Vendredi 22 janvier 2010 5 22 /01 /Jan /2010 12:03

 Communiqué de presse de l'Assemblée européenne de sécurité et de défense de l'UEO en date du 3 avril 2009.

« La coopération civilo-militaire en matière de gestion de crise » constitue l'un des plus grands défis pour l'avenir de la PESD. A l'occasion de la Présidence allemande de l'UEO et à l'invitation de la délégation allemande auprès de l'Assemblée, l'Assemblée européenne de sécurité et de défense/Assemblée de l'UEO a organisé un colloque hier à Berlin, au Reichstag, sur « La coopération civilo-militaire en matière de gestion de crise ». L'Afghanistan et le Kosovo ont fait l'objet de deux tables rondes spéciales, rassemblant à la fois des personnalités politiques afghanes et kosovares et de hauts responsables de l'UE et de l'OTAN.

Le colloque a été ouvert par M. Gerd HÖFER, MdB, Vice-Président de l'Assemblée et Président de la délégation allemande, et par M. Robert WALTER, MP (Royaume-Uni), Président de l'Assemblée. L'un et l'autre ont souligné que le recours aux seuls moyens militaires ne saurait assurer un succès durable. Une gestion de crises intelligente se doit donc d'associer les moyens milliaires et civils. Il importe de poursuivre le développement d'une culture commune s'appuyant sur les interactions entre le civil et le militaire.

La première séance sur les « Concepts de la coopération civilo-militaire » a été présidée par M. Doug HENDERSON, MP (Royaume-Uni, Groupe socialiste), Président de la Commission de défense. Mme Véronique ROGER-LACAN, Directeur adjoint à la Délégation aux Affaires Stratégiques (DAS), Ministère de la défense, France, a souligné l'existence d'un large consensus sur la nécessité de mieux cordonner les actions civiles et militaires et la difficulté d'y parvenir sur le terrain. Concevoir des concepts de coopération civilo-militaire est un « faux problème ». L'accent doit être mis sur les objectifs politiques plutôt que sur la conceptualisation. M. Frank LARSSON, Directeur des relations civilo-militaires, Swedish Armed Forces International Centre (SWEDINT), a présenté la coopération civilo-militaire dans les pays nordiques. Les volets militaire, civil et policier doivent être associés dès les prémices de tout engagement multinational. Mais un nombre croissant d'organisations non gouvernementales (ONG) entre en ligne de compte et la coopération civilo-militaire (CIMIC) est de plus en plus complexe. En outre, la plupart du temps, il ne suffit pas de garantir la sécurité. Il est fréquent que la communauté internationale doive aussi se lancer dans une stratégie plus vaste dont le but est l'instauration d'un Etat. M. Alexander SIEDSCHLAG, représentant la European Security Conference Initiative, a fait le point sur « l'interaction civilo-militaire dans le domaine de la gestion des crises au sein de l'UE ». Depuis ses sommets d'Helsinki et de Göteborg, l'Union préconise de recourir à une approche globale pour la gestion de crise, concept consolidé par la Stratégie européenne de sécurité. Il s'agit de coordonner les structures de la PESD de manière à tenir compte des intérêts et des contraintes des Etats membres de l'UE. M. Martin LACOURT, Délégué principal pour les forces armées et de sécurité, Comité international de la Croix Rouge (CICR), Bruxelles, a insisté sur le fait que la distinction entre « civil » et « militaire » s'estompait, ce qui n'est pas sans inconvénient. Il a expliqué que le CICR se servait de sa neutralité, que toutes les parties à un conflit sont forcées d'accepter, comme d'un « outil opérationnel », ce qui signifie que l'organisation est à même de soulager toutes les victimes.

La deuxième séance sur les « Leçons tirées de l'Afghanistan » a été présidée par M. Detlef DZEMBRITZKI, MdB, porte-parole du SPD sur l'Afghanistan, membre de la délégation allemande et ancien rapporteur de l'Assemblée sur cette question. Il s'est prononcé en faveur d'un engagement plus marqué et d'une plus grande synergie entre le civil et le militaire en Afghanistan. Le Général Erhard BÜHLER, Directeur des engagements extérieurs, Ministère allemand de la défense, a rappelé que l'Allemagne était le pays responsable du district nord et qu'elle fournissait aussi des capacités essentielles aux effectifs de la FIAS dans tout le pays. Il a expliqué, à propos des Equipes provinciales de reconstruction (EPR) de la FIAS à Kunduz et Feyzabad, que le volet « reconstruction » était très important. L'Allemagne met en oeuvre une approche « interdépartementale » entre les différents ministères afghans (défense, affaires étrangères, intérieur, développement et coopération économique). La coordination entre la FIAS et les ONG a fait de gros progrès. Il règne désormais une « atmosphère de confiance » entre les acteurs civils et militaires en Afghanistan. M. Aziz BABAKARKHAIL, Conseiller principal et Directeur du département du développement et des EPR, Direction indépendante de la gouvernance locale, Kaboul, a souligné que les EPR regroupaient des personnels civils et des militaires. La construction de routes et d'infrastructures enregistre un certain nombre de succès. Mais des améliorations sont encore possibles, notamment en matière de coordination entre les autorités afghanes er le personnel des EPR et la longueur de leurs périodes de service, surtout celles des civils. En outre, l'accent doit être mis de plus en plus sur l'élaboration de capacités pour l'administration provinciale et un développement économique durable. La situation à la périphérie de l'Afghanistan doit également être prise en compte. M. Alain BOINET, Directeur général et Fondateur de Solidarités (ONG d'aide humanitaire à Paris), a posé les trois questions suivantes : quel bilan la communauté internationale peut-elle tirer après huit ans de présence en Afghanistan ? Quelle est la voie à suivre ? Que restera-t-il après son départ ? En dépit d'améliorations, les résultats sont très hétérogènes. Un tiers du territoire est toujours inaccessible aux travailleurs humanitaires. Le pays demeure l'un des plus pauvres du monde. Son développement devra être soutenu pendant des décennies. La guerre a poussé certains Afghans vers le radicalisme islamique. Le problème majeur à régler n'est pas de gagner la guerre mais de rétablir la paix. Ce qui implique de renoncer à la stratégie actuelle, de négocier avec les rebelles au plus haut niveau de leur hiérarchie et de consolider les racines de la démocratie en Afghanistan en partant de la base (de la Jirga, ou assemblée locale, pour remonter au niveau de l'Etat). L'Afghanistan est un pays décentralisé et multiethnique, où la tradition d'indépendance est forte. Un système politique fédéraliste serait donc plus adapté qu'un système centralisé. Les prochaines élections devront être étroitement surpervisées. M.Václav PECHA, Directeur civil de l'Equipe provinciale de reconstruction dirigée par la République tchèque dans la province de Logar (jusqu'en mars 2009), Prague, a expliqué qu'il fallait coopérer davantage avec l'Etat afghan et les autorités locales et être plus à l'écoute de la population. Il est essentiel d'associer étroitement les Afghans si l'on veut assurer la stabilité et la prospérité à long terme.

Au cours de la troisième séance, consacrée au Kosovo et à la mission EULEX et présidée par M. HÖFER, M. Roy REEVE, Chef adjoint d'EULEX Kosovo, Pristina, a fait le point sur la mission Etat de droit conduite par l'UE au Kosovo (EULEX Kosovo) et les perspectives futures. « L'appropriation locale » est le concept clé de cette mission qui a commencé officiellement le 9 décembre 2008. Lundi prochain, cette mission de PESD « intégrée » (justice, police, douanes et frontières) sera déclarée pleinement opérationnelle. Elle comprend actuellement 1 745 personnels internationaux (de 31 pays, dont des membres de l'UE mais aussi les Etats-Unis, la Norvège, la Suisse, la Turquie, la Croatie et bientôt le Canada) et 850 agents locaux (qui devraient doubler dans les mois qui viennent). EULEX travaille en coopération avec la KFOR/OTAN, l'ONU, l'OSCE et d'autres organisations. Le tiers des effectifs de la mission de l'UE est constitué de policiers. Le cadre de coordination entre EULEX et la KFOR prévoit entre autres que la police reçoive en cas de nécessité un soutien militaire. Le Général de brigade Kurt Helmut SCHIEBOLD, KFOR, Pristina, a fait remarquer que la KFOR avait déjà largement rempli le mandat qui lui avait été initialement assigné par la Résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment l'assistance à la MINUK en tant qu'administration intérimaire. En outre, la gouvernance centrée sur la MINUK a été transférée à des structures de gouvernance locales ou prise en charge par la mission EULEX. La mission adaptée de la KFOR consiste à contribuer au maintien d'un environnement sûr et à faciliter la création des conditions d'un règlement global. M. Bujar BUKOSHI, Vice-président, Commission pour l'intégration européenne, Parlement du Kosovo, Pristina, a jugé positif le lancement d'EULEX Kosovo, même si la mission souffre des difficultés à obtenir des fonctionnaires en détachement et si le statut du Kosovo, qui n'est toujours pas reconnu par tous les pays de l'UE, manque de clarté. Mme Mia MARZOUK, en charge du secteur Europe du Sud-Est à Saferworld, (ONG), Pristina, a souligné que sans clarté dans la répartition des tâches, on ne pouvait attendre une véritable responsabilisation. Elle a demandé aux parlementaires de faire pression avant le réexamen de l'Action commune concernant EULEX Kosovo en février 2010 pour que les critères permettant de conclure au succès de la mission soient clairement définis. De plus, elle a exhorté les Etats membres de l'UE à entretenir la dynamique de l'élargissement car « le chemin de l'UE représente la carotte, le ciment et l'espoir » pour tous les pays de la région. M. Shpend AHMETI, Directeur, Institut d'études avancées (GAP), Pristina, a relevé que la plus lourde menace pesant sur la sécurité du Kosovo est sa situation économique. La prospérité économique faciliterait automatiquement les relations interethniques. Le pays doit améliorer sa balance commerciale. Enfin, il faut une véritable appropriation locale. La population locale doit disposer des moyens nécessaires pour comprendre les nouvelles lois adoptées et les appliquer correctement ! Il faut aussi que les pays de la région reçoivent de Bruxelles des incitations claires à conduire des réformes en profondeur dans la perspective de leur future candidature à l'UE.

A l'issue d'un débat animé, M. HÖFER a clôturé le colloque en soulignant la nécessité « d'être à l'écoute des populations dont nous voulons le bien ». Il doit y avoir un moyen d'« harmoniser les attentes », tout comme les parlementaires membres de l'AESD trouvent le moyen d'harmoniser les vues sur la défense et la sécurité européennes en oeuvrant ensemble dans « l'intérêt commun » de l'Europe. "

NB : Cet article a été publié une première fois sur ce blog le 4 avril 2009.

Par Patrice Cardot - Publié dans : UE, UEO, OSCE, sécurité & défense
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