Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /Mai /2009 08:42

La crise financière et l'élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis offrent à l'Union européenne l'occasion de faire le point et éventuellement de modifier les relations avec ce grand allié, en remplaçant le New Transatlantic Agenda de 1995 par un nouvel accord mieux adapté aux réalités du moment. C'est la conviction du rapporteur de la commission des affaires étrangères du Parlement européen, l'Espagnol Francisco Millàn Mon (PPE-DE), qui estime que les conditions n'ont jamais été aussi propices pour le renforcement de la coopération transatlantique. La nouvelle administration américaine est consciente du fait qu'elle ne peut agir isolément dans le monde, et l'Union s'est élargie par rapport à 1995, et sera renforcée dans ses compétences par le Traité de Lisbonne : ceci justifie toute une série de changements sur le plan institutionnel. A ceci doit s'ajouter le renforcement de la coopération pratique, des discussions ouvertes sur des thèmes géopolitiques (Pakistan, Afghanistan, Russie), le renforcement du désarmement et de la lutte contre le terrorisme, dans le respect des droits de l'Homme, ainsi que la coopération dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.

Selon Alexandr Vondra, l'occasion de vérifier si cette volonté de changement est partagée par le président Obama s'est présentée au cours de la rencontre informelle qu'il a eu avec ce dernier à Prague, en avril, au nom du Conseil de l'Union européenne. M. Vondra se félicite du démarrage " énergique "de la nouvelle administration américaine, avec la volonté de résoudre les problèmes économiques mais aussi d'aborder des questions délicates telles que la fermeture de Guantanamo ou la recherche d'une solution au conflit au Proche-Orient. Ce changement de ton doit être suivi par des résultats concrets sur toute une série de sujets d'intérêt commun : 

  - sécurité énergétique et changement climatique ;

  - crise économique et financière : la réforme et la supervision du système financier doivent se daire en évitant toute distorsion de concurrence sur le marché transatlantique ;

  - Afghanistan ;: les attaques terroristes en Europe et aux Etats-Unis trouvent elur origine dans ce pays, et il fait l'expliquer aux citoyens, insiste M. Vondra, en rappelant que, le 10 mars 2009, le vice-président Joe Biden a clairement fait comprendre aux alliés européens qu'il s'attend à ce que leur engagement de pricnipe soit accompagné par la mise à disposition de ressources concrètes.

La Commission européenne est également favorable à un renforcement des relations avec les Etats-Unis, a confirmé Mme Benita Ferrero-Waldner : de tous ses contacts avec l'administration américaine, notamment avec Hillary Clinton et Joe Biden, elle retient l'impression que l'Union est leur " partenaire de choix en ce qui concerne la fiabilité ". L'Union doit être ce paratenaire fiable face aux défis de la politique internationale et de l'économie transatlantique (la moitié de la production et des échanges dans le monde). Dans cette relation transatlantique renouvelée, " les législateurs auront un rôle crucial ", a affirmé Mme Ferrero-Waldner. Les membres du Parlement européen, qui ont déjà des relations suivies avec la Chambre des Représentants, devraient aussi cultiver les relations avec le Sénat, selon la Commissaire.

Lors de l'examen de son rapport en plénière, le 26 mars 2009, Francisco Millàn Mon a été largement suivi par le Parlement européen. 

Quelques commentaires méritent néanmoins d'être soulignés : le Roumain Adrian Severin (groupe socialiste) souligne qu'une coopération transatlantique renforcée ne doit pas être perçue comme une " alliance contre la Russie " ; la Britannique Sarah Ludford (groupe ADLE) a invité les Etats-Unis à fermer Guantanamo mais aussi tous les centres de détention de la CIA, en mettant fin à un " honteux outsourcing de la torture " ; Mme Ludford a soulevé un autre problème particulier, le traitement des non -Américains qui participent aux jeux de hasard online. Je n'ai pas une sympathie particulière pour les joueurs, a dit Mme Ludford, mais j'ai je suis contre les discriminations ; des problèmes immédiats doivent être résolus, a souligné l'Allemande Erika Mann, membre du même groupe, en évoquant les conflits commerciaux (en particulier l'affaire Airbus / Boeing), la sécurité des conteneurs, les industries à grande consommation d'énergie ; le conservateur britannique James Elles a attiré l'attention sur un phénomène qui s'est généralisé au cours des dernières années : l'arrivée en masse de think-tanks américains à Bruxelles, " pour nous dire ce que nous devons faire ", mais demande M. Elles, où sont nos propres think-tanks, en souhaitant un peu plus d'équilibre dans ce domaine ; l'Union ne doit pas se limiter à des revendications vis-à-vis des Etats-Unis, a estimé le social-démocrate allemand Helmut Kuhne : les Européens doivent dire ce qu'ils sont prêts à faire, notamment en ce qui concerne la mission de police en Afghanistan et la reconstruction dans ce pays ; la Pologne a une " dette de reconnaissance " vis-à-vis des Etats-Unis, a rappelé Urszula Gacek (PPE-DE), car ils lui ont permis de devenir membre de l'Otan avant même d'entrer dans l'Union, mais ce soutien n'est pas entièrement automatique. Un petit nombre d'élus s'est montré plus sceptique quant au renforcement des relations transatlantiques, notamment les parlementaires des nouveaux pays membres qui déplorent la politique des Etats-Unis en ce qui concerne les visas : 80 millions d'Européens doivent encore faire la queue devant les consultats américains pour obtenir leur visa, s'est exclamée la Bulgare Dushana Zdravkova (PPE-DE). Le scepticisme du conservateur britannique Geoffrey Van Orden est d'une nature plus fondamentale : il invite les Etats-Unis à " ne pas interprêter le discours européen comme un fait ", mais comme une histoire qui n'est pas partagée par ceux des citoyens européens qui restent attachés à l'idée de souveraineté nationale.

L'administration américaine semble avoir entenu une grande partie des messages que nous lui avons envoyés, a conclu Alexandre Vondra : " dans la phase active du débat, les Européens ne devront pas s'étonner si elle lui demande des engagements concrets, notamment en ce qui concerne l'Afghanistan. Pour être un partenaire crédible dans cette nouvelle phase, l'Europe devra parler d'une seule voix ".

Ce qui est loin d'être acquis, que le Traité de Lisbonne soit ou non ratifié (cf. notamment à l'égard des problèmes de gouvernance de l'Union européenne De la gouvernance de L'Union européenne ! ou encore le dossier en 3 articles dont le premier s'intitule L'Union doit faire face aux nouveaux défis de sa gouvernance (1) ) !

Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, diplomatie, partenariats et défis globaux
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