Dimanche 14 mars 2010 7 14 /03 /Mars /2010 08:50

Bruno Le Maire, alors secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, avait été très explicite en avril 2009 lorsqu'il annonçait que l'Allemagne et la France étaient d'accord pour coordonner étroitement leurs politiques économiques et pour jeter les bases d'une politique industrielle européenne. L'évolution est importante, car ce serait la célèbre " deuxième jambe " de l'Union économique et monétaire entre les pays de la zone Euro qui prendrait forme. Selon la formule de Jacques Delors, l'UEM boîte parce que la jambe monétaire est forte alors que la jambe économique est pratiquement inexistante. M. Le Maire avait annoncé que la France et l'Allemagne étaient convenues de dépasser cette situation, non pas par des négociations théoriques mais par la voie la plus concrète : en marchant, et en donnant à leur démarche un caractère et une signification européens.

Nous n'avons pas eu connaissance ensuite de démentis ni d'interprétations " à la baisse ".

Nous rappelons ci-après quelques uns des termes de ses déclarations après la dernière rencontre bilatérale franco-allemande, ainsi que ceux qui ont été publiés dans le quotidien Le Figaro, le 8 avril.

Le niveau européen.

B. Le Maire avait précisé les trois conditions, à son avis, nécessaires pour concrétiser la politique industrielle européenne qu'il préconise. Il faut une politique de concurrence appropriée rendant possible la création de groupes industriels au niveau européen dans des secteurs essentiels. Il a déclaré : " Le temps où la concurrence était à elle seule l'alpha et l'oméga de toute politique européenne est révolu. Il faut maintenant aussi une vraie politique industrielle encourageant la naissance de grands groupes industriels européens [...]. On ne peut avoir une monnaie commune sans politique économique européenne ; et la première étape est une vraie politique industrielle. " Dans certains secteurs, ceci est indispensable, et B. le Maire a cité : les transports à grande vitesse, le spatial, les infrastructures, l'énergie solaire, le moteur automobile du futur, en ajoutant : " Aujourd'hui, nous dispersons nos moyens ".

Il a ajouté un troisième élément relatif aux relations avec les pays tiers : il faudrait, à son avis, " affirmer très clairement le principe de réciprocité [...]. Aux Etats-Unis, des clauses juridiques interdisent toute prise de participation majoritaire dans un groupe stratégique américain. Pourquoi la Commission européenne ne disposerait-elle pas du même pouvoir d'examen et de veto ? ".

Coordination économique et politique industrielle.

Selon B. Le Maire, la dernière rencontre franco-allemande avait " ouvert la voie à une coordination des politiques économiques ", impliquant que toute décision importante de l'un des deux pays dans ce domaine fera l'objet d'une étude conjointe, et ajoutant : " Cela doit servir d'impulsion à une politique économique et à une politique industrielle européennes dans les dix années à venir. " La France et l'Allemagne anticipent donc, à son avis, ce qui doit être fait à 27.

A la question de savoir si ceci signifie que les Allemands ont levé leurs objections à une gouvernance économique européenne, Bruno Le Maire a répondu : " Evitons les querelles de mots. Ce qui compte, c'est la réalité. Et la réalité est la coordination de nos politiques économiques ", citant comme exemple le secteur automobile, tout en précisant : " Il faut mettre en commun nos moyens pour financer un moteur pour l'avenir, que ce soit un moteur hybride ou un moteur électrique. Nous aurons autour de la table les responsables politiques allemands et français avec les dirigeants des grands constructeurs automobiles ".  

Consolider la jambe qui boîte.

Rien n'indique que les trois aspects cités plus haut (politique de concurrence aménagée, création de groupes industriels européens, principe de réciprocité) représentent la position de la France. On peut se demander jusqu'à quel point ils sont tous partagés par le gouvernement et par le Président de la République, pour ne pas parler des autorités allemandes et des milieux communautaires. Ce qu'il a indiqué à propos de la politique de concurrence n'est sans doute pas approuvé par tous ; les règles de concurrence protègent notamment les consommateurs, les entreprises de dimension modeste, les économies des pays moins puissants. Des exemples récents, franco-allemands notamment, prouvent à quel point la gestion de colosses multinationaux est complexe et controversée. Mais c'est quand même le responsable de la politique européenne de la France d'alors qui s'est exprimé. Laissons lui le mérite d'avoir relancé le débat et d'avoir annoncé que la France et l'Allemagne entendent consolider enfin la jambe qui boîte de l'UEM.

Bruno Le Maire a depuis été nommé Ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche. Il a été remplacé par Pierre Lellouche.

NB : pour plus d'informations sur les travaux franco-allemands en cours dans les domaines industriel et de la haute technologie, voir  Cycle franco-allemand sur les hautes technologies (IFRI - CERFA )

PS : Cet article a déjà été publié sur ce blog en juin 2009 !



Par Patrice Cardot - Publié dans : Regards-citoyens.com analyse et propose
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