" Tant que l'on n'a pas tout donné, on n'a rien donné ", affirmait le capitaine Guynemer à qui l'on doit
aussi cette belle devise : " Faire face " !
Il serait totalement injuste, et insultant vis-à-vis autant de sa fonction que de sa personne, et partant, ô combien préjudiciable à l'intérêt de la Nation de ne
pas reconnaître que le président de la République cherche à faire face, en donnant tout ce qu'il peut donner au service de la France !
Mais il serait tout aussi injuste de ne pas reconnaître qu'il est à la peine, et qu'il souffre en silence ! Et avec lui la France !
Au moment où le navire France est en proie à de très nombreuses avaries, où le Président Nicolas Sarkozy peut-il bien puiser les instruments de cette solidarité et de cette participation actives
sans lesquelles sa volonté et son énergie resteront inexorablement sans effet et ses erreurs sans remèdes (cf. notamment à cet égard Les trois erreurs de Nicolas Sarkozy, par Bernard-Henry Levy (Le
Monde) ) ?
Car il paraît bien esseulé, notre 'pauvre' Président de la République, face à autant de difficultés ! Aussi seul que les personnes qui sont réellement en situation
de pauvreté ou qui sont en train de le devenir devant la panne d'idées et de programmes pour sauver le soldat 'France' (cf. Solidarité et participation sont indispensables pour résoudre le problème de la pauvreté ) !
Où pourrait-il bien trouver cette assistance sans laquelle il ne parviendra à mettre la France en position de relever tous ces défis dont les média et nos 'élites' de tous poils nous rebattent
nos oreilles à longtemps de journée ?
Après examen attentif de la situation, il semble que ce ne soit ni dans ce qu'il est convenu d'appeler dans certains milieux - très parisiens - " le cercle des hommes du président ", ni dans
son parti fétiche (qui l'a pourtant érigé en héraut en le poussant, loin devant, vers la première marche du podium électoral), ni dans le gouvernement dont les membres se
comportent parfois comme des potaches d'école primaire qui n'aspirent qu'à prendre la place la plus belle, celle qui est à la fois près du maître (pour lui plaire mieux que quiconque),
du radiateur (il y fait tellement bon s'y réchauffer lorsque la bise vient) et de la fenêtre (pour regarder vers la sortie, de manière à élaborer une procédure de survie au
cas où le toit viendrait à s'écrouler), ni dans le programme - ou le projet - de tout autre parti politique " d'alternance démocratique " ! Les uns comme les auters
semblant n'avoir pas su trouver d'autre voie que celle de se recroqueviller, tels
des besogneux sans imagination et sans courage, derrière leur leader charismatique, un leader omnipotent, polyvalent, omniprésent, omniscient, et courageux à qui l'on a demandé de
tout donner pour sauver la cause, au risque de se perdre dans les sables mouvants d'une réalité politique, financière, économique et sociale particulièrement instable !
Il " pédale " donc seul, notre Président, ou presque car il dipose encore de la voiture de son manager sportif pour l'accompagner dans l'effort et se tenir prêt à e revitailler, ou à
lui changer la selle, la chaîne ou une roue, voir même le vélo si nécessaire ! Tel un sportif de très haut niveau livré à lui-même, seul, dans l'effort contre la
montre, et sur lequel tous les espoirs de l'équipe, des sponsors et des managers auraient été placés pour ramener le maillot jaune au terme du grand tour ; mais le sportif, tout
champion qu'il soit, peine, son visage est devenu écarlate, son nez colle au guidon, son visage est grimaçant, ses yeux sont souvent fermés, sa bouche grande ouverte cherche à
happer l'air pour lui permettre de reprendre haleine, ses mollets sont au bord de la crampe ; sous l'effet de la fatigue, il voit la ligne d'arrivée s'éloigner au fur et au mesure
qu'il avance, tel l'aventurier assoifé qui se serait hasardé dans le désert et qui se trouverait en proie aux illusions dramatiques de ces mirages si souvent porteurs de leur lot de
désespoir ; son moral est mis à très rude épreuve et il s'interroge sur la vanité d'un tel effort tout en continuant à appuyer sur ses pédales avec élégance et persévérance ! Car il croit en sa
mission !
J'invite le lecteur à imaginer, par le jeu d'une métaphore, que si cette belle et difficile épopée est celle de la Nation, alors cette équipe rassemble à la fois, le gouvernement,
l'administration de l'Etat, la majorité présidentielle siègeant au sein des institutions parlementaires et les principales juridictions qui sont au coeur de l'appareil d'Etat, le
président élu de la République constituant son leader légitimé par ses résultats électoraux autant que par son talent propre !
Le réglement de la compétition est connu de tous : il s'agit d'une part, de la Constitution de la République française, et du corpus de lois, de décrets, de circulaires et de réglements qui
sont en vigueur dans notre Etat de droit, ainsi que des traités, accords et conventions internationaux auxquels est partie la France, et, bien évidemment aussi, des règles de la finance
internationale et de l'économie - sociale - de marché, écrites et non écrites.
Le parcours de la compétition est flexible, au gré des variations des priorités des agendas national, européen et international, et des crises qui se succèdent, y compris à l'intérieur du
territoire national.
La date d'arrivée est connue : c'est celle de la prochaine échéance électorale présidentielle !
La ligne d'arrivée est double : la première se situe en bas de l'avenue des Champs Elysées, à Paris ; la seconde est la situation réelle de la France à cette même date, et pas celle
seulement de ses comptes publics !
La stratégie de course de l'équipe est celle du
programme présidentiel à l'égard de tous les grands dossiers !
Les tactiques de course sont
multiples, et pas nécessairement conciliables : d'une part, celle du programme gouvernemental, celle du parti majoritaire, celle des prétendants à la place du soit du Leader,
soit du grand vizir, au sein de ce même parti, et celles des groupes d'intérêts, plus ou moins connus du 'grand public', à l'égard de ces mêmes dossiers !
Les résultats seront connus quelques mois avant la date d'arrivée, après le franchissement des derniers cols de première catégorie, à la sortie tant attendue de cette période si cruciale des
crises.
D'ici là, les faiseurs d'opinion (sondeurs, media les plus divers) auront accru leur chiffre d'affaire en publiant des estimations à la pelle ! Les comptes de la Nation auront viré à l'ocre !
Les supporters, nombreux au départ de la compétition, se feront de moins en moins nombreux ! Ils auront en tout cas pu assister au spectacle du passage de la caravane du tour avec son
lot de publicité et de cadeaux pour les jeunes de 7 à 77 ans, d'un leader seul en tête, et de quelques coureurs, d'abord unis au sein du peloton, puis éparpillés, au fil de la route,
chacun roulant d'abord pour " soi " (sauf pendant l'épreuve de course contre la montre par équipe). Parmi ces supporters, certains (combien, nul ne le sait précisément ... ) resteront sans
voix sur le bord de la route. Et parfois, définitivement !
Ce même public qui exulte tant que son héros idolâtré est en tête, efficace dans l'effort autant qu'élégant et digne ! Mais lorsque tout à coup son héros peine, souffre,
grimace, doute, semble prêt à se relever au risque de ne pas relever le plus beau défi de cette épopée, gagner la course, ce même public s'interroge lorsqu'il ne crie pas
garde ! Et sa stupéfaction est alors à son comble lorsqu'il constate, que loin de le soutenir, de préparer une relève, une autre offensive dans les règles de l'art, les coéquipiers de
leur héros palabrent à l'arrière du peloton, tentant parfois de couper par ci, de tricher par là, de sacrifier avec emphase à la popularité médiatique que confère le fait de
répondre, assis sur sa selle, tout en poursuivant son effort sportif, aux questions complaisantes de journalistes perchés à l'arrière d'une moto ! Et tout çà avec désinvolture, loin de
l'effort inhumain de leur leader en difficulté, au risque de faire porter le discrédit d'une sanction sur toute l'équipe autant que sur son leader en peine ... et de tromper ses
supporters les plus inconditionnels, qui sont de facto les leurs aussi, par partage forcé de notoriété du champion avec ses coéquipiers, et à qui ils doivent la part
importante de leurs revenus qui provient des produits du marchandizing, notamment ! Attention aux dopages, aux chutes, aux paroles de trop et aux sorties de route ! La sanction
tomberait immédiatement ! Dans tous les cas, la course serait terminée !
Le spectacle du tour de France pourrait ne plus être vraiment ce qu'il fut jadis !
Surtout si la République - et la Nation - continuent de lâcher le Président en plein effort !
Alors pourquoi un tel leader, devrait-il continuer à souffrir de la sorte si la douleur demeurait encore longtemps à ce point insoutenable, pour le bénéfice de tous et la
souffrance d'un seul ? Par amour du pouvoir, des fastes de la République, de son public de supporters ?
Peut-être parce que, tout simplement, la fonction finit toujours pas créer l'organe !
" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime ! " (Voltaire)