of trading in financial derivatives.
The rules are a big step towards counteracting future financial crisis, as they reduce the risk of contagion from a crisis-hit financial institution “infecting” the rest of the financial system via derivatives markets.
The Government is pleased that the Danish Presidency has demonstrated its effectiveness and focus on results, by finding a compromise which the European Parliament, Commission and Council all support."
The agreement also means that all derivatives trades will now be reported to a central register, which gives supervisory authorities a much better overview of derivatives markets and reduces uncertainty in the market if a financial institution gets into trouble.
Finally it creates organisational and capital requirements for central counterparties. Central counterparties will often be systemically important, and it is very important that they cannot be affected by the collapse of other actors in the financial market.
By concluding this agreement, the Presidency is ensuring that the EU meets the G20 objectives in this area.
The compromise will have to be finally confirmed by the European Parliament and the Council of the European Union.
 
Background
In September 2010, the European Commission adopted a proposal for a regulation governing trading in so-called financial derivatives. Financial derivatives are financial instruments linked to an underlying asset, e.g. a share, a bond, a currency, a commodity, etc. Financial derivatives can be used for the hedging of risk, when the underlying assets change in price.
One example of a derivative is a so-called “futures contract”, which gives the owner a right or an obligation to buy or sell an asset (e.g. shares, bonds, currency or commodities) at a certain price at a point in the future. The buyer of such a futures contract can thereby ensure future delivery of the concrete asset at a price known in advance. This can be advantageous for a business which (for a fee) wishes to remove the risk of large future increase in the price of the asset.
Such a trade requires that another market participant is willing to sell such a future, and that someone is thereby willing to take the opposite position, i.e. to speculate that prices will not increase. The economic profit for buyer and seller by entering into such a futures contract will depend on the real market price of the underlying asset at the future point in time when the trade is carried out, and how this relates to the price agreed in the futures contract.
The financial crisis highlighted the potential systemic risk posed by derivatives trading. Insufficient transparency in derivatives markets played a prominent role in connection with the collapse of Lehman Brothers and the subsequent “contagion” to the rest of the financial system. The financial crisis underlined the need to limit the likelihood of losses spreading from one actor to another via derivatives markets, and for greater transparency and supervision of derivatives markets.
The new EU rules will increase financial stability by introducing an obligation for eligible financial derivatives to be cleared by so-called central counterparties. This will ensure that losses at one market participant do not spread to the rest of the market. The central counterparty stands between the two parties in a derivatives trade and ensures that counterparties always get what they are owed.
Central counterparty clearing houses are large organisations which identify what the two parties to a transaction are owed ("clearing") and organise completion of payment ("settlement"). Firms benefit from using central counterparties because their credit risk exposure – i.e. the risk that the party with whom they are trading will default on the trade – is reduced. In return for a fee, the central counterparty stands between the two parties and guarantees that each party always gets what is owed. All firms using the central counterparty contribute to a fund which ensures that the central counterparty always has enough money available to perform its role properly.
Finally, it creates organisational and capital requirements for central counterparties. Central counterparties will often be systemically important, and it is very important that they cannot be affected by the collapse of other actors in the financial market.
Negotiations within Council and with the European Parliament took place during 2011 under the leadership of different presidencies. The Danish Presidency has worked intensively since the beginning of its presidency to conclude the negotiations, which has now been achieved. At ECOFIN on 24 January 2012, the Economic and Home Affairs Minister received an expanded negotiating mandate to conclude negotiations with the European Parliament. Negotiations were then completed at the meeting on 9 February 2012.


More information : http://eu2012.dk/en/NewsList/Februar/Week-6/Emir

Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, enjeux économiques, financiers et monétaires
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 19:01

L'incapacité à apporter des anticipations et des réponses appropriées aux effets systémiques des défis multiples auxquels le monde entier est désormais confronté condamne sans appel les différentes instances multilatérales de régulation à une réforme en profondeur (cf. notamment à cet égard l'excellent document des Nations unies (qui date de 2008) intitulé " les Problèmes systémiques internationaux : déséquilibres et réformes " - http://www.un.org/esa/ffd/doha/press/french/Backgrounder_Systemics_FR.pdf - ou encore, de manière plus précise,  La très étrange absence de la question technologique dans les agendas multilatéraux consacrés à la régulation financière internationale ).
Pour autant, leur surdité -
avérée par les faits - aux signaux multiples, faibles et moins faibles, qui les avertissaient depuis plusieurs années des dérives et des manquements des politiques qu'elles ont déployées tous azimuts fortes des certitudes établies à l'aune de leurs modèles économiques, économétriques et statistiques des plus approximatifs, comme le modus operandi de leur système de gouvernance et les aléas et sources de blocages que présuppose par nature le choix d'un modèle intergouvernemental rigide, ne sauraient exonérer de leurs responsabilités, voire même parfois, de leur culpabilité, ni les différents agents monétaires, économiques et financiers concernés, ni les autorités politiques et de régulation nationales dans la montée aussi rapide que brutale des tensions et des chocs qui paralysent les dynamiques de production et d'échanges si indispensables à la prospérité économique, à la justice sociale et au développement, et mettent en péril la stabilité stratégique en même temps que la sécurité internationale. 

Car en prenant le parti d'un recours à des conflits régionaux motivés par des objectifs qui s'avèrent relativement dérisoires en regard des effets bien plus dramatiques et structurels des défis planétaires auxquels la collectivité internationale doit apporter des réponses urgentes (lutter contre le terrorisme et/ou contre la prolifération des armes de destruction massive, en sacrifiant au passage des centaines de milliers de victimes), ainsi qu'à des partenariats stratégiques présentés ici ou là comme constitutifs du cadre de nouveaux modes de régulation multilatérale, plus globaux, ils plongent le monde, de facto, dans une fuite en avant profondément préjuciable aux objectifs qu'ils affirment servir en occultant les obstacles à de tels paris qu'oppose la robustesse du système international à l'oeuvre, ne serait-ce qu'eu égard au caractère irréversible des interdépendances planétaires (notamment sur les registres monétaires, financiers et commerciaux) qui constituent aujourd'hui les ressorts les plus essentiels des dynamiques de croissance économique (tant au niveau national qu'aux niveaux régional et international) et des systèmes de garanties qui y sont attachés.
Comment le monde parviendra-t-il à ne pas réitérer sans cesse les erreurs et les fautes du passé sans qu'une pensée et une action politique renouvelées émergent au niveau international ?

Les instances 'paritaires' d'envergure mondiale telles que la Commission Trilatérale (http://www.trilateral.org/), le Forum économique mondial de Davos (http://www.weforum.org/en/index.htm), le Forum social mondial de Porto-Allègre, le Groupe de Bilderberg (cf. à leur égard l'article intitulé Controlling the Global Economy: Bilderberg, the Trilateral Commission and the Federal Reserve / Global Power and Global Government : Part 3, by Andrew Gavin Marshall ) ou encore les différents fora qui se sont constitués autour des différents objectifs du cycle de Doha, sont convoqués par l'Histoire plus encore qu'ils ne l'ont jamais été, pour dégager, dans leur sagesse, les analyses qui permettront d'esquisser les voies nouvelles dont pourront débattre ensuite au sein des instances formelles de régulation multilatérale les autorités compétentes démocratiquement élues.

Contrairement à ce que pensent les opposants les plus farouches à tout projet de gouvernance mondiale (cf. par exemple à cet égard le philosophe politique allemand Jürgen Habermas : "Le joli mot de "gouvernance" n'est qu'un euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique" par Jürgen Habermas (Le Monde) dont les inquiétudes méritent néanmoins qu'on s'y attarde !), ce n'est ni comploter ni conspirer que de recourir à des fora d'échanges internationaux afin de rechercher les voies que l'ensemble des dirigeants politiques, économiques et financiers de la planète Terre doivent emprunter pour gouverner avec sagesse 7 milliards d'individus.
Vouloir agir de manière collective au service d'une vision partagée de l'avenir du monde n'est-il pas le seul remède aux souffrances que connaissent les peuples et les individus les plus fragiles en même temps que la seule voie de salut pour les idéaux universels que font vaciller tant de chocs et de tensions dont les effets annonciateurs n'ont pas mobilisé l'intelligence coillective autant que la situation internationale l'exigeait !
Un tel constat ne doit en rien occulter la nécessité de revisiter les fondamentaux idéologiques qui ont jusqu'ici animé ces différents cercles (cf. à cet égard certains discours du Président Sarkozy, notamment les suivants : Discours de Nicolas Sarkozy lors de la Conférence internationale de présentation des conclusions du rapport de la Commission de mesure de la performance économique et du progrès social  ainsi que Discours du Président N. Sarkozy lors de la 98ème session de la Conférence Internationale du Travail (Genève, 15 Juin 2009) ) !
Il y va de la paix, de la prospérité, de la sécurité internationale et de la stabilité stratégique.
Les travaux que la Commission Trilatérale a consacrés en 2008 au dossier iranien (Engaging Iran and Building Peace in the Persian Gulf Region) sont particulièrement rassurants à cet égard.
Ceux que le Groupe de Bilderberg a consacrés à la refondation de l'économie politique globale mondiale le sont tout autant.
Quant à ceux du G20, pour utiles qu'ils soient, il est encore trop tôt pour en apprécier et la portée réelle et l'efficacité sur le système financier international à long terme.

Pour autant, il manque encore dans le paysage des institutions internationales et multilatérales une ou des enceintes réellement en mesure de repenser les questions de sécurité en des termes à la fois systémiques et globaux sur le modèle de ce que propose le Global Risks Network, en préalable à la tenue des fora économiques mondiaux de Davos, et de créer les conditions les plus favorables pour que cette nouvelle approche englobante de la sécurité soit mise au service du développement et de la stabilité internationale (cf. à cet égard Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition) - première partie - ainsi que Mettre la sécurité au service du développement en la repensant de manière systémique (nouvelle édition) - seconde partie -).

Il y a là un chantier essentiel à inscrire à l'agenda international.

La France s'y emploie sans relâche, par étapes successives, comme en atteste l'inscription dans l'agenda de Doha, sur son initiative, des questions systémiques ou encore la variété des sujets abordés alors des travaux entrepris sous sa présidence du G20.

 

Cet article a été publié une première fois sur ce blog le 27 octobre 2009 sous une version quelquepeu différente.

 

Voir également sur ce blog :

 * De l'impuissance ! (nouvelle édition) - première partie -

 * De l'impuissance ! (nouvelle édition) - seconde partie -



 



Par Patrice Cardot - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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Jeudi 9 février 2012 4 09 /02 /Fév /2012 18:36

"Deviens ce que tu es." 

(Friedrich Nietzsche)

 

 

 

 

 

 

 

Par ERASME - Publié dans : Identités plurielles dans le village global
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