Mardi 16 juin 2009 2 16 /06 /Juin /2009 16:05

Sur la base des résultats des élections européennes publiés par le Parlement européen, il est possible de tirer un certain nombre d'enseignements par groupes politiques sur la composition du nouveau Parlement européen.

PPE : le Parti populaire européen a réussi à confirmer sa position de " leader " au sein de l'hémicycle . Il obtient 265 des 736 sièges ouverts au Parlement européen - sur la base des dispositions du traité de Lisbonne -, contre 288 (ou 261 si l'on tient compte du départ des conservateurs britanniques) sur les 785 que compte aujourd'hui le Parlement européen - sur la base des dispositions du traité de Nice -. Le gain de 4 sièges, qui n'est pas négligeable dans un Parlement dont la taille diminue, doit être relativisé néanmoins par l'arrivée des élus d'Alleanza Nazionale. Fort de ses 265 sièges, le PPE reste le premier groupe de l'assemblée, mais il devra impérativement s'allier à d'autre(s) pour faire élire son candidat à la présidence de la Commission, celui à la présidence du Parlement, ainsi que lors des votes à caractère législatif. Rappelons que le PPE doit encore départager en son sein deux candidats au perchoir : l'ancien Premeir ministre polonais Jerzy Buzek et l'Italien Mario Mauro, soutenu par Silvio Berlusconi. Or, la délégation italienne (avec 34 élus) progresse sans atteindre pour autant la taille de la délégation allemande (42 sièges). A noter le score remarquable des Français de l'UMP et du Nouveau Centre  qui vont pouvoir aligner 27 élus (deux élus de Gauche moderne étant susceptibles de choisir de sièger ailleurs) alors que la délégation espagnole conserve sa position au sein du groupe.

PSE : le Parti socialiste européen enregistre le plus mauvais score de son histoire. le Parlement lui attribuait 162 sièges, auxquels il faut ajouter une vingtaine d'élus italiens (non comptabilisés parce que élus sur une liste regroupant plusieurs partis). Au total, le PSE devrait disposer d'envirion 182 députés, soit beaucoup moins que les 217 du Parlement sortant. Les principaux reculs se rencontrent en Farnce, au Portugal, au Royaune-Uni et en Hongrie (au total, ce recul touche 17 Pays sur 27).

ADLE : avec l'apport du Fianna irlandais qui quitte l'UEN, les libéraux et démocrates européens devraient pouvoir compter sur 83 députés, soit moins là aussi que la centaine d'élus qu'ils comptaient au sein du Parlement sortant. A noter la progression du FDP allemand qui passe de 7 à 12 sièges.

Verts / ALE : grands vainqueurs de ce scrutin, les verts et leurs alliés régionalistes sont les seuls à enregistrer une progression en passant de 43 élus à 51. Ils progressent en France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Finlande et obtiennent un premier élu en Suède et en Grèce. Quelques élus pourraient encore se joindre à eux.

UEN : avec 32 élus (et malgré les 9 élus de la Lega Nord en Italie), le groupe de l'Europe des Nations enregistre un net recul. Il comptait 44 élus dans le Parlement sortant.

GUE/NGL : même constat pour la gauche communiste qui passe de 41 à 33 élus.

IND/DEM : avec 19 élus au lieu de 22, le groupe est menacé de disparition. Il faudra en effet 25 députés originaires d'au moins 7 Pays pour constituer un groupe politique dans le nouveau Parlement.

Autres : cette barre de 25 députés sera difficilement franchie par l'extrême droite dont les élus sont agrégés par le Parlement dans une rubrique " Autres " qui comprend aussi les 27 élus conservateurs britanniques et les 9 élus de l'ODS tchèqye. Ces derniers pourraient chercher à constituer un nouveau groupe eurosceptique sur les vestiges du groupe IND/DEM. Si l'on décompte les conservateurs britaniques et tchèques ainsi que les élus de la gauche italienne, la rubrique " Autres " comprendrait encore 33 élus, soit à peine plus que les 30 non inscrits du Parlement sortant.

NB : pour plus de précisions sur les orientations et/ou positions politiques de ces différents groupes, il suffit de se reporter à l'article de ce blog qui propose un test permettant de se situer politiquement en regard de ces différents groupes : PAS D'IDEE POUR QUI VOTER AUX EUROPEENNES ? Faites le test !

Même si le Parti populaire européen (PPE) confirme sa place de premier groupe au sein du nouveau Parlement européen, les conservateurs et démocrates-chrétiens européens sont conscients du fait qu'ils ne disposent pas à eux seuls d'une majorité absolue et que la coopération avec les autres groupes, notamment les socialistes et les libéraux, restera déterminante à l'avenir. Avec le renforcement des forces eurosceptiques et extrémistes dans l'hémicycle, la bonne entente et la collaboration entre les familles politiques traditionneles sera encore plus importante que dans la passé, a souligné devant la presse le président du PPE (Wilfried Martins), au lendemain du scrutin, lundi 8 juin. " La grande leçon que nous devons tirer de la présence renforcée des extrémistes, des populistes et des eurosceptiques est que les grandes familles pro-européennes qui, ensemble avec les pères fondateurs, ont créé le projet d'intégration euroépenne - les démocrates-chrétiens, les sociaux-démocrates et les libéraux - auront plus que jamais la responsabilité et l'obligation de coopérer ", a-t-il déclaré.

Tandis que le PPE se contenterait donc de poursuivre sur la voie des simples coopérations techniques et sporadiques telels qu'elles ont fonctionné au cours de la législature précédente, le chef sortant du groupe ADLE, Graham Watson, souhaite aller plus loin et suggère au PPE de former " une vraie alliance politique et idéologique de centre-droit " fondée non pas sur des coopérations techniques au cas par cas, mais sur un véritable programme politique. " J'ai déjà pris rendez-vous avec Joseph Daul (le chef du grouppe PPE au sein du Parlement européenà et cette question sera sans doute évoquée ", a déclaré M. Watson à la presse, lundi 8 juin. Le nouveau Parlement sera majoritairement composé de députés du centre-droit et il serait donc " logique " que ce nouveau Parlement soit tiré par une " majorité politique de centre-droit ", estime-t-il.

Les Verts, qui sont les seuls à avoir vu augmenter le nombre de leurs députés européens, plaident aussi pour une " alliance " au sein du nouveau Parlement - mais de la gauche et des progressistes. Daniel Cohn-Bendit, le co-président sortant du groupe des Verts, a appelé en faveur d'une " coopération entre les forces de la gauche ", à savoir les Verts, le groupe socialiste, le groupe de la Gauche unie (GUE/NGL) e, si possible, les libéraux de l'ADLE. Le premier objectif d'une telle alliance serait d'empêcher l'approbatation, par le Parlement européen, de la très probable candidature et désignation par le Conseil européen de José Manuel Barroso à la présidence de la prochaine Commission européenne (voir à ce sujet l'article Le Conseil européen devrait donner son " appui politique" à M. Barroso, mais la désignation formelle pourrait n'avoir lieu qu'à l'automne  ). La coopération pourrait ensuite être poursuivie sur d'autres thèmes politiques. " Il y a une possibilité d'alliance au PE pour mener une politique et crérer une majorité contre M. Barroso ", a dit D. Cohn-Bendit. Interrogé par la presse sur la participation du groupe ADLE à une telle coalition " anti-Barroso ", Graham Watson ne l'a " pas exclue ", l'estimant toutefois improbable. " On va en débattre " au sein du groupe ", a-t-il dit.

Le groupe socialiste au PE, grand perdant du scrutin, ne souhaite pas encore se prononcer sur les éventuelles coopérations ou alliances. " Le PSE a un programme politique ambitieux avec des revendications très précises comme l'introduction d'un salaire minimu dans toute l'UE, la protection sociale des citoyens, la lutte contre la crise économqiue, le changement climatique et toute unbe série d'autres points énumérés dans le Manifeste pour les élections européennes. Tout le monde qui veut s'associer à la défense de cette politique est évidemment le bienvenu ", s'est limité à commenter un porte-parole du groupe PSE. Des contacts exploratoires avec les autres groupes sont en cours, mais il est encore trop tôt pour parler de stratégie politique ou de possibles alliances au sein de la nouvelle assemblée, affirme-t-il.


Principales sources :

 * Bulletin Quotidien Europe n° 9916, en date du 9 juin 2009

 * Le site du Parlement européen : http://www.elections2009-results.eu/fr/index_fr.html





Par Patrice Cardot - Publié dans : Comprendre le fonctionnement de l'Union européenne
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