Lettres ouvertes

Lundi 9 août 2010 1 09 /08 /Août /2010 05:54

Il ne se passe désormais plus une journée, en France, sans que les médias fassent état d'un acte grave à l'encontre des représentants de l'Etat en charge des missions régaliennes les plus exigeantes !

Les policiers et gendarmes font l'objet de menaces, de caillassages, d'agressions verbales et autres actes d'incivilité qui non seulement rendent encore plus ardue la réalisation de leur mission, mais également mettent en péril leurs intégrité physiques, voire même parfois leurs vies.

Les préfets sont virés sans les formes !

Comment a-t-on pu en arriver là ?

Bien sûr, les responsabilités de cette situation catastrophique pour une démocratie qui si prétend en même temps être libérale et animée par les principes et les valeurs d'un Etat de Droit sont aussi complexes que multiples !

Elle incombe d'abord aux auteurs des actes de délinquance et de criminalité !

Elle incombe ensuite aux comportements de certains agents publics particulièrement soucieux de faire du résultat, sans discernement ! Tous ne sont pas de grands préfets, de grands gendarmes ou de grands policiers ! Comme tous les banquiers ne sont pas de grands banquiers, les capitaines d'industrie de grands capitaines d'industrie, les magistrats de grands magistrats, les militaires de grands militaires, les enseignats et chercheurs de grands enseignants et chercheurs, les ministres et élus de la République de grands ministres et élus de la République !

Elle incombe surtout à ceux qui dirigent le pays et/ou à ceux qui sont les faiseurs d'opinion, ... et donc, de comportement !

Depuis des années, et de manière encore plus appuyée depuis 2002, "on" ne cesse de dire et de redire, dans les partis dits "de droite" comme, très paradoxalement, à la tête de l'Etat, combien l'Etat fait mal son travail, combien l'Etat est incapable de répondre comme il se doit à ses missions les plus fondamentales, combien les agents de l'Etat se la coulent douce, combien les solutions privées, les partenariats public-privé, les externalisations, .... sont les seules réponses possibles à ce dysfonctionnement !

Depuis des années, et de manière encore plus appuyée depuis 2002, on appelle à des changements de pratique dans l'exercice des fonctions régaliennes, privilégiant le "management par objectifs" - on voit ce que çà produit - à toute autre forme d'administration des forces de sécurité .... et de la société française !

Depuis des années, et de manière encore plus appuyée depuis 2002, on ne cesse d'instrumentaliser les médias pour dire combien non seulement la population "issue de l'immigration, mais le moindre petit segment identifiable de la société française dans son ensemble, constituent une menace pour la France, combien il est nécessaire d'y remettre de l'ordre, combien les uns comme les autres sont "présumées coupables" de tous les maux de la Nation !

Le ministre de l'Intérieur ne cesse de dire que les statistiques évoluent favorablement et pourtant, jamais, hormi pendant la campagne présidentielle de 2007, n'ont été mis en évidence autant de "faits divers" manipulés à souhait pour prouver le contraire ! Au risque de faire passer la France pour le Far West de l'Europe !

Depuis 2002, sans avoir commencé le début du commencement d'une réflexion de fond sur la portée réelle de telles options, "on" vante le "tolérance 0" et le "risque 0", sans d'ailleurs se l'appliquer à soi-même !

Depuis 2002, "on" insulte l'étranger, en France comme à l'extérieur de nos frontières, "on" insulte celui qui conteste votre légitimité, "on" insulte ce qui ne se plie pas spontanément, aveuglément, immédiatement, à vos injonctions autoritaires !

Depuis 2002, "on" ment aux Françaises et aux Français ! Que ce soit sur le registre économique, sur celui de la sécurité ou sur celui de la politique étrangère ! En prime, la criminalité organisée en col blanc prospère !

Depuis 2002, "on" se sert des forces de police et de gendarmerie, ainsi que d'arguments falacieux pour racketer la Nation ! Et "on" agit de la même manière que si l' "on" était tenté d'instrumentaliser la police à des fins politiques comme à certaines époques sombres de la République (cf. De la " police politique républicaine " à la sortie du Second Empire ! )

Depuis 2002, "on" favorise une véritable berlusconisation de la société et de l'Etat, en France (cf. De la 'berlusconisation' de la société et de l'Etat ! - nouvelle édition - ).

Depuis 2002, le préfet, le policier et le gendarme sont condamnés à subir les réactions quotidiennes à ces accès de fièvre !

Depuis 2002, la fonction ministérielle, et pis encore, la fonction présidentielle, souffrent d'un déficit croissant d'image et de respect ! Et pour cause ! Depuis 2002, la Constitution française ne cesse d'être bafouée par ceux qui y puisent autant leur légitimité démocratique que leurs pouvoirs !

Aujourd'hui, ce sont certaines catégories d'agents de l'Etat qui en pâtissent quotidiennement, dans l'exercice de leur mission autant que, parfois, dans leur vie privée !

Aujourd'hui ces mêmes agents se considèrent comme des "sous-citoyens" livrés à la furie populaire !

Décidément, la République française va mal, et même, très mal !

Il faut que cette situation cesse, et rapidement !

Il y a quelquechose de passablement irrationnel, de ridicule et de malsain dans cet état de fait ! Quelquechose qui relève quelquepart d'une psychopathie à la fois individuelle et collective !

Veut-"on" "régler des comptes" avec l'Etat comme avec la Nation ? Ou cherche-t-"on" à "régler des comptes" avec soi-même !

Certaines des principales personnalités politiques en responsabilité agissent-elles contre une "certaine idée de la France", se demandent de nombreux Françaises et Français (cf. http://www.lepost.fr/article/2010/08/01/2170913_sarkozy-hortefeux-et-l-ump-sont-ils-contre-une-certaine-idee-de-la-france.html ).

Les principaux responsables de l'opposition républicaine s'insurgent devant ce spectacle dramatique qui est offert au monde tout entier (cf. http://www.lemonde.fr/politique/article/2010/08/01/aubry-denonce-la-derive-antirepublicaine-de-sarkozy_1394604_823448.html#xtor=AL-32280397).

Et les principaux leaders communautaires sont eux aussi inquiets ! Car, oui, en France, la démarche communautaire bat son plein, avec ses groupes d'influence plus ou moins "puissants" contrairement à ce qui est dit et répété ici et là, et c'est elle qui trop souvent suscite les tensions et entretient les psychoses dans le Pays de Voltaire et  ; notamment ceux qui ont souhaité l'évènement de cette rupture en tous genres sans percevoir qu'elle pouvait leur revenir en boomerang, un jour ou l'autre, quoiqu'ils prêchent, quoiqu'ils fassent ! (cf. Quand ils sont venus chercher les communistes, je n'ai rien dit .... (Pasteur Martin Niemöller) ainsi que Le racisme se développe en Europe, sur fond de crise économique - nouvelle édition - )

Le Général de Gaulle - dont ils se "gargarisent" du symbole - a su tirer les conséquences du désamour qu'il a provoqué en France : partir de son propre chef  !

Dont acte !

Sachons réagir en toute sérénité , y compris en nous interrogeant sur le devenir de notre démocratie à l'instar, par exemple, de Jacques Derrida, par exemple (http://www.jacquesderrida.com.ar/comentarios/democratie_a_venir.htm), de encore de Pierre Rosanvallon (cf. Réinventer la démocratie, par Pierre Rosanvallon ), d'Emmanuel Todd (cf. Après la démocratie, de Emmanuel Todd (Gallimard)) ou d'associations pleinement citoyennes (cf. http://www.clubconvictions.fr/Convictions/Qui_sommes-nous_files/Quelques%20urgences%20pour%20tenir%20la%20promesse%20de%CC%81mocratique%2007-2002.pdf).

La France a besoin qu'un nouveau souffle gaullien la réhabite (cf. Quelle signification emporte l'usage des termes "gaulliste" et "gaullien" en 2010 ? - nouvelle édition - ).

Albert Camus l'a dit il y a déjà plus de 50 ans sans qu'on l'entende vraiment :

" Rien n'est vrai qui force à exclure !"

" On a déclaré qu'il fallait d'abord la justice et que, pour la liberté, on verrait après ; comme si des esclaves pouvaient jamais espérer obtenir la justice. " 

" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. "


 


Par Yann Amar - Publié dans : Lettres ouvertes
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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 12:21

Tandis que la torpeur de l'été commence à occulter le feuilleton Bettencourt, Nicolas Sarkozy se relance, tête baissée, dans sa politique sécuritaire. Les faits sur le terrain, si on prend garde aux montées de colère ici et là, n'attestent pas pourtant, jusqu'ici, de sa réussite.

Au contraire, ils étalent au grand jour son échec et l'incapacité de l'Etat à trouver des solutions viables pour changer la situation d'un pays qui n'a pas su gérer ses villes-ghettos, ni endiguer la violence, ni jeter les bases d'un possible vivre-ensemble, ni même simplement mettre en place des dispositifs susceptibles d'inclure ses populations immigrées, descendants d'immigrés ou gens du voyage.

À l'inverse, les déclarations stigmatisantes du Président donnent une légitimité au racisme. Si, quand sa popularité ne fait que chuter, elles visent à lui attirer la sympathie de l'électorat d'extrême droite pour les prochaines échéances présidentielles, elles instaurent surtout un climat policier et xénophobe.

Sarkozy alimente la confusion et la stigmatisation

Le policier ne peut pourtant pas devenir le symbole prochain d'une France moderne née de la Révolution, ni la xénophobie la ligne directrice de sa politique.

Le Président surfe sur les préjugés bien connus concernant les gens du voyage, voleurs, mendiants, personnes vivant d'expédients, incontrôlables, dont l'« errance » -réelle ou supposée- menacerait la sécurité des bonnes gens.

Il crée également la confusion entre gens du voyage français depuis de nombreuses générations, et Roms, venus principalement d'Europe de l'Est et des Balkans avec l'élargissement de l'Europe, et dont le nombre se situerait entre 15 000 et 20 000 âmes.

Cette confusion fait implicitement des gens du voyage des sortes d'étrangers nomades -alors même que nomade, la grande majorité ne l'est plus, installée en caravane sur des terrains depuis des décennies-, tandis qu'elle fait des Roms eux-mêmes des immigrés.

La boucle est ainsi bouclée, la simplification étant le chemin le plus court pour renforcer le rejet et par conséquent les discriminations envers cette catégorie de population qui en souffre déjà depuis longtemps.

Au lieu d'améliorer la cohabitation, on marginalise

La manifestation violente de la colère de quelques-uns, suite à la mort, causée par un gendarme, de l'un des leurs, a été instrumentalisée pour justifier la politique xénophobe et sécuritaire du gouvernement, visant en l'occurrence les gens du voyage, ces « barbares », dans leur globalité.

Amalgames, coercition et expulsions, voilà ce qu'on offre à des populations françaises dites gens du voyage, déjà maltraitées, lorsqu'elles osent exprimer leur mécontentement.

Au lieu de concevoir des politiques de cohabitation des groupes de cultures différentes, on marginalise un peu plus. Ainsi établit-on différentes catégories de Français, les bons et les autres, ceux de seconde zone.

« Restons entre bons Français » sera-t-il le slogan de demain ? Belle utopie en ces temps d'hybridité et de circulation que ce soit des hommes et des femmes ou de l'information et de la culture, tout simplement. Les théories raciales ont créé des sous-hommes, nous voilà maintenant en France avec des sous-Français.

C'est ce qu'institue clairement la déclaration du président Sarkozy le 30 juillet à Grenoble, préconisant de retirer la nationalité française à « toute personne d'origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d'un fonctionnaire de police, d'un militaire de la gendarmerie ou de toute personne dépositaire de l'autorité publique ».

En juillet 40 déjà, on disait : « Etre français se mérite »

L'ambition est bien de créer deux catégories de Français : ceux dont l'« ADN » serait garanti de souche et les autres, à qui on a fait la faveur de donner la nationalité française, en fait un simple privilège sur lequel on peut revenir au gré des humeurs du Prince, et ce dans un État de droit.

Certes, la loi prévoit des cas de dénaturalisation en cas d'espionnage ou de terrorisme dans les dix années qui suivent la naturalisation. Avait-on besoin d'élargir ce cadre et pour quoi faire ?

Ainsi se représentera-t-on une France avec des Français pour toujours et une autre, avec des Français provisoires, favorisant ainsi une guerre de nationaux, dans un pays autoritaire, enfin net, sans mélange.

Chacun saura où il se place, les premiers, dépositaires d'une nationalité « immuable », étant de toute évidence supérieurs aux seconds. En somme, une France enfin démocratique…

Monsieur le Président, rien de neuf dans tout cela. Est-il interdit de rappeler, même si les circonstances étaient autres, cette loi du 22 juillet 1940 créant une commission de révision des naturalisations postérieures au 10 août 1927, et qui aboutira à la dénaturalisation de milliers de Français de fraîche date ? Le garde des Sceaux de l'époque, Raphaël Alibert, qui devait la mettre en oeuvre, ne disait-il pas -déjà- : « Les étrangers ne doivent pas oublier que la qualité de Français se mérite ». (Xavier Bertrand a employé le 31 juillet 2010 à Ajaccio à peu près la même formule : « Être Français, ça se mérite. La nationalité française, ça se mérite. Tous les droits et les devoirs qui vont avec, ça se respecte ».)

Dans le même contexte, une loi datée du 7 octobre 1940 abrogeait le décret Crémieux du 24 octobre 1870, entraînant la dénaturalisation collective des juifs d'Algérie non occupée. Vous connaissez la suite, je suppose, Monsieur le Président.

Un coup de pouce au communautarisme qu'on dénonce

Ces « punitions » d'un autre temps arrêteront-elles la montée de la violence ou de la délinquance ? On peut en douter. En revanche, une chose est sûre : les Français nés de parents étrangers se sentiront de plus en plus étrangers, nourriront de plus en plus de ressentiment et les Français « purs » discrimineront à leur guise, avec la bénédiction du Président, tout en se pensant non-racistes, mais autorisés à voir des inférieurs dans certains de leurs compatriotes.

On ne peut pas mieux faire pour diviser la France et donner un coup de pouce au fameux communautarisme tant dénoncé par les élites au pouvoir. On s'assemble avec ceux qui vous accueillent et non avec ceux qui vous rejettent.

Demain, étendra-t-on cette mesure aux Français nés de parents étrangers ou naturalisés qui ne sont pas dociles, qui ne se plient pas aux règlements, et qui sait, plus tard, à ceux qui n'adhèrent pas à l'UMP ou ne votent pas Sarkozy ?

L'extrême droite préfèrera un vrai xénophobe à un joueur de poker

Brice Hortefeux n'a déjà pas tardé à envisager des prolongements en menaçant de déchoir de leur nationalité ceux qui pratiquent la polygamie, l'excision, la traite d'être humains ou commettent des actes de délinquance grave.

Comme on le voit, les scénarios possibles sont multiples. Être d'origine étrangère serait-il déjà en soi un délit - dont seraient coupables, en fait, près du quart de la population française, Monsieur Sarkozy compris ?

Et dire que tout cela se résume à une pêche aux voix incertaine. L'extrême droite préférera un authentique xénophobe à un joueur de poker qui imagine une nation utopiquement « homogène » (on se demande pourquoi faire, si ce n'est pour caresser les plus vils penchants racistes) au lieu de remédier aux maux dont elle souffre d'une manière chronique faute d'innovation, d'audace, de politique d'immigration et d'intégration cohérente et de pragmatisme au quotidien.

Il est à espérer que les Sages qui contrôlent l'exécutif sauront arrêter ces dérives, avant que ce vent mauvais ne souffle un peu partout dans les institutions et dans la rue.

NDLR : « Est regardé comme français d’origine étrangère, pour l'application de la présente loi, toute personne issue de trois grands-parents d’origine étrangère ou de deux grands-parents d’origine étrangère, si son conjoint lui-même est d’origine étrangère. » selon les termes du projet de loi Besson qui sera présenté au Parlement en septembre 2010,  copie conforme des termes de la loi du 3 octobre 1940 signée Philippe Pétain.

Par Esther Benbassa - Publié dans : Lettres ouvertes
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Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 15:09

De la responsabilité et de l'irresponsabilité du président de la République en regard de la Constitution
L'affaire politico-judiciaire appelée " affaire clearstream " a interpelé la République autant qu'elle a choqué la Nation toute entière.
Les nombreuses péripéties qui ont marqué son instruction ont eu des effets particulièrement douloureux sur la Nation toute entière.
La responsabilité de cette situation semble incomber d'abord à la personne qui exerce aujourd'hui les fonctions suprêmes, tant elle révèle à quel point les ambitions d'un homme - fussent-elles légitimes - peuvent effacer d'un trait toutes les règles, tous les principes, tous les codes que la République a su édictés au cours de son Histoire, créant ainsi un trouble profond dans la Nation quant à sa capacité réelle à servir la France avec le dépassement de soi, la hauteur, la grandeur et la dignité qu'impose l'exercice du pouvoir suprême dans une démocratie qui se respecte comme la démocratie française !
Selon Robert Badinter, qui a été non seulement Garde des Sceaux mais également Président du Conseil constitutionnel, Nicolas Sarkozy aurait dû se désister de sa constitution de partie civile dans cette affaire, « dès le moment où il a été élu » président de la République. Car ce dernier « est garant de l’indépendance de la justice » (c'est à dire à la fois de celle des magistrats du siège et de celle des magistrats du Parquet) et « doit, plus que tout autre, veiller à ce que sa crédibilité ne soit altérée d’aucune façon aux yeux des Français, toujours soupçonneux à cet égard », poursuit-il.  Il rappelle notamment que « Jacques Chirac n’a pas voulu se constituer partie civile dans le procès de Maxime Brunerie, qui avait tenté de l’assassiner ».
La Constitution de la Vème République comporte depuis juillet 2008 deux dispositions dont peu de Français pensait que l'une ou l'autre pourrait être un jour sollicitée tant leur objet revêt un caractère exceptionnel : l'article 67 et l'article 68.
En effet, la révision constitutionnelle du 23 février 2007 (Loi constitutionnelle n° 2007-238 du 23 février 2007 portant modification du titre IX de la Constitution publiée au Journal Officiel du 24 février 2007 [sur le site Légifrance]) a profondément transformé le régime de responsabilité du Président de la République qui se traduisait antérieurement par une irresponsabilité de principe, sauf le cas de haute trahison, et avait donné lieu à des interprétations divergentes du Conseil constitutionnel (décision n° 98-408 DC du 22 janvier 1999) et de la Cour de cassation (Cass. plén. 10 octobre 2001 M. Breisacher).
Larticle 67 de la Constitution prévoit désormais que le Président de la République est irresponsable pour les actes accomplis en cette qualité sauf dans les hypothèses de compétence de la Cour pénale internationale (art. 53-2) ou de la Haute Cour (art. 68). En outre, s’agissant des actes accomplis avant le début de son mandat ou dépourvus de lien avec celui-ci, le Président de la République ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner non plus que de faire l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction ou de poursuite. Cette inviolabilité temporaire couvre ainsi tant le champ civil et administratif que le champ pénal, la réparation et la sanction. En contrepartie, il est expressément prévu que tout délai de prescription et de forclusion est suspendu et que les instances et procédures auxquelles il est ainsi fait obstacle pourront reprendre un mois après la cessation des fonctions du Président de la République.
L’article 68 institue une procédure originale de destitution du Président de la République en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat, notion qui n’est définie ni par la nature, ni par la gravité du manquement mais par son caractère inconciliable avec la poursuite du mandat. Afin d’en souligner le caractère politique, la destitution est prononcée par le Parlement tout entier réuni en Haute Cour, instance qui remplace la Haute Cour de justice.


Article 68 

Le Président de la République ne peut être destitué qu’en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. La destitution est prononcée par le Parlement constitué en Haute Cour.

La proposition de réunion de la Haute Cour adoptée par une des assemblées du Parlement est aussitôt transmise à l’autre qui se prononce dans les quinze jours.

La Haute Cour est présidée par le Président de l’Assemblée nationale. Elle statue dans un délai d’un mois, à bulletins secrets, sur la destitution. Sa décision est d’effet immédiat.

Les décisions prises en application du présent article le sont à la majorité des deux tiers des membres composant l’assemblée concernée ou la Haute Cour. Toute délégation de vote est interdite. Seuls sont recensés les votes favorables à la proposition de réunion de la Haute Cour ou à la destitution.

Une loi organique fixe les conditions d’application du présent article.

 
                              (source : http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/haute_cour-cjr.asp)

Après le jugement qui vient d'être prononcé, eu égard aux doutes qui pèsent sur sa responsabilité dans la décision du procureur de faire appel de ce jugement, et parce que la démocratie doit être irréprochable (cf. le discours du président de la République à cet égard : Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, à l'occasion de son déplacement à Epinal sur le thême de la démocratie irréprochable (Epinal, le 12 juillet 2007 ) - 1ère partie ainsi que Allocution de M. Nicolas SARKOZY, Président de la République, à l'occasion de son déplacement à Epinal sur le thême de la démocratie irréprochable (Epinal, le 12 juillet 2007 ) - 2nde partie -), il appartient désormais aux parlementaires de prendre leurs responsabilités devant la Nation, en jugeant, en conscience et en responsabilité, si le président de la République a ou non manqué à ses devoirs, et dans l'hypothèse où un manquement aux obligations constitutionnelles dans l'exercice de ses hautes fonctions électives est effectivement constaté, si celui-ci est manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat. Et ensuite, d'agir en conséquence conformément aux dispositions idoines de la Constitution, sauf à se faire eux-mêmes complices d'un déni de démocratie.
Enfin, comme Robert Badinter qui a lu dans le jugement rend en première instance par la cour " une victoire de la Justice ", les Français et les Françaises, qui attendent de la Justice qu'elle ne s'accomode pas des manoeuvres de tel ou tel, se demandent « comment imaginer », en cas de suppression des juges d’instruction, « que le procureur enquêtera "à charge et à décharge" dans une affaire d’Etat comme Clearstream, alors qu’il est sous la dépendance de l’exécutif dont il dépend pour sa carrière ».
En France, l'Etat n'a rarement été aussi désuni, et l'escalade vers la rupture entre l'Etat et la Nation jamais aussi abrupte !
Lorsqu'il se comporte comme il se comporte aujourd'hui, l'Etat n'est plus un Etat de droit.
Le Parlement votant trop souvent des lois soit totalement inapplicables, soit non conformes à la Constitution bien que certaines d'entre elles aient été mises en oeuvre avant même qu'ait été confirmée leur validité constitutionnelle (en dépit des dispositions de l'article 62 de la Constitution), les Françaises et les Français, la Nation tout entière, dans l'hypothèse où les parlementaires s'abtiendraient de faire leur devoir le plus strict, pourraient bien à leur tour se porter " partie civile " dans un procès qui pourrait s'ouvrir devant la Haute Cour de Justice de la République, à la fois pour " déni ostensible des principes démocratiques et des dispositions inscrites à la Constitution ", "  mise en danger de la stabilité et de la réputation de l'Etat ainsi que de la paix sociale ", " abus d'autorité " et " abus de confiance ", avec suspicion de préméditation !
Dont acte !

 






Par Collectif " Pour une République irréprochable" - Publié dans : Lettres ouvertes
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Vendredi 4 juin 2010 5 04 /06 /Juin /2010 18:33

Nous assistons, impuissants devant l'irréversibilité des évènements, à la disparition d'êtres qui ont été soit témoins soit acteurs d'une pensée et d'un univers culturel tournés vers le progrès des idées et l'élévation des esprits et des sentiments.

 

Lorsque Luc Ferry évoque, en les caractérisant de manière exempte de toue ambiguïté les trois catégories d'intellectuels qui composent le paysage de "l'intelligentsia" contemporaine (cf. Frédéric Taddeï interroge six penseurs sur les grandes révolutions de notre époque : révolutions sociale, démographique, écologique et numérique .... (Ce soir ou jamais) ), c'est bien évidemment pour souligner l'imposture de celles et de ceux qui se parent des vertus de l' "intellectuel moderne " pour s'octroyer le droit de réécrire, et de promouvoir en nouveau dogme, en faisant fi du passé, les composantes et les instruments d'une nouvelle « Philosophie des Lumières » prétendument adaptée au défi de cette première moitié du XXI e siècle.

 

Il y a là, au fond, sans que la chose soit clairement explicitée, une 'dispute' fondamentale entre les tenants d'un relativisme intellectuel et ceux d'un absolutisme idéologique dont le seul arbitre possible est notre conscience, individuelle et collective, et non pas la raison raisonnante qui ne sait  même plus ce qu'est le pêché tel Meursaut à la veille de son exécution : " Devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l’éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j’ai senti que j’avais été heureux, et que je l’étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine " (L'étranger - Marcel Camus)

 

Lorsque ce très grand penseur qu'a été Claude Levy-Strauss, quelques années avant de nous quitter (cf. L'anthropologue français Claude Lévi-Strauss est mort (Reuters) ), affirma qu'il détestait l'époque où nous vivons, alors qu'en traversant le XXème siècle, il connut les horreurs que ce siècle a produites, il dénonça tout simplement la fin d'une "belle" époque où l'esthétique, la philosophie, l'art, la science produirntt tant d'oeuvres savantes et lumineuses qu'elle imprima l'histoire de la pensée avec la même empreinte que les différentes renaissances qui jalonnèrent le parcours d'un Occident constamment en quête de progrès.

Lorsque Dominique Moïsi évoque l'automne de l'Occident (L'automne de l'Occident, par Dominique Moïsi ), c'est bien pour convoquer devant nous le visage flétri d'un " vieil occident " qui doit " réaliser qu'il vit très au-dessus de ses moyens en termes matériels et très en dessous de ses moyens en termes intellectuels et « spirituels » ", au moment où le printemps de l'Asie appelle à une nouvelle floraison, où le renouveau ne serait pas, ne serait plus, regardé, comme l'Autre mais comme un autre soi-même, telle une mère peut regarder sa fille après une longue séparation (cf. ce superbe film d'Ingmar Bergman intitulé " sonate d'automne", où une mère et sa fille se retrouvent après une longue séparation).

 

Le registre politique, en évacuant de manière radicale le doute fondateur ("dubito ergo deus" selon Descartes) comme le risque de son projet pour l'homme et la société des hommes, s'est détourné de sa vocation originelle en trahissant l'esprit même des Lumières.

  

Le refus du risque traduit un recul de l'appel aux ressources de l'âme, source même de l'élévation de l'Homme dans la plénitude de son humanité. " Le risque est un besoin essentiel de l'âme. L'absence de risque suscite une espèce d'ennui qui paralyse autrement que la peur, mais presque autant. D'ailleurs il y a des situations qui, impliquant une angoisse diffuse sans risques précis, communiquent les deux maladies à la fois. Le risque est un danger qui provoque une réaction réfléchie ; c'est-à-dire qu'il ne dépasse pas les ressources de l'âme au point de l'écraser sous la peur. Dans certains cas, il enferme une part de jeu ; dans d'autres cas, quand une obligation précise pousse l'homme à y faire face, il constitue le plus haut stimulant possible. La protection des hommes contre la peur et la terreur n'implique pas la suppression du risque ; elle implique au contraire la présence permanente d'une certaine quantité de risque dans tous les aspects de la vie sociale ; car l'absence de risque affaiblit le courage au point de laisser l'âme, le cas échéant, sans la moindre protection intérieure contre la peur. Il faut seulement que le risque se présente dans des conditions telles qu'il ne se transforme pas en sentiment de fatalité ." (L'enracinement - Simone Weil -Connaissez-vous Simone Weil ? )

 

En quoi l'Occident peut-il encore croire ?  Croire !  

 

Faut-il assassiner Spinoza pour redonner à l'Occident les raisons d'espérer et les instruments d'un sursaut (cf. Connaissez-vous Baruch Spinoza ? ) ?

 

Ou faut-il au contraire chercher à réconcilier les mondes, Occident et Orient, Nord et Sud, soi et l'Autre ?

 

Oeuvrons individuellement et collectivement à ce que "l'époque" ait quelque chance de redevenir "belle" ! Pour les uns autant que pour les autres !

 

Sauf à vouloir décliner une fois encore le futur au passé mortifère !

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Lettres ouvertes
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Vendredi 28 mai 2010 5 28 /05 /Mai /2010 07:00

" Monsieur le Secrétaire d’Etat,
Le projet de Constitution européenne proposait dans son article I-8 la liste des cinq "Symboles de l'Union" : le drapeau, l'hymne, la devise, la monnaie et la journée de l'Europe . Seule la devise  ("Unie dans la diversité") constituait une nouveauté , les quatre autres symboles ayant déjà une existence officielle .
Cet article n'a pas été repris dans le traité de Lisbonne suite aux échecs du referendum français et néerlandais. Il a cependant fait l'objet d'une déclaration N° 52 annexée au traité et signée par seize Etats membres  - dont l'Allemagne et l’Italie.
Les signataires déclarent que ces symboles " continueront d’être, pour eux, les symboles de l'appartenance commune des citoyens à l'Union européenne et de leur lien avec celle-ci " .
Lors de la ratification du traité de Lisbonne par le Parlement français, de nombreuses voix (dont celle du Président Giscard d’Estaing) ont invité le Gouvernement à se joindre à cette déclaration commune. Le refus du gouvernement de l'époque avait été motivé par la crainte de " ré-ouvrir les polémiques engendrées par la campagne référendaire " de 2005.
L'UEF FRANCE vous demande de bien vouloir proposer à l'actuel Gouvernement de reconsidérer cette décision en cette année du 60ème anniversaire de la déclaration Schuman. Dans les circonstances difficiles que traverse actuellement l'Union européenne, un tel geste - par essence symbolique - aurait pour effet de démontrer à l'opinion publique française et à nos partenaires européens que notre pays demeure attaché, à travers la reconnaissance de ces symboles, aux valeurs constitutives de l’Union.
Votre réponse sera portée à la connaissance de l'assemblée générale de notre mouvement qui se tiendra le 12 juin prochain à Toulouse.
Je vous prie d'agréer , Monsieur le secrétaire d'Etat , l'expression de nos sentiments dévoués et européens . " 


(signé Jean-Guy GIRAUD / Président / Union Européenne des fédéralistes - France )

Par Jean-Guy Giraud - Publié dans : Lettres ouvertes
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