Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 07:13

Pas une position officielle, mais ... La Belgique a-t-elle l'intention de jouer un rôle moteur dans la relance de l'intégration européenne ? Quelques éléments significatifs l'indiquent. Et ce ne sont pas des phrases vagues ou des expressions génériques de bonne volonté, mais des intentions précises n'excluant pas l'éventualité, si nécessaire, d'envisager ce qu'on appelait autrefois l'Europe à deux vitesses. Je me réfère à une interview, publiée au début du mois de juillet dans le journal  Le Soir, d'Olivier Chastel, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères chargé de préparr la Présidence belge du Conseil de l'UE (qui interviendra au cours du 2nd semestre 2010). Il ne s'agit pas d'un document écrit ni d'une prise de position officielle ; mais il est difficile d'imaginer que M. Chastel ne reflète pas certaines vues et orientations du gouvernement dont il fait partie.

Une année est encore nécessaire avant que la Belgique assume cette présidence, mais la préparation est déjà active en raison du renforcement de la " méthode du trio ", c'est à dire la préparation coordonnée de trois présidences successives. Ce principe est déjà plus ou moins efficacement appliqué ; mais le Traité de Lisbonne va lui donner un caractère formel, et les trois pays d'abord concernés - l'Espagne, dès le premier janvier prochain, la Belgique et ensuite la Hongrie - ont décidé d'en anticiper la pleine application : entre eux, ce n'est plus simplement un échange d'informations sur les intentions respectives mais la définition de priorités et d'un programme commun couvrant, en principe, une année et demie. Cet exercice, effectué dans la mesure où il est possible de prévoir l'avenir, laisse ouverte la possibilité pour chacune des trois présidences de mettre l'accent sur l'un ou l'autre aspect et d'indiquer une orientation politique générale. Et dans cet aspect, les déclarations de M. Chastel prennent toute leur signification.


Respecter la méthode communautaire. Le titre donné à l'interview est déjà significatif en lui-même : " La Belgique, gardienne de l'utopie ". Le responsable belge insiste d'abord sur le respect de la méthode communautaire. Les innovations institutionnelles introduites par le Traité de Lisbonne ne doivent pas entraîner une nouvelle dérive en direction de la méthode intergouvernementale. Le redressement par rapport à certaines tendances passe notamment, selon M. Chastel, par le rétablissement du rôle central du Conseil " Affaires générales " (CAG) qui " doit devenir le lien entre toutes les formations du Conseil et entre les institutions. C'est lui qui devra dicter l'agenda, pas le futur président stable du Conseil européen ". C'est une position affirmée depuis toujours par Jacques Delors.

NDLR Regards citoyens : cette proposition est également présente dans d'autres articles de ce blog ayant trait au Traité de Lisbonne - cf. la rubrique Le traité de Lisbonne dans tous ses états .

La Belgique invite à étudier la possibilité que chaque Etat membre nomme un vice-premier ministre ayant une responsabilité générale sur les affaires européennes : il lui reviendrait de participer aux sessions du CAG (position déjà formulée par des Parlementaires européens comme par exemple Alain Lamassoure). La Belgique confirme en même temps, c'est logique, qu'elle est favorable à une Commission européenne forte.

Avancer " à quelques-uns ", si nécessaire. Nous voici au point fort de l'interview. M. Chastel a la sensation que certains Etats membres n'ont pas entièrement assimilé " le projet européen ". Il est indispensable, à son avis, de le définir " territorialement et conceptuellement ". Il ajoute : " La manière avec laquelle nous avons voulu l'Union s'est effilochée ". Faut-il alors envisager une rupture avec ceux qui ne seraient pas d'accord ? Voici sa réponse : " Aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'elle soit souhaitable. mais elle pourrait le devenir. Ce n'est pas impossible qu'il faille, à un moment donné, à quelques-uns, donner une nouvelle impulsion à l'Union ".

La deuxième vie de Guy Verhofstadt. L'autre " cas belge " est celui de M. Verhofstadt. Dès qu'il a été élu deputé européen, il a déclaré : " C'est la deuxième partie de ma vie politique qui commence ". Et il entend s'y consacrer entièrement, à partir des fonctions de président de son groupe politique (démocrates et libéraux - ADLE -, troisième force poltique du Parlement européen avec 84 membres) lui a confiées, et qu'il considère comme un emploi à plein temps. S

es orientations et intentions européennes, il les avait déjà montrées en tant que Premier ministre de son pays : la Déclaration de Laeken, c'était déjà lui (*) ; dans la dernière campagne électorale, il avit négligé les querelles nationales pour mettre l'accent sur les enjeux européens, et les électeurs  l'ont amplement suivi.

" Je n'ai pas d'agenda caché, je suis là pour les cinq années de la législature ", a-t-il affirmé, en indiquant deux objectifs : 
  a) constituer " une large coalition des forces politiques qui ont un engagement pro-européen ";
  b) établir " une stratégie, face à la crise conomique et financière, qui soit spécifique à l'Union européenne et ne se limite pas à coordonner vingt-sept plans de relance nationaux ".

Ses orientations générales pour l'Europe, il les avait développées dans son livre - prix du livre européen en 2006 -dont le tire est en lui-même clair : " Les Etats-Unis d'Europe ". Son nouvel ouvrage a un double titre : " Sortir de la crise - Comment l'Europe peut sauver le monde ".

Excessif l'un et l'autre, ces titres ? C'est possible ; mais éloquents.

(*) La déclaration de Laeken sur l'avenir de l'Europe

En décembre 2001, un an après le traité de Nice, le Conseil européen a adopté une déclaration sur l'avenir de l'Union européenne, engageant l'Union à devenir plus démocratique, plus transparente et plus efficace.

Cette "déclaration de Laeken" a présenté la perspective d'une Constitution pour l'Europe et a créé une Convention rassemblant les représentants des gouvernements et des parlements à travers l'Europe, ainsi que les institutions de l'UE. La Convention représentait un accord sur le projet de Traité établissant une Constitution pour l'Europe. Ceci servait de base au texte adopté en octobre 2004, signé à Rome par les chefs d'État et de gouvernement de tous les États membres.

Pour prendre connaissance du texte officiel de cette déclaration : http://www.erm.lu/epm/id439.htm

(Cet article a été publié dans l'éditorial du Bulletin Quotidien Europe n° 9936 daté du 7 juillet 2009)




 

Par ERASME - Publié dans : Réfléchir à l'Europe que nous voulons
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