Partager l'article ! De la désignation du prochain président de la Commission européenne (3): Cet article fait suite à 2 autres articles dédiés au même sujet, ...
Cet article fait suite à 2 autres articles dédiés au même sujet, à savoir :
* De la désignation du prochain président de la Commission européenne (1)
et
* De la désignation du
prochain président de la Commission européenne (2)
Dans le second article évoqué supra, j'ai suggéré une série de
critères qui me paraissent réunir les exigences minimales, bien que particulièrement élevées, que doivent satisfaire tous les candidats à la magistrature suprême à la tête de la Commission
européenne, au moment où, d'une part, le divorce entre les citoyens de l'Union et les institutions politiques européennes atteint un niveau inégalé, pour des motifs qui ont été identifiés dans le
premier article évoqué ci-dessus, et d'autre part, se dessine un monde davantage polycentrique ordonné que multipolaire aux contours, aux ressorts et aux déterminants encore incertain.
Quand bien même, de la volonté des seuls Etats membres, le traité de Lisbonne modifie de manière importante les grands équilibres institutionnels en introduisant des innovations majeures qui
concourt à restreindre quelque peu, si aucune action n'était entreprise dans un sens différent, le rôle central du Président de la Commission européenne, il va sans dire que pour les
citoyens européens, pour l'ensemble des organisations multilatérales et régionales, pour les chefs d'Etat et de gouvernement et les administrations des puissances qui comptent dans le monde,
comme pour les Pays qui regardent vers l'Europe pour y trouver à la fois la source d'un espoir, l'expression d'une vision, la dynamisme fédérateur d'un projet pour le monde, le président
de la Commission européenne incarne encore et devrait incarner encore longtemps le visage d'une Europe réconciliée avec elle-même, capable d'embrasser les défis globaux avec le souci constant d'y
apporter, ou d'y faire apporter des réponses équitables, cohérentes et "profitables" pour tous !
Une Europe qui ne renonce ni à ses principes démocratiques, ni à ses valeurs (universelles) sous l'empire d'idéologies ravageuses qui lui interdiraient de placer les solidarités dont elle
est capable au service de préférences collectives, une Europe qui place ses activités au service du progrès social et humain au coeur de ses propres objectifs et intérêts
stratégiques, une Europe unie dans la diversité qui ne se reconnait aucun ennemi sinon ceux qui chercheraient à mettre en péril son projet de civilisation, la concrétisation de ses objectifs
essentiels de sécurité et la sauvegarde de ses intérêts les plus vitaux, une Europe ouverte sur le monde sans pour autant sacrifier ses patrimoines, dans leur diversité, sur l'hotel d'une
mondialisation inique et/ou d'une compétition stratégique qui mettra à mal les grands équilibres du monde autant que son propre projet.
Les citoyens européens ont un impérieux besoin que les quelques personnalités politiques européennes à qui ils délèguent, bon gré, mal gré, une part
importante de leur souveraineté leur réenchantent leur Europe !
Ce réenchantement n'est possible qu'au prix d'une incarnation vivante d'un projet politique fédérateur où les diversités, les différences et les
oppositions puissent trouver un terreau fertile pour s'exprimer à la faveur des alternances démocratiques sans pour autant briser l'élan imprimé à la fois par l'essence même et par la
respiration du projet !
Le président de la Commission européenne ne peut dès lors être une personnalité manquant d'audace qui ne serait habitée par aucune
utopie mobilisatrice, se contentant de gérer les dossiers de manière 'pragmatique' et 'réaliste' ! Il ne peut non plus être vassal de quiconque, par allégeance à une idéologie, à une
puissance, à des groupes d'intérêt qui lui dicteraient sa voie et son comportement. Il doit absolument incarner le gardien d'une bonne synthèse des diverses composantes sectorielles,
structurelles, macroéconomiques, sociales, ... de l'intérêt général européen tel qu'il découle des objectifs du projet politique.
Aussi doit-il veiller à ce que les membres de son collège comme les personnels clé de son administration soient constamment mobilisés autour de ce
seul intérêt général. Ce qui exigera de la part du prochain président de la Commission européenne qu'il agisse pour recréer une nouvelle dynamique communautariste au sein de son
administration ; y compris, en remettant formellement en cause la réforme Kinnock tant critiquée, qui a conduit à soumettre l'administration communautaire à une dynamique de recrutement
externe qui s'est avérée propice à servir davantage les objectifs d'une Confédération régie selon une logique intergouvernementale que l'objectif d'intégration vers une Union sans cesse plus
étroite qui doit être celui de la seule institution communautaire qui dispose du monopole d'initiative et de proposition dans la quasi totalité des domaines politiques vis--vis desquels
l'UE dispose d'une compétence (exigence subsidiaire de la plus grande importance qui requiert un engagement formel du candidat avant sa désignation officielle).
Ensuite, le prochain président de la Commission européenne doit être en mesure de manifester une capacité à initier immédiatement après la mise en oeuvre
du traité de Lisbonne un mouvement politique en faveur des citoyens qui ont choisi la voix de l'abstention pour manifester leur désarroi, leur désintérêt, leur défiance ou leur colère. Cette
initiative doit porter sur un ou deux registres non seulement symboliques mais qui ont des effets concrets sur leur quotidien, le plus immédiatement possible, qu'il s'agisse
de leur emploi, leur logement, leur protection sociale, leur santé, leur contribution à la solidarité collective (lever d'un emprunt européen pour financer des grands travaux d'intérêt
européen, établissement d'une TVA sociale généralisée financièrement compensée par une baisse de niveau comparable, mais pas nécessairement identique, de la TVA ?), ou du maintien des
services d'intérêt général auxquels ils font quotidiennement appel, ... (seconde exigence subsidaire de la plus grande importance qui requiert également un engagement formel du candidat avant sa
désignation officielle) ! Le politique, l'institutionnel, l'économique et monétaire interviendraient ainsi ouvertement, et de la plus belle manière, au service des solidarités les plus
concrètes qu'attendent tous ceux qui ne voient plus dans l'Europe le terreau fertile de leur épanouissement et de leurs aspirations !
Ce qui supposera une capacité à mobiliser l'ensemble des forces politiques, syndicales, économiques et financières pour établir un cadre stratégique et
politique efficace pour agir vite et de façon cohérente !
Il lui appartient de proposer, avec l'audace que cela exige, la création au sein de son collège d'un porte-feuille de Vice-président de la Commission recouvrant à la fois les affaires
économiques et monétaires, les politiques de compétitivité, le marché intérieur, la concurrence et les politiques structurelles ; en allant même jusqu'à suggérer de confier à ce
Vice-Président la présidence de l'Euro-groupe ainsi que de l'ECOFIN quand bien même le traité de Lisbonne ne le prévoit pas (encore), alors que, paradoxalement eu égard à la différence des règles
de gouvernance qui prévaudront selon la nature des dossiers, il institue un poste à " double casquette" pour les affaires étrangères et la politique de sécurité !
Ces deux dernières exigences devraient permettre non seulement de départager les candidats les plus sérieux au poste de président de la Commission européenne, mais aussi de remobiliser toutes
celles et tous ceux qui, quand bien même ils demeurent europhiles, pourraient finir par perdre haleine devant les hésitations, les allers et retours, les déclarations à n'en plus finir, les
programmes rafistolés, les leurres qui inondent le spectacle d'une Europe morose dont rien ne garantit qu'elle disposera encore longtemps des ressorts qui lui seront nécessaires à la
fois pour passer la tempête et pour rebondir sur le bon cap lorsque la série de crises graves que le monde tout entier traverse aujourd'hui parviendra à son terme !
L'heure est à l'action ( Union européenne : l'heure est à l'action ! ) ! Une action cohérente et
efficace au service d'une ambition partagée par une forte majorité de citoyens, d'Etats et de Peuples unis dans la diversité !
Puissent ceux qui sont aux responsabilités entendre cet appel vibrant à l'audace et au courage, vertus qui ne sont ni exclusives de l'intelligence, de la lucidité et du pragmatisme, bien au
contraire !
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)
" L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller
jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)