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Le renforcement du contingent américain en Afghanistan, avec ses problèmes logistiques, va entraîner un
accroissement du nombre de missions sous-traitées aux compagnies de sécurité privées.
Le Pentagone souhaite notamment intensifier le recours aux sociétés de sécurité pour assurer la protection des convois logistiques civils en provenance du Pakistan et sur l'axe Kandahar-Kaboul,
mais aussi pour renforcer la sécurité de ses installations.
Afin de limiter les risques de dérives, le département de la Défense vient d'établir une structure baptisée ACOD (Armed Contractor Oversight Directorate), dont
la gestion a été confiée au britannique Aegis, pour près d'un million de dollars, et qui sera chargée de coordonner l'activité des différentes sociétés opérant en Afghanistan et leur apporter un
soutien administratif et logistique.
Par ailleurs, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a récemment indiqué que cet appel aux privés s'appuierait sur des sociétés afghanes. Officiellement, une quarantaine de compagnies de
sécurité sont actuellement enregistrées par les autorités afghanes, dont près de la moitié sont des sociétés locales, souvent jugées peu professionnelles par les experts occidentaux.
Mais ces entreprises de sécurité sont en réalité bien plus nombreuses. Elles emploient près de 20 000 hommes, rémunérés entre 75 et 150 dollars par mois, parfois mieux armés que les forces de
sécurité régulières. Plusieurs compagnies étrangères se sont partiellement désengagées du pays ces derniers mois, jugeant la concurrence avec des entreprises locales, proches du pouvoir, inégale
et les règles administratives, fixées par Kaboul, trop contraignantes.
Ce recours du Pentagone à des sous-traitants afghans, "de facto" imposés par la situation locale, devrait par ailleurs rendre caducs les mécanismes de contrôle et l'encadrement
judiciaire prévus par le Military Extraterritorial Jurisdiction Act (MEJA), en cas de faute commise par des civils américains travaillant pour le Pentagone.
En effet, selon le DoD, à peine quelques dizaines des 3 850 agents de sécurité étrangers actuellement présents en Afghanistan sont citoyens américains. D'ores et déjà, certains observateurs
pointent du doigt le risque que constitue ce recours massif aux sociétés privées afghanes.
Outre les problématiques de corruption et d'infiltration de talibans, certains soulignent que cette situation va nuire au recrutement de l'armée afghane, la voire priver de leurs meilleurs
éléments, qui pourraient être attirés par les salaires d'un secteur privé plus attractif et les garanties apportées par le caractère clanique de certaines entreprises.
Par ailleurs, une source à Kaboul pointe du doigt le risque d'un renforcement de potentats locaux reconvertis en entrepreneurs privés. Enfin, signe de la tension croissante, les personnels de
sécurité afghans employés par des sociétés travaillant pour la coalition ont été pris, à plusieurs reprises, ces derniers mois, pour des insurgés, par les forces américaines.
Quel peut-être l'avenir de telles "milices US-labellisées"qui constituent de facto, dans un pseudo-Etat comme l'Afghanistan qui ne dispose plus (ou pas encore !) de l'ensemble des attributs régaliens de sa souverainté, notamment sur les registres de la sécurité, de la défense et de la justice, un modèle de forces de sécurité qui se situent entre, d’une part, celui des 'sociétés privées de sécurité' qui prolifèrent un peu partout dans le monde à la faveur d’une demande de sécurité croissante qui favorise l’émergence d’un marché international des équipements et des services de sécurité propice à une prolifération non régulée des armements et technologies sensibles, et, d’autre part, celui des sociétés militaires privées (SMP)' dont l’usage croissant par les Etats impliqués en Irak (ainsi que par l’Union européenne en appui de sa mission EULEX Irak) participe à accréditer la légitimité (à défaut de la légalité) alors même que leur emploi participe au contournement des dispositions contraignantes du droit international tant sur le plan du droit de la guerre que sur le plan du droit humanitaire ?
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)