Le sentiment d'impuissance des dirigeants politiques et des principaux agents économiques, monétaires et
financiers devant la multiplication des facteurs de tensions et de chocs et de leurs effets dévastateurs sur l'économie et l'emploi ébranle profondément la confiance des peuples dans les ressorts
d'une économie mondiale financiarisée et monétarisée autant que dans la capacité des Etats et du politique à assumer en compétence les responsabilités que les nations leur ont
confiées au travers d'un Pacte constitutionnel !
Comment ces mêmes peuples pourraient-ils croire dans le salut politique lorsque les
principaux dirigeants s'adressent des messages hostiles à la veille de négociations extrêmement lourdes de conséquences pour la restauration des grands équilibres planétaires ?
Comment pourraient-ils croire au retour de la confiance lorsque l'évocation de la défense des intérêts des salariés de l'économie mondiale
est taxée de 'populisme' dans les milieux - arrogants et cyniques - des fauteurs de désordres économiques et financiers et des observateurs de tous poils qui pérorent dans les
media ?
Quelle confiance peut encore être accordée au système monétaire international actuel alors que le dollar apparaît de plus en plus comme le véritable
'produit toxique', sinon le 'poison', de toute l'économie mondiale ?
Maintenir le statu quo monétaire ou réformer le système monétaire international ?
Un panel de conseillers des Nations unies a suggéré qu'il était peut-être temps de trouver un meilleur moyen de gérer le système monétaire mondial, un système basé sur la
confiance. "Meilleur", c'est-à-dire utilisant autre chose que le dollar américain comme devise de référence planétaire.
La nécessité de réformer le système de Bretton Woods est devenue
inéluctable ! Or, ce système n'évoluera que lorsque l'étalon dollar sera abandonné.
L'initiative en marge du G20 de la Russie,de l'Inde, du Brésil et de la Chine de demander la fin de l'étalon dollar constitue un premier pas en ce
sens. L'aspiration de certains promoteurs de l'Euro d'en accroître encore le rôle et le statut sur la scène internationale mérite également que l'on s'y attarde (cf. notamment
l'article de ce blog intitulé Jeux et enjeux monétaires : le rôle international de l'Euro
et les articles auxquels il renvoie).
Pour certains experts de ces questions,
l''heure semble venue d'édifier un nouveau système monétaire en renonçant au système monétaire actuel et en revenant à un système basé sur l'or, le FMI fonctionnant
alors comme une sorte de super-banque centrale accordant aux pays des "droits spéciaux" sur l'or.
La Chine, qui a annoncé son intention de faire passer ses réserves d'or de 600 à 3000 tonnes en 2 ou 3ans, dispose, à elle
seule, des moyens de "faire plier" le dollar.
L'économie mondiale peut-elle se permettre de se soumettre à la seule décision chinoise en pareille matière ? Evidemment, non
!
Pour autant, les autorités en charge de l'organisation du G20 n'ont pas jugé utile (parce qu'impossible) d'incrire à l'ordre du jour de son sommet du 2
avril des travaux relatifs à une telle 'révolution', de trop fortes tensions opposant encore ses différents acteurs. Les sujets qui y seront abordés traitent certes de
préoccupations importantes, mais qui ne sont pas véritablement stratégiques, à l'exception de la question relative à la régulation des paradis fiscaux (sujet à propos duquel le
pragmatisme invite à ne faut pas attendre de résultats spectaculaires !).
Besoin de Coordination ou Coopération internationale ?
Face à la multiplication de tensions et de chocs systémiques, les dirigeants politiques rigidifient leur posture nationale : à la 'coopération la
plus étroite' des agents politiques, économiques et financiers est désormais préférée le retour à la "sacro-sainte" 'coordination intergouvernementale' au nom de la "souveraineté des
nations" et de l'exigence de "protection des intérêts nationaux" !
Si la multiplication des organisations internationales et
multilatérales rend inéluctable l'élaboration de systèmes de gouvernance articulés sur des processus et des institutions qui privilégient d'abord la coordination, il appartient
néanmoins aux dirigeants politiques d'ouvrir de la manière la plus claire qui soit la perspective d'une gouvernance centralisée, laquelle exige d'accepter, le moment venu, en conscience et
en responsabilité, le transfert ou le partage de certains pans de la souveraineté nationale.
Les dirigeants européens doivent faire la preuve de la cohérence de leurs réflexions, de leurs décisions et
de leurs initiatives stratégiques lorsqu'ils se retrouvent à Bruxelles, à Paris, à Berlin, à Londres, à Copenhague, à Doha ou ailleurs dans le monde ! Et plus particulièrement
lorsqu'ils se retrouvent en présence d'acteurs qui en appellent aux solidarités internationales, multilatérales ou régionales en pensant peut-être d'abord, eux aussi, une fois
encore, à la protection de leurs intérêts nationaux (cf. l'article de ce blog intitulé Finding a path away from NATO
de-solidarisation) au risque de porter un coup fatal à la conception européenne
de l''intérêt collectif.
Ne serait-ce que pour être en mesure d'appeler les citoyens - et électeurs - européens à faire confiance à la
sincérité de leur engagement personnel et de celui de leur famille politique au service d'un projet européen qui plaide en faveur de plus de solidarités et de démocratie
européennes ! Autant de motivations qui sont censées les avoir habité lorsqu'ils ont finalisé le Traité de Lisbonne et qu'ils se sont engagés dans les réformes du système
financier international, du système de régulation internationale en faveur de l'écologie .... et de l'OTAN !!
Réformer l'OTAN ou l'Alliance atlantique ?
Dans une déclaration
récente, le Secrétaire général de l'OTAN affirme que L'Otan juge dépassée la doctrine russe de défense !
Sans attendre la réponse du berger russe à la bergère, interrogeons-nous à notre tour sur le sens de la réforme que nous voulons entreprendre à
l'ouest !
Doit-on se satisfaire d'une réforme (transformation) dans le seul domaine de la défense collective ? (cf. La transformation, pour quoi faire ? Défis
d'aujourd'hui et de demain)
Dans les contextes économique, monétaire, géopolitique, géostratégique et sociaux actuels et futurs, ce n'est pas tant l'OTAN qui a besoin d'une réforme
en profondeur mais bien davantage l'Alliance atlantique (cf. à cet éard l'article suivant : De la révision du concept stratégique de l'OTAN
!).
L'heure est venue de changer le but, les objectifs, les institutions et les instruments de l'Alliance atlantique en les ouvrant aux
dimensions économique et politique, conformément à l'esprit qui anima les protagonistes du partenariat transatlantique initié en 1995.
Pourquoi les dirigeants politiques des Etats membres de l'Alliance atlantique ne s'engageraient-ils pas dès 2010 dans une démarche visant à
établir une Organisation de Coopération Transatlantique (OCT) articulée sur plusieurs niveaux de participation (membres, observateurs, invités) à l'instar de ce que des grands
puissances nucléaires membres du Conseil de sécurité des Nations-Unies comme la Chine et la Russie ont su oser entreprendre au travers de l'Organisation de Coopération de Shangaï
alors que même leurs seuls intérêts nationaux auraient pu leur dicter un autre choix ? La dimension économique comme la dimension démocratique et parlementaire de ce
nouveau partenariat stratégique transatlantique pourraient alors y trouver le cadre de coopération politique et institutionnel indispensable
à l'action.
La normalisation/banalisation de la position française au sein de l'Alliance atlantique qui résulte de la réintégration de la France dans les
structures militaires intégrées de l'OTAN rend désormais possible une telle option.
L'avoir choisie impose à la France de l'assumer jusqu'au bout et de lui donner du sens, tout son sens, en responsabilité !
Cependant, il est essentiel de ne pas brûler les étapes ! Et de ne pas sacrifier le projet européen sur l'autel d'un "
occident " en quête d'un nouvel avenir !
Avant de prendre la décision de s'engager concrètement ou non dans une telle voie, les autorités politiques
européennes doivent mesurer ce que l'objectif affiché de double autonomie politique et stratégique de l'Union européenne emporte comme exigences et comme potentialités dans la
perspective d'une telle coopération stratégique.
Ils doivent évaluer la nature et l'intensité des impacts politiques, stratégiques, économiques, monétaires et sociaux de ce qu'ils envisageront de
mettre dans la "corbeille de mariage" sur les dynamiques de même nature propres à l'Union européenne (UEM, Espace de liberté, de sécurité et de justice, système de sécurité de
l'Union, etc.), à son projet politique et à son système si singulier de gouvernance globale à l'échelle d'un territoire/pole régional (l'Europe) ; leur analyse
devant naturellement intégrer leur propre appréciation des effets des autres décisions prises par ailleurs dans d'autres enceintes internationales sur ces mêmes dynamiques,
notamment dans les domaines monétaire, financier et commercial.
Ils doivent enfin évaluer et anticiper les conséquences de leur choix notamment dans les domaines où l'Union dispose d'une compétence exclusive (réforme
ou non du concept stratégique de la politique monétaire de l'Union, établissement ou non d'un concept stratégique pour la politique commerciale de l'Union, établissement ou non d'un concept
stratégique pour la politique de sécurité de l'Union, etc.) !
Vouloir accéder au pouvoir n'a de sens, d'utililité et de légitimité en démocratie que lorsque l'on dispose des capacités requises pour l'exercer !
Les grands rendez-vous internationaux de l'année 2010l permettront aux citoyens, aux électeurs, aux contribuables et aux salariés du monde entier de
vérifier si leurs dirigeants disposent effectivement des capacités requises pour exercer les pouvoirs auxquels ils ont voulu accéder (We want pan-European politics, not a bureaucratic and undemocratic EU, by Declan Ganley).
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)