Démocratie & Souveraineté en mouvement et en débat

Samedi 9 octobre 2010 6 09 /10 /Oct /2010 00:33

Le prix Nobel de la paix 2010 a été décerné vendredi à l'opposant chinois emprisonné Liu Xiaobo "pour ses efforts durables et non violents en faveur des droits de l'homme en Chine", a annoncé le comité Nobel norvégien. M. Liu était considéré comme l'un des favoris pour obtenir la prestigieuse récompense, même si le comité Nobel a souvent déjoué les pronostics.

Liu Xiaobo, 54 ans, est un intellectuel chinois de renom et une ancienne figure de proue du mouvement démocratique de Tiananmen en 1989. Il purge actuellement une peine de onze ans de prison pour "subversion du pouvoir de l'Etat" après avoir été l'un des auteurs de la Charte 08, un texte réclamant une Chine démocratique. Auparavant, il avait déjà été emprisonné à plusieurs reprises pour ses idées et ses critique du régime communiste.

L'épouse de Liu Xiaobo lui annoncera la nouvelle

Son épouse, qui milite pour sa libération, a fait part de sa joie à la presse par téléphone."Je suis tellement ravie, je suis tellement ravie, je ne sais pas quoi dire. Je veux remercier tout le monde pour leur soutien à Liu Xiaobo. Je veux remercier le comité Nobel, Vaclav Havel, le dalaï-lama et tous ceux qui ont soutenu Liu Xiaobo", a déclaré Liu Xia.

"Je demande avec insistance au gouvernement chinois de libérer Liu Xiaobo", a-t-elle ajouté. Liu Xia, qui fait l'objet d'une surveillance policière rapprochée ces dernières semaines, a indiqué être en présence de policiers qui lui ont dit qu'ils allaient l'emmener dans la province du Liaoning, où est emprisonné son mari, afin qu'elle puisse lui annoncer la nouvelle de son prix. La police chinoise empêchait d'ailleurs les journalistes de l'interviewer, comme le montre cette vidéo tournée par Mediapart.

Pékin a qualifié la récompense de "dévoiement" et mis en garde la Norvège contre de possibles répercussions diplomatiques.

Un militant infatigable de la démocratie

En 1989, de retour des Etats-Unis, où il avait enseigné à la Columbia University de New York, cet enseignant de l'Université normale de Pékin participe au mouvement démocratique de la place Tiananmen, déclenché par les étudiants. Arrêté après la répression du mouvement, il passera un an et demi en prison sans jamais avoir été condamné. Liu Xiaobo a de nouveau des ennuis avec le régime et est envoyé dans un camp de rééducation par le travail entre 1996 et 1999 pour avoir réclamé une réforme politique et la libération de ceux toujours emprisonnés pour avoir participé au mouvement de juin 1989.

Exclu de l'université, il devient un des animateurs du Centre indépendant PEN Chine, un regroupement d'écrivains. Il garde un contact étroit avec le monde intellectuel ; et même s'il ne peut pas être publié en Chine, ses livres sont notamment diffusés à Hongkong. Dans une interview récente, il gardait espoir dans une démocratisation progressive de la Chine : "Cela va progresser très lentement, mais les demandes de liberté – de la part des gens ordinaires, mais aussi des membres du parti – ne seront pas faciles à contenir." Liu Xiaobo est marié et n'a pas d'enfant. Pékin s'était officiellement déclaré opposé à l'attribution du Nobel à l'opposant.

 

 

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Mardi 14 septembre 2010 2 14 /09 /Sep /2010 08:39

" La Turquie approuve la réforme de leur constitution " titre Le Monde. Le référendum sur la révision constitutionnelle en Turquie, qui s'est tenu le 12 septembre dans tout le pays, a donné lieu à une large victoire du oui, qui a recueilli 58% des suffrages. Si la population turque, la société civile, et les institutions de l'Etat s'accordaient toutes sur les nécessités de réformer la constitution datant de 1982, et fortement marquée par le sceau de l'Armée turque, les enjeux liés aux 26 articles révisés opposaient clairement le camp du parti présidentiel AKP (Parti de la Justice et du Développement) aux bastions laïcs, représentés par le  parti d'opposition CHP (parti républicain du peuple), ainsi que les citadelles traditionnellement laïques comme l'Armée et la Justice.

Pour rappel, les grands journaux turcs comme Zaman (le Temps) et Hürriyet (La Liberté) indiquent que le texte prévoyait notamment " de réduire les prérogatives de la justice militaire et civile ".

Selon le Guardian, tous les partis d'opposition s'opposaient aux aboutissants de cette révision, parmi lequel le parti Kurde (BTP) qui " avait appelé au boycott estimant que la révision ne considérait pas les réclamations des 14 millions de kurdes de Turquie ". Au final c'est un triomphe pour l'AKP et son leader Tayyip Erdogan, qui déclare que la victoire du oui est " une victoire pour la démocratie " rapporte le Irish Times.

Toujours en course pour une intégration dans l'Union Européenne, L'Express estime que la Turquie " va dans le bon sens ". C'est dans cet esprit que " la Commission européenne a validé cette réforme " écrit Le Figaro.

Plus qu'un référendum sur une révision constitutionnelle, cet évènement a pris au fur et à mesure d'un débat passionné l'apparence " d'un test de popularité pour le Premier ministre […]. Le chef du gouvernement avait donc besoin d'un oui massif pour avoir les coudées franches pour les mois à venir " indique également Le Figaro.

Cependant, plusieurs journaux comme Libération soulignent le score important du non (42%) et un taux d'abstention non négligeable (25%), qui traduit relativement fidèlement les grandes oppositions qui marquent la vie politique turque.

En savoir plus :
 * Révision constitutionnelle en Turquie: une véritable démocratisation ?  [Touteleurope.eu]

 

Source : http://www.touteleurope.eu/fr/

 

 

 

 

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Dimanche 12 septembre 2010 7 12 /09 /Sep /2010 23:11

Les électeurs turcs ont approuvé à 58 % la révision de la Constitution proposée par le premier ministre Erdogan, selon les estimations diffusées par les télévisions turques. Les Turcs étaient appelés aux urnes, dimanche 12 septembre, pour ce prononcer sur cette réforme par référendum.

Une victoire majeure pour Erdogan.Ce score est un bon résultat pour le premier ministre Recep Tayyip Erdogan, dont le Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste), au pouvoir depuis 2002. Son camp s'était massivement mobilisé pour le "oui".

La mouvance kémaliste, qui avait fait campagne pour le "non", accuse l'AKP de vouloir islamiser le pays en catimini.  Pour elle, cette réforme menace l'indépendance de la justice et remet en cause la séparation des pouvoirs. L'opposition accuse l'AKP de vouloir contrôler la justice avant les législatives prévues à l'été 2011.

Une transformation de l'appareil judiciaire. Le référendum portait sur 26 amendements, très divers, que M. Erdogan a vantés comme une avancée vers "plus de démocratie", un atout pour la candidature de la Turquie à l'Union européenne.

La révision limite les prérogatives de la justice militaire et modifie, au profit du pouvoir, la structure de deux instances judiciaires : la Cour constitutionnelle et le Conseil supérieur de la magistrature (HSYK) qui nomme juges et procureurs.

La réforme soumet également la dissolution des partis politiques au contrôle du Parlement, dominé par l'AKP. Ce parti avait failli être interdit par la Cour constitutionnelle en 2008 pour activités antilaïques.

Toujours dans le domaine de la justice, il deviendrait plus facile désormais de traduire des membres de l'armée - autre grand pilier de la lacité turque - devant des tribunaux civils. Cette réforme pourrait de fait permettre de juger les auteurs du coup d'Etat de 1980, survenu il y a 30 ans, jour pour jour.

Boycott kurde. Des incidents ont éclaté dans plusieurs villes du sud-est anatolien, peuplé majoritairement de Kurdes, où des militants ont empêché certaines personnes d'aller voter, selon l'agence Anatolie. La police a arrêté environ 90 personnes. Le principal parti pro-kurde de Turquie avait appelé au boycottage, estimant que cette réforme ne renforcerait pas les droits des 15 millions de Kurdes.


... lire la suite de l'article sur Le Monde.fr

 

 

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Vendredi 6 août 2010 5 06 /08 /Août /2010 14:34

Vice-président de la Commission et commissaire en charge de la Justice, de la Liberté et de la Sécurité jusqu’au renouvellement de l’institution, Jacques Barrot a défendu avec force sa conviction que l’Europe doit atteindre un équilibre entre les besoins de sécurité et le respect de la liberté. Il s’en explique.

La liberté est un des principes sur lesquels est fondée l’Union européenne. Liberté de circulation des biens, des services, des capitaux au sein du grand marché unique. Liberté de circulation des personnes dans l’espace sans frontières de Schengen. Mais aussi liberté de l’esprit nourrie par la diversité culturelle et le dialogue interreligieux, protégée par la liberté d’expression et la lutte contre toute discrimination. Dans notre monde globalisé, l’Europe est confrontée à quatre défis majeurs pour conforter cette liberté fondatrice. 

Premier défi : bâtir une véritable communauté de droit
D’Erasmus au chantier de la portabilité des retraites, l’Europe trace les chemins de la mobilité sans barrières. Mais cette liberté est imparfaite et sous-utilisée. Seulement 2 % des citoyens européens vivent et travaillent dans un autre État membre que leur pays d’origine. Un des freins principaux à la mobilité réside dans la fragmentation du droit civil. Des progrès considérables restent à faire pour concrétiser le principe de la reconnaissance mutuelle des jugements, affirmé à Tampere en 1999. Nous sommes encore loin de la suppression de l’exequatur préconisée par le Programme de Stockholm 2010-2014. Or, le nombre d’affaires de dimension transfrontalière portées devant la justice ne cesse de croître : 10 millions de citoyens européens sont impliqués dans une procédure civile ouverte dans un autre État membre que leur propre pays. Par exemple, 450 000 successions présentant une dimension internationale sont ouvertes chaque année en Europe. Les conflits de lois sont nombreux. La proposition de règlement que je vais présenter cet automne permettra d’établir un cadre législatif cohérent pour résoudre les litiges, en clarifiant les questions de la compétence judiciaire, de la reconnaissance mutuelle et de l’exécution des décisions. La création d’un certificat successoral européen est aussi proposée. Malgré la grande sensibilité du sujet, il faudra également que l’Europe avance en matière de divorces transfrontaliers. 20 % de tous les divorces prononcés chaque année dans l’Union concernent deux Européens de nationalité différente. Nous avons progressé en 2008 avec l’adoption du règlement sur les obligations alimentaires. Mais la question de la loi applicable aux divorces transfrontaliers reste encore la source de nombreux et douloureux conflits. L’Union européenne doit mobiliser tous les moyens électroniques modernes pour cette justice sans frontières. La « e-justice », c’est l’accès facilité de tous les citoyens à des informations claires pour connaître les différents systèmes juridiques existants et mieux faire valoir leurs droits. À cet effet, un portail européen sera mis en place en décembre 2009. 
Deuxième défi : protéger les citoyens européens contre les nouvelles menaces

Depuis Thomas Hobbes, l’on sait que la sécurité est la première des libertés. Mais il ne suffit plus de protéger à l’intérieur de l’État-nation. Les menaces auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés se jouent des frontières : les terribles atteintes aux personnes que sont le terrorisme, le trafic des êtres humains, la pédo-pornographie sont par nature mondialisées et utilisent les nouvelles technologies de la communication pour démultiplier le crime. Face à ces dangers par nature rapides et mouvants, il est indispensable que les policiers et les juges de toute l’Europe puissent unir leurs forces. La coopération policière et la coopération judiciaire pénale doivent constamment être approfondies. Le mandat d’arrêt européen a fait preuve de son efficacité, en réduisant les procédures d’extradition de deux ans à moins de trois mois. Mais son impact sera renforcé si nous généralisons le mandat d’obtention de preuves, qui permet à un magistrat d’obtenir des preuves existantes dans un autre État membre, et si nous perfectionnons dans les meilleurs délais notre base de données du Système d’Informations Schengen (SIS 2). Eurojust permet aux magistrats enquêteurs de communiquer entre eux et de mener des actions communes. Mais ces actions seront d’autant plus percutantes si nous arrivons à interconnecter les casiers judiciaires des 27 États membres, et si nous avons le courage de procéder à une évaluation de la qualité des systèmes judiciaires européens, qui renforcera la confiance mutuelle.

Troisième défi : trouver l’équilibre entre le besoin de sécurité et le respect de la liberté individuelle
Nous vivons une époque paradoxale. De nouveaux
espaces de liberté et d’accès à la culture sont constamment créés par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, et notamment l’Internet. Mais cette explosion technologique est aussi le redoutable démultiplicateur des nouvelles menaces, avec toutes les formes possibles de la cyber-criminalité. Face à ce double phénomène, des questions brûlantes se posent : comment l’autorité publique doit-elle mettre en oeuvre une surveillance accrue de l’espace virtuel tout en veillant à ne pas empiéter sur la sphère privée des personnes dont l’activité n’est en rien délictueuse ou criminelle ? Comment éviter le « traçage » des personnes au nom de la sécurité, et donc le risque d’une perte absoluede l’anonymat ? Quels garde-fous mettre en place pour éviter « cyber-brother » et le règne du soupçon ? L’Europe a vocation à mettre en place une véritable éthique de la surveillance, basée sur la protection des données personnelles, qui est un droit fondamental des citoyens européens. Avec la directive de 1995, l’Union a montré au monde la voie à suivre pour résoudre ce problème sociétal majeur. Il faut maintenant adapter notre législation aux évolutions technologiques, en concrétisant les objectifs définis dans le programme de Stockholm : création d’un régime unique de protection des données personnelles, couvrant
 également la coopération policière et judiciaire pénale (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), et création d’une certification européenne respectant la vie privée

pour les technologies, produits et services.

Enfin, l’Europe, pour être fidèle à la liberté, doit être exemplaire pour accueillir et intégrer les personnes dont la liberté est bafouée dans le monde
Je pense bien sûr à cet impérieux devoir d’asile, si profondément lié au respect des droits de l’homme, rendu si urgent par la violence des conflits, des persécutions, de la grande pauvreté, mais si difficile à imposer dans un contexte de crise qui favorise le repli sur soi et la peur de l’autre ... La Commission et le Parlement européen unissent leurs efforts pour convaincre les États membres réticents. Nous devons combattre les égoïsmes. Des pays comme l’Italie, la Grèce et Malte sont impuissants face à des pressions migratoires de plus en plus fortes. L’Europe doit faire preuve de solidarité en acceptant la révision du règlement de Dublin, en répartissant de manière équilibrée les réfugiés au sein du plus grand nombre possible d’États membres, en établissant avec les pays de transit (comme la Lybie et la Turquie) la coopération la plus étroite pour que les demandes d’asile puissent aussi être instruites sur leur sol, sans que cela ne ferme la porte à une possibilité de réinstallation ultérieure en Europe ou de retour dans le pays d’origine. Nous devons aussi combattre les idées reçues. Ainsi, contrairement à ce qui est communément admis, un accueil organisé et harmonisé des demandeurs d’asile ne crée en rien un appel d’air pour l’immigration irrégulière. C’est au contraire l’absence de règles bien établies qui fait le jeu des réseaux criminels de passeurs. C’est pourquoi je présenterai un « deuxième » paquet 'asile' pour harmoniser les procédures d’asile, qui varient d’un État membre à l’autre, et unifier la qualification du demandeur d’asile. Il est en effet indispensable que, dans chaque État membre, le demandeur d’asile, pour la meilleure instruction possible de son dossier, bénéficie d’un entretien individuel mené par des professionnels, d’une assistance linguistique et juridique. Il est tout aussi indispensable de rapprocher les différents modes de protection accordés par les États membres, et également de prévoir la meilleure intégration possible des réfugiés. Être libre, penser et vivre comme un être libre, c’est pouvoir circuler sans entraves, être protégé des menaces et des atteintes à sa vie privée, savoir ouvrir ses bras à autrui.

À travers ces quatre exemples, j’ai voulu montrer à quel point cette quête de la liberté reste, dans notre continent pacifié, d’une urgente actualité, et combien l’Europe a plus que jamais, dans un monde en plein bouleversement, vocation à montrer la voie.

Nb : Cet article a été publié dans la Lettre n° 88 (octobre - décembre 2009) de Confrontations Europe :
http://www.confrontations.org/IMG/pdf/CONFRONTATIONS_88.pdf

 



Par Patrice Cardot - Publié dans : Démocratie & Souveraineté en mouvement et en débat
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Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 10:27

Pour les deux premières parties de cet article, voir Etats d'urgence, l'Etat et la Loi (1)  et Etats d'urgence, l'Etat et la Loi (2) .

Les principaux dispositifs textuels d'exception
Trois dispositifs peuvent être mis en lumière, consistant en l'article 16 de la Constitution, l'état de siège et l'état d'urgence.
Les pouvoirs exceptionnels du Président
L'article 16 de la Constitution confère des pouvoirs étendus au Président de la République pour agir en présence de certaines crises. Il dispose que " lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacées d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier Ministre, des Présidents des assemblées ainsi que du Conseil Constitutionnel.
Il en informe la Nation par un message.
Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d'assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d'accomplir leur mission. le Conseil Constitutionnel est consulté à leur sujet.
Le Parlement se érunit de plein droit.
L'Assemble Nationale ne peut être dissoute pendantr l'exercice des pouvoirs exceptionnels.
Après trente jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil Constitutionnel peut être saisi par le Président de l'Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d'examiner si les conditions énoncés au premier alinéa demeurent réunies; Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée
".
(Cf. la Constitution de la Vème République, modifiée par la Loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 de modernisation des institutions de la Vème République ; voir lien correspondant sur ce blog)
L'ensemble des pouvoirs constitutionnels et administratifs peut donc être mis à la disposition du Président dès lors que la Nation, son indépendance et/ou l'exécution de ses engagements internationaux, est menacée. Il lui appartient alors de prendre toute mesure qu'il estime utile afin de permettre aux pouvoirs publics constitutionnels de continuer de fonctionner normalement. Le Président peut choisir d'utiliser ses pouvoirs dans la seule limite de l'empêchement d'un organe constitutionnel s'il le souhaite et si son fonctionnement n'est pas compromis par les circonstances.
Ce régime n'a été mis en oeuvre qu'une fois au cours de l'histoire de la Vème République, entre le 23 avril 1961 et le 29 septembre 1961. Cette attribution de pouvoirs ne peut être réalisée sans le contrôle du juge. Plus précisément, le juge administratif a considéré que les décisions du Président prises en application de l'article 16 de la Constitution étaient susceptibles d'un contrôle pour autant qu'elles portent sur une matière réglementaire. A ce titre, les décisions prises doivent pouvoir être soumises au contrôle du juge administratif. Elles seront nécessairement annulées, notamment en cas de violation d'un principe général du droit ou lorsque la mesure a été décidée en application de l'article 16 alors qu'aucune urgence ne justifiait l'irrespect de la procédure et le recours à l'article 16. Les décisions prises dans le domaine relevant de la loi au contraire demeurent insusceptibles d'un tel contrôle. De plus, il est admis que si les décisions relevant du pouvoir réglementaire peuvent être soumises au juge, la décision présidentielle d'invoquer et de mettre en application l'article 16 de la Constitution relève de la seule application du Président et constitue ainsi un acte de gouvernement insusceptible de contrôle.
L'état de siège et l'état d'urgence
Les lois du 9 août 1849 et du 3avril 1878 permettent, en cas de péril imminent résultat d'une guerre étrangère ou d'une insurrection à main armée, de déclarer l'état de siège. L'article 36 de la Constitution dispose que " l'état de siège est décrété en Conseil des ministres. Sa prorogation au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par le Parlement ".
L'état de siège implique trois conséquences spécifiques qui résident dans le transfert à l'autorité militaire des pouvoirs de police, l'extension des pouvoirs de l'autorité de police lui permettant de prendre des mesures normalement interdites et, si l'état de siège est causé par la guerre, le transfert aux tribunaux militaires de la répression de certains crimes et délits contre l'Etat.
L'état d'urgence résulte, pour sa part, de la loi du 3 avril 1955. A l'inverse de l'état de siège qui est un régime militaire, l'état d'urgence apparaît davantage comme un régime civil. En cas d'atteintes graves à l'ordre public ou de calamités publiques sur tout ou partie du territoire, la déclaration d'état d'urgence permet l'extension des pouvoirs de police au profit de l'autorité administrative (préfet ou ministre de l'Intérieur).
Les mesures susceptibles d'être prises en application de l'état d'urgence consistent notamment en des atteintes à la liberté d'aller et venir telles que l'interdiction de circulation, la réglementation du séjour dans certaines zones, les assignations à résidence ou encore la limitation de la liberté de réunion avec la fermeture des lieux de réunion. En outre, il existe une possibilité de perquisitions étendues, de jour comme de nuit, ainsi qu'une limitation de la liberté de communication au travers d'un contrôle de la presse, des émissions et des spectacles. Le transfert aux tribunaux militaires de certaines infractions pénales peut aussi être décidé. A titre d'exemple, sur le fondement de la loi du 3 avril 1955, le Président de la République a, en Conseil des ministres, décidé le couvre-feu dans certaines communes autour de Paris du fait des émeutes de novembre 2005, des mesures complémentaires ayant été ensuite prises par les ministres concernés.
Malgré les transferts de pouvoirs opérés, l'état de siège comme l'état d'urgence ne privent pas le juge administratif de tout contrôle. Il lui appartient donc de vérifier la pertinence des mesures prises par l'administration au regard des pouvoirs dévolus au terme de chacun de ces dispositifs légaux.
NDLR : l'article de Benjamin Pitcho qui est repris ici développe en outre un examen précis du plan d'urgence de pandémie grippale 2009.

Le lecteur est invité à prendre également connaissance, outre des articles de la rubrique Principes fondamentaux d'une démocratie libérale, des articles suivants :
* Le traité de Lisbonne : un traité imparfait qui fera néanmoins progresser l'Union politique sur les registres de la défense des libertés et de la sécurité (1)
* Le traité de Lisbonne : un traité imparfait qui fera néanmoins progresser l'Union politique sur les registres de la défense des libertés et de la sécurité (2)
* De la Securité nationale dans le Traité de Lisbonne
* Terrorisme, catastrophes naturelles ou d'origine humaine, clause de solidarité, et protection civile dans le Traité de Lisbonne
* Ces juges européens qui influencent le droit français, par Laurence de Charette (Le Figaro)
* Arrêt Agusta: Quand la CJCE posait les bases de l'intérêt légitime national (Nicolas Gros-Verheyde, bruxelles2.over-blog.com)
* La Cour de Karlsruhe a jugé que le traité de Lisbonne était "compatible" avec la Loi fondamentale allemande à condition que l'Allemagne se dote d'un nouvel arsenal législatif
Constitution française et Traité de Lisbonne : sommes-nous certains qu'ils sont totalement compatibles ?
* Débat sur la lutte antiterroriste : jusqu’où aller ? (Ce soir ou jamais)

* La lutte contre le terrorisme dans les démocraties occidentales : État de droit et exceptionnalisme, par Colombe Camus

 * La Charte européenne des droits fondamentaux

 * Du "devoir" et de la "responsabilité" de protéger !

 * Lutte contre le terrorisme : de quoi parle-t-on ?

 * Die Welle (la vague) : une leçon de philosophie politique à méditer !

 * Débat sur la lutte antiterroriste : jusqu’où aller ? (Ce soir ou jamais)

 * The “ War on Terror ” is Over – Now What ? Restoring the Four Freedoms as a Foundation for Peace and Security, by Mark R. Shulman (Journal of National Security Law & Policy [Vol. 3:N2009])

 * Le droit international relatif aux droits de l’homme

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Démocratie & Souveraineté en mouvement et en débat
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