Partager l'article ! Principaux enseignements des élections européennes de 2009: Les élections européennes sont terminées ; nous disposons aujourd'hui d'une ...
Les élections européennes sont terminées ; nous disposons aujourd'hui d'une visibilité suffisante sur la
cartographie politique de l'Union européenne pour pouvoir dégager des lignes de force quant aux grands mouvements en cours dans la paysage politique européen.
Que constate-t-on ? Principalement les éléments suivants :
1° Un désengagement croissant des citoyens européens de la vie démocratique et politique en Europe (60 % d'abstention lors des dernières élections européennes) qui traduit une perte de
confiance autant a) dans la capacité réelle du politique à agir au service des intérêts et des aspirations des citoyens - au-delà du verbiage et des promesses électorales
-, un politique qui a abandonné ses prérogatives de régulation, d'anticipation et de formulation de projets aux marchés, aux groupes d'intérêts et aux puissances de
l'argent, b) dans le jeu démocratique dans un univers où l'offre politique, souvent archaïque, apparait profondément décalée par rapport aux véritables enjeux de l'époque, que c), de
manière plus générale, dans les 'élites', notamment politiques, et d) dans les institutions démocratiques existantes, tant au niveau de l'Union (où la Commission européenne passe pour être non
seulement au serive d'une mondialisation débridée, mais également en total décalage avec les aspirations profondes des citoyens, et où le Parlement européen apparaît lointain) que des
Etats dont les dirigeants semblent chercher à affaiblir le rôle des représentations nationales et, partant, des citoyens, dans la gouvernance ;
2° Un affaiblissement à l'échelle de l'Europe (dans 17 Pays sur 27) des forces socio-démocrates, socialistes et travaillistes, comme des forces démocrates et libérales ;
3° Une forte poussée des partis de contestation, tant à droite (popuplistes, xénophobes, nationalistes, ...) qu'à gauche (altermondialistes, anticapitalistes, ...) de l'échiquier
politique européen ;
4° Une poussée encore plus forte des forces conservatrices, voire même parfois néoconservatrices, et néolibérales, voirê même ultralibérales, dont la posture eurosceptique, atlantiste,
voire même occidentaliste se conjugue avec un nationalisme dogmatique ;
5° Un vaste mouvement transpartisan articulé sur les grands enjeux planétaires de société qui s'incarne notamment dans Europe-Ecologie ;
6 ° Un maintien des forces de la droite modérée (chrétiens démocrates, ...).
Les échecs enregistrés en 2005 par les porteurs d'une vision intégrationniste de la construction européenne lors de la tentative de ratification du Traité instituant une constitution pour
l'Europe, le refus du peuple irlandais de ratifier en 2007 le traité de Lisbonne, les gesticulations des dirigeants polonais et tchèques autour d'une posture de réserve voire même d'hostilité à
l'égard de ce nouveau traité (cf. à cet égard Qui écrira le livre noir des ratifications du Traité de Lisbonne ? ), auxquels il
importe d'ajouter la responsabilité que porte, aux yeux des citoyens européens, l'Union européenne et ses institutions (et notamment la Commission européenne qui sert de bouc émissaire
bien utile aux gouvernants nationaux) devant les nombreuses délocalisations d'activités industrielles hors d'Europe, qui mettent en péril l'économie européenne et les emplois des
plus jeunes, comme devant les importations de produits défectueux en provenance de Chine qui mettent en danger la vie des personnes, le sentiment d'ancrage systématique de
l'Union européenne à un navire américain aujourd'hui à la dérive, comme les profonds traumatismes que traverse l'Europe en raison d'une crise financière et économique exceptionnelle,
qui se double désormais d'une profonde crise sociale, vis-à-vis desquelles ni l'Union européenne, ni sa monnaie unique ne sont apparus, aux yeux des foyers affectés comme à ceux des élites
dépassées, en capacité réelle d'offrir des réponses européennes à la fois solidaires et efficaces, sont incontestablement à l'origine d'un 'ras le bol' généralisé en Europe !
Lequel participe :
a) à consolider les discours et les postures hostiles à la poursuite d'une aventure européenne dans le sens d'une plus forte intégration économique et sociale,
b) à nourrir les tentations de 'repli sur soi' et de 'chacun pour soi' autant des Etats eux-mêmes que des individus,
c) à faire apparaître des mouvements massifs de contestation à l'égard des - pourtant indispensables - solidarités intraeuropéennes,
d) à légitimer les diverses manifestations de 'désobéissance citoyenne' et de refus de recourir aux
scrutions démocratiques pour exprimer un mécontement ou un demande de changement !
La responsabilité de cette situation incombe d'abord aux partis politiques nationaux qui ne jouent pas véritablement la carte européenne, notamment en refusant de prendre la forme de partis
européens intégrés porteur d'une vision et d'un projet politiques pleinement partagés qui marquent leur identité européenne et soulignent la perspective européenne qu'ils
esquissent (cf. à cet égard Les " partis politiques au niveau européen " ) !
Elle incombe également aux gouvernements qui ne jouent pas le 'jeu européen' (voire même le 'jeu' démocratique') de manière loyale lorsqu'ils ne s'emploient pas à s'y opposer (par exemple, en
inscivant subreptissement dans le traité, lors des Conférences intergouvernementales qui sont dédiées à sa révision, des dispositions incohérentes, approximatives, ambiguës, et/ou illisibles
par les citoyens de l'Union) (cf. notamment à cet égard Les Français savent-ils vraiment tout ce que les citoyens
européens doivent savoir avant de voter à l'issue de la campagne électorale ? ou encore Vouloir une Europe politique,
monétaire, économique, sociale et citoyenne ne signifie pas approuver (euro)béatement les options retenues hier par les Etats membres et les grands partis majoritaires ) !
Elle incombe ensuite aux Parlementaires européens qui sont souvent comportés comme d'illustres inconnus dans leur propre circonscription électorale en même temps qu'ils n'apparaissaient
pas particulièrement assidus lors des séances de travail en commissions spécialisées au sein du Parlement !
Elle incombe de toute évidence aussi aux médias nationaux dont les programmes, les articles comme les discours ne reflètent que très rarement un souci d'ouverture et
d'objectivité à l'endroit des enjeux et des décisions européens !
Elle incombe aussi, pour une bonne part, à l'absence à la tête des institutions européennes et des Etats, de personnalités politiques qui soient à même d'incarner à la fois une véritable vision
européenne moderne, et un projet politique, économique et social fédérateur pour tous les Européens. Comme ont pu l'incarner jadis Jacques Delors, à la tête de la Commission européenne (cf.
Analyse, regrets et espoirs de Jacques Delors à propos de l'évolution et des difficultés de la construction européenne ), ainsi
que les couples Giscard - Schmid, Mitterand - Kohl, et dans une moindre mesure Chirac - Schroeder, à la tête des Etats fondateurs !
Elle incombe enfin, et rarement la chose est évoquée par les observateurs de la vie européenne, aux réformes qui ont profondément modifié, au sein de la Commission européenne, la
sociologie interne de ses équipes, à la fois par une renationalisation rampante de ses fonctionnaires, au point d'affecter la capacité de ses services d'identifier aujourd'hui le
véritable 'intérêt communautaire', cet 'intérêt général' capable de transcender les intérêts strictement catégoriels ou nationaux (cf. à cet égard MANIFESTE POUR UN SYNDICALISME EUROPEEN PLUS CITOYEN ), ainsi que par une ouverture excessive de ses activités aux pressions de groupes
d'intérêt, y compris de groupes d'intérêt peu amènes à l'égard de la promotion et/ou de la protection des intérêts européens (cf. à cet égard Les parlementaires européens face aux demandes de la société civile ).
Dans un tel contexte, quelle est la personnalité politique la mieux à même d'exercer les responsabilités de président de la Commission européenne ? José Manuel Barroso ? Guy Verhofstadt ?
Jean-Claude Junker ? Une autre personnalité européenne ?
Choisir entre ces trois personnalités politiques de premier plan constitue un exercice non seulement difficile mais périlleux dans le nouveau contexte insitutionnel que créera le traité de
Lisbonne s'il est mis en oeuvre.
Le 19 juin, le Conseil européen fera connaître son choix !
D'ici là, je proposerai quelques critères qui me paraissent de nature à étayer les processus de désignation.
Voir également, notamment :
* Les " partis politiques au niveau européen "
* La construction d'un État européen, n’est-elle qu’une question d’appellation ?
* Le Parlement européen a pris position sur plusieurs aspects importants de la future mise en oeuvre du nouveau
traité
* De la gouvernance de L'Union européenne !
* Principaux enseignements tirés
d’une analyse juridique et fonctionnelle du traité de Lisbonne (1)
* Principaux enseignements tirés
d’une analyse juridique et fonctionnelle du traité de Lisbonne (2)
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)