Vendredi 18 juin 2010 5 18 /06 /Juin /2010 09:43

Le site de l’INA http://blogs.ina.fr/charles-de-gaulle/ dévoile depuis le début du mois, à raison d’un épisode par jour, le film d’Hugues Nancy La véritable histoire du 18 juin 1940, dont l’intégralité sera diffusée sur Public-Sénat le 14 juin à 18h 30. Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Eric Roussel, Serge Bernstein et votre serviteur sont interrogés sur la genèse de l’appel du général de Gaulle et ses lendemains. Un travail pionnier, dont l’histoire devra expliquer qu’il ait attendu que l’événement qu’il relate soit sinon gâteux, du moins septuagénaire.

Mes recherches, rassemblées en 2000 dans le tout premier livre consacré à cet événement (à nouveau disponible dans quelques jours), sont répercutées sans déformation dans les épisodes parus à ce jour.

Cette nouvelle commémoration décennale voit donc, enfin, l’éclatement de la vérité aux oreilles d’un large public… car cette hirondelle fait le printemps et une floraison de publications se penche enfin sur l’histoire de cette journée. Mais il faut déplorer la persistance de beaucoup d’approximations, voire l’apparition de nouveaux mythes, comme celui d’une réunion du cabinet britannique à 16h, venu opportunément lever une contradiction entre les faits et  certains témoignages. On trouvera quelques détails dans le nouvel éditorial http://www.delpla.org . La propagande ne cède pas le terrain sans combattre, et le mythe éclopé se restructure comme il peut.

L’enjeu n’est pas, faut-il le répéter, de diminuer l’éclat du geste –ni de la geste- du 18 Juin. La honte que cachaient les censures, les dissimulations et les déformations n’est pas celle du Général, mais des innombrables dirigeants résignés à une ample et durable victoire du nazisme, dans le monde entier. De ce point de vue Pétain, et les Français qui le soutenaient, ont toujours porté un chapeau bien trop large. La complaisance n’était pas moindre à Moscou ni à Washington, ou encore au Vatican. A Londres même, Churchill jouissait d’aussi peu de soutiens résolus que de Gaulle en France. D’où les invraisemblables méandres de l’accouchement de l’appel –qui dure 48h comme, en obstétrique, les plus longs des travaux, et on pourrait emprunter à cette discipline bien d’autres métaphores. On se contentera de dire que, comme souvent, le forceps déforme la tête de l’enfant !

De Gaulle est empêché de lever hautement et clairement l’étendard de la rébellion contre Pétain, d’où la nécessité, lorsque le pouvoir de Churchill est un peu consolidé après Mers el-Kébir, d’effacer les ambiguïtés initiales par des textes plus nets, en les antidatant. Ce sera, en août, la fameuse affiche « A tous les Français », datée de juillet, voire de juin, voire du 18 juin lui-même (une déformation commise cette année même par la Poste française sur un bloc philatélique http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=48809 , de manière cette fois entièrement condamnable). Mieux encore, de Gaulle ayant été privé de micro entre le 18 et le 22 juin, un appel du 19 vomissant le Maréchal fera son apparition… en 1941.

Ah certes, jamais une commémoration n’aura été moins rituelle. Ecoutez bien les discours, tous sont polis… comme des galets, les moindres mots pour une fois sont pesés et Clio prend des coups dans la mêlée, mais son triomphe est en vue !

 

NB : Cet article provient de la Lettre d'info du site de François Delpla, n° 67

 

 

 

 

Par François Delpla - Publié dans : Les grands enseignements de l'Histoire
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