Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 15:17

Regards-citoyens s'emploie à apporter à ses lecteurs des éléments d'analyse qui ont vocation à leur donner une capacité supplémentaire pour exercer pleinement leur citoyenneté sur tous les registres qui alimentent le débat démocratique et requièrent une implication non seulement de l'Etat mais, plus généralement, de la puissance publique.

Parmi ces registres, les propositions en faveur du renforcement des instruments de la gouvernance mondiale sur les registres économique, monétaire, financier, commercial, du développement, de la paix et de la sécurité internationale occupent une place importante.

Dans un entretien avec Sylvain Cypel publié dans l'édition du quotidien Le Monde en date du 2 avril sous le titre « L'important n'est pas de réguler les entités juridiques, mais les fonctions qu'elles occupent dans le système », Rama Cont, professeur à l'université Columbia, à New York, où il dirige le laboratoire d'ingénierie financière, appelle à la création d'une autorité internationale édictant des indicateurs de risque sur la stabilité financière mondiale. Rama Cont a travaillé avec Marco Avalleda, de la New York University, à l'élaboration d'une chambre de compensation bancaire, créée le 9 mars, pour résorber le risque systémique des opérations sur les produits financiers de dette dit "CDS".

Regards-citoyens voulant servir de caisse de résonnance à de telles propositions, ect entretien est reprodduit ci-après.

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Comment avance l'idée de régulation du système financier international ?

Il y a deux ans, le débat portait sur : " Faut-il ou non réguler ? ". Aujourd'hui, le seul débat est : " Comment réguler ? " Ainsi les banques d'affaires sont soumises à Bâle 2, un accord de régulation dite micro-prudentielle. Chaque banque doit disposer d'un capital minimal réglementaire. Initialement, il était proportionnel au volume de ses engagements. Depuis 2003, il dépend du risque pris par son portefeuille sur dix jours. Plus on prend de risque, plus on doit augmenter sa capitalisation.

Or, cette règle est très insuffisante. Bear Stearns, la première banque d'affaires en cessation de paiement, était capitalisée au-dessus du montant nécessaire. Bâle 2 n'a rien empêché.

La question est de savoir si une institution fait défaut, quel serait l'impact sur tout le système ? Or on ne sait pas le dire. Jusqu'à la défaillance de l'assureur AIG, les régulateurs n'avaient aucune conscience du montant de ses engagements vis-à-vis des banques. Pourquoi ? Un régulateur demande à ses banques nationales de lui fournir une estimation agrégée de leurs risques. Mais elles ne fournissent pas la liste des établissements avec lesquels elles contractent.


Quels enseignements peut-on tirer de la crise ?

Bear Stearns, bien capitalisée, s'est effondrée parce que sa surveillance ne tenait pas compte du risque qu'elle impliquait pour ses contreparties en cas de défaut.

Les leçons de l'effondrement du fonds spéculatif (hedge fund) LTCM, en 1998, n'avaient pas été tirées. Ce fonds de 4 milliards de dollars, au moment de son défaut, avait des pertes journalières de 400 millions. Une somme a priori ridicule pour menacer tout le système. Pourtant, la Réserve fédérale américaine a dû sauver LTCM parce que ce fonds avait pour contrepartie un ensemble d'établissements internationaux. Son effondrement se répercutait sur des centaines de milliards de dollars.

Qu'en concluez-vous ?

Pour savoir si un établissement fait peser un risque systémique, il faut être capable de connaître son rôle exact. Il est impossible de réfléchir à une architecture financière stable si le régulateur n'a aucune prise sur une société comme AIG ou sur certains hedge funds qui jouent un rôle de contrepartie énorme dans le système. Il faut cesser de penser en termes d'entités juridiques - banques, fonds d'investissement, assureurs - pour réguler les fonctions financières.

Pourquoi Washington accorde-t-il peu d'importance à une meilleure régulation des hedge funds ?

Le terme hedge fund couvre des activités très différentes. En 2006, le fonds Amaranth a fait défaut sur son portefeuille de produits dérivés sur le gaz. Avec 9 milliards de dollars, il était deux fois plus gros que LTCM. Or, sa chute n'a eu aucune conséquence systémique. Parce qu'Amaranth occupait une niche.

L'important n'est pas de réguler les entités juridiques, mais les fonctions qu'elles occupent dans le système. Les hedge funds jouent un rôle important : ils prennent les risques que les autres investisseurs ne prennent pas, ce qui peut être utile. Quand la bulle des subprimes éclate, certains fonds ont joué un rôle d'absorbeur du choc. Mais le défaut d'autres pouvait infliger des pertes à tout le système. Quand une banque a une exposition importante à un tel fonds, il faut le savoir. Et réglementer.

Peut-on parvenir à un "gouvernement mondial" du système financier ?

Le système est par essence global et sans frontières. Or, les régulateurs sont nationaux. Cette supervision ne sert à rien. Aucune institution internationale n'a le pouvoir exécutif de rassembler les données nécessaires pour créer un pôle de surveillance efficace, a fortiori avec un pouvoir coercitif.

Que faire ?

Il faut distinguer deux niveaux : la centralisation mondiale des informations et le contrôle effectif. Les Etats-Unis s'opposeront à tout pouvoir coercitif extérieur sur leurs banques. Il faut installer une autorité internationale qui édicte des indicateurs de risque sur la stabilité financière mondiale. Regroupant les régulateurs nationaux, elle serait chargée de la surveillance, dotée d'un appareil régulateur strict mais sans juridiction. Une structure un peu analogue à Interpol qui coordonne les polices sans arrêter personne. Mais lorsqu'Interpol lance un mandat d'arrêt, les polices des pays adhérents doivent obtempérer. "

 

 

Par Patrice Cardot - Publié dans : Gouvernances multilatérales
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