Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /Avr /2009 11:09

Dans un précédent article consacré aux manoeuvres en cours relatives aux nominations des futurs grands responsables de l'Alliance atlantique et de l'Union européenne (cf. "Les manoeuvres politiques ont débuté pour les postes clés de l'Union européenne et de l'Alliance atlantique (1)" - http://www.regards-citoyens.com/article-29061921.html -), je me suis attaché à analyser quelques uns des enjeux associés à ces nominations et à commenter les postures de différents protagonistes qui occupent une place particulière dans ces grands mouvements, à divers titres.
J'y ai notamment écrit :
" Le soutien apporté par la Chancelière A. Merkel et le Président Sarkozy à la candidature de Anders Fogh Rasmussen, Premier ministre danois en exercice, au poste de Secrétaire général de l'OTAN fait figure de position des plus paradoxale !
Car proposer de confier la responsabilité de l'animation d'une organisation militaire transatlantique à un responsable politique d'un Etat européen qui a pris le parti de jouer la carte d'un opt out dans les domaines clé de l'intégration politique européenne qu'incarnent l'euro et la défense européenne (cf. l'opt out requis et obtenu par le Danemark lors de la négociation du traité de Maastricht qui l'exempte de l'obligation d'accéder à la troisième phase de l'UEM (passage à l'Euro) (cf. http://europa.eu/scadplus/leg/fr/lvb/l25061.htm), et l'opt out qu'il a requis et obtenu pour l'ensemble des questions ayant des implications militaires ou en matière de défense lors des négociations du traité d'Amsterdam [Protocole n° 5 du traité sur l'Union européenne sur la position du Danemark (1997) - Article 6]), revient à reconnaître le caractère secondaire de cet enjeu d'intégration européenne en regard de la priorité accordée au partenariat transatlantique, sauf à considérer que le poste de Secrétaire général de l'Otan est aussi symbolique que le poste de Secrétaire général de certaines autres grandes organisations internationales !
Un tel message n'a pas simplement une valeur symbolique ! Il a une portée politique considérable : refuser d'adopter l'euro et renoncer à prendre part à la politique européenne de sécurité et de défense eu égard à l'étroite interdépendance entre ces deux attributs de souveraineté que constituent une monnaie et une politique de défense !
Faut-il pour autant sanctionner le Premier ministre Rasmussen, européen sincère et valeureux unanimement apprécié,  au prétexte que ses concitoyens ont choisi démocratiquement, en responsabilité, de mettre leur pays dans cette situation d'autant plus paradoxale qu'une partie du territoire danois, le Groenland, jouit d'un statut d'extraterritorialité vis-à-vis de l'Union alors qu'il héberge des installations stratégiques américaines et qu'il participe aux côtés des forces américaines à des conflits où l'Union européenne a pris le partir de ne pas engager de militaires en son nom et sous sa propre responsabilité ?
Le seul fait que M. Rasmussen ait décidé d'oeuvrer activement à l'abandon par son Pays, par la voie référendaire (un second référendum est programmé en fin d'année 2009), de ces différents opt out  ne constitue-t-il pas une garantie politique suffisante de la force et de la sincérité de son engagement au service deu projet politique européen ? 
Faut-il pour autant que les autres dirigeants européens renoncent à convoquer l'exigence morale de solidarité politique auprès du gouvernement autant que des électeurs danois en précipitant sa nomination, si tant est qu'elle soit effectivement possible (la Turquie ayant d'ores et déjà manifesté son hostilité à une telle candidature), au risque de donner aux citoyens de l'Union le sentiment de lui avoir accordé un "chèque en blanc", comme ce fut le cas déjà pour des Etats comme la Bulgarie et la Roumanie à qui l'Union européenne a accordé juridiquement, par voie de traité, le statut d'Etat membre sans que ni l'un ni l'autre n'aient rempli toutes les conditions politiques requises (notamment en matière de lutte contre la corruption institutionnelle) ?
Après le très médiatique "retour de la France dans l'OTAN", l'heure n'est-elle pas venue de faire en sorte que tous les Etats membres de l'Union, sans exception, s'emploient non seulement à revenir dans l'Union européenne mais à y exercer leurs responsabilités pour en faire un acteur politique capable de répondre de ses actes vis-à-vis des Peuples et des Etats dont il tient sa légitimité comme vis-à-vis du reste du monde ? En toute clarté, c'est à dire sans aucune ambiguîté et en toute transparence !
Le Président N. Sarkozy a donné le ton en matière de cette exigence de clarté en affirmant lors de son intervention du 11 mars à propos du retour de la France dans les structures militaires intégrées de l'Otan :
"Depuis 1966, la France s'est rapprochée de l'OTAN par étapes, le plus souvent sans le dire."
[..]

"Y-a-t-il donc des activités si secrètes qu'on doive s'abstenir d'expliquer aux Français ce que l'on y fait ? On a souvent parlé du mot « rupture », s'il y a bien une rupture, c'est celle de ce Gouvernement, dans la transparence des décisions qu'il assume."
[...]
"Le traité de Lisbonne lui-même établit le lien entre la défense européenne et l'Alliance atlantique. Il stipule que c'est dans l'Alliance que s'exerce la défense collective des alliés. Et ce lien, je le rappelle, il a été acté en 2003, par la Convention sur l'avenir de l'Europe puis par les ministres des Affaires étrangères réunis en Conférence intergouvernementale. Je n'étais pas Président de la République à cette époque."
[...]
"On peut avoir toutes les convictions que l'on veut, et elles sont parfaitement défendables, mais mentir, c'est le contraire de la démocratie."

Comment pourrions-nous ne pas être d'accord ?

Et ceci ne vaut pas uniquement que pour la France !

Les chefs d'Etat et de gouvernement ne doivent jamais oublier que leur parole engage d'abord leur Etat et leur Nation en même temps que l'Union européenne toute entière avant même d'engager leur propre personne ... et leurs conseillers qui ne sont jamais les "payeurs" ni de leurs erreurs, ni de leurs fautes !


Les citoyens européens étant particulièrement attachés à ce que ce postulat démocratique soit respecté en toutes circonstances, la vigilance eurocitoyenne est désormais à l'oeuvre ! Et une chose est certaine : elle le sera encore après les élections européennes ! " ;

Si certains observateurs, parmi lesquels figurent des diplomates britanniques, sont encore dubitatifs sur la réalité du "retour" de la France dans l'autre, au-delà du geste "symbolique" de son retour dans les structures militaires intégrées, demandant à "voir sur pièce" avant d'être définitivement rasssurés, nombreux sont les citoyens européens impliqués dans la dynamique militante en faveur d'une Union européenne davantage intégrée sur les registres les plus politiques, y inclus celui de la monnaie, qui émettent des doutes quant à l'existence d'un effet positif de la très probable nomination de M. Anders Fogh Rasmussen au poste de Secrétaire Général de l'Alliance atlantique, en remplacement du Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, sur les choix des citoyens danois concernant la levée de l'obstacle à l'entrée du Danemark dans la 3ème phase de l'UEM (adoption de l'Euroe) et de l'opt out relatif à la PESD.

Atlantiste convaincu, M. Fogh Rasmussen a également soutenu l'invasion américaine en Irak, où il a envoyé des troupes. Il parle français couramment, un atout essentiel dans l'organisation bilingue. En outre, le Danemark est l'un des rares pays européens à avoir déployé des soldats dans les zones les plus dangereuses de ce pays, aux côtés des troupes américaines. 

Quelle crédibilité peut-on accorder à la promesse faite de relancer l'Europe de la défense (expression dont l'ambiguïté ne s'avère pas spontanément constructive du point de vue du projet d'Union politique ...) une fois la France revenue dans les structures militaires intégrées de l'Otan dès lors qu'un Pays comme le Danemark maintiendrait sa double posture "abstentionniste" tout en bénéficiant d'un positionnement stratégique au sein de l'Alliance atlantique ?

En cette période où l'Arctique devient le théâtre d'enjeux stratégiques, écologiques et économiques considérables, peut-on croire un seul instant que le Danemark acceptera en outre de surseoir à l'extraterritorialité du Groenland vis à vis de l'Union européenne dont ce territoire danois jouit depuis 1985, privant ainsi l'Union de la possibilité de jouer un rôle central dans cette région importante de l'Arctique ?

Accordons au Peuple danois le bénéfice d'un doute constructif puisque c'est par la voie référendaire que l'Etat danois entend trancher ces différentes questions !

C'est à lui seul ainsi qu'au peuple irlandais qu'il appartient désormais de décider s'ils veulent s'affirmer comme acteurs pleinement responsables d'une Union politique en gestation douloureuse ou comme ses fossoyeurs !

La démocratie est à l'oeuvre en Europe ! Avec ses forces et ses faiblesses, ses vices et vertus !

Félicitons nous en !

Par Patrice Cardot - Publié dans : Lettres ouvertes
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