Lors de leur 8ème rencontre européenne à Bruxelles, les représentants des personnes en situation de pauvreté se
sont exprimés sur les problèmes auxquels ils sont confrontés dans leur vie quotidienne et qui leur donnent peu ou pas d'espoir de sortir de leur situation, une situation qui se transmet souvent
de génération en génération. Ils ont plus particulièrement insisté sur les problèmes d'accès au logement et à l'énergie, de garantie d'un revenu minimu permettant d'assurer à tout un chacun une
qualité de vie décente, ou encore d'accès à des services, comme l'éducation, leur permettant de participer à la vie en société. L'endettement et le surendettement sont aussi au coeur des
inquiétudes des personnes en situation de pauvreté, avec pour corollaire l'attitude des institutions bancaires qui ne proposent leurs produits qu' " à certains citoyens, pas à tout le monde ".
Les personnes en situation de pauvreté regrettent également qu'aucune évancée n'ai été réalisée, depuis les rencontres précédentes, dans la solution de leurs problèmes. " Les témoignages
entendus au cours de ces deux journées nous ont confortés dans l'idée qu'il faut s'attaquer à la pauvreté sur plusieurs fronts, notamment en mettant l'accent sur les thèmes fondamentaux que sont
le logement, l'inclusion financière et l'accès aux services ", a résumé le commissaire aux Affaires sociales, à l'Emploi et à l'Egalité des chances, Vladimir Spidla.
A l'issue des travaux, Martin Zarsky, responsable tchèque du département des services sociaux et de l'inclusion sociale, a rassuré quelque peu les participants. " Beaucoup de choses se
passent au niveau des Etats membres et au niveau de l'Union européenne mais les résultats immédiats sont impossibles à interpréter parce que nos mesures sont des mesures à long terme. Ce qui est
proposé est utile", a commenté M. Zarsky en demandant au réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN) de poursuivre le travail commencé sur les problèmes spécifiques
mentionnés par les participants. Le vice-ministre tchèque Czeslaw Walek a rappelé que l'objectif de cette rencontre " ne consistait pas à résoudre vos problèmes ", estimant que de telles
rencontres devraient être " d'abord organisées et traités au niveau national ". M. Walel a notamment attiré l'attention sur l'extrémisme. " Je pense que parfois la pauvreté
peut déboucher sur l'extrémisme et la crise n'y est pas étrangère ", a-t-il dit en appelant à lutter à l'avenir contre ce fléau et à faire en sorte que tout un chacun se sente en sécurité.
C'est la raison pour laquelles les Etats membres doivent prévoir toutes les mesures qui visent à l'éradication de la pauvreté et de l'exclusion sociale. Les conclusions de ces deux journées
seront présentées lors de la 9ème table ronde, qui se tiendra en Suède en octobre 2010.
78 millions de citoyens européens sont menacés de pauvreté, risquent d'être exclus et de se retrouver aux marges de notre société, a enchainé Vladimir Spidla, pur qui on ne peut
pas tolérer une telle situation. " La solidarité est un principe de l'UE et un des piliers de notre modèle social. Nous n'avons pas d'autre choix que de continuer à progresser vers une Europe
plus égalitaire, qui ne laisse personne au bord de la route ", a-t-il ajouté en insistant sur trois points pourrelever ce défi qu'est la pauvreté :
(1) soutenir les plus vulnérables dans le contexte de crise actuelle. La
Commission prévoit que la récession économqie s'accompagnera d'une perte de 8,5 millions d'emplois avant fin 2010. Elle prévoit également une très forte hausse des
dépenses de protection sociale, qui devraient progresser de 3 points de PIB en deux ans dans l'UE, " soit 10 milliards d'euros pour les personnes dans le besoin ". Mais le coût
humain de la crise est encore difficile à évaluer. Jeunes, travailleurs âgés, migrants et travailleurs précaires sont immédiatement touchés, mais de nouvelles populations jusque là à l'abri sont
également affectées. Pour aider les personnes à réintégrer le marché du travail, l'aide au retrour à l'emploi et le soutien au revenu par le biais de l'assurance chômage et des
minimas sociaux sont essentiels " mais ne suffisent pas. Pour pouvoir vivre décemment dans nos sociétés, il faut pouvoir se loger, se soigner, se déplacer ou avoir accès à des
services bancaires ". Et le Commissaire de poser la question essentielle : " Comment faire des projets d'avenir quand on se voit refuser l'accès au crédit ? "
;
(2) continuer à combiner lutte contre la pauvreté et lutte contre les écarts de vie en Europe. L'UE a adopté un
nouvel indicateur de pauvreté en conditions de vie. Cet indicateur cible ceux dont la vie quotidienne est fortement affectée par un manque de ressources (pas assez d'argent pour payer le
loyer et les factures, pour chauffer le logement, manger régulièrement de la viande, se payer une machine à laver, par exemple). 16 % des Européens en moyenne vivent dans de telles conditions. En
Pologne, en Lettonie et en Lithuanie, ils sont plus de 40 %. Pour remédier à ces écarts de niveaux de vie, " il est essentiel que nos politiques de lutte contre la pauvreté soient
ancrées dans l'ensemble des politiques et instruments en faveur de la cohésion sociale " ;
(3) impliquer tout le monde dans la lutte contre la pauvreté. " Les personnes en situation de pauvreté ont le droit de s'exprimer et
doivent être entendues " a conclu le commissaire Spidla.
La luxembourgeoise Brigitte Weinandy, membre du comité de la protection sociale de l'UE, a insisté sur l'importance d'avoir, en amont de
l'élaboration de toute politique, une évaluation de l'impact social. Elle a jugé " utile que référence en soit faite dans les conclusions " des travaux de ces deux journées. Mme
Weinandy a mis en évidence une " réaction très importante " de la part des personnes en situation de pauvreté : " leur regret d'absence de suite de leurs propositions ". Brigitte
Weinandy a toutefois noté qu' " au travers des revendications exprimées, il y a un travail qui se fait ". Et de préciser que : (1) les Etats membres vont présenter, avant la
fin juin 2009, leur politique en matière d'accès au logement de qualité, (2) le but du comité de la protection sociale est de " développer une vision commune qui pourrait vous aider
à élaborer une politqiue qui évite l'exclusion ", (3) la Commission et le comité de la protection sociale travaillent sur un cadre de qualité des services sociaux, (4) l'existence
d'un revenu minimal garanti est de première importance. Le comité de la protection sociale est appelé à réfléchir sur et à développer une méthodologie pour des principes communs à
suivre par les Etats membres sur ces questions. " Les progrès sont parfois lents. Ils se font à patits pas. Je sais que les personnes en situation de pauvreté ne peuvent pas attendre. Et le
comité de la protection sociale compte, parmi les institutions européennes, s'engager vis-à-vis de ces personnes ", a conclu Brigitte Weinandy.
La Britannique Brenda King, membre du Comité économique et social européen (CESE), a indiqué que l'initiative " 2010, année européenne de lutte contre
la pauvreté et l'exclusion sociale " n'aurait pas été possible sans le concours des personnes en situation de pauvreté. Pour le Comité, " il faudrait allouer plus de fonds afin que les
résultats soient les plus efficaces possibles ". En réponse à Czeslaw Walek, pour qui ces rencontres européennes devraient d'abord être tenues au niveau national, Brenda King a jugé qu'il
serait " utile que les personnes en situation de pauvreté puissent, au niveau national, participer pleinement à l'élaboration des politiques ". Mme King a également estimé que le Fonds
social européen devrait attribuer un soutien plus important aux acteurs sociaux. " Nous avons besoin de filets de sécurité obligatoires, d'un revenu minimum pour pouvoir accéder aux services
financiers et au logement ", a conclu Mme King.
Pour l'expert d'Eurofinances, Philipep Guichart, le développement du microcrédit " semble être une bonne solution en Europe ". Dans ce
cadre, il estime important de discuter de tous les enjeux évoqués ici avec des banquiers. Cette idée d'inviter les banquiers et les financiers a été qualifiée par Martin Zarsky d'
" excellente ".
La délégation néerlandaise s'est posé la question de savoir si la crise du crédit n'allait pas être une excuse pour les représentants des banques à l'égard des personnes en situation de pauvreté.
Pour la délégation roumaine, un salaire décent est une nécessité pour ne pas avoir à choisir entre chauffage, soins de santé, alimentation, électricité. Selon la délégation slovène, les
gouvernements nationaux ne prennent pas assez en compte la situation nationale (" ce qu'il faut changer à l'aide des orientations ou des directives européennes ") et les besoins des
personnes. " Les politiques sociales sont gérées par un ministère mais nous souhaiterions que ledit ministère collabore avec les autres ministères ", a déclaré la délégation
espagnole en insistant sur la transversalité des affairies sociales. " Il est évident que les problèmes ne peuvent être résolus sans un cadre de coopération. Il s'agit de
problèmes que ne connaissent pas seulement les ministres de l'Emploi et des Affaires sociales mais qui concernent aussi d'autres domaines de la vie ", a enchaîné Martin Zarsky. La
délégation suédoise a formulé quant à elle les revendications suivantes : (1) nous avons besoin d'une décision politique au niveau de l'UE déclarant que les droits humains sont
applicables à tout le monde, (2) les personnes en situation de pauvreté devraient avoir du pouvoir et des ressources économiques pour solutionner elles-mêmes leurs
problèmes. La dette affecte beaucoup de personnes, a noté la délégation britannique tout en s'interrogeant : pourquoi mettre en prison des gens parce qu'ils sont endettés
? Il faut permettre à tous et à toutes d'avoir un salaire décent. " On trouve des milliards d'euros pour les donner aux banques et pas pour renforcer le social
? ", a demandé une journaliste grecque qui n'a pas trouvé réponse à sa question. La délégation bulgare a demandé plus de transparence par rapport aux mesures prises au niveau
européen. Pour la délégation belge, " il faut veiller à ce que ce qui se décide aux niveaux national et européen arrive chez les gens". La délégation italienne a demandé
une " aide plus évidente de UE aux Etats membres dans leur lutte contre la pauvreté " mais aussi " que soit exercé un contrpole sur cetet gestion, suivi éventuellement de
sanctions ".
" Nous ne devons pas permettre que la crise devienne une excuse pour affaiblir les systèmes sociaux et faire souffrir les plus vulnérables ", a
souligné Vladimir Spidla, en ajoutant que " du point de vue bancaire, toutes les mesures proposées par la Commission européenne concernent la stabilisation du système et les meures les plus
urgentes ont été mises en place ".
" On devra s'engager à donner une dimension sociale plus forte à la politique européenne " a affirmé Juan Mato, directeur général au ministère
espagnol de la santé et de la politique sociale. Les Présidences suédoise, espagnole et belge de l'UE insisteront sur l'inclusion sociale active et la recadreront dans le contexte de
crise actuelle, a-t-il annoncé en lançant un appel " à toutes vos propositions qui seront les bienvenues lors de la 9ème rencontre européenne. Notre but est d'améliorer la cohérence
et de consolider le contenu de cette 9ème rencontre ".
Garantissant un follow-up des travaux de cette 8ème rencontre européenne, le président d'EAPN, Ludo Horemans, a lancé un appel à la nouvelle
Commision et au nouveau Parlement européen : il demande que l'évaluation 2007 - 2010 ne se fasse pas uniquement avec les partenaires sociaux européens classiques mais aussi avec les acteurs
sociaux, les ONGs sociales.
Les 8èmes rencontres européennes se sont acgevées sur la présentation de l' "arbre à souhaites des délégations " pour l'avenir !
Source : Bulletin Quotidien Europe
Sur ce sujet, voir aussi sur ce blog :
* De la désignation du prochain président de la Commission
européenne (3)
* Du "devoir" et de la "responsabilité" de protéger
!
* Les Français et les Européens sont-ils encore capables de
faire preuve de solidarité ?
* De l'identité de l'Europe de demain (1)
* De l'identité de l'Europe de demain (2)
* Connaissez-vous John Rawls et ses 2 principes de " liberté " et de " différence " ?
* Notre Europe lance un débat en ligne sur la réforme du budget européen
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)