Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /Juin /2009 17:19

Cet article fait suite à 2 autres articles dédiés au même sujet, à savoir :

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De la désignation du prochain président de la Commission européenne (1)
et
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De la désignation du prochain président de la Commission européenne (2)

Dans le second article évoqué supra, j'ai suggéré une série de critères qui me paraissent réunir les exigences minimales, bien que particulièrement élevées, que doivent satisfaire tous les candidats à la magistrature suprême à la tête de la Commission européenne, au moment où, d'une part, le divorce entre les citoyens de l'Union et les institutions politiques européennes atteint un niveau inégalé, pour des motifs qui ont été identifiés dans le premier article évoqué ci-dessus, et d'autre part, se dessine un monde davantage polycentrique ordonné que multipolaire aux contours, aux ressorts et aux déterminants encore incertain.

Quand bien même, de la volonté des seuls Etats membres, le traité de Lisbonne modifie de manière importante les grands équilibres institutionnels en introduisant des innovations majeures qui concourt à restreindre quelque peu, si aucune action n'était entreprise dans un sens différent,  le rôle central du Président de la Commission européenne, il va sans dire que pour les citoyens européens, pour l'ensemble des organisations multilatérales et régionales, pour les chefs d'Etat et de gouvernement et les administrations des puissances qui comptent dans le monde, comme pour les Pays qui regardent vers l'Europe pour y trouver à la fois la source d'un espoir, l'expression d'une vision, la dynamisme fédérateur d'un projet pour le monde, le président de la Commission européenne incarne encore et devrait incarner encore longtemps le visage d'une Europe réconciliée avec elle-même, capable d'embrasser les défis globaux avec le souci constant d'y apporter, ou d'y faire apporter des réponses équitables, cohérentes et "profitables" pour tous !

Une Europe qui ne renonce ni à ses principes démocratiques, ni à ses valeurs (universelles) sous l'empire d'idéologies ravageuses qui lui interdiraient de placer les solidarités dont elle est capable au service de préférences collectives, une Europe qui place ses activités au service du progrès social et humain au coeur de ses propres objectifs et intérêts stratégiques, une Europe unie dans la diversité qui ne se reconnait aucun ennemi sinon ceux qui chercheraient à mettre en péril son projet de civilisation, la concrétisation de ses objectifs essentiels de sécurité et la sauvegarde de ses intérêts les plus vitaux, une Europe ouverte sur le monde sans pour autant sacrifier ses patrimoines, dans leur diversité, sur l'hotel d'une mondialisation inique et/ou d'une compétition stratégique qui mettra à mal les grands équilibres du monde autant que son propre projet.

Les citoyens européens ont un impérieux besoin que les quelques personnalités politiques européennes à qui ils délèguent, bon gré, mal gré, une part importante de leur souveraineté leur réenchantent leur Europe !

Ce réenchantement n'est possible qu'au prix d'une incarnation vivante d'un projet politique fédérateur où les diversités, les différences et les oppositions puissent trouver un terreau fertile pour s'exprimer à la faveur des alternances démocratiques sans pour autant briser l'élan imprimé à la fois par l'essence même et par la respiration du projet !

Le président de la Commission européenne ne peut dès lors être une personnalité manquant d'audace qui ne serait habitée par aucune utopie mobilisatrice, se contentant de gérer les dossiers de manière 'pragmatique' et 'réaliste' ! Il ne peut non plus être vassal de quiconque, par allégeance à une idéologie, à une puissance, à des groupes d'intérêt qui lui dicteraient sa voie et son comportement. Il doit absolument incarner le gardien d'une bonne synthèse des diverses composantes sectorielles, structurelles, macroéconomiques, sociales, ... de l'intérêt général européen tel qu'il découle des objectifs du projet politique.

Aussi doit-il veiller à ce que les membres de son collège comme les personnels clé de son administration soient constamment mobilisés autour de ce seul intérêt général. Ce qui exigera de la part du prochain président de la Commission européenne qu'il agisse pour recréer une nouvelle dynamique communautariste au sein de son administration ; y compris, en remettant formellement en cause la réforme Kinnock tant critiquée, qui a conduit à soumettre l'administration communautaire à une dynamique de recrutement externe qui s'est avérée propice à servir davantage les objectifs d'une Confédération régie selon une logique intergouvernementale que l'objectif d'intégration vers une Union sans cesse plus étroite qui doit être celui de la seule institution communautaire qui dispose du monopole d'initiative et de proposition dans la quasi totalité des domaines politiques vis--vis desquels l'UE dispose d'une compétence (exigence subsidiaire de la plus grande importance qui requiert un engagement formel du candidat avant sa désignation officielle).

Ensuite, le prochain président de la Commission européenne doit être en mesure de manifester une capacité à initier immédiatement après la mise en oeuvre du traité de Lisbonne un mouvement politique en faveur des citoyens qui ont choisi la voix de l'abstention pour manifester leur désarroi, leur désintérêt, leur défiance ou leur colère. Cette initiative doit porter sur un ou deux registres non seulement symboliques mais qui ont des effets concrets sur leur quotidien, le plus immédiatement possible, qu'il s'agisse de leur emploi, leur logement, leur protection sociale, leur santé, leur contribution à la solidarité collective (lever d'un emprunt européen pour financer des grands travaux d'intérêt européen, établissement d'une TVA sociale généralisée financièrement compensée par une baisse de niveau comparable, mais pas nécessairement identique, de la TVA ?), ou du maintien des services d'intérêt général auxquels ils font quotidiennement appel, ... (seconde exigence subsidaire de la plus grande importance qui requiert également un engagement formel du candidat avant sa désignation officielle) ! Le politique, l'institutionnel, l'économique et monétaire interviendraient ainsi ouvertement, et de la plus belle manière, au service des solidarités les plus concrètes qu'attendent tous ceux qui ne voient plus dans l'Europe le terreau fertile de leur épanouissement et de leurs aspirations !

Ce qui supposera une capacité à mobiliser l'ensemble des forces politiques, syndicales, économiques et financières pour établir un cadre stratégique et politique efficace pour agir vite et de façon cohérente !

Il lui appartient de proposer, avec l'audace que cela exige, la création au sein de son collège d'un porte-feuille de Vice-président de la Commission recouvrant à la fois les affaires économiques et monétaires, les politiques de compétitivité, le marché intérieur, la concurrence et les politiques structurelles ; en allant même jusqu'à suggérer de confier à ce Vice-Président la présidence de l'Euro-groupe ainsi que de l'ECOFIN quand bien même le traité de Lisbonne ne le prévoit pas (encore), alors que, paradoxalement eu égard à la différence des règles de gouvernance qui prévaudront selon la nature des dossiers, il institue un poste à " double casquette" pour les affaires étrangères et la politique de sécurité !

Ces deux dernières exigences devraient permettre non seulement de départager les candidats les plus sérieux au poste de président de la Commission européenne, mais aussi de remobiliser toutes celles et tous ceux qui, quand bien même ils demeurent europhiles, pourraient finir par perdre haleine devant les hésitations, les allers et retours, les déclarations à n'en plus finir, les programmes rafistolés, les leurres qui inondent le spectacle d'une Europe morose dont rien ne garantit qu'elle disposera encore longtemps des ressorts qui lui seront nécessaires à la fois pour passer la tempête et pour rebondir sur le bon cap lorsque la série de crises graves que le monde tout entier traverse aujourd'hui parviendra à son terme !

L'heure est à l'action ( Union européenne : l'heure est à l'action ! ) ! Une action cohérente et efficace au service d'une ambition partagée par une forte majorité de citoyens, d'Etats et de Peuples unis dans la diversité !

Puissent ceux qui sont aux responsabilités entendre cet appel vibrant à l'audace et au courage, vertus qui ne sont ni exclusives de l'intelligence, de la lucidité et du pragmatisme, bien au contraire !








Par Patrice Cardot - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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