Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /Mars /2009 18:43

Regards-citoyens s'emploie à apporter à ses lecteurs des éléments d'analyse qui ont vocation à leur donner une capacité supplémentaire pour exercer pleinement leur citoyenneté sur tous les registres qui alimentent le débat démocratique et requièrent une implication de l'Etat.

Parmi ces registres, la course aux armements nucléaires, la dissuasion et la prolifération nucléaires occupent une place singulière.

Plusieurs articles disponibles sur ce blog y consacrent des analyses spécifiques ; notamment les articles intitulés : "Dissuasion et prolifération nucléaires, où en sommes nous ?" (cf. http://www.regards-citoyens.com/article-28747573.html), "Gordon Brown est favorable à une réduction de l'arsenal nucléaire dans le cadre d'une négociation sur le désarmement" (cf.  http://www.regards-citoyens.com/article-29179304.html), "La dissuasion demeure au centre de la sécurité nationale des Etats Unis comme au temps de la Guerre froide" (cf. http://www.regards-citoyens.com/article-29251847.html), ou encore "Les armes nucléaires, un sujet de débat pour la démocratie ? Le point de vue de Michel Rocard" (cf. http://www.regards-citoyens.com/article-29511255.html).

Dans un article publié dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 1er avril sous le titre « Le réveil du désarmement nucléaire et l' "option zéro" », Laurent Zecchini propose une analyse critique d'une idée longtemps passée pour utopique : celle de l' "option zéro" dans le domaine nucléaire militaire.

Regards-citoyens voulant servir de caisse de résonnance à de telles analyses, il propose au lecteur d'en prendre connaissance ci-après.
 
" L' "option zéro", un monde sans armes nucléaires, est-ce possible ? Loin d'être une utopie pour pacifistes, l'idée a été défendue par Barack Obama pendant la campagne présidentielle américaine. Elle figurera en toile de fond des discussions que le chef de la Maison Blanche aura avec le président russe Dmitri Medvedev, mercredi 1er avril, à Londres, qui marqueront la reprise des négociations sur les armements nucléaires.
 
Il est temps : la planète est arrivée à un dangereux tournant de la prolifération nucléaire, les négociations russo-américaines sur le désarmement ont été laissées en jachère, et la Conférence sur le désarmement est en léthargie depuis treize ans. Les pays proliférants (Iran, Corée du Nord) n'ont pas tort de dénoncer l'hypocrisie des puissances nucléaires historiques (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France), qui n'ont pas fait mine de respecter leur promesse du traité de non-prolifération des armes nucléaires (TNP), dont l'article 6 prévoit que les parties signataires oeuvreront en faveur d'un "traité de désarmement général et complet".
 
Certes, les appels de l'Iran en faveur de l' "option zéro" seraient plus crédibles, si la République islamique n'était pas suspectée de mener un programme secret pour produire de l'uranium hautement enrichi, une matière fissile permettant de mettre au point une arme nucléaire. Mais Gordon Brown, le premier ministre britannique, se pose lui aussi en défenseur d'un monde sans armes nucléaires, sans pour autant renoncer au renouvellement de sa flotte de sous-marins nucléaires dotés du missile Trident...
 
C'est bien la difficulté : l'élimination totale de l'arme atomique est la meilleure garantie de sa non-utilisation, mais comment désarmer collectivement ? La démocrate Ellen Tauscher, appelée à prendre en charge le dossier du contrôle des armements dans l'administration Obama, ainsi qu'Ivo Daalder, qui va devenir le prochain ambassadeur américain auprès de l'OTAN, sont des partisans de "Global zéro", du nom de la campagne mondiale qui a été lancée en janvier 2008.
 
L'intention de M. Obama de faire du désarmement nucléaire "l'élément central" de la politique nucléaire américaine a été bien accueillie par Moscou. D'autant que l'élargissement de l'Alliance atlantique aux marches de la Russie - qui cherche à se recréer une sphère d'influence -, la guerre de Géorgie d'août 2008, le projet américain d'installer un site de défense antimissile en Pologne et en République tchèque ont gravement hypothéqué les relations bilatérales.
 
Pendant huit ans, l'administration de George Bush s'est largement désintéressée du dossier du désarmement, sauf pour dénoncer unilatéralement le traité ABM (antimissile) de 1972, afin d'avoir les coudées franches pour se lancer dans un programme de défense antimissile dispendieux et à l'efficacité aléatoire.
 
Or le compte à rebours a commencé. Dans huit mois, le 5 décembre, le traité Start sur les armes stratégiques, qui a permis de réduire les arsenaux de chacune des deux grandes puissances de 10 000 à environ 6 000 têtes nucléaires, arrive à échéance. Au-delà, c'est l'inconnu. Le traité SORT de 2002 prévoit certes de ramener d'ici à 2012 les deux arsenaux à 1700-2 200 têtes nucléaires chacun, mais il expire à la même date.
 
Les discussions entre M. Obama et M. Medvedev ne peuvent déboucher sur l' "option zéro", mais nombre d'experts estiment que la Russie et les Etats-Unis pourraient ramener leurs arsenaux respectifs à 1 000 têtes nucléaires, sans nuire à la crédibilité de leur dissuasion.
 
M. Obama dispose d'une panoplie d'autres moyens pour étayer ses intentions en matière de désarmement nucléaire. Outre que le nombre d'armes atomiques en alerte pourrait être fortement réduit, le chef de la Maison Blanche s'est engagé à faire ratifier le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBT) par le Congrès. Au-delà, la relance des négociations en faveur d'un traité d'interdiction de la production des matières fissiles accroîtrait l'autorité de Washington vis-à-vis des Etats proliférants.
 
Enfin, l'administration Obama, qui n'est pas convaincue de la nécessité de la défense antimissile en Europe, serait prête à y renoncer si Moscou réussissait à convaincre Téhéran d'abandonner son programme nucléaire militaire.
 
Un cercle nucléaire vertueux pourrait donc être engagé à la faveur de la reprise des négociations russo-américaines sur le désarmement nucléaire. Si elles sont fécondes, l'échec annoncé de la Conférence sur le désarmement de 2010 pourra être conjuré. Lors d'étapes ultérieures, les autres puissances reconnues, la Chine, la Grande-Bretagne et la France, devront elles aussi réduire leur arsenal, ne serait-ce que pour donner l'exemple aux puissances "de fait" (Inde, Pakistan et Israël), et couper court à l'aventurisme nucléaire de l'Iran et de la Corée du Nord.
 
Si une telle perspective semble encore relever de l'utopie nucléaire, l'alternative est connue : une "cascade" de proliférations, la mort définitive du régime de non-prolifération, une hausse de la probabilité d'emploi de l'arme nucléaire, et la renucléarisation des relations internationales. Ce n'est une option pour aucun pays. "

Comme le souligne en filigrane Laurent Zecchini, l'activité sous-marine a encore un très bel avenir devant elle. Y compris dans le domaine très fermé de la dissuasion nucléaire et dans celui plus ouvert de la propulsion nucléaire. Et les marchés d'armement dans ce domaine semblent prospérer comme jamais depuis la fin de la seconde guerre mondiale.


PS : Que le lecteur de ce blog ne s'aventure surtout à penser que la parution d'un tel article le 1er avril en réduit la portée à celle d'une simple galéjade ! L'article comme le sujet sont beaucoup trop sérieux pour qu'un quotidien aussi sérieux et aussi lu que Le Monde et qu'un journaliste d'aussi grande qualité que Laurent Zecchini s'y soient eux-mêmes aventurés.

Par Patrice Cardot - Publié dans : Jeux, enjeux et défis globaux
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