Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /2009 13:48

Le présent article s'inscrit dans le cadre de la série d'articles intitulée : " De la désignation du président de la Commission européenne  ".

La synthèse, à la fois provisoire et succincte, qu'il propose prend également appui sur d'autres articles figurant dans les rubriques suivantes de ce blog : Nominations au sein de l'Union européenne et Réfléchir à l'Europe que nous voulons !

Vouloir accéder à la magistrature suprême d'une institution aussi essentielle au fonctionnement d'une Union européenne qui s'est fondée sui generis sur le partage d'une même vision et d'une même volonté politiques de femmes et d'hommes qui avaient su placer le service de l'intérêt général très au-dessus du service de leur intérêt particulier, donner à la méthode communautaire cette vitalité si essentielle à la vie du projet politique européen, et se doter des instruments - et des collaborateurs - requis pour permettre à cette institution d'exercer pleinement ses responsabilités et ses compétences, à commencer par celles, particulièrement exigeantes qui incombent à l'institution gardienne des traités et de l'acquis communautaire qu'elle est de la volonté même des Etats membres, exige a minima d'avoir la capacité d'être à la hauteur de telles exigences !

Celà signifie que la personnalité qui doit être désignée par le Conseil européen doit être en mesure de faire la démonstration - par la preuve - devant le Parlement européen qu'elle ne participera ni à l'affaiblissement de la méthode communautaire dans le nouveau paysage institutionnel et fonctionnel qui résultera de la mise en oeuvre du traité de Lsibonne, ce qui exige comme préalable d'apporter la preuve qu'elle n'aura pas cautionner l'introduction, y compris de manière passive en ne manifestant aucune réserve formelle à leur égard lors de la Conférence intergouvernementale qui a présidé à son élaboration, des dispositions qui suscitent de lourdes inquiétudes à cet égard !

Celà signifie également que le programme politique qu'elle devra soumettre à l'approbation du Parlement européen contiendra des orientations compatibles avec une lecture résolument " européocentrée " des enjeux de la période 2009 - 2014 pour l'Union européenne telle que celles proposées sur ce blog (cf. infra), sans esprit partisan, en tenant compte non seulement du nouveau paysage politique au sein du Parlement européen à l'issue des élections, mais également de la ferme volonté de certains Etats membres d'aller de l'avant dans le sens d'une solidarité plus étroite, y compris en recourant à la différenciation.

Corrélativement, cette personnalité, qui devra satisfaire les critères définis dans les articles suivants : De la désignation du prochain président de la Commission européenne (1) ; De la désignation du prochain président de la Commission européenne (2) et De la désignation du prochain président de la Commission européenne (3) , ou, à défaut, des critères de même facture, devra apporter la preuve qu'elle maîtrise, tant sur le fond que dans les détails techniques, l'ensemble des implications institutionnelles du Traité de Lisbonne (cf. à cet égard les articles de ce blog intitulés :  Implications institutionnelles et financières du Traité de Lisbonne et L'entrée en vigueur du traité de Lisbonne requiert un certain nombre d'initiatives et de clarifications institutionnelles préalables ).

Enfin, le Conseil européen devra tenir compte de la capacité de cette personnalité à s'inscrire de manière aussi harmonieuse qu'efficace au centre du nouveau dispositif politico-institutionnel du plus haut niveau de l'Union.

A cet égard, elle devra disposer des compétences et des dispositions personnelles appropriées pour agir en tant que Président d'un Collège de Commissaires dont certains exerceront, soit en vertu du nouveau traité, soit par la seule décision de cette personnalité, des responsabilités d'un niveau politique ou stratégique tout à fait comparable, qu'il s'agisse du Vice-Président de la Commission qui exercera simultanément les responsabilités de Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de Sécurité, ou des autres Vice-Présidents dont les porte-feuilles devront être suffisamment étoffés et cohérents pour en asseoir la légitimité en même temps que l'efficacité, y compris notamment en regard des objectifs et des intérêts stratégiques (et de sécurité) que le Conseil européen a mandat de définir et de faire respecter !

Aussi devra-t-elle faire preuve d'audace pour proposer et obtenir la nomination d'autres Vice-présidents qui seraient également chargés d'assurer la présidence des Conseils correspondants, sans que le traité le prévoit. Elle devra également faire preuve d'audace en proposant et en obtenant une lecture "opératoire" des dispositions du Traité qui l'exigent : en particulier, en ce qui concerne :

  a) " LA " politique de Sécurité de l'Union qui requiert une organisation multicéphale de sa gouvernance, le Vice-Président de la Commission qui exercera simultanément les responsabilités de Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de Sécurité ne pouvant de toute évidence en assumer seul la responsabilité (ce qui rend nécessaire la nomination d'un Vice-Président en charge de la totalité des domaines relevant de l'espace européen de liberté, de sécurité et de justice),
et
  b) L'ensemble des politiques relevant de l'Union économique et monétaire, de la Concurrence et du Marché intérieur (voir davantage). 

Elle devra également avoir la capacité de faire valoir avec force autorité, et sans " biaiser ",  les positions initiées, préparées, décidées et proposées par son Collège auprès des autres Institutions européennes compétentes, tout en recherchant les voies les plus favorables à l'établissement d'accords interinstitutionnels compatibles avec l'orientation générale de son programme politique. A chaque fois que l'intérêt communautaire l'exigera, elle devra être capable de faire montre d'une posture  différenciée de celle qu'adoptera indubitablement le président permanent (stable) du Conseil européen (qui sera par essence le représentant du plus haut niveau des Etats membres) si tant est qu'il aurait la tentation de se plier à la volonté de quelques uns contre celle de la majorité des Chefs d'Etat et de gouvernement et/ou du Parlement européen.

De telles exigences, si elles étaient suivies d'effet par le Conseil européen avant de confirmer son choix de juin dernier ou de l'infirmer, rendent indubitablement plus complexe la recherche et la désignation du " bon élève". 

Le candidat " désigné ", José Manuel Barroso, les remplit-elle toutes ?

A vous d'en juger !

J'ai personnellement mon avis sur cette désignation !

N'oublions pas qu'au cours du mandat qui prend fin dans quelques semaines, J. M. Barroso a dû exercer ses responsabilités dans un contexte politique rendu d'autant plus complexe que l'appétit d'Europe s'est essoufflé autant chez la plupart des responsables politiques européens  que chez des citoyens médusés par l'inconsistance des positions exprimées dans les capitales à l'égard du projet européen comme des principes et valeurs qu'il porte ! Deux mandats de G. W. Bush et d'une administration sous l'empire d'idéologies aussi mortifères qu'anachoniques, une mondialisation effrénée sans pilote et sans mobile véritable et un capitalisme spéculatif aussi délibérment dérégulé que sans vergogne en ayant balayé d'un revers de crises particulièrement traumatisantes et de conflits aussi sanglants que sans but véritablement légitime au-delà de ceux, particulièrement "attrape-tout " qui ont été abondamment et honteusement affichés avec un certain cynisme, leurs convictions européennes manifestement aussi superficielles que de circonstance !

Pour autant, il n'a pas su s'entourer de proches collaborateurs suffisamment compétents et européistes (atlantistes, par contre, ils le sont assurément), à l'exception de quelques uns qui ont apporté par le passé la preuve de leur engagement sincère et utile en faveur du projet européen, pour l'assister au niveau des respsonsabilités qui sont les siennes dans les analyses prélables à la préparation de ses positions, qu'il s'agisse des questions économiques et monétaires à la veille d'une crise excceptionnellement grave (doux euphémisme !) ou des questions plus politiques (ses relations étroites avec les milieux anglosaxons suffisent à en percevoir l'orientation générale !).

Il ne suffit pas de parler clair avec le verbe aussi rond que haut - et en plusieurs langues - pour être utile à une cause aussi exigeante que la cause du projet européen.

" Je préférerai toujours les choses aux mots, et la pensée à la rime ! "  se plaisait à dire Voltaire.

Les circonstances n'ont jamais été aussi favorables à l'usage de cette formule par celui qui se présentera demain devant le Conseil pour être désigné comme le futur Président de la Commission européenne et devant le Parlement européen pour être confirmé dans de telles fonctions, dans l'hypothèse où José Manuel Barroso se verrait débouter par le Parlement !


Voir également les articles suivants :

*
Le nouveau paysage politique au sein du Parlement européen à l'issue des élections

*
Président de la Commission européenne : comprendre la position du groupe socialiste, tenir compte des raisons de la Présidence du Conseil, par Ferdinando Riccardi
 

*
Union européenne : l'heure est à l'action !

* Une autre lecture des enjeux de la période 2009 - 2014 pour l'Union européenne (1)

* Une autre lecture des enjeux de la période 2009 - 2014 pour l'Union européenne (2) 


* Vouloir une Europe politique, monétaire, économique, sociale et citoyenne ne signifie pas approuver béatement les options retenues hier par les Etats membres et les grands partis majoritaires


*
Qu'est-ce que la méthode communautaire dans le système juridique de l'Union européenne ? 


*
" If citizens have a voice, who’s listening ? Lessons from recent citizen consultation experiments for the European Union ", by Stephen Boucher (EPIN - Working Paper No. 24 / June 2009)

* Dispositions institutionnelles des conclusions de la Présidence attachées au Conseil européen des 18 et 19 relatives à la désignation du Président de la Commission européenne et au Parlement

* De la gouvernance de L'Union européenne !

* "Dans l'UE, toutes les opinions doivent être respectées, y compris la volonté d'approfondir l'intégration entre les Etats-membres qui l'estiment nécessaire"

* Sécurité internationale : L'Union européenne n'est-elle pas entrain de se laisser entraîner dans une dynamique susceptible d'en briser l'élan ?

Par Patrice Cardot - Publié dans : Comprendre le fonctionnement de l'Union européenne
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" Je préférerai toujours les choses aux mots,
et la pensée à la rime !
 "
  (Voltaire)

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