Mardi 25 août 2009 2 25 /08 /Août /2009 08:20

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2 - Sécurité globale et Monnaie

2.1 – Les similitudes entre Monnaie et Sécurité (considérée dans sa dimension régalienne la plus globale)

Le caractère régalien de la monnaie et de la Sécurité

La politique monétaire et la politique de Sécurité semblent a priori très distinctes et non susceptibles de faire apparaître des points communs. En fait, les enjeux économiques et monétaires et les enjeux de Sécurité présentent des caractéristiques communes et des bases comparables de conceptualisation, en particulier pour la monnaie et la Sécurité (y inclus la Défense). La monnaie et la « Sécurité d’essence régalienne » présentent en fait un ensemble de similitudes notables.

Tout d’abord, elles constituent toutes deux des fonctions régaliennes anciennes, qui ont souvent été un moteur de la constitution historique des Etats. Dans les Etats contemporains, la monnaie et la Sécurité sont toujours au cœur du fonctionnement des Etats et constituent des attributs fondamentaux de souveraineté.

Par ailleurs, ces domaines comportent une forte dimension d’identité collective, les populations étant généralement attachées à leur armée, à leur police, à leur justice et à leurs pompiers comme à leur monnaie. Cet attachement se fait d’ailleurs sur un mode intime qui dépasse l’hypothèse d’une simple relation contractuelle collective. En particulier, les charges symboliques associées à la représentation du militaire et de la monnaie sont toutes deux très fortes et procèdent conjointement de l’identité collective (liens armée-nation comparable au lien monnaie-nation). Cette analogie est d’ailleurs consacrée par celle qui peut être faite entre l’identification des citoyens à leur armée par la célébration des rituels (tels que le défilé militaire annuel ) qui noue le lien armée-nation autour de symboles nationaux structurants pour la société (drapeau, hymne national, etc.), et par l’identification aux personnages illustres et aux autres référentiels emblématiques inscrits sur les billets de banque.

Les politiques monétaires et de Sécurité comme biens publics

Sur le plan conceptuel, la Sécurité et la monnaie sont analysables comme des biens publics. La fourniture des biens et services de Sécurité nationale et de monnaie légale ne relève pas de la sphère marchande soumise aux règles du droit commun en matière économique et commerciale du fait même de leur caractère de bien public [1].

Les impératifs stratégiques et démocratiques des politiques monétaires et de Sécurité

D’autres points communs caractérisent encore ces deux types d’activité. La déficience de ces fonctions de Sécurité et de politique monétaire constitue pareillement des entraves majeures à la croissance et au bien-être. L’inflation ou l’absence de confiance dans la monnaie se traduit par une moindre croissance et, dans des cas particuliers, par des situations de crise économique grave. La guerre ou l’insécurité intérieure et les dommages qu’elles causent, lorsque la politique de Sécurité n’est pas en mesure d’assurer la sécurité intérieure et la paix, induisent les pertes en hommes et la destruction des actifs économiques. Dans les deux cas, le simple risque d’occurrence de l’un ou de l’autre, étant anticipé par les agents économiques, se traduit par des conséquences économiques négatives, par exemple sous la forme de primes de risque et de réduction des investissements. Au total, ces deux secteurs constituent simultanément des instruments essentiels de stabilité, comme conditions de la prospérité, avec les enjeux de fiabilité et de confiance comme déterminants majeurs de l’efficacité.

En outre, compte tenu du caractère stratégique des enjeux, en matière sécuritaire comme en matière monétaire, il y a un impératif d’efficacité pour l’Etat et les institutions publiques chargées de fournir ce type de biens. En lien avec les attentes des citoyens, l’Etat ne doit pas être en situation de faillir dans ces domaines, compte tenu de l’ampleur des coûts collectifs qui en résulteraient. Le pendant de cette dimension stratégique est l’importance du contrôle démocratique. La responsabilité devant l’opinion publique et les élus de la bonne exécution de ces fonctions est à la fois une nécessité démocratique, mais aussi une condition de l’efficacité même des politiques. Dans les deux cas, cet impératif de contrôle démocratique est rendu difficile du fait notamment de la haute technicité de ces activités.

Par ailleurs, la politique monétaire comme la politique de Sécurité constituent de façon similaire des outils et des leviers de la compétition internationale. Dans le contexte d’une économie mondialisée et avec la globalisation des enjeux politiques, les questions de Sécurité intérieure et de défense opérationnelle du territoire et les questions monétaires internes sont intrinsèquement mêlées aux dimensions internationales afférentes. La politique économique est, comme la politique de Sécurité, nécessairement portée ou accompagnée par une posture diplomatique dès lors que le système est ouvert. Dans ce contexte, ces politiques sont susceptibles d’entrer en concurrence avec les politiques d’autres Etats ou groupes d’Etats et de s’inscrire donc dans une logique de concurrence. Ainsi, en matière monétaire, la question de savoir dans quelle mesure certains pays arrimeront leur régime de change à l’euro plutôt qu’à d’autres devises, ou détiendront une part de leurs réserves en euros, relève de cette problématique. Il en va de même, en matière de Sécurité, concernant par exemple la répartition et la structure des accords internationaux de Sécurité (y compris lorsqu’ils se limitent aux seuls accords de Défense), selon les pays, et la présence de services de Sécurité et de bases militaires à l’étranger [2].

Au total, il ressort que les domaines de la Sécurité et de la Monnaie présente un nombre notable de similitudes importantes.


[1] Les biens publics sont ceux qui respectent simultanément les deux propriétés de non-exclusivité et de non-rivalité. Inversement, les biens privés possèdent les propriétés inverses d’exclusivité et de rivalité et, de ce fait, peuvent être fournis par le secteur privé dans un processus de marché et de concurrence.

La non-exclusivité d’un bien est le fait que toute personne peut profiter de ce bien une fois qu’il est fourni sans qu’il soit possible d’exclure une personne du bénéfice de ce bien. Ainsi, lorsque les dépenses militaires de dissuasion aboutissent à une situation de paix, les bénéfices de cette paix (le bien de sécurité) sont au profit de tous les habitants de ce pays, sans qu’il soit possible de n’en priver aucun des avantages fournis. De même la stabilité monétaire, une fois obtenue, est à l’avantage de tous les citoyens.

La non-rivalité d’un bien correspond aux cas où l’usage du bien ne réduit pas sa disponibilité pour l’usage par d’autres consommateurs, toutes les unités du bien sont consommables par tous les consommateurs. Lorsque les dépenses militaires, de sécurité intérieure et de justice procurent une situation de sécurité et de paix pour un pays, l’usage des avantages de cette situation pour un citoyen ne réduit pas cet avantage pour les autres. De même, lorsque la politique monétaire procure la stabilité des prix et des moyens de paiements efficaces et sécurisés, l’usage par les uns de ces avantages ne les réduit pas pour les autres.

Au total, ces propriétés de non-exclusivité et non-rivalité sont au fondement du rôle de l’Etat dans la fourniture des services en matière de Sécurité et de politique monétaire. En effet, les conditions de la production et du financement de ces services étant peu susceptibles d’inciter le secteur privé à assumer les coûts de l’investissement. Les propriétés de non-exclusivité et de non-rivalité annulent les incitations aux acteurs privés pour qu’ils fournissent ce type de produits. En conséquence, aucun n’investissement n’est réalisé par le secteur privé pour la production de ces biens et services, même en présence d’une demande. L’absence d’incitation au financement privé caractérisant cette catégorie de biens est compensée par le caractère obligatoire de l’impôt collecté par l’Etat pour en assurer le financement.

[2] De ce point de vue, la politique monétaire et la politique de Sécurité, peuvent s’appréhender toutes deux dans le cadre des jeux stratégiques (théorie des jeux), la prise en compte de l’interaction de comportements stratégiques des différents acteurs et agents étant centrale pour le succès des politiques monétaires, comme celles de Sécurité. Dans les deux cas, la structure des flux d’informations et les asymétries qui en résultent constituent des variables importantes pour l’analyse des objectifs opérationnels de ces politiques. En outre, les équilibres s’inscrivent dans des rapports de force, où comptent les capacités à déployer des masses importantes, jusqu’aux seuils permettant d’équilibrer les capacités d’actions et les utilités et risques de pertes des autres acteurs (forces militaires et de Sécurité, volumes potentiels d’interventions des banques centrales sur les marchés financiers).

Par Frédéric Bobay - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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