Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 12:25

Confrontations Europe - www.confrontations.org - présente dans le n° 85 de Confrontations Europe la Revue ses propositions pour un agenda de sortie de crise pour l'Union européenne (http://www.confrontations.org/spip.php?article535). C’est une synthèse de deux ans de travail collectif que présente, dans un document de  8 pages, Philippe Herzog, alors président de Confrontations Europe.



Il est difficile de prévoir les développements d’une crise dont on découvre progressivement la complexité, mais ses mécanismes généraux sont relativement bien connus. Les études macroéconomiques et financières convergent en la comparant aux plus graves crises précédentes et permettent de comprendre pourquoi elle risque d’être de longue durée. Elles démontrent que des interventions publiques massives et coordonnées sont nécessaires pour y faire face et créer les conditions d’une reprise qui n’a rien de spontané.


Membre actif de Confrontations Europe, je propose au lecteur de prendre connaissance ci-après de ces propositions.

" Nous demandons que les institutions qui seront renouvelées en 2009 s'engagent collectivement sur un agenda politique clair et attractif pour tous les citoyens, ce qui serait en soi un changement significatif.

Sans attendre la mise en place du Traité de Lisbonne fin 2009, s'il est ratifié, la Commission, le Conseil et l'Eurogroupe au plus haut niveau, doivent préparer une politique européenne effective et ambitieuse. Un Sommet exceptionnel axé sur l'emploi et l'investissement doit être réuni avant l'été.

Au lieu d'adopter de façon technocratique une continuation de la Stratégie de Lisbonne pour la croissance et l'emploi, comme c'est actuellement prévu, les institutions qui vont être renouvelées doivent changer de méthode : associer les citoyens et les acteurs économiques et sociaux à l'élaboration de nouveaux axes stratégiques ; engager début 2010 un processus interactif entre les nations et l'Europe ; aboutir ainsi à des objectifs qui fassent sens pour tous les Européens. De nouveaux moteurs de croissance seront désignés et feront l'objet d'engagements précis : politiques de recherche et d'éducation ; investissement social ; politiques industrielles, énergétiques et de lutte contre les changements climatiques. Ils pourraient faire l'objet d'un nouvel Acte unique européen.

D'ores et déjà, il est clair que les fondations de l'Union économique et monétaire devront être consolidées pour que l'Europe retrouve une croissance soutenue, forge sa solidarité, et joue un rôle global. Il faut donc doter l'Union d'un véritable budget et préparer une réforme en profondeur de l'UEM

   
Elaborer et mettre en oeuvre une politique de relance européenne coordonnée et ambitieuse

1° Un plan de relance communautaire doit être axé sur la formation et l'emploi. Il faut des programmes massifs de requalification des salariés, de qualification des non qualifiés, et de formation professionnelle des jeunes ; et des mécanismes facilitant la transition des salariés vers de meilleurs emplois. Une campagne de promotion de la responsabilité sociétale des entreprises, un cadre public d'anticipation et de gestion des restructurations, une refonte des fonds européens (FSE, FEAM) sont nécessaires.

2° Un deuxième axe du plan de relance doit être l'investissement durable. Il faut accélérer la mise en oeuvre des objectifs du paquet Climat (habitat, énergie, infrastructures).

3° Une coordination du soutien et de l'assainissement des banques doit être mise en place, en particulier pour aider les pays d'Europe centrale et orientale en difficulté. Pour cela, la création d'un fonds de solidarité financière est nécessaire. Placé auprès de la BEI, il serait financé par des obligations de cette banque, et garantie par les Etats-membres qui mutualiseront les coûts.

4° La coordination des politiques nationales de relance nécessite aussi des coopérations et une mutualisation des aides pour l'industrie, dans des secteurs d'importance systémique comme l'automobile, et pour inciter aux changements de stratégie des firmes vers un développement durable. Pour accélérer le financement des investissements d'infrastructures de services d'intérêt général européen, des groupements d'investisseurs de long terme doivent être réunis.

                       Préparer la réforme de l'UEM et du capitalisme en Europe

5° Il faut adopter et mettre en oeuvre le plus tôt possible le rapport de Jacques de Larosière créant des institutions pour une supervision financière européenne. Corrélativement, l'Union devra lancer un nouveau plan communautaire de régulation des établissements et des marchés. [cf. notamment le dossier ouvert sur ce blog sur ce thème].

La BCE a d'ores et déjà ajusté sa politique monétaire pour combattre la crise. Elle doit assumer de nouvelles missions notamment pour la supervision. Le dialogue de la BCE avec les institutions politiques est une nécessité pour une cohérence avec la politique budgétaire, et pour faire face aux énormes enjeux monétaires globaux en perspective. [cf. notamment le dossier ouvert sur ce blog sur ce thème].

L'Eurogroupe doit, avec la BCE, définir une stratégie pour la politique monétaire externe. L'UEM doit parler d'une seule voix à l'extérieur et unifier sa représentation au sein des institutions internationales.

L'accélération du processus d'entrée des pays d'Europe centrale et orientale dans la zone euro est nécessaire, comme le souligne le FMI. Il faut ajuster les critères en ce sens et dans l'immédiat, face à l'urgence, développer des mécanismes de solidarité monétaire et financière.

L'Union doit se doter d'un véritable budget : ceux des politiques qui sont de vrais européens doivent position dès 2009. Il faut en finir avec le principe de " juste retour ".

10° Le Pacte de Stabilité, enfoncé par le crise, ne peut rester à l'identique. Les coûts de celle-ci vont longtemps grever les budgets publics nationaux. Il faut préparer un plan de gestion coordonnée pour cette période difficile : utiliser un indicateur global pour la dette publique et privée, endiguer la hausse des taux d'intérêt à long terme, renforcer l'exigence d'efficacité de la dépense publique.

11° L'objectif d'achèvement du marché intérieur doit être réaffirmé mais accompagné d'engagements pour la formation de biens publics communs et pour redéfinir la politique commerciale et d'investissement extérieur (réciprocité et partenariats).
Confrontations Europe a en effet, consacré un séminaire et un colloque international à l’anticipation des nouvelles politiques publiques qui sont souhaitables, sinon nécessaires, pour que l’Union européenne assume ses responsabilités. Elle doit effectivement faire face à des défis nouveaux et exceptionnels : devenir un acteur global et sortir de la plus grande crise du capitalisme des soixante dernières années.

C’est un texte manifeste, qui veut souligner d’abord les conditions réelles d’une sortie de crise – et d’un changement du modèle de croissance –, dont la réalisation appelle une prise de conscience collective. Il propose ensuite un agenda communautaire, avec au coeur la préparation d’une réforme économique et monétaire. Bien conscient des tabous et des obstacles, et du fait que les États gardent pour l’instant l’essentiel du pouvoir d’intervention publique, Philippe Herzog plaide pour un effort de transcendance afin de répondre à la nécessité d’une véritable politique économique et sociale commune.
Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, enjeux économiques, financiers et monétaires
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