Partager l'article ! Il faut sauver le citoyen européen. Un plan "C" pour rendre l'Europe aux citoyens, par H. Malosse et B. Vever: Il est des ouvrages qui ne paient ...
Il est des ouvrages qui ne paient pas de mine et qui réservent, au fil des pages, de délectables surprises
intellectuelles. C'est le cas avec celui-ci (Editions Bruylant, 2008, 237 p., IBSN 978-2-8027-2617-3). A vrai dire, le nom de ses auteurs aurait pu mettre la puce à l'oreille. Ainsi, Henri
Malosse est un membre très actif du Comité économique et social européen, sans compter qu'il enseigne les questions européennes à l'Université Robert Schuman de Strasbourg. Bruno Vever lui, est
secrétaire général de l'association " Europe et entreprises ", après avoir été lui aussi membre du Comité économique et social européen où il anima alors l'Observatoire du marché unique.
Mais précisément, ces deux hommes proches du milieu des entreprises surprennent leur public là où on les attendait pas vraiment : dans ces pages, les
techniciens s'effacent pour céder la plume à deux citoyens en colère qui se désolent des coups bas infligés à l'Europe, qui les dénoncent avec verve et sans la moindre once de langue de bois,
pointant du doigt les coupables où qu'ils se trouvent, dans les institutions européennes ou - quand même plus souvent - du côté des Etats-membres et de ceux qui les dirigent politiquement et
adiministrativement. Personne n'échappe aux remontrances pertinentes de ces deux Européens de France déçus mais nullement résignés, leurs 237 pages contenant d'ailleurs au moins autant de bonnes
raisions de " continuer le combat " européen ... autrement, c'est à dire mieux. Que tous ceux qui redoutent que els élections européennes soient largement boudées le sachent : lire ce livre
inciterait beaucoup de citoyens européens à remettre leurs idées en place et même, sans doute, à se mobiliser !
Le ton est donné dès l'introduction, celle-ci se révélant une analyse décapante de " l'état de l'Union ". A peine plus de huit cent mille Irlandais font
échec à près de cinq cents millions d'Européens ? C'est " un peu comme si l'ile des Celtes était devenue la réincarnation du village d'Astérix ". Comment en est-on arrivé là ?
Le rejet du Traité constitutionnel s'est notamment joué sur le fait que l'Europe veille davantage, depuis le Traité de Rome de 1957, sur les libertés
d'échanges et de circulation, mises sous surveillance des institutions communautaires, que sur les conditions économiques et sociales de production, largement laissées aux Etats nationaux, ce
décalage ayant pris une " signification nouvelle " - et difficilement acceptable - dans le contexte de la mondialisation ouverte à tous vents peu régulés. Sous cet angle, observent les
auteurs, " la contestation du non a beaucoup plus épinglé un déficit qu'un trop plein d'Europe ", les citoyens, " trop exigeants " par rapport aux dirigeants, ayant "
une Europe d'avance quand ils attendaient de celle-ci plus de solidarité, plus de protection, plus de facilités et plus de confort ". En clair, " ils souhaitaient sans doute
affronter les frimas de la globalisation en pouvant compter sur une maison commune en pierre, avec des vivres et du chauffage, quand on leur proposait une maison inachevée en bois qui était déjà,
arguait-on, bien mieux que la précédente chaumière de paille et de torchis ". Sur ce plan, le Traité réformateur de Lisbonne s'est borné à entériner les innovations constitutionnelles mais
sans les améliorer et, avec la suppression des symboles, en les ravalant au rang de " produits blancs de la grande distribution ", la " marque européenne " ayant disparu dans l'aventure.
Pire, ce Traité a remis en vigueur " l'approche diplomatique d'un autre âge selon laquelle la question européenne est trop importante pour être livrée au débat public ", les Etats-membre
ayant profité des " non " français et néerlandais " pour assurer un verrouillage politique " de la construction européenne " aux frais mêmes des droits des citoyens
".
D'où le " non " irlandais qui leur est revenu comme un boomerang, tant il est vrai que les citoyens " n'acceptent plus une Europe construite
exclusivement d'en haut, dont les dirigeants prétendent définir les politiques sans se soucier de l'opinion des peuples ", lesquels sont, selon les auteurs, profondément déçus par le manque
de vision et de perspective d'un projet européen " resté au ras des frontières, fondé essentiellement sur une ouverture économique tous azimuts ".
Sur cette toile de fond que ne jugeront dérangeante que ceux qui refusent une Europe ambitieuse, les auteurs ouvrent tour à tour huit compartiments d'une
boîte à outils destinée à remettre le citoyen " à la place qu'il mérite dans l'Europe de demain : au centre du jeu ! " Qu'il s'agisse des domaines de la culture, de la gouvernance, du
Marché unique, du modèle européen de développement, de l'euro, du modèle d'intégration qui est à exporter, des régions et d'une plus grande participation citoyenne à la construction, ils avancent
des suggestions précises et pratiques qui, même s'ils les justifient à chaque coup, en feront frémir certains dans les capitales, dans certaines plus que dans d'autres, et même dans certaines
institutions.
D'ailleurs, personne n'échappe à leurs critiques, pas même la Commission dont ils déplorent la " bureaucratisation excessive ", lui adressant par
exemple ce rappel à l'ordre : " A force de considérer les politiques comme des fins en soi et non pas comme des moyens d'arriver à plus d'intégration " entre les peuples, " on perd
le sens profond des vrais enjeux européens ". Excessif ? Peut-être, mais nos compères ont de solides arguments pour se défendre, eux qui assènent notamment : " Récemment, la
Commission européenne a (...) proposé une nouvelle réglementation sur les cosmétiques qui n'avait donné lieu qu'à une consultation des cinq majors internationaux du secteur. Il a fallu attendre
l'avis du Comité économique et social pour qu'on se préoccupe des huits cents PME européennes du secteur. " ... Une perle parmi d'autres, la plupart visant les Etats-membres.
A n'en point douter, pour châtier de manière aussi constructive, ces deux Européens de France aiment vraiment l'Europe et la veulent aussi belle qu'ils la
rêvent.
Cette recension de l'ouvrage a été réalisée par Michel Theys et est parue dans la rubrique Bibilothèque européenne de l'édition du Bulletin Quotidien Europe n° 9881/820
en date du 15 avril 2009
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)