Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 14:20

Dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 23 octobre 2001, Hubert Vedrine a signé un article intitulé "Israéliens, Palestiniens, il faut bouger" qu'il me parait utile de remettre en perspective à la veille de la 5ème édition du Forum de Paris dont le thème, cette année, est : Sauvons la Méditerranée !
(cf. l'article consacré au Forum de Paris sur ce blog : http://www.regards-citoyens.com/article-28544468.html) !!

" Le conflit israélo-palestinien, et donc israélo-arabe, demeure irrésolu depuis des décennies. Certes, depuis 1993 et les accords d'Oslo, une Autorité palestinienne a pu s'installer à Gaza et à Ramallah. Mais le problème d'organisation de la coexistence en paix des deux peuples reste entier ; même, depuis un an et, plus encore, depuis la disparition traumatisante des espérances de Camp David-Taba, il s'aggrave.
Déjà 669 morts palestiniens, 178 morts israéliens, des milliers de blessés. C'est peu dire que les deux camps ne sont font plus confiance. Il s'est creusé entre eux, même entre les plus courageux partisans de la paix, un fossé de défiance apparemment infranchissable que les drames récents approfondissent encore. Les Israéliens semblent ne plus croire qu'à la répression et à la force militaire pour les délivrer du cauchemar des attentas terroristes et de l'angoisse de l'encerclement. Les Palestiniens sont désespérés et poussés à bout par l'asphyxie économique, les humiliations permanentes, les provocations des colons ou de l'armée. Leur amertume finit par se retourner contre leurs propres dirigeants.

Et pourtant, il y aura toujours côte à côte, au Proche-Orient, des Israéliens et des Palestiniens qui n'auront d'autre choix que de cœxister. Les Israéliens ne pourront pas chasser les Palestiniens, ni l'inverse ! Ils le savent tous, mais n'arrivent pas à en tirer les conséquences. Il n'y a toujours pas accord entre eux pour arrêter l'engrenage et recommencer à chercher une vraie solution.

Laquelle ? Seule, comme la France le préconise depuis 1982, l'Union européenne depuis 1999 et les Etats-Unis dorénavant, une solution claire et franche, la création d'un Etat palestinien viable, permettra de sortir de ce drame et de commencer à bâtir un nouveau Proche-Orient.

Cela supposera, de la part des Israéliens, de se résoudre à l'évacuation de l'essentiel des territoires occupés et donc des colonies, et à la reconnaissance d'une capitale palestinienne à Jérusalem Est - c'est-à-dire, en gros, ce qui se dessinait, il y a un an, entre Camp David et Taba.

Et cela supposera de la part des Palestiniens de prendre des engagements contraignants garantissant aux Israéliens que l'accord leur apportera la sécurité et que ni les mécanismes de retour de réfugiés - plusieurs solutions existent - ni les capacités militaires du futur Etat palestinien ne représenteront pour eux une menace.

On objectera qu'Israël ne veut toujours pas de cette solution et que les esprits sont, de part et d'autre, plus éloignés que jamais de tout dialogue ; que des forces visibles ou cachées s'emploient à étouffer dans l'œuf toute reprise d'un processus de paix et même à faire prévaloir le pire, comme on l'a vu depuis la rencontre Pérès - Arafat malgré leurs efforts ; ou à exiger délibérément des préalables irréalisables.

Sans doute. Mais peut-on se résigner à ce que les Palestiniens s'enfoncent, pour notre honte, dans des conditions de vie abjectes avec pour seul horizon un haine sans nom ? Et que, pour notre désespoir, et le leur, les Israéliens n'aient plus jamais d'autre perspective que l'angoisse et une répression de plus en plus militarisée, là où l'exemplarité démocratique de ce pays devrait au contraire entraîner le Proche-Orient tout entier ?

Ce serait intolérable pour eux, et pour nous. Il y va aussi de la paix et de la sécurité internationale ? Il faut régler ce problème qui n'a que trop duré.

Cela a toujours été difficile d'agir de l'extérieur su le conflit du Proche-Orient, chaque camp ayant tendance à récuser l'intervention de tout pays, ou organisation, qui ne s'aligne pas par avance sus ses positions. Pourtant, malgré ces préventions, le dialogue s'intensifie. Tous les protagonistes, y compris. Ariel Sharon, reconnaissent aujourd'hui la France et l'Europe comme des interlocuteurs légitimes et acceptent de parler franchement ave eux. D'autre part, les positions des Européens sont aujourd'hui très homogènes. La coordination est bonne entre nos initiatives et la démarche, de plus en plus affirmé, du président Bush et de Colin Powell.

Ce qui est maintenant urgent, c'est d'enclencher le processus, en débloquant les verrous qui les paralysent. J'ai dit à Ariel Sharon : "Vous avez raison de chercher avant tout, comme tout votre gouvernement la sécurité pour les Israéliens, c'est votre mandat et votre responsabilité, nous respectons votre engagement sue ce point. Mais vous n'obtiendront pas la sécurité ainsi, de façon purement militaire. Cessez de conditionner la recherche d'une solution politique à l'impossible obtention préalable d'un arrêt complet des violences. Rouvrez les discussions sur une solution politique, votre coalition dût-elle protester. Personne ne vous contestera le droit de continuer à combattre le terrorisme avec une détermination inchangée, même après que les négociations auront repris. Personne n'incarne autant que vous l'exigence de sécurité pour Israël. Faites-en un levier pour la paix."


Et je dis qu président de l'Autorité palestinienne, et à tous les dirigeants palestiniens : "Vous allez devoir décider de coexister vraiment avec l'Etat d'Israël, en éliminant du discours et du projet palestiniens toujours ambiguïté sur les frontières, la sécurité, l'identité future. Préparez-vous. Le monde entier va bientôt vous demander des garanties et des engagement précis."

Qu'est-ce que le monde attend maintenant, de façon pressante, des deux parties ?

- Des Israéliens, l'arrêt total des opérations militaires anti-palestiniennes ; le gel véritable des colonies, y compris de leur pseudo-croissance naturelle ; la levée des mesures d'asphyxie financière des territoires ; l'acceptation de l'ouverture des négociations politiques.

- Des Palestiniens, un engagement total de la police palestinienne contre les organisations et réseaux terroristes ; la mobilisation de toutes les autorités palestiniennes pour combattre réellement les incitations à la haine anti-israélienne dans les livres, les médias, les discours.

- Des deux, un accord pour des négociations politiques, sans préalable, l'acceptation d'un mécanisme international impartial d'observation. Cela permettrait de mettre en œuvre les conclusions de la Commission Mitchell et, plus encore, d'aller au-delà, c'est-à-dire à des négociations politiques.

Les obstacles à ces avancées décisives sont bien connus, ils se situent à l'intérieur des systèmes israélien ou palestinien de décision, et souvent dans la psychologie de leurs dirigeants.
En général, les Israéliens refusent une présence internationale par principe et pour la raison suffisante que les Palestiniens l'exigent ; ils acceptent encore moins une médiation internationale, qu'ils récusent par avance comme partiale, sauf celle des Etats-Unis, et encore. Les Israéliens refusent toute pression, même amicale. Et le système politique israélien ne facilite pas le chois courageux. Pourtant, cette action internationale pourrait être précieuse pour les Israéliens, depuis une meilleure surveillance du terrain, tuile contre le terrorisme, jusqu'à la présence active dans les négociations, pour obtenir et solenniser les engagements pris pour le respect futur de la sécurité et de l'identité d'Israël.
Quant au mode de fonctionnement de l'Autorité palestinienne, outre qu'il frustre les Palestiniens avides de modernité et de démocratie, il favorise le report à toujours plus tard des engagements qu'il faudra pourtant prendre à l'égard des Israéliens. Aux dirigeants de futur Etat palestinien de se montrer hommes d'Etat.
Aujourd'hui, il s'agit pour les Israéliens et les Palestiniens de sortir ensemble de l'impasse. Ils doivent accepter que les Américains, de plus en plus déterminés à ne plus laisser les choses en l'état, la France, engagée pour la paix au Proche-Orient depuis si longtemps, les autres Européens, la Russie, les pays arabes, notamment l'Egypte, la Jordanie, le secrétaire général des Nations unis, d'autres encore, les aident à surmonter dans chaque camp des obstacles ou des oppositions internes devenus insupportables, mais sans doute impossibles à franchir sans une aide extérieure.
Si je ne propose pas, à ce stade, de nouvelle initiative diplomatique, c'est parce que plusieurs formules de relance des négociations sont déjà sur la table, et disponibles. C'est aussi parce que, sans une volonté authentique d'aboutir, aucune ne donnera de résultat.
Je m'adresse aux Israéliens et aux Palestiniens, aux hommes d'Etat israéliens et palestiniens : il faut bouger ! Faisons-le tous ensemble. Hors de cela, il n'y a que le malheur comme perspective. "

NB : D'autres articles d'Hubert Védrine sont disponibles sur son blog : www.hubertvedrine.net.

Quelles suites ont été réservées à ce vibrant appel du ministre des affaires étrangères Hubert Vedrine alors en fonction ?
Sept années plus tard, les colons israéliens ont abandonné la bande de Gazza, rendant ainsi de facto possible l'opération « défensive » baptisée « Plomb durci » lancée à l'arrivée de l'hiver par Tsahal en réponse à des tirs de roquettes en provenance de cette bande de terre improductive dominée par les membres et les sympathisants du Hamas, alors que le président élu B. H. Obama attendait avec une impatience difficilement dissimulée l'heure de son investiture, que l'Etat d'Israël et l'Union européenne, de plus en plus préoccupée à manifester formellement son ambition de devenir un acteur global dans le monde, venait de conclure un accord historique, au grand dam des Parlementares européens, et enfin, que l'Union pour la Méditerranée venait de produire une première déclaration politique augurant de jours meilleurs en Méditerranée ! !

Est-il vraiment nécessaire de préciser ce qu'il est advenu de ces belles et nobles intitiaves ??
La Communauté internationale proteste et proteste encore ! Le Conseil de Sécurité des Etats-Unis adopte de nouvelles résolutions  ... ! Autant de .... paroles aux vents,  de jets de bouteilles à la mer, de coups d'épée dans l'eau, de rêves d'hommes éveillés et d'écrits sur le sable !!
L'Alliance atlantique se réforme à l'instar du système économique et financier international, contraint et forcé de bouger ses propres lignes par une série de crises qui n'en finit pas de révéler ses scandales et ses catastrophes !

Pourtant, deux évènements majeurs intéressant en premier chef le Proche Orient sont intervenus depuis lors :
Primo, la droite et l'extrême droite israéliennes ont balayé le Parti travailliste lors des dernières élections ...., cette situation suscitant les plus grandes inquiétudes quant au renvoi aux callenques grecques de feu le "processus de paix" et les espoirs de tous ces peuples de la région auxquels la Politique et la Religion pourraient bien finir par apparaître comme deux manifestations du diable en Terre Sainte contre l'Esprit, ou, à défaut (notamment chez les laïcs, les athées et les agnostiques et chez les croyants "récalcitrants" malgré la pression des radicalismes de tous poils dont ils font quotidiennement l'objet) comme deux expressions d'un même projet funeste contre le coeur et la raison réunis !
Secundo : " Une controverse agite le landernau washingtonien, la nomination de l'ambassadeur Chas Freeman comme directeur du National Intelligence Council (NIC) par l'amiral Blair, nouveau directeur du renseignement national - nomination non soumise à approbation parlementaire. Se livre une bataille rangée d'influence entre pro-israéliens et les voix plus modérées qui considèrent qu'un rééquilibrage de la position US est nécessaire, y compris celles qui ne partagent les vues de Freeman, dont le franc parler a fait la réputation - et qui considère que la Hamas doit être tenu comme interlocuteur.
Le commentateur républicain Rich Lowry dans le New York Post ou d'autres dans le Wall Street Journal, auxquels ont répondu avec force 14 anciens ambassadeurs (!)au nom de la confrontation des idées et de la libre expression d'opinions différentes du "mainstream", ont vivement critiqué ce choix. Il est vrai que celui-ci exprime une rupture avec la ligne traditionnelle d'amitié sans condition des USA avec Israël, à l'heure du retour de Nethanyahou. Alors que c'est l'Asie qui a ouvert le mandat d'Hillary Clinton, le Proche-Orient n'a pas tardé à s'imposer comme le centre de la controverse sur la politique étrangère de la nouvelle administration.
Devant la levée orchestrée de boucliers, la nomination de Freeman dévoile un principe simple de la politique américaine, pour reprendre les termes d'autres observateurs: quel soutien aux politiques controversées du vieil allié est nécessaire comme "condition" d'une nomination dans toute administration? Cela a une conséquence plus simple encore: une injonction de la Maison-Blanche contre le choix de l'amiral Blair pourrait être interprétée comme l'abandon de toute velléité de réorientation de la politique américaine dans la région, qui est pourtant indispensable à l'influence américaine et à un réglement déjà improbable du conflit. Les premiers signes étaient plutôt encourageants avec la désignation de George Mitchell comme envoyé spécial, mais la controverse en cours prend un tour inattendu qu'il est intéressant de suivre. " (cf. l'article de Yannick Mireur intitulé : Bataille d'influence - yannick-mireur.blogspot.com/2009/03/bataille-dinfluence.html).
Probable objectif caché des différentes parties au sampiternel conflit israélo-palestinien soucieux de donner toujours plus de publicité internationale à leur cause, la communauté internationale lui accorde à nouveau une certaine centralité dans son agenda !
Etait-ce vraiment nécessaire d'en passer par autant de cynisme, de violences et de drames si cette centralité retrouvée ne sert à rien, une fois encore ?

 



Par ERASME - Publié dans : Méditerranée & Proche Orient
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

Penser pour agir !

" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
 "
  (Voltaire)

 

" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller

jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)

 

 

Recherche

Catégories

Recommander

Conseils de lecture

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés