Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 07:00

Le lecteur de ce blog trouvera ci-dessous le texte de la récension de l'ouvrage de MICHEL ROCARD, NICOLE GNESOTTO (sous la dir. de) intitulé : Notre Europe  [Éditions Robert Laffont (24 av. Marceau, F-75008 Paris). 2008, 394 p., 22 €. ISBN 978-2-221-11098-0] que j'ai publiée dans l'édition du Bulletin Quotidien Europe en date du 20 janvier 2009.

" Dans "Notre Europe", dix-neuf plumes réunies autour de Nicole Gnesotto et de Michel Rocard décortiquent, sans concession, l'état de la construction européenne et disent leur mal d'Europe. "Le paradoxe de la construction européenne, c'est qu'elle n'est pas ce que l'on croit. Elle n'est pas là où les citoyens l'attendent. S'agissant d'éducation, d'innovation, de recherche - thèmes dont on dit qu'ils sont essentiels à la compétitivité et au succès de l'Europe dans la mondialisation -, l'Union n'a aucun pouvoir. Le fameux agenda de Lisbonne est une illusion : les États membres gardent toutes leurs compétences nationales et ne délèguent à l'Union que le droit de leur faire des recommandations, bien évidement non contraignantes !", constatent Nicole Gnesotto et Michel Rocard. Le même discours vaut pour l'énergie et bien d'autres domaines : politique sociale, économie, politique étrangère, défense... C'est cette "Europe en trompe-l'œil", comme l'appelle le journaliste Jean Quatremer, qui est la cause de la désaffection des citoyens pour l'unification du continent.
Fidèle à son rôle, l'ancien commissaire européen à la Recherche, Philippe Busquin, mesure l'étendue du déclin scientifique des Vingt-sept par défaut de stratégie et de synergie européenne. Il appelle à moderniser les universités et attirer les chercheurs étrangers. Le parlementaire néerlandais Wim van Velzen déplore la dérive qui a fait de l'Europe sociale le parent pauvre du marché intérieur. Dans ce qui est l'un de ses derniers écrits, Bronislaw Geremek insiste sur la nécessité de ne pas opposer élargissement et approfondissement, avant de juger stérile et dangereux le débat sur les frontières de l'Europe. Et d'affirmer également que "toute inachevée qu'elle est, l'Europe s'affirme malgré les vents contraires comme une puissance, comme une patrie et comme une communauté".
Pour Nicole Gnesotto, "la mondialisation impose (...) aux souverainetés nationales des limites que seules la cécité ou l'arrogance des nations permettent d'ignorer". Et l'ancienne directrice de l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne à Paris d'interroger : quel État européen, ou quelle coalition d'États, est aujourd'hui assez puissant pour agir sur la scène internationale et tenter de résoudre les défis nouveaux (énergie, réchauffement climatique, risques sanitaires ou alimentaires, conflits régionaux, terrorisme) qui menacent la stabilité et la prospérité internationale ? Aussi Mme Gnesotto appelle-t-elle de ses vœux "une Europe qui saurait réconcilier la force et le droit, la puissance normative et la puissance politique, l'identité européenne et la solidarité occidentale".
Et l'ancien Premier ministre français de conclure : "Répondre aux préoccupations des gens, rapprocher l'Europe du citoyen, construire l'Europe des projets, ces formules désormais éculées sont bien autre chose que de simples slogans programmatiques : elles disent l'urgence d'une révision profonde des assises théoriques de la construction européenne, d'une réinjection massive du politique dans la logique économique de l'Union (...) La Commission européenne possède à cet égard une responsabilité majeure : par traité, c'est elle qui est dépositaire de l'intérêt général, lequel ne se réduit pas aux intérêts institutionnels de la Commission ni au bon fonctionnement des règles du marché. Osera-t-elle monter d'un cran, prendre à bras le corps la question de l'intérêt national européen, proposer une grille de lecture du monde où l'Europe pourrait faire valoir sa valeur ajoutée propre ?"

Si elle ne s'en montre pas capable, l'Europe politique sera bel et bien morte, comme le craint Michel Rocard.


Par Olivier Jehin - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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