Partager l'article ! De la Sécurité nationale dans le Traité de Lisbonne - première partie - (nouvelle édition): Comme celle du concept de 'sécurité globale' ( ...
Comme celle du concept de 'sécurité globale' (cf. notamment à cet égard l'article
de ce blog intitulé Des ambiguïtés de la notion de " sécurité
globale " et de ses usages !), l'introduction du concept de 'sécurité nationale' en Europe suscite autant d'intérêt que de questionnements.
Le présent article propose une
analyse des dispositions du Traité de Lisbonne qui ont trait au concept de "sécurité nationale", ou, a minima, qui entretiennent un lien étroit avec ce concept novateur au sein du
droit primaire de l'Union européenne.
De la nature des risques, des menaces, des
activités, des fonctions et des missions en jeu en matière de Sécurité nationale
Les risques, menaces et vulnérabilités en jeu en matière de
sécurité nationale ont fait l'objet de nombreuses analyses.
Le document intitulé « The National Security Strategy of the United Kingdom - Security in
an interdependant world » présenté par le Cabinet Office au Parlement britannique en mars 2008 offre une excellente illustration du spectre des missions susceptibles d'être attachées à
la sécurité nationale :
- assurer le contre-terrorisme ;
- contrer les menaces NRBC (nucléaire,
radiologique, biologique / bactériologique et chimique) ;
- lutter contre le crime organisé international ;
- réduire l'instabilité globale ;
- prévenir les conflits ;
- prévenir et
surseoir aux effets déstabilisateurs et insécurisants des États défaillants ou fragiles en y promouvant l'état de droit, en y assurant la réforme de leur secteur de la sécurité et en y apportant
l'assistance nécessaire pour qu'ils puissent atteindre les objectifs du millénaire ;
- planifier la sécurité civile et construire la résilience
;
- défendre le Royaume Uni contre les menaces d'origine étatique ; s'attaquer au changement climatique ;
- s'engager dans la compétition dans les domaines de l'énergie et des matières premières et garantir la sécurité
énergétique ;
- s'attaquer à la pauvreté, aux inégalités et à la mauvaise gouvernance, et plus largement, à l'ensemble des défis et des risques globaux qui mettent en
péril la sécurité et la stabilité ;
- renforcer et réformer le système international.
D'autres États
européens, dont la France, se sont également attachés à clarifier leur propre doctrine et/ou leur propre stratégie en matière de sécurité nationale ou sont entrain de le faire.
Au travers de ces documents, on perçoit que la Sécurité nationale est englobante par
nature. [NB : le rapport intermédiaire de l'Ippr Commission on National Security in the 21st Century intitulé "Shared Destinies - Security in a globalised world" propose un
approfondissement soigneusement articulé de cette conception globalisante de la sécurité nationale].
Elle renvoie à l'ensemble des objectifs, fonctions stratégiques, processus et instruments qui ont trait à la
prévention et à la gestion des tensions et des crises intérieures graves ainsi qu'à la prévention et à la gestion des tensions et des crises internationales susceptibles d'affecter ou de mettre
en péril les intérêts nationaux les plus critiques (intérêts stratégiques, intérêts vitaux, intérêts de sécurité) ; des tensions ou des crises qui sont soit à la source, soit le produit de la
concrétisation de risques, de menaces, avérés ou potentiels, et de vulnérabilités :
- pour la stabilité politique et la permanence du
fonctionnement des institutions démocratiques,
- pour la sécurité - y inclus la protection - des populations, de leurs patrimoines et de leurs
activités de nature économique, monétaire, commerciale, financière, intellectuelle, démocratique, etc.,
- pour la sécurité des infrastructures les
plus critiques (vitales, stratégiques) [c'est à dire par exemple celles qui sont essentielles pour garantir le bon fonctionnement de l'économie nationale et des services d'intérêt général, la
sauvegarde des intérêts essentiels de sécurité (notamment la défense nationale et la sécurité de l'État), l'alimentation et la santé des populations]
- pour la protection de l'environnement et des ressources naturelles, partout où l'un comme les autres participent à offrir
aux populations les conditions de leur sécurité environnementale, sanitaire et alimentaire,
- pour un
accès pérenne aux ressources les plus critiques, qu'elles proviennent ou non du territoire national,
-
pour la sécurité des frontières extérieures (terrestres, maritimes, aériennes).
Il découle naturellement des éléments précédents que la Sécurité nationale
n'est évidemment réductible ni à la sécurité intérieure, ni à la défense stricto sensu d'une Nation puisqu'elle met en jeu à la fois des ressorts et des déterminants géopolitiques,
stratégiques, économiques, commerciaux, financiers, monétaires, technologiques, industriels, juridiques et sociopolitiques. Elle procède tout à la fois de la
"haute politique", de la diplomatie, de la défense, de l'activité judiciaire, de l'intelligence stratégique, des activités économique, financière, commerciale, technologique, industrielle ainsi
que de l'activité de codification normative.
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" Je préférerai toujours les choses aux mots,
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jusqu'au bout de sa pensée " (Léon Blum)