Au moment où le Président Dmitri Medvedev annonce "un réarmement à grande échelle" de son pays, une
commission américaine bipartisane présidée par les sénateurs Chuck Hagel, républicain, et Gary Hart, démocrate (retraité), vient de transmettre un rapport au vice-président Joe Biden et
au conseiller à la Sécurité nationale James L. Jones qui invite à apaiser d'urgence la relation avec Moscou et à la doter de "nouveaux mécanismes institutionnels".
Créée au mois d'août 2008, en pleine guerre russo-géorgienne, et sponsorisée par le Nixon Center et le Belfer Center d'Harvard, cette
commission considère que renforcer les relations russo-américaines est d'autant plus critique que les "intérêts vitaux" [et] de sécurité des USA ne pourront être défendus
avec succès sans la Russie, convaincue que le coût d'une Russie devenant le sponsor d'un Iran nucléarisé serait colossal pour les Etats-Unis.
Plaidant en faveur d'une politique d'apaisement avec la Russie malgré le durcissement des politiques intérieure et
étrangère russe, son rapport juge indispensable que les Etats-Unis distinguent entre ses "intérêts absolument vitaux" (non prolifération nucléaire, lutte contre
le terrorisme stratégique, reconstruction de l'économie globale, sécurité énergétique, etc.) et les autres enjeux.
Dès lors, et bien qu'elle considère important que l'Alliance atlantique
établisse une relation spéciale avec ces Etats, elle affirme que l'adhésion de l'Ukraine et la Géorgie à l'OTAN, qui participerait à réduire la sécurité de
l'Europe au lieu de l'accroître, ne saurait constituer une priorité en soi, surtout au moment où l'OTAN doit faire face à d'autres défis critiques sur d'autres théâtres.
La commission Hart-Hagel invite également l'administration Obama à regarder avec des yeux neufs la question de la défense
antimissile en Europe et à y associer la Russie, et plaide pour un "dialogue sérieux sur le contrôle des armements" et une accélération de l'ahésion de ce pays à l'OMC.
Soucieuse de prévenir toute critique pouvant émaner de la part de ceux qui jugent que l'agressivité actuelle de la Russie est le résultat de la dynamique
interne au régime actuel plutôt que le boomerang des erreurs de Washington, cette commission souligne que la Russie sera "au mieux un partenaire difficile", tout en n'excluant pas que
Moscou puisse choisir de prendre "une direction inacceptable". Si les efforts russes pour rétablir une zone d'influence doivent être combattus, les Etats-Unis doivent toutefois
"éviter de se mettre en concurrence" avec Moscou dans son voisinage immédiat. "Nous ne devons pas devenir l'instrument des pays de la région, dont les intérêts ne coîncident pas
toujours avec les notres."
Enfin, cette commission n'a pas jugé utile d'introduire dans son rapport des éléments d'analyse ayant trait à l'apparition dans le paysage stratégique dans lequel se joue la défense des
intérêts "absolument vitaux" des Etats-Unis et de la Russie, de nouveaux acteurs stratégiques clés tels que l'Organisation de coopération de Shangaï, d'une part, et l'Union européenne
(qui s'emploie à apparaître comme un nouvel acteur global dans le monde), d'autre part. Or ces nouveaux acteurs internationaux entretiennent des rapports étroits avec les précédents, et possèdent
des dynamiques propres - internes et externes - qui sont susceptibles d'interférer avec la nouvelle dynamique d'apaisement que la commission appelle de ses voeux. Sans
oublier l'Alliance atlantique dont la réforme en cours ouvre de réelles perspectives d'apaisement qui devraient se concrétiser dans les actes lorsque les doutes seront définitivement
levés quant à sa véritable finalité.
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)