UE, gouvernance, démocratie et citoyenneté

Samedi 22 août 2009 6 22 /08 /Août /2009 11:09

Ratification assurée, répercussions à étudier. L’analyse des répercussions de l’arrêt de la Cour constitutionnelle allemande à propos du traité de Lisbonne devra se poursuivre au-delà de l’entrée en vigueur de ce traité.

Les premières réactions ont visé essentiellement  à répondre à la question immédiate : l’entrée en vigueur et l’application de ce traité sont-elles entravées par ce traité ? Les réponses n’ont pas été uniformes : certaines ont mis l’accent sur la constatation de la Cour selon laquelle le traité de Lisbonne est compatible avec la loi fondamentale (« Grundgesetz ») allemande ; d’autres sur l’exigence que la ratification par l’Allemagne devait être précédée par la réaffirmation des pouvoirs du Parlement national sur l’évolution ultérieure des traités européens. Lequel de ces deux aspects représente-t-il l’élément essentiel de l’arrêt ? Chacun a répondu à sa guise ; mais les autorités allemandes ont assuré que la condition posée par la Cour constitutionnelle sera satisfaite en septembre prochain, ce qui autoriserait à considérer que la ratification en Allemagne interviendra avant le second référendum irlandais.

Cette constatation politiquement essentielle n’épuise pas le problème ; ce sont les répercussions futures de l’arrêt que les juristes s’efforcent de clarifier. Les analyses se multiplient (même si les services juridiques des institutions communautaires évitent pour le moment de s’exprimer publiquement) et les conclusions ne sont pas conformes. Sans prétendre commenter les remarques des juristes, il me semble comprendre que les règles nouvelles introduites par le traité de Lisbonne ne sont pas remises en question : du moment qu’elles sont explicitement approuvées par les ratifications nationales, les principes démocratiques sont respectés. Ce sont les modifications futures au fonctionnement institutionnel qui posent problème.

Tous les Etats membres sont impliqués. Le traité attribue aux institutions de l’UE la faculté de modifier certaines règles de fonctionnement de l’UE : par exemple, d’introduire la règle majoritaire dans des domaines où l’unanimité est encore prescrite (NDLR Regards-citoyens : ou de procéder à la modification de la 3ème partie du TFUE au moyen d'une procédure de révision simplifiée, conformément aux dispositions de l'article 48 TUE]. Pour la Cour allemande, les institutions de l’UE ne possèdent pas la légitimité démocratique suffisante pour introduire des dispositions qui deviennent ensuite obligatoires même pour les Etats qui s’y opposent. En simplifiant peut-être de manière abusive, on pourrait dire que la Cour constitutionnelle de Karlsruhe a estimé que certaines dispositions du traité de Lisbonne anticipent un système fédéral alors que l’UE n’est pas une Fédération.

L’UE n’étant pas une Fédération, les compétences des Parlements nationaux sur les évolutions futures doivent être respectées. L’arrêt vise le Parlement allemand, mais aussi il va sans dire qu’il vise aussi les autres Parlements nationaux. Si l’Allemagne subordonne l’approbation de certaines décisions futures de l’UE à l’approbation du Parlement national, d’autres Etats membres pourraient considérer que les conditions d’égalité ne sont pas respectées, même si la norme interne allemande était limitée aux innovations ayant une portée constitutionnelle. 

Je ne suis évidemment pas en mesure d’évaluer les arguments juridiques ni d’anticiper à quels résultats aboutiront en définitive les analyses en cours. 

La coopération PE / Parlements nationaux est déjà une réalité. Il est opportun de souligner que depuis une dizaine d’années, les relations entre les Parlements nationaux et le Parlement allemand sont amplement discutées et analysées, qu’une collaboration significative a été établie et qu’elle fonctionne. Au départ, une certaine méfiance réciproque était perceptible, le PE étant soucieux d’affirmer ses pouvoirs et son autonomie. Les malentendus ont été clarifiés et on peut parler aujourd’hui d’une véritable coopération. La «  déclaration sur l’avenir de l’Union » annexée au traité de Nice (en 2001) situait déjà ce problème au centre du renforcement de la légitimité démocratique de l’UE et la «  déclaration de Laeken » invitait à réfléchir au rôle des Parlements nationaux « dans les domaines de l‘action européenne pour lesquels le Parlement européen n’est pas compétent ». Le principe de « subsidiarité » a été l’un des piliers des travaux de la Convention qui avait décidé de confier aux Parlements nationaux le contrôle de ce principe, en leur donnant la faculté d’intervenir dans l’activité législative européenne, notamment par un mécanisme d’alerte précoce. 

Sans attendre le nouveau traité, des formes efficaces de coopération ont été mises en œuvre ; le traité de Lisbonne les précise et les renforce. Dans une certaine mesure, ce traité représente une réponse opérationnelle partielle aux remarques et objections de la Cour constitutionnelle allemande. Les juristes citent à cet égard les articles 5 et 12 du traité de Lisbonne , les articles 69 et 352 du traité sur le fonctionnement de l’Union et les deux premiers protocoles annexés, ainsi que les procédures appliquées par le Parlement danois visant à contrôler le respect du principe de subsidiarité. Une base légale existe.

 

Nb : Cet article est paru dans l’éditorial du BQE n° 9940 daté du 28 juillet 2009.

Par Ferdinando Riccardi - Publié dans : UE, gouvernance, démocratie et citoyenneté
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Vendredi 17 juillet 2009 5 17 /07 /Juil /2009 08:43

L’Union européenne élargie à 25 est plus exposée aux risques de corruption et de blanchiment qu’elle ne l’était à 15. Parce que nombre des nouveaux Etats membres restent dans une situation peu brillante. Certes, il existe l’Office européen de Lutte AntiFraude (OLAF), mais il manque le cadre d’ensemble nécessaire. L’Union européenne devrait développer à une plus grande échelle des missions de formation et d’évaluation.


EN 2005, QUELLE EST LA SITUATION au regard de la corruption en Europe ? L’étude des règles de droit indique une sérieuse évolution depuis une dizaine d’années. Au début des années 1990, la corruption était en Europe une pratique connue mais tolérée. La corruption, c’est le fait d’utiliser une autorité publique ou privée pour en obtenir un avantage personnel. Souvent, la corruption n’était pas alors qualifiée pénalement comme un délit ou un crime. Elle ne donnait donc pas lieu à des incriminations, poursuites et condamnations.


Une évolution significative


Comment les choses se passent-elles concrètement ? Voici une quinzaine d’années, une entreprise française qui voulait gagner un marché à l’étranger estimait souvent utile de verser un pot-de-vin - appelé commission – à un acheteur public ou à un intermédiaire. Pour cela, l’entreprise créditait un compte bancaire à numéro, en Suisse ou ailleurs, au bénéfice de cet intermédiaire ou de ce décideur. Le chef d’entreprise allait au ministère de l’Economie et des Finances, à la direction des générales des Douanes demander une autorisation officielle de faire un versement sur un compte à numéro à l’étranger pour emporter le marché. Ce certificat officiel pouvait ensuite être présenté à l’administration fiscale française pour obtenir la déductibilité de cette commission. Voilà la situation en France au début des années 1990. Il en allait ainsi dans plusieurs pays européens.


Quelle est la situation aujourd’hui ? Si le Directeur des douanes vient maintenant à être informé qu’une entreprise française pour emporter un marché en Arabie saoudite ou en Malaisie a versé une commission sur un compte numéroté en France ou ailleurs dans le monde, que se passe-t-il ? Selon l’article 40 du code de procédure pénale, ce fonctionnaire doit signaler le fait au Procureur de la République. En effet, il s’agit d’un délit au vu de la loi du 30 juin 2000, pouvant donner lieu à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans et à des amendes extrêmement lourdes pour la personne comme pour l’entreprise impliquées.


Le texte fondateur


Ces deux photographies montrent le chemin parcouru en une quinzaine d’années. Ce qui était d’usage assez courant, toléré et admis dans le commerce international est devenu un délit ou un crime. Le texte fondateur est une Convention contre la corruption de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE), datée de 1997. Les pays membres de l’OCDE l’ont ensuite transposé dans leur droit national. La France l’a fait en juin 2000 et la loi a été promulguée en septembre 2000.


La règle du jeu a donc changé dans les 29 pays membres de l’OCDE, auxquels s’ajoutent d’autres pays ayant signé la Convention contre la corruption. Au total, ce sont 36 pays qui appliquent cet engagement en 2005. D’autres régions dans le monde ont signé une convention du même type : l’Union africaine et le Conseil de l’Europe. En décembre 2003 a été signée au Mexique la Convention des Nations unies contre la corruption. Elle n’est pas encore ratifiée, mais elle le sera probablement dans les prochains mois. Alors, la règle de droit sera la même pour tous les pays, y compris ceux qui étaient jusqu’ici restés à l’écart de la Convention de l’OCDE, comme la Russie ou la Chine et beaucoup de pays émergents. La Convention des Nations unies fait de la corruption un délit et donne des moyens pour le poursuivre. Elle prévoit également la restitution des sommes détournées dans des actes de corruption, avec des procédures d’extraditions pour ceux qui se rendent coupables de tels actes.


Le cadre juridique a donc très profondément changé. La règle de droit n’est plus ce qu’elle était au début des années 1990. Nous regrettons, cependant, que le Groupe d’Action Financière sur le blanchiment de capitaux (GAFI) se soit progressivement désarmé, jusqu’à ne plus laisser que trois pays sur la liste des Etats non coopératifs : Myanmar, Nauru et Nigéria. Jamais Monaco n’a condamné quelqu’un pour blanchiment. Qui peut croire une telle fable ?


Quel est maintenant l’écart entre la règle de droit et la réalité ? Commençons par la France. En ce qui concerne la vie politique et l’action publique, la France a adopté entre 1988 et 1996 toute une série de textes qui visent à prévenir ou réprimer les actes de corruption. La loi sur le financement des campagnes électorales et les partis politiques s’inscrit dans ce cadre. La réforme du code des marchés publics pour l’Etat et les collectivités locales fait également partie de ce processus. Ces textes vont dans le sens d’une action publique organisée contre la corruption.


Les entreprises ne sont pas idiotes


Comment évolue le comportement des entreprises ? Nous constatons une évolution significative dans le monde de l’entreprise. Après s’être longtemps accommodés de la corruption, les entreprises française font le raisonnement suivant. « Qu’espérer si nous payons pour obtenir un marché public en France ou à l’étranger ? De l’activité et des revenus, mais si tout le monde joue le même jeu corrupteur, nous pouvons gagner ponctuellement cet appel d’offre, mais les fois suivantes les concurrents vont l’emporter parce que leur enveloppe sera plus grosse. Le gain économique n’est donc pas évident. En revanche, les risques pour l’entreprise sont aujourd’hui considérables ».


Effectivement, les risques juridiques pèsent directement sur les personnes physiques, dont les dirigeants de l’entreprise. Les personnes morales, c’est à dire les entreprises, affrontent des risques commerciaux importants. Une entreprise condamnée pour corruption se voit de plus en plus souvent interdire pour plusieurs années l’accès à des marchés publics dans un pays ou un ensemble de pays. Il s’agit d’un risque économique de première importance. S’ajoutent les risques de réputation, les risques d’image. Pour une entreprise dont la marque est souvent le premier actif, il devient déraisonnable de prendre le risque de ce genre de pratique. Il existe bien des signes qui montrent un changement d’attitude des entreprises. Plus de 370 entreprises françaises ont signé un engagement public, le Global compact des Nations unies. L’entreprise s’engage par le 10e principe de ce texte à lutter activement contre la corruption sous toutes ses formes.


Le jeu serait terminé, si...


Transparency International voit maintenant des entreprises venir lui demander une aide afin d’établir des programmes d’action contre la corruption et contre le blanchiment : analyse de risques, formation des commerciaux, mise en place de systèmes d’alerte, évaluation des programmes… Nous considérons que cette évolution de l’entreprise doit retenir toute notre attention. Si les cinq plus grandes entreprises pétrolières du monde décidaient d’un commun accord de ne plus pratiquer la corruption et de mettre en place un système de surveillance mutuelle… ce petit jeu cesserait rapidement. Si les princes saoudiens s’entendaient dire « on ne paie plus », le jeu serait terminé. Même chose si les cinq plus grandes entreprises d’armement s’accordaient pour cesser les pratiques corruptives. Nous incitons les grandes entreprises à former des coalitions pour changer les règles du jeu.


La légitimité de notre action vient du soutien de l’opinion publique. En effet, l’opinion publique internationale joue un rôle déterminant dans cette affaire. Elle ne se résigne pas à la corruption. Dans aucun pays on ne considère que la corruption est un ingrédient normal de la vie économique et sociale. Même dans les pays où la corruption est endémique, nos enquêtes montrent qu’elle provoque indignation, rejet et condamnation morale. Nous en voyons le signe dans beaucoup d’élections dans le monde. Ces dernières années, beaucoup de responsables politiques sont tombés pour faits de corruption. Fin 2004, en Ukraine, la bataille de l’opinion publique a été gagnée sur le thème de la corruption de l’équipe précédente.


Voilà donc les nouvelles réalités : les règles de droit ont changé, le monde de l’entreprise évolue et l’opinion publique exerce une forte pression. La classe politique s’inquiète de la chute considérable de sa crédibilité. A l’inverse, l’opinion publique accorde une grande confiance aux Organisations non gouvernementales comme TI. Pourquoi ? Parce qu’on y trouve à la fois le désintéressement et l’expertise. Il faut prendre conscience que dans bien des domaines de la vie collective le meilleur de l’expertise se trouve maintenant dans le monde des ONG. Il en va ainsi dans le domaine du climat ou des droits de l’homme. Et les entreprises viennent de plus en plus au contact des ONG pour bénéficier de leur expertise.


En Europe, la situation est plus hétérogène que jamais


Pour autant, quelle est la situation en Europe ? D’abord, l’Europe n’a pas à donner de leçon à d’autres en matière de corruption. Nous établissons chaque année un Indice de perception de la corruption par pays, de 0 à 10. Pour cela nous nous basons sur des études d’opinion et des sondages auprès de décideurs. Parmi les pays du monde les plus vertueux, nous trouvons dans le classement 2004 quelques pays du Nord de l’Europe. Numéro 1, la Finlande ; n°3, le Danemark ; n°4, l’Islande, n°6, la Suède ; n°8, la Norvège ; n°10, les Pays-Bas. Voilà des pays qui ont généralement de bonnes pratiques en terme de transparence et d’intégrité.


Globalement, l’Union européenne n’a pas de quoi pavoiser. La France est 22e, l’Italie, 43e, la Pologne 68e . Sur les 25 pays de l’Union européenne, 10 sont actuellement en dessous de la moyenne mondiale, soit moins de 5 sur 10 dans notre système de notation. Il ne suffit pas que les nouveaux Etats membres adoptent officiellement des textes pour lutter contre la corruption, encore faut-il qu’ils les appliquent. La régulation ne suffit pas, il faut se donner les moyens de vérifier l’application des textes.


L’Europe communautaire est donc hétérogène, écartelée entre la Finlande n°1 et la Pologne 68e.


Il serait trop simple de penser que la frontière se trouve entre l’Est et l’Ouest. Il est vrai que parmi les nouveaux entrés dans l’UE, certains pays ont des progrès à faire. Chypre, par exemple, est aujourd’hui une des lessiveuses des pays d’Europe de l’Est, notamment pour le blanchiment de l’argent sale de Russie, d’Ukraine, de Biélorussie ou du Moyen-Orient. Personne ne peut prétendre que Chypre dispose aujourd’hui d’un système de régulation et de contrôle de ses banques et de ses établissements financiers au niveau qu’on est en droit d’attendre d’un Etat membre de l’Union européenne. Malte a fait de grands efforts, tout comme les Baltes.


Pays candidats


Quant aux candidats, la Roumanie et la Bulgarie, tout leur système est gangrené par la corruption : la justice, les médias, l’administration, l’entreprise… Il existe donc à l’Est de l’Europe des pays qui ne remplissent pas les critères de vie démocratique tels que nous sommes en droit d’attendre d’un pays membre de l’UE au début du XXIe s.


Cependant, nous constatons à l’Ouest de l’Europe des situations à peine plus brillante. Au sein de l’Union européenne ou liés à l’UE par des accords étatiques, nous trouvons la moitié des paradis fiscaux du monde. Il existe actuellement 35 à 40 sur la planète. Un transfert financier sur deux transite par un centre off shore, ce qui ouvre le risque d’une rencontre entre des flux d’origine irréprochable et des flux d’argent sale. La moitié des centres off shore se trouve en Europe, dont Monaco, Andorre, le Luxembourg… et Londres. La capitale du Royaume-Uni est la principale place de production de sociétés écrans du monde. C’est en partie pourquoi dans notre classement, l’Europe ne se trouve pas à la place qui devrait être la sienne, c’est à dire celle de l’espace qui a inventé la démocratie et l’a porté dans le monde.


Il importe de savoir également que le monde politique est aujourd’hui jugé en Europe particulièrement perméable à la corruption. Les parlementaires et les partis politiques n’ont dans l’ensemble pas une bonne image.


Le monde politique français n’a pas bonne réputation


Les Français mettent en doute l’intégrité de leurs responsables politiques. Le monde politique français apparaît comme opaque et l’usage du secret défense semble parfois abusif. L’importance des immunités accordées aux responsables politiques est plus étendue en France que dans d’autres pays européens. En Europe du Nord, le Président de la République relève des tribunaux ordinaires pour tout ce qu’il fait dans l’exercice de ses fonctions comme en dehors. Dans le cas de la France, le Conseil constitutionnel en a jugé autrement. Tout cela contribue à la défiance de l’opinion publique vis à vis de la classe politique.


Que faire ? L’Union européenne ne peut pas rester à ce niveau très insuffisant. Il n’existe pas de fatalité en la matière. Quand les Etats-Unis décident après le 11 septembre 2001 qu’il faut lutter contre le terrorisme, ils mettent en place avec leurs partenaires les systèmes qui permettent effectivement de le faire.


Il est possible de mettre en œuvre nombre mesures pour améliorer la performance de l’Europe. Tout en respectant la liberté des flux de capitaux, nous pouvons parfaitement nous assurer que les revenus sont déclarés et soumis à l’impôt. Cessons de nous cacher derrière les positions des pays non membres de l’UE, comme la Suisse, pour empêcher toute avancée.


Pourquoi la Commission européenne ne légifère-t-elle pas sur la corruption ?


Concrètement, que fait la Commission européenne ? Nous avons récemment proposé à la Commission un programme d’action globale à l’échelle de l’UE, assorti de mesures précises et d’engagements, avec un système de surveillance. Pour l’instant, l’UE en reste au niveau des « notes d’orientations » et des « rapports » du Parlement. La Commission qui, pourtant n’est pas avare de recommandations, n’a pas encore jugé utile de légiférer en matière de corruption, blanchiment et lutte contre la fraude.


Pourtant, l’Union européenne élargie à 25 est plus exposée aux risques de corruption et de blanchiment qu’elle ne l’était à 15. Parce que nombre des nouveaux Etats membres restent dans une situation peu brillante. Certes, il existe l’Office européen de Lutte AntiFraude (OLAF), mais il manque le cadre d’ensemble que nous appelons de nos vœux. L’Union européenne devrait développer à une plus grande échelle des missions de formation et d’évaluation.


Au-delà d’Europol et d’Eurojust, nous souhaitons que l’UE institue un Procureur européen. Ce haut magistrat pourrait exercer l’action publique au nom de l’UE, de ses valeurs et de ses règles de droit. C’est à dire enclencher des poursuites à l’endroit de tel ou tel responsable économique ou politique en Europe. Pour l’instant, cette fonction n’est incarnée par personne.


Le mandat d’arrêt européen doit devenir effectif


Nous demandons que l’UE finalise le mandat d’arrêt européen, pour donner à nos juges le moyen de faire leur travail dans le cadre du marché unique. Travail qu’ils ont encore la plus grande difficulté à faire. Prenons un exemple. Un juge français enquête sur un dossier de corruption ou de blanchiment et souhaite enquêter sur les comptes bancaires d’un résident britannique. Le juge doit émettre une commission rogatoire internationale. Celle-ci se voit transmise par la voie diplomatique, bien qu’on soit dans l’UE. Elle passe donc du ministère de la Justice au ministère des Affaires étrangères français qui la remet au ministère des Affaires étrangères britannique à qui il revient de la faire suivre au ministère de la Justice de ce pays. Après deux à trois mois de cheminement administratif, la commission rogatoire arrive enfin chez un juge britannique. Celui-ci peut répondre : « Désolé, je ne peux effectuer des diligences que si je suis mandaté pour le faire par une autorité judiciaire britannique. Je ne suis donc pas concerné par cette commission rogatoire émise par un juge français. » Nous sommes ici dans une situation complètement anormale. Les juges doivent pouvoir travailler dans toute l’Union européenne comme ils le font dans leur pays : mener des investigations, délivrer des mandats d’amener et des mandats d’arrêt quand ils le pensent nécessaire dans l’intérêt public.


Nous recommandons aussi une mesure de bons sens : que toute entreprise européenne condamnée pour fait de corruption soit interdite de marché public en Europe. C’est bien le moins, mais cette règle n’existe pas encore.


Les citoyens européens ont le droit de savoir


Nous souhaiterions encore qu’il existe un registre public indiquant tous les bénéficiaires de fonds publics européens, à un titre ou à un autre. Les citoyens européens ont le droit de savoir quelles entreprises, associations ou collectivités locales reçoivent de l’argent européen prélevé sur leurs impôts. Quel objet ? Quelle destination ?


Nous agissons ainsi par voie de recommandation, pour donner aux acteurs des outils. Nous souhaiterions que l’Europe devienne un partenaire exemplaire en matière de prévention de la corruption et de blanchiment. Il serait bien naturel que les pays riches rassemblés dans l’UE, vieux pays de démocratie pour la plupart, donnent l’exemple au reste du monde en matière d’éthique dans la vie publique et dans la sphère économique. Il n’y a rien d’irrémédiable, à condition qu’existe une véritable volonté politique de se donner les moyens d’agir.


Manuscrit clos le 14 mars 2005


Daniel Lebègue est Président de Transparence-International (France), section française de l’ONG Transparency International

Ce texte a été publié par Daniel Lebègue
, le 1er mai 2005, sur le site diploweb.com : http://www.diploweb.com/La-corruption-en-Europe.html  -

Note de la rédaction : Propos retranscrit par Pierre Verluise. Ce texte a été lu et amendé par Daniel Lebègue. Il s’est exprimé le 16 février 2005 dans le cadre d’une rencontre organisée par l’Association des Journalistes Européens (AJE).


Après avoir détaillé le chemin parcouru depuis le début des années 1990, D. Lebègue brosse un tableau de la situation en 2005. Puis il explique ce que l’Union européenne pourrait faire afin de protéger le citoyen de la corruption des autorités publiques ou privées.

Par De La Boisserie - Publié dans : UE, gouvernance, démocratie et citoyenneté
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Jeudi 16 juillet 2009 4 16 /07 /Juil /2009 15:27

Representative democracy needs to be supported by deliberative and participatory democracy (…). The European Commission wants transnational consultation of citizens to become a permanent feature of EU democracy
                                                                                                                                                   Margot Wallström, 8 December 2007

Abstract

Are European Union institutions, as they claim, really listening to citizens thanks to more ‘deliberative’ consultation tools ? The European Commission and the European Parliament in particular have committed themselves to engaging in a dialogue with citizens in recent years. But to what effect ?

This paper notes how official policies have adopted language borrowed from the deliberative democracy school of thinking, but denounces the lack of clarity in the role assigned to deliberation with citizens in EU policy-making processes. It also invites EU policy-makers to think more critically about recent and future experiments that present themselves as ‘deliberative’. It does so by highlighting areas for improvement in recent initiatives.

Finally, it makes a number of recommendations for the future of dialogue with citizens, suggesting in particular the creation of a European Observatory for Democracy and Opinion, as well as a list of criteria to assess the design and role of such activities, and the concentration of efforts on one high-quality, highimpact initiative per year.

Stephen Boucher is currently programme director at the European Climate Foundation.
Before joining ECF, Stephen was co-manager of Notre Europe, a Paris-based think tank dedicated to European unity, where he partnered with colleague Henri Monceau, and Stanford professors James Fishkin and Robert Luskin to devise and organise Tomorrow’s Europe, the first pan-EU deliberative poll. His focus there was on energy policy, deliberative democracy, and think tanks. He has published several books and papers on these issues.
This paper represents the author’s views only.

Achievements

EPIN is a network that offers its member institutes the opportunity to contribute to the 'European added-value' for researchers, decision-makers and citizens. The network provides a unique platform for researchers and policy analysts to establish personal links, exchange knowledge and collaborate on EU-related issues. Members bring their national perspectives to bear on the issues tackled and through collaboration they contribute to establish a 'European added-value' (e.g. on EU communication, flexible integration). By doing so they strengthen a common European dimension in the national debates on Europe. With the support of the European Union: Support for organisations active at European level in the field of active European citizenship.

EPIN Working Papers present analyses of key issues raised by the debate on the political integration of Europe. The European Policy Institutes Network (EPIN) is a network of think tanks and policy institutes based throughout Europe, which focuses on current EU political and policy debates (see back cover for more information). Unless otherwise indicated, the views expressed are attributable only to the author in a personal capacity and not to any institutions with which he is associated.

ISBN-13: 978-92-9079-888-2
Available for free downloading from the CEPS (
http://www.ceps.eu) and EPIN (http://www.epin.org) websites
                                                                     CEPS_1856.pdf CEPS_1856.pdf

© Copyright 2009, Stephen Boucher

Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, gouvernance, démocratie et citoyenneté
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Mardi 14 juillet 2009 2 14 /07 /Juil /2009 12:51

L'ancien Premier ministre polonais Jerzy Buzek a été élu mardi président du Parlement européen, devenant la première personnalité d'un pays de l'ex-bloc communiste à accéder à cette fonction, cinq ans après l'élargissement de l'UE à l'Est.


Agé de 69 ans, issu de la Plateforme civique de centre-droit du Premier ministre polonais Donald Tusk et présenté par les conservateurs, il a été adoubé à une très large majorité: 555 voix pour (sur 713 votants), 69 bulletins invalides et 89 votes en faveur de la candidate de la gauche communiste, la Suédoise Eva-Britt Svensson.


Ce vote est intervenu lors de la session constitutive du Parlement issu des urnes des européennes de juin.


Saluant la force symbolique de son élection 20 ans tout juste après la chute du régime communiste en Pologne, Jerzy Buzek a dit la considérer "comme un signal pour nos pays" d'Europe de l'Est entrés dans l'UE depuis 2004 et un "hommage" aux millions de citoyens qui ont fait tomber le rideau de fer.


" Depuis cinq ans, nous construisons ensemble l'Europe unie. Il n'y a plus de +nous+ (à l'Est) et +vous+ (en Europe occidentale) ", a-t-il souligné, sous les ovations.


Jerzy Buzek succède au chrétien-démocrate allemand Hans-Gert Pöttering, à qui il a remis en remerciement une statuette de Sainte-Barbe, patronne des mineurs dans sa patrie de Silésie. Il est élu pour deux ans et demi, jusqu'au début de 2012.


A cette date, il devrait être remplacé par un socialiste, probablement l'Allemand Martin Schulz, en vertu d'un accord de réciprocité entre les deux principaux groupes de l'institution.


La fonction de président n'a qu'une influence limitée. Mais elle est prestigieuse et la Pologne a beaucoup milité ces dernières semaines pour obtenir ce poste symbolique.

[NDLR Regard-citoyens : quel plus bel hommage le Parlement européen aurait-il pu rendre à la mémoir de Borislaw Geremek, cet européen en même temps que citoyen du monde tellement " au-dessus de la mêlée " ! ]

... / ...

Pour la suite de cet article : http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2009-07-14/un-homme-de-l-est-pour-la-premiere-fois-a-la-tete-du-parlement/924/0/361126

Par ERASME - Publié dans : UE, gouvernance, démocratie et citoyenneté
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Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /Juil /2009 09:31

Le 15 février 2008, la Commission européenne a adopté son cinquième rapport sur la citoyenneté de l'Union européenne.Ce rapport évalue l'application des droits accordés aux citoyens de l'Union par le traité instituant la Communauté européenne au cours de la période comprise entre le 1er mai 2004 et le 30 juin 2007.
Le Vice-président Frattini, membre de la Commission européenne chargé de la
justice, de la liberté et de la sécurité, a souligné à cette occasion que « les citoyens européens sont de plus en plus nombreux à faire des études, à se marier, à vivre ou à travailler dans un État membre dont ils ne sont pas ressortissants. Au 1er janvier 2006, environ 8,2 millions de citoyens de l'UE exerçaient leur droit de résider dans un autre État membre. La Commission place le citoyen au coeur de ses politiques; elle est résolue à renforcer et améliorer les moyens utilisés pour informer le citoyen de ses droits et à faire en sorte qu’il puisse en tirer tout le parti possible dans l’ensemble de l’Union ».
Le rapport s’intéresse plus particulièrement à l'évolution, au cours de la période
considérée, du noyau dur des droits du citoyen, qui est garanti par les articles 18 à 21 du traité instituant la Communauté européenne, à savoir le droit de circuler et de séjourner librement dans l'UE, le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales et européennes dans l'État membre de résidence, le droit à la protection diplomatique et consulaire dans les pays tiers, le droit de pétition devant le Parlement européen (PE) et le droit de s'adresser au Médiateur.
En outre, le rapport dresse l’inventaire des progrès réalisés dans des domaines
étroitement liés à la citoyenneté au sens plus large, comme l'égalité de traitement fondée sur la nationalité et la protection des droits fondamentaux.
Selon un sondage sur la citoyenneté de l’Union paru dans un Flash Eurobaromètre
de 2007, qui est publié avec le rapport, les citoyens de l'UE affirment en majorité (78 %) que l'expression « citoyen de l’Union européenne » leur est familière et la plupart d'entre eux (90 %) savent qu’ils sont à la fois citoyens de l’Union et ressortissants d’un État membre. Cependant, moins d’un tiers (31 %) des personnes interrogées dans les 27 pays de l'UE s’estiment « bien informées » de leurs droits en tant que citoyens de l’Union européenne.
Pour prendre connaissance de ce rapport ainsi que du Document de travail de la
Commission relatif au cinquième rapport sur la citoyenneté de l'Union : http://ec.europa.eu/justice_home/news/information_dossiers/5th_citizenship/index_en.htm

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, gouvernance, démocratie et citoyenneté
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